CHAPITRE VI
l'éducation des hautes classes
D'après ce que nous avons dit à piopos des mœurs chez les Romains des hautes classes, une conclusion s'impose : c'est qu'une éducation propre à former le caractère leur fut indispensable. Pour bien diriger leurs propres affaires et celles de l'Etat, il leur fallait la volonté d'agir avec rectitude et justice et la haine instinctive de toute conduite perverse ou injuste. L'éducation de la volonté et du caractère voilà précisément celle que les écoles publiques en Angleterre s'efforcent d'inculquer à des jeunes gens dont le rôle dans la vie ressemble singulièrement à celui d'un Romain des hautes classes. M. Newmann ^ a tracé, d'après Aristote, un portrait du jeune homme tel que le grand philosophe se le figurait dans son Etat idéal. Si nous remarquons avec l'auteur de la Politique d' Aristote que celui-ci ne tient peut-être pas assez compte de l'éducation intellectuelle; si nous ajoutons à ce qu'il demande, un peu de cette instruction qui, unie à la droiture, à la volonté et à la santé du corps, produira presque toujours un jugement sain, nous saurons ce que doit être un homme digne de participer aux responsabilités et aux épreuves du gouvernement dans des empires comme ceux de Rome et de la Grande-Bretagne. A Rome, les caractères conformes à cet idéal furent certainement rares ; cela était dû à des causes diverses dont nous avons indiqué quelques-unes : la fondation par les Romains d'un grand Empire avant qu'ils eussent acquis la maturité nécessaire pour comprendre la difficulté qu'il y avait à l'adminis- ' trer ; l'afflux soudain de la richesse à une époque où la