‹ La vie sociale à Rome au temps de CicéronChapitre 35 sur 50 · I.A POPUI.ATION SERVILE I · texte numérisé non relu

I.A POPUI.ATION SERVILE I

vent encore facilement de l'occupation à certains moments de l'année dans toutes les fermes où la culture de l'olivier et de la vigne prédomine. Au chapitre xvii de son premier livre, Varron donne d'intéressants conseils pour le choix et l'achat des esclaves. Il commence par nous apprendre que la culture des terres se fait soit par des esclaves, soit par des ouvriers de condition libre, soit par les uns et les autres à la fois ; que les hommes libres appartiennent à trois classes : les petits propriétaires (pauperculi) avec leurs enfants, les journaliers à gages (conducticii) dont on a besoin surtout à la fenaison et à la vendange, les débiteurs insolvables (ohaerati) qui donnent leur travail pour s'acquitter ^'^. Varron, comme Caton, reconnaît la nécessité d'acheter bien des choses qu'il est impossible de fabriquer dans une ferme d'étendue moyenne ; le propriétaire peut ainsi s'être vu forcé de recourir à la maind'œuvre libre ; mais autant que possible la ferme devrait fournir tout le matériel nécessaire à l'exploitation ^^, car, de cette façon, les esclaves sont occupés toute l'année et il ne faut jamais les laisser oisifs ^.

Il est donc parfaitement clair que, même au temps de Cicéron, on faisait appel à la main-d'œuvre libre pour la culture des olivettes et des vignes et qu'elle ne faisait pas défaut quoique l'exploitation se fît surtout par la maind'œuvre servile et que l'on tendît à l'employer de plus en plus.

La règle de ne jamais laisser l'esclave sans occupation fut un facteur très important dans le développement économique ; le propriétaire qui semble n'avoir jamais douté du bon marché de la main-d'œuvre servile ^, fut poussé petit à petit à faire de sa ferme un petit monde indépendant de tout secours extérieur. A lire Columelle, qui écrivait vers la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, l'exploitation de la ferme se fait alors au moyen du travail ■servile plus généralement que ce ne fut le cas aux deux ■derniers siècles A. C. *^.

Pour compléter ce tableau de l'esclavage rural en Italie,

I,A VIE SOCIAI,E A ROME la

il faut ajouter quelques mots sur les grands domaines de l'Italie méridionale. L'exploitation en vignobles et en olivettes d'une terre de médiocre étendue comme celle que Caton décrit et qui semble lui avoir appartenu, ou même celle d'un de ces domaines plus vastes dont Varron nous parle et qui contenaient des parcs pour le gibier et des pâturages, exigeait des esclaves d'une certaine habileté. Mais dans les grands espaces livrés à la pâture, dans les districts montagneux de l'Italie méridionale, dans ces grands domaines où l'on ne cultivait guère que les produits nécessaires à la nourriture des esclaves eux-mêmes,, ceux-ci étaient grossiers et sauvages. Le travail y était de même nature que dans un ranch américain ; la vie y était rude et les travailleurs redoutables. C'est dans ces régions et parmi ces hommes que Spartacus leva les troupes avec lesquelles il tint tête pour la dernière fois aux armées romaines en 72-71 A. C. ; c'est dans les environs que Caelius et Milon vinrent en 48 A. C. embaucher leurs bandes de soldats révolutionnaires. Ces demi-sauvages servaient parfois de galériens. César nous dit plus d'une fois dans ses commentaires de Bello civili que ses ennemis en embarquèrent sur les vaisseaux envoyés à Marseille pour faire lever le siège '^. C'est encore dans la Grande Grèce, au voisinage de Thurium qu'eut heu un combat sanglant entre les esclaves de deux domaines contigus ; c'étaient, à en croire Cicéron qui les mentionne dans son Pro Tullio, dont il nous ne reste que des fragments, des hommes pkins de vigueur et de courage ; ils étaient pourvus d'armes comme nous pouvons le conjecturer d'après. les remarques de Varron sur les esclaves au:xquels on confiait la garde des troupeaux *^. La coutume en effet . était de les armer pour défendre le bétail contre les bêtes féroces et les voleurs, surtout en été, quand on le menait pâturer dans les maquis des Apennins, comme cela se pratique encore. Ces bergers avaient sans doute peu de besoins et les grands domaines dont nous parlons se suffisant probablement à eux-mêmes, il n'était pas néces-^

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