‹ La vie sociale à Rome au temps de CicéronChapitre 15 sur 50 · I.E MARIAGE ET LA MATRONE ROMAINE · texte numérisé non relu

I.E MARIAGE ET LA MATRONE ROMAINE

Pour apprécier la position des femmes de conditions -diverses dans la société que nous étudions, il faut expli- 'quer clairement quelle fut, à l'origine, la signification du mariage à Rome et l'idée que les Romains s'en faisaient. Comme tout le monde peut s'en assurer, le mode de célébration du mariage et les cérémonies qui l'accompagnent ■sont un sûr indice de la position et de l'influence de la-^iemme, dans quelque société que ce soit. A Rome, à toutes les époques de l'histoire, les justes noces (iustuni matrinionium) , c'est-à-dire le mariage sanctionné par la loi et par la religion, ayant par suite toutes ses conséquences légales, était une affaire de grande importance à laquelle des formalités et des cérémonies nombreuses étaient nécessaires. La raison en est évidente, au moins pour quiconque a quelques notions sur la vie antique en Grèce et en Italie. Comme nous le verrons, la maison était la résidence de divinités qui faisaient partie de la famille aussi bien que les humains ; quand la nouvelle épouse pénétrait dans une famille, à la vie de laquelle elle n'avait pas encore été associée, ce ne pouvait être sans porter quelque trouble dans les relations entre les divinités familiales et les humains. Avant d'y introduire un membre nouveau, les humains doivent s'assurer que les divinités consentent à l'admettre pour qu'on puissc^Fconsidérer son introduction comme valable. Celle-ci doit se faire de telle façon que la nouvelle mariée ait capacité ,pour participer aux sacra, c'est-à-dire au culte des esprits cf amiliers, des ancêtres dans leurs tombes, ou à tout autre

I,A TIK SOaAI,E A ROME 8

ciilte en usage dans la famille. Pour lui assurer ces privilèges, on lui imposait primitivement une cérémonie de caractère nettement sacramentel qui avait pour effet de la faire passer de la main (manus) de son père, c'est-àdire de la soumission entière à son père comme chef de

' / son ancienne famille, en la main de son mari, c'est-à-dire \ à la soumission totale à celui-ci comme chef de sa nouvelle famille.

Cette cérémonie sacramentelle se nommait confarreatio, parce que l'époux et l'épouse, en présence du Pontifex Maximus, du Flamen dialis et de dix autres témoins, se partageaient un gâteau sacré pétri de far, l'ancienne céréale italienne, et offert à Jupiter Farreus ^. On avait certainement pris les auspices et probablement sacrifié à Cérès une victime dont on étendait la peau sur deux sièges (sellae), où les époux devaient s'asseoir 2. Si nous avons mentionné en détail ces anciennes formalités du mariage patricien, c'est pour faire ressortir le caractère religieux du rite tel que le concevaient les Romains ; en d'autres termes, nous avons voulu prouver que l'in-

«i^troduction de l'épouse dans la famille nouvelle était une affaire importante et sérieuse qui exigeait l'aide spéciale et l'intervention des dieux. Nous irons même jusqu'à prétendre que la nouvelle épouse devenait en quelque

-J'!!6orte une prêtresse dfiniestique et qu'elle avait à subir une initiation solennelle avant d'avoir le droit d'en faire l'office. Pour nous mieux convaincre de la nature religieuse et mystique du rite tout entier, rappelons-nous que, durant toute l'histoire romaine, nul ne put prétendre aux fonctions de prêtre de Jupiter (jlaminium diale), ou de Mars, ou de Quirinus, ou à celle de chef des cérémonies religieuses (Rex sacrurum) s'il n'était pas né de parents mariés par confarreatio ; et, dans chacun de ces cas, le prêtre lui aussi devait être marié suivant ce même rite ^. Les cérémonies qui consacraient les justes noces (iustum matrimonium) étaient donc indispensables, comme le prouve ce qm précède, non seulement à la famille et à ses

Page 1