A LA FONTAINE
LE VILLAGE
invités à la noce, font généralement les frais des violons et des rafraîchissements du bal. Toutes les amies de la mariée ont un meneur ou garçon d’honneur qui les escorte et remplit les fonctions de cavalier servant pendant toute la durée de la fête. En outre, le meneur offre à sa Valentine une paire de gants, un nœud de rubans et un bouquet de fleurs artificielles. Dès que les mariés sortent de l’église, les jeunes gens les régalent d’une salve de coups de fusil, puis les musiciens engagés pour le bal se mettent en tête du cortège et conduisent la noce, avec force flons-flons, jusqu’à la grange où se célèbre le repas. Tous les noceux ont à la boutonnière de leur habit des faveurs ou livrées aux couleurs de la mariée, et ces livrées enrubannent également les violons et les clarinettes des joueurs. — A l’entrée de la maison, le jeune marié et sa femme se tiennent chacun à l'un des chambranles de la porte ; le marié embrasse toutes les femmes, et la mariée tous les hommes de la noce ; puis on se rend processionnellement à la salle du festin, décorée à cette occasion de draps blancs, de branches vertes et de bouquets de fleurs.
Ces repas de noces sont longs et plantureux. Les viandes en daube et les oies rôties, les pâtés et les tartes aux fruits y abondent. Le marié et la mariée se placent l’un près de l’autre au haut bout ; autour d’eux se rangent les notables et les anciens. La jeunesse, filles et garçons, est placée en face, et c’est surtout ce côté de la table qui est tapageur et joyeux. Tout à l’extrémité, on case le petit monde : les enfants et les gens sans conséquence. Au dessert, un des notables porte la
santé de la mariée et souvent chante une chanson du vieux temps. C’est le signal d’une sorte d'intermède musical où, tour à tour, les garçons d’honneur qui ont de la voix, et les jeunes filles chantent des romances sentimentales. — Tout à coup, la porte du fond s’ouvre, et deux ou trois vieilles femmes, — le plus souvent les servantes qui ont cuisiné le repas de noce, — entrent solennellement et entonnent la chanson de la mariée ; après quoi, un soulier ou un sabot à la main, elles font une quête dont le produit sert à les payer de leurs peines.
Cette chanson de la mariée est grave et mélancolique, comme la vie du paysan elle-même. Au milieu du tapage et des rires de la noce, elle jette une note profondément triste et réaliste. Elle annonce à la mariée, dès le milieu de la fête, quelles seront les préoccupations et les tablatures du mariage :
Vous n'irez plus au bal, madam’ la mariée,
Vous voilà donc liée Avec un long fil d’or Qui ne rompt qu’à la mort.
Acceptez ce bouquet que ma main vous présente.
C’est pour vous faire entendre Que tous ces beaux honneurs Passeront comme fleurs...
Heureusement une explosion de musique interrompt cette maussade complainte. C’est le bal qui commence, et il se prolonge fort avant dans la nuit. Les mariés n'attendent pas qu’il finisse. Ils s’esquivent dès onze heures, et vont en cati-
LE VILLAGE
mini se retirer dans quelque maison lointaine où ils espèrent passer en paix leur première nuit de noce. Mais vaine précaution ! Le secret de leur fuite est tôt éventé. On se met à la recherche de l’appartement où ils se sont claquemurés et on le trouve toujours. Vers une heure du matin, une détonation de coups de fusil leur apprend que leur asile est découvert, et toute la noce se précipite dans la chambre à coucher pour offrir la soupe blanche aux nouveaux époux.