LA FÊTE PATRONALE
Dans le cours de sa longue vie laborieuse, le paysan n’a que de rares jours de plaisir. Il ne sort guère de ses habitudes de frugalité et de travail que lorsqu’il va aux noces ou lorsque arrive le jour de la fête de son village. Cette fête patronale, qui ne se célèbre qu’une fois l’an, fait date dans l’existence du paysan. C’est ce jour-là qu’il invite ■uuT^ chez lui ses amis ou ses parents du voisinage; dans les communes rigides, où le curé conserve encore son autorité et cherche à protéger ses paroissiennes contre les
tentations du Malin, c’est le seul jour où les danses soient tolérées. Aussi, dans chaque province, cette journée de chômage, d’amusement et de ripaille, est-elle connue sous un nom spécial : — c’est la ducasse dans le Nord, la kirb dans la Lorraine allemande, le rapport dans les départements de l’Est, la vogue dans le Dauphiné et la Savoie; Yassemblée en Touraine et en Berry, la ballade en Poitou, la frairie en Saintonge et dans l’Angoumois, la fête votive dans le Midi, le pardon en Bretagne.
Dans les pays les moins religieux elle conserve encore le nom du saint patron, sous la protection duquel est placée la paroisse. Très longtemps à l’avance on se prépare à la célébrer dignement. Pour cette époque, les jeunes filles réservent leur plus pimpante toilette, et les garçons amassent en secret des économies au fond de leur porte-monnaie. Pendant la semaine qui précède le jour férié, les ménagères se ruent en cuisine. Les fours flambent et, dans chaque maison, on voit les femmes bras nus jusqu’au coude, le visage poudré de fleur de farine, pétrir et rouler la pâte qui servira à fabriquer toute sorte de gourmandises. Dès la veille, chaque logis exhale une appétissante odeur de pâtisserie, qui dilate les narines des enfants et leur fait d’avance venir l’eau à la bouche.
Dès la veille aussi, les saltimbanques et les marchands forains construisent sur la place publique leurs échoppes et leurs baraques. A la nuit, chacun s’endort d’un sommeil agité en rêvant aux bombances et aux distractions du lendemain. Sitôt le jour levé, on est éveillé par des carillons de cloches, et chacun se jette gaîment hors du lit. Le paysan se fait la