‹ La vie sociale à Rome au temps de CicéronChapitre 45 sur 50 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LA JOURNÉE DE l'hOMME A SON AISE

Avant de chercher à donner une idée de la manière dont un homme de quelque importance passait son temps à l'époque de Cicéron, il est peut-être à propos d'expliquer commejat on divisait la journée.

Le vieux fermier romain ne connaissait ni horloges ni heures. Il se rendait à son travail sans autres guides que le soleil et la lumière, se levait à l'aube, travaillait jusqu'au milieu du jour, puis après un repas et un bref repos, il reprenait son travail jusqu'au coucher du soleil. Dans un pays où le soleil brille souvent, cette méthode fort simple de supputer le temps put suffire, même quand la vie et les affaires se compliquèrent. Le fait est que la division du temps en heures resta inconnue à Rome jusqu'à l'introduction du cadran solaire en 263 A. C. ^. On a quelque peine à comprendre comment, dans de pareilles conditions, il fut possible de fixer avec précision les heures de convocation du Sénat, des comices ou de l'armée. La meilleure explication est peut-être de noter que les Romains se levaient de très bonne heure et qu'il n'y a pas d'erreur possible sur le moment où le soleil paraît sur l'horizon 2. En tout cas, cette coïncidence entre l'introduction du cadran solaire, le début des guerres puniques et l'augmentation des affaires qui en fut la conséquence, montre combien la mentalité et les mœurs des vieux Romains étaient primitives et nous aide à comprendre pourquoi ils durent se mettre à l'école des autres peuples pour apprendre à ménager et à distribuer exactement un temps devenu si précieux.

Le premier cadran solaire fut apporté de Catane, ville de Sicile. Il était donc tout à fait impropre à indiquer les heures à Rome ; néanmoins les Romains s'en contentèrent durant plus d'un siècle. Enfin, en 159 A. C. le censeur Q. Marcius Philippus fit placer, à côté de l'ancien, un nouveau cadran calculé sur la latitude de Rome. On les fixa tous deux à des piliers derrière les Rostres ; c'était la place la plus commode pour régler, sur leurs indications, les heures des affaires publiques ; ils s'y trouvaient encore au temps de Cicéron ". L'introduction de la première horloge à eau date de la censure qui suivit celle de Philippus ; cette horloge indiquait les heures de jour et de nuit et faisait connaître l'heure à tous, même pendant les jours nébuleux ^.

C'est donc à partir des gi erres puniques que la population compta par heures, soit en divisant le temps en douze parties ; mais comme on continua, suivant la vieille pratique des agriculteurs, à fixer le point de départ au lever du soleil et la fin de la journée à son coucher, la durée des douze heures varia aux différentes époques de l'année. Au milieu de l'hiver les heures avaient quarante;cinq minutes environ, au milieu de l'été soixante- quinze à peu près ; elles ne correspondaient aux nôtres "qu'aux deux équinoxes ^. Cela, bien entendu, rendit extrêmement compliquée la construction des horloges à eau. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer comment on parvint à surmonter ces difficultés ^.

Les cadrans__SQlaires, une fois ramenés à la latitude exacte, ne tardèrent pas à devenir d'usage général et on en a retrouvé beaucoup à Rome. Un auteur inconnu appartenant, pense-t-on, au dernier siècle A. C. représente, dans un fragment de comédie qui nous est parvenu, la ville de Rome comme pleine de cadrans solaires ^ ; on en a découvert un grand nombre dans diverses villes italiennes, entre autres à Pompéi.

Pour le Romain qui n'avait de cadran solaire ni en sa possession, ni à sa portée, la journée se partageait en

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