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LA VIEILLESSE ET LA MORT

Après les tracas et les inquiétudes de la vie domestique, viennent les infirmités et les I ridicules de la vieillesse. Le paysan regarde les vieillards comme des êtres inutiles. Le grand âge ne lui apparaît pas comme une période de repos et de sérénité, mais comme l’époque du déclin et de la maladie. Aussi les chansons populaires sont-elles sans pitié pour les vieilles gens. Elles fia-

gellent et ridiculisent implacablement les mariages disproportionnés, les vieilles encore férues d’amour qui épousent des jeunes gens, les vieillards qui ont acheté à beaux écus comptants la jeunesse d’une épouse fringante et gaillarde. Les enfants, devenus des hommes mûrs et robustes, ne sont pas éloignés de considérer leurs parents vieillis comme des êtres inutiles. Du moment où ceux-ci n’ont plus la force de cultiver la terre, on leur refuse presque le droit de s’y tenir debout. On calcule avec impatience le moment où, selon un brutal dicton savoyard, a ils iront garder les poules de monsieur le curé, » c’est-à-dire habiter le cimetière voisin du presbytère et de l’église.

Le Code civil, en donnant de larges facilités aux père et mère pour se démettre de leurs biens de leur vivant, en faveur de leurs enfants, n’a fait qu’encourager ce mépris de la vieillesse, et il a malheureusement contribué, dans les campagnes, à affaiblir l’autorité des ascendants. Dès que ces derniers commencent à vieillir, les enfants ne leur laissent plus de repos jusqu’à ce qu’ils aient consenti à une donation à titre de partage. Les vieillards résistent du mieux qu’ils peuvent ; ils tiennent à leurs terres et pressentent que le jour où ils les abandonneront équivaudra pour eux à une mort anticipée. Mais les obsessions redoublent en raison directe des résistances. On représente aux vieux parents que leurs champs dépérissent, qu’ils ont bien le droit de prendre un repos péniblement gagné, et qu’ils seront cent fois plus heureux lorsqu’ils jouiront tranquillement d’une rente faite par leurs enfants. On les cajole et on les semonce de toute

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