‹ La vie sociale à Rome au temps de CicéronChapitre 19 sur 50 · I,E MARIAGE ET I,A MATRONE ROMAINE · texte numérisé non relu

I,E MARIAGE ET I,A MATRONE ROMAINE

qui nous donnent d'elle l'idée d'une mégère, trop économe de son propre bien et ainsi de suite ^"^ . Mais les faits ont plus de valeur que les cancans du jour et rien, dans les lettres de Cicéron, n'indique qu'il l'ait prise en grippe ou qu'elle ait perdu la confiance de son mari avant l'an 47. S'il eût eu une cause réelle de méfiance à son égard, cela lui serait échappé dans quelque lettre à Atticus.

Après son absence pendant la guerre civile, il paraît croire qu'elle l'a négligé lui et ses intérêts ; les lettres qu'il lui adresse sont de plus en plus froides et la dernière est sur un tel ton qu'on en a dit, avec raison, qu'un gentleman n'écrirait pas ainsi à sa femme de charge. Par malheur, Cicéron, après avoir répudié Terentia, épousa une jeune fille riche pour laquelle il ne paraît pas avoir eu beaucoup d'égards. Dans une lettre à Atticus (xii. 32), il dit que Publilia, sa seconde femme, demande à venir avec sa mère le rejoindre à Astura, où il est allé pleurer sa fille, et qu'il a répondu préférer qu'on le laissât tranquille. Cette lettre nous fait voir Cicéron sous son plus mauvais jour ; pour une fois, il paraît manquer de cœur comme de courtoisie ; s'il était capable de se conduire de cette façon-là avec une jeune femme qui ne demandait qu'à remplir ses devoirs envers lui, qu'a-t-il pu être pour Terentia ? Je soupçonne qu'entre lui et Terentia les torts furent réciproques. Cela nous permet de croire que, des innombrables femmes qui furent répudiées à cette époque, quelques-unes au moins furent victimes de la dureté de leur mari, plutôt que de leurs propres fautes.

lya femme de Quintus, frère de Cicéron, était, semblet-il, une personne difficile à vivre. Elle n'avait pas le tact et la bienveillance de son frère Atticus. Marcus Cicéron a raconté une scène [ad AU. v. i) où elle fait preuve d'un si mauvais caractère et se montre si ridicule que le divorce subséquent s'explique. I^es deux frères voyageaient ensemble de compagnie avec Pomponia ; on ne sait quoi l'avait mise de mauvaise humeur. On s'arrêta à Arcanum pour déjeuner dans une maison de campagne

qui appartenait à Quintus. Il pria sa femme d'inviter les dames de la compagnie à entrer. « Rien de plus courtois, à mon avis, non seulement dans les termes, mais dans les intentions de Quintus et dans l'expression de son visage. Elle répondit assez haut pour être entendue de nous tous : — Moi, je ne suis qu'une étrangère ici ! — Son mari avait probablement omis de lui confier l'organisation du déjeuner, dont un étranger avait été chargé ; cela l'avait vexée. — Voilà, dit mon frère, un échantillon de ce que je supporte chaque jour. — Quintus lui fit passer les plats servis dans le triclinium où les messieurs déjeunaient ; elle refusa d'y goûter. »

Terentia, Pomponia et les femmes de leur condition ne paraissent pas avoir joui d'une éducation très raffinée ; il ne semble pas non plus que leurs maris aient attendu d'elles aucun désir de s'associer à leurs occupations intellectuelles. Cicéron ne fait pas une seule allusion à d'agréables rapports de société auxquels sa femme aurait voulu prendre part et, pour dire la vérité, il se serait probablement gardé de choisir pour femme une personne élégante et cultivée. Il n'en manquait pas à Rome : il y en avait même un bon nombre. Depuis la diffusion des richesses et de l'éducation à la grecque ; depuis qu'on avait appris à goûter le théâtre et les plaisirs mondains de la vie urbaine, ce que l'on commençait à nommer cultus avait occupé les esprits et modifié la manière de vivre des dames romaines comme des hommes. Malheureusement, cela était incompatible avec l'idéal romain de la mater familias et de ses devoirs. ly' invasion des mœurs nouvelles fut trop soudaine comme le fut aussi celle de la richesse qui y correspondait. Une femme du genre de Cornélia, l'illustre mère des Gracques, qui connaissait la valeur réelle de l'éducation, qui s'entourait d'hommes instruits, qui écrivait bien elle-même et qui combinait, avec ces qualités intellectuelles, le soin de ses devoirs de femme et de mère ^^, des femmes comme celle-là ont dû être rares et, au temps de Cicéron, à peu près introuvables. On était

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