LA POPULATION SERVILE
Juvénal, dans Tacite, dans Martial. Mais les témoignages que nous possédons pour l'époque de Cicéron semblent suggérer que les vastes palais des capitalistes que Salluste a décrits comme des espèces de villes ^^ comprenaient déjà une famille de serviteurs dont les services dispensaient les propriétaires de recourir à l'aide de la main-d'œuvre servile ou de la main-d'œuvre libre prises hors de la maison. Non seulement les domestiques ordinaires de i tout genre, mais les copistes, les bibliothécaires, les pré- / cepteurs des enfants, les médecins même que l'on trouvait / s* 1 dans ces grandes maisons étaient de condition servile,! sans compter ceux, fort nombreux aussi, qu'on avait^ toujours sous la main pour servir d'escorte aux grands personnages quand ils voyageaient en Italie ou dans les provinces. Valère Maxime nous dit ^^ que Caton le censeur, alors proconsul en Espagne, se faisait accompagner par trois esclaves seulement, tandis que Caton d'Utique, son descendant, en emmenait douze à l'époque des guerres civiles ; comme ces illustres personnages étaient fort économes, nous pouvons juger par ce fait du nombie croissant des esclaves et de l'importance des escortes qui accompagnaient d'ordinaire le voyageur riche.
Quant à la famille rurale (familia rustica) qui composait la population ouvrière de la ferme, nous sommes beaucoup mieux renseignés. Iv'ancienne ferme romaine où le père vivait avec sa femme, ses enfants et ses esclaves, se suffisait à elle-même, comme ce fut aussi le cas pour l'ancienne tenure anglaise du manoir. Elle était exploitée par tous les membres de la famille, serfs ou hommes libres ; on y faisait peu de ventes et d'achats. Dès le milieu du second siècle A. C, à l'époque où Caton composa son traité d'agriculture, un changement eut lieu ; le maître ne peut plus visiter sa ferme que de temps en temps pour s'assurer que son esclave intendant (villicus) l'exploite suivant des méthodes rémunératrices et en tire le plus de profits possibles par la vente des produits ^^. Aussi Caton insiste de la manière la plus pressante pour que la
ferme soit située à proximité des marchés où l'on pourra écouler facilement les denrées principales telles que le vin et l'huile et acheter à bon compte les objets nécessaires, la poterie et les instruments de métal de tout genre ^*. La ferme ne dépend donc pas entièrement du travail de la famille même, mais, malgré tout, l'exploitation a encore pour base principale la main-d'œuvre servile. Pour une olivette de deux cent quarante arpents (jugera) il faut, suivant l'évaluation de Caton, treize ouvriers, tous esclaves, et seize pour une vigne de cent arpents ; ces chiffres sont certainement bas vu la parcimonie bien connue et l'âpreté au gain de Caton ^^. On pouvait se procurer de la main-d'œuvre libre et on en avait parfois besoin ; dès le début de son livre (chap. 4), Caton insiste pour que le propriétaire se comporte en bon voisin, afin de trouver facilement, non seulement des aides volontaires, mais des journaliers payés, surtout au moment de la moisson, de l'olivaison et de la vendange. Parfois, la récolte était affermée à un entrepreneur et Caton donne des directions explicites (chap. 144 et 145) sur le choix de ces entrepreneurs et sur la rédaction des contrats avec eux. L'entrepreneur (contractor) avait-il recours seulement à la main-d'œuvre libre ou à la main-d'œuvre servile ? La réponse à cette question ne se trouve pas dans Caton, mais il paraît clair qu'une partie au moins était libre ^^. Caton ne nous dit pas non plus quelle était l'occupation de ces travailleurs libres à d'autres moments de l'année, ni s'ils appartenaient à la classe des petits cultivateurs.
Pour l'époque dont nous nous occupons spécialement, nous avons le témoignage de Varron qui, dans sa vieillesse, après la chute de la République, composa un traité d'agriculture en trois livres. Nous y voyons que l'économie rurale avait peu changé depuis le temps de Caton. La maind'œuvre permanente n'est pas libre ; mais en dépit du nombre toujours croissant de la main-d'œuvre servile, disponible en Italie, les hommes de condition libre trou-