FA FORÊT
forêts Jeur appartenant : — droits d’affouage et de charronnage, droits de glandée et de vaine pâture, droits de grurie et de ramassage des fruits forestiers, du bois mort et des feuilles mortes. Lorsque, après la promulgation du code forestier, l’administration prit en main la régie des forêts, elle commença par reviser sévèrement tous ces droits d’usage et par les réduire le plus strictement possible.
Parmi ces usages enlevés aux communes par les règlements forestiers, celui qui tient le plus au cœur des paysans riverains des forêts est le ramassage du bois mort. C’est en effet la ressource des pauvres diables qui comptent sur cette aubaine pour se chauffer pendant la saison d’hiver. Aussi, malgré la loi et les gardes, cette récolte se fait-elle journellement. L’administration elle-même se montre indulgente sur ce point et ferme les yeux ; elle n’est implacable que lorsqu’il s’agit du bois vert. Aussi, dès que l’arrière-saison arrive, rencontre-t-on par les sentiers des bois plus d’un vieillard ou d’une femme, traînant sur son dos une charge de branches mortes, et cheminant les reins courbés vers le prochain village. Les ramasseuses dé bois mort sont aux bûcherons ce que les glaneuses sont aux moissonneurs. Elles rôdent à travers la forêt dont elles connaissent les moindres détours. On les voit apparaître surtout après les journées ou les nuits de tempête, quand les grands vents d’octobre ont jonché de débris le sol forestier. Parfois, il faut bien l’avouer, elles aident à la transformation du bois vert en bois mort. Un coup de serpe est bien vite donné dans une cépée; on laisse le bois vert ainsi abattu se dessécher dans le taillis, puis on repasse quinze jours
après et on ramasse sans le moindre remords cette branche devenue inutile.
D’autres rôdeurs, ayant moins de préjugés encore, coupent sans façon un brin vert de belle taille et le glissent dans leur fagot où il disparaît au milieu de branches mortes. Mais les forestiers ouvrent l’œil. Au moment où le délinquant quitte sournoisement la forêt, un garde qui tombe brusquement sur le dos, le force à délier son fagot, constate la présence du bois vert et dresse procès-verbal après avoir confisqué le corps du délit, malgré les lamentations du fagoteur.
Les délinquants de cette espèce sont assez nombreux, mais les petits vols honteux qu’ils commettent ne portent pas grand préjudice à la forêt. La bête noire du garde est surtout le délinquant d'habitude , celui qui fait de l’enlèvement illicite du bois une industrie et un commerce. Ce ravageur de forêt exerce sa profession nuitamment et audacieusement. Il arrache par centaines les jeunes plants pour les revendre ; il coupe les plus beaux brins de cornouiller, de houx, de néflier sauvage pour en faire des manches de fouet ; il fracasse sans pitié les baliveaux et ne respecte pas même les anciens. Ajoutez à cela qu’il cumule, et qu’au métier de délinquant il joint celui de braconnier. Familier des bois, il connaît toutes les enceintes où se remise le gibier, toutes les coulées où il passe. — 11 chasse indifféremment la petite et la grosse bête, la plume et le poil : non pas à coups de fusil, ce qui mettrait trop facilement les gardes sur sa trace ; mais à l’aide de bons collets de crin ou de laiton. J’en ai connu un qui fabriquait si industrieusement ses engins, qu’il prenait des cerfs au collet, et qu’un
EN FORÊT
jour un cheval errant à travers bois alla s’étrangler bel et bien dans un maître nœud coulant de laiton, tendu par cet enragé braconnier. Les gardes avaient beau dresser contre lui des montagnes de procès-verbaux, il se riait d’eux et de leurs écritures. Le tribunal le condamnait, mais comme il n’avait pas de mobilier saisissable et qu’il gîtait dans les bois, il ne s’en souciait guère. Parfois les gendarmes le pinçaient ; il allait coucher deux mois en prison, puis il revenait bien vite reprendre sa vie de vagabondage. Un jour d’hiver, on le trouva mort dans une combe où il avait tendu ses collets. Il s’était enivré la veille, avait été saisi par le froid et une congestion l’avait tué raide en pleine forêt.