‹ La vie sociale à Rome au temps de CicéronChapitre 27 sur 50 · I^'ÉDUCATION DES HAUTES CITASSES I · texte numérisé non relu

I^'ÉDUCATION DES HAUTES CITASSES I

eût été en présence des Vestales. » La pudeur chez un enfant fut toujours fort appréciée à Rome : adolescens pudentissùnus est le plus bel éloge que l'on pût faire d'un jeune homme ^. Le sentiment d'une certaine sainteté de l'enfance paraît avoir été durable et on en retrouve encore la trace dans le vers de Juvénal si souvent cité : Maxima debeiur puero reverentia... Il provenait probablement de l'ancienne coutume d'habituer les enfants, filles et garçons, à prendre part aux rites religieux de la famille en qualité d'acolytes (camilli et caniillae), et c'est peut-être pour la même raison que de tout temps à Rome les enfants portèrent la toge prétexte bordée de pourpre, commue les magistrats et les prêtres sacrificateurs ^. Il est à peine besoin d'ajouter que cette espèce d'éducation religieuse était purement formelle et qu'il n'y était question ni d'aucune espèce de dogmes ni même d'aucune idée de la divinité ; elle eut cependant son utilité en habituant l'enfant, dès son plus jeune âge, au respect et en lui inspirant le sentiment du devoir. Quoique les Romains du temps de Cicéron eussent cessé de croire à la nécessité de se concilier la faveur des divinités officielles, il est probable que la tradition d'un culte domestique s'était conservée dans la plupart des familles.

L'idée des devoirs envers l'Etat avait sa place, nous en pouvons être certains, dans ce vieux système d'éducation. Caton composa pour son fils des récits historiques qu'il transcrivit en gros caractères « afin que l'enfant pût, sans quitter la maison, apprendre à connaître les glorieuses actions des ancêtres et les coutumes de sa patrie ». Mais, ce qui est significatif, c'est que les annalistes des deux ou trois générations postérieures se préoccupèrent de magnifier — non sans falsification — les exploits des membres de leurs propres familles et négligèrent d'y faire à l'Etat sa juste part. Les jeunes garçons apprenaient par cœur la loi des XII tables. Cicéron nous dit que ce fut encore le cas pour lui, mais que cette pratique était

tombée en désuétude ^. Cet ancien code peut avoir joué le rôle d'une sorte de catéchisme des lois de l'Etat concernant la conduite des citoyens et rappelé à tous que, si l'Etat en se développant avait dû outrepasser les prescriptions de cette vieille législation trop sommaire, il n'en avait pas moins, dès le début, entrepris de réglementer les relations des citoyens entre eux. On rapporte, en outre, qu'à la mort d'un homme illustre les parents avaient l'habitude de conduire leurs enfants à l'oraison funèbre pour leur faire entendre les louanges données au défunt en mémoire des services rendus par lui à l'Etat ^*. Tout cela était fort bien et si Rome n'était pas devenue un grand Empire, si l'on avait pu couronner l'œuvre en ajoutant à l'instruction quelque connaissance des humanités, elle aurait pu durer des siècles et fournir à l'éducation une base inébranlable. Mais les conditions indispensables à son heureux développement avaient, depuis longtemps, cessé d'exister. Il est évident que le succès de cette éducation domestique dépendait de la présence des parents et de leur sollicitude pour leurs enfants, de la part du père surtout, s'il s'agissait de garçons. Mais depuis que l'Empire romain s'était étendu au delà des mers, c'est-à-dire depuis les deux premières guerres puniques, le père fut souvent forcé de s'absenter pendant longtemps ; il lui fallut servir à l'étranger durant plusieurs années consécutives et il lui arrivait très fréquemment de ne jamais revoir l'Italie. Enfin, quand il ne quittait pas Rome, les affaires de l'Etat, toujours plus importantes, l'occupaient trop pour qu'il pût surveiller ses enfants avec tout le soin et toute l'assiduité nécessaires. Il ne faut pas oublier qu'au temps de Cicéron la correspondance avec l'étranger n'était devenue possible que grâce aux relations des publicains provinciaux avec la métropole ; le Romain résidant en Espagne ou en Asie ne recevait que rarement des nouvelles de sa femme et de ses enfants ; aussi finissait-il par ne plus s'occuper d'eux. En fait, tout dépendait de la mère, comme c'est encore le cas dans les classes sociales où le

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