‹ La vie sociale à Rome au temps de CicéronChapitre 25 sur 50 · I, EDUCATION DES HAUTES CLASSES I4I · texte numérisé non relu

I, EDUCATION DES HAUTES CLASSES I4I

manière d'en tirer parti utilement était presque inconnue. Néanmoins, le lecteur comprendra qu'il dut y avoir aussi dans l'éducation de la jeunesse quelque défaut grave qui nous expliquera pourquoi la solidité du caractère fut si rare et pourquoi ce que nous nommerions le sentiment du devoir public et privé manqua si souvent. C'est ce sujet de l'éducation à Rome que je me propose de traiter maintenant en me bornant à montrer en quoi consistait au temps de Cicéron le défaut capital. I^e sujet, dans son ensemble, est épuisé ; on en trouvera un excellent résumé dans le petit ouvrage sur l'éducation romaine de feu le professeur A. S. Wilkins, qui en a décrit les méthodes sans en signaler spécialement les défauts et c'est sur ces défauts que je me propose précisément d'insister ^.

Remarquons tout d'abord combien la littérature contemporaine, y compris les biographies, nous donne peu de renseignements sur cette période de la vie si pleine d'intérêt pour les amateurs de mémoires et pour nous tous quand, en avançant en âge, nous jetons un regard en arrière sur notre enfance. Il se peut faire que, à notre époque, nous nous exagérions l'importance de l'enfance, mais il est certain en tout cas que les Romains en faisaient trop peu de cas. Il est bien possible aussi que nous estimions à trop haut prix l'éducation que nous avons reçue dans nos grandes écoles publiques comme Bton ou Harrow, par exemple ; mais il est certain que les Romains n'avaient rien qui y ressemblât et dont ils eussent lieu d'être fiers.

La biographie était, à l'époque dont nous nous occupons, un genre littéraire en faveur, et quelques-uns des mémoires du temps ont fourni des matériaux aux écrivains postérieurs, tels que Valère Maxime, Suétone et Plutarque. Cependant, on constate avec surprise combien sont rares les détails qui nous sont parvenus sur l'enfance et la jeunesse des grands hommes du temps. Plutarque s'intéressait vivement aux questions d'éducation et nous ne pouvons guère douter qu'il aurait su tirer parti, dans

ses Vies des Romains, de tous les renseignements sur ce sujet. Il nous dit bien quelque chose — et nous lui en savons gré — des méthodes pratiquées par Caton le Censeur pour l'éducation de son fils ^ et il donne, dans la Vie de Paul-Emile, quelques indications sur celle du grand Scipion Emilien, l'aîné de la famille *. Mais ces récits sont destinés à nous faire connaître le caractère du père et non l'éducation du fils. En règle générale, les « Vies » débutent par des renseignements sur le parentage du héros, puis l'auteur passe immédiatement à sa jeunesse.

La Vie de Caton d'Uiique fait exception ; l'intérêt que ce singulier personnage a toujours inspiré aux historiens et aux philosophes explique cette exception. Plutarque connaissait le nom et le caractère de Sarpédon ^, le précepteur du jeune Caton ; il nous dit que l'enfant fut un élève docile, mais qui demandait la raison de tout et n'épargnait pas à son maître l'embarras de répondre à de perpétuels « pourquoi ». Deux anecdotes contées aux chapitres II et III de Plutarque se lisent aussi dans cette insipide macédoine de faits et de fables cuisinée par Valère Maxime sous le règne de Tibère pour l'édudation de la jeunesse ^ ; mais une troisième, plus significative, et qui paraît mériter créance, ne se trouve que chez Plutarque. La voici donc :

« Une autre fois, un parent avait, à l'occasion de sa fête anniversaire, invité à souper quelques jeunes garçons; Caton était du nombre. Pour se divertir ils jouaient entre eux, grands et petits, dans une des pièces de la maison. Le jeu consistait à représenter des procès, des jugements, et l'arrestation des condamnés. Tout à coup, un des condamnés, jeune garçon de fort bonne mine, entraîné par un des plus grands et enfermé dans une autre chambre, appela Caton à son aide. Celui-ci, voyant ce qui se passait, se dirigea vers la porte et, repoussant ceux qui obstruaient l'entrée, il fit sortir le prisonnier. Tout bouillant de colère, il l'emmena chez lui accompagné par quelques-uns des camarades. »

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