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quatre parties, comme pour nous en trois: — la rnatinée, l'après-midi et la soirée. Comme il se levait beaucoup plus tôt que nous , les heures précédant midi faisaient pour lui deux parties i) mane, le matin, du lever du soleil au début de la troisième heure; 2) admeridiem, l'avant- midi; ensuite venaient de meridie, l'après-midi ; enfin su^rema, depuis la neuvième ou la dixième heure environ jusqu'au coucher du soleil. (Voir Censorinus, de die natali 23, 9, 24, 3; c'est l'autorité à consulter pour ces détails.) Il semble à peu près certain que ces divisions de la journée furent déterminées ainsi pour l'expédition des affaires civiles, spécialement pour celles de la cour du préteur dont les séances commençaient normalement à la troisième heure, c'est-àdire au début de ad meridiem et duraient jusqu'à la siiprema (tempestas diei),ce qui à l'origine signifiait le coucher du soleil ; puis à partir d'une certaine loi Plaetoria, cela comprit une ou deux des heures précédant immédiatement la nuit.
Ce qu'il faut remarquer avant tout quand on étudie la journée des Romains, c'est que comme les Grecs, ils commençaient leurs occupations de beaucoup meilleure heure que nous.
Cela venait en partie de la douceur d'un climat méridional, où les nuits ne sont jamais aussi longues que chez nous, oii les premières heures de la matinée ne sont jamais aussi froides et humides en été ni aussi glaciales en hiver. Mais cela dépendait probablement plus encore de l'éclairage défectueux des maisons qui rendait difficile tout travail nocturne — la lecture et l'écriture surtout. On allait se coucher de bonne heure et on se levait de bon matin. Les rues, ne l'oublions pas, n'étaient pas éclairées, sauf dans les grandes occasions ; et c'est seulement à une époque postérieure de l'histoire romaine qu'on put fréquenter de nuit les places publiques et les lieux de divertissements. Au^ temps anciens, la lampe à mèche alimentée à l'huile.était inconnue et l'on éclairait les maisons particulières au (moyen de torches ou de grossières chan-
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délies de suif ou de cire ®. L'usage de l'huile d'olive qui fut d'abord importée de Grèce et de l'Est, puis produite en Italie, amena la fabrication de lampes de diverses espèces, grandes et petites ; comme la culture de l'olivier, qui prospère en Italie, s'étendit au dernier siècle A. C. ^, l'usage des lampes à huile se généralisa pour les maisons, les bains, etc. Dans les vieux bains de petite dimension à Pompéi on en a trouvé environ un millier destinées évidemment à l'éclairage nocturne ^^. En dépit de ce progrès et de l'invention des candélabres qui facilita l'emploi des chandelles, il fut toujours impossible aux Romains de faire de la nuit le jour comme nous autres modernes habitants des villes. Il fallait un événement exceptionnel pour qu'on éclairât les rues. Tel fut le cas par exemple dans la nuit fameuse du 5 déc. 53 A. C, quand Cicéron rentra chez lui après l'exécution des conjurés ; le peuple plaça des lampes et des torches devant les portes des maisons et les femmes illuminèrent les toits.
En hiver, dans la saison 011 la privation de toute lumière artificielle rendait les heures du jour d'autant plus précieuses, l'homme laborieux se mettait dès l'aube à son travail ; c'était tantôt un discours à préparer pour le Sénat, tantôt un dossier à revoir pour le tribunal ou des lettres à écrire et, comme nous le verrons, il n'était plus maître de son temps à partir du lever du soleil. Cicéron par exemple écrivait à son frère un matin de février avant que le soleil fût levé^ et on peut croire que les maux d'yeux dont il se plaint parfois étaient dus à l'habitude de lire et d'écrire avant qu'il fît clair. Une fois arrivé à sa maison de campagne, il pouvait en prendre plus à son aise, mais il savait qu'à Rome il risquait d'être envahi, dès le lever du soleil, par la foule venue pour lui présenter ses hommages. Cicéron est le seul homme de son temps dont nous connaissions bien les habitudes. Une génération après lui nous voyons Horace se faire apporter, avant le jour, sa plume et son papier, et plus tard ce travailleur acharné, Pline l'Ancien, passe, avant le jour, des heures à
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son travail, avant de se rendre chez l'Empereur Vespasien lui aussi très matineux ^^. Aussitôt le soleil levé, toute la population était sur pied ; les enfants se rendaient à l'école et les artisans à leur travail.
Horace nous dit qu'un avocat était dérangé parfois au chant du coq par ses clients. (Sat. I, i, 10.) S'il n'exagère pas, nous pouvons croire que les travaux de Cicéron durent être interrompus même avant l'arrivée de la foule ; cependant le cas devait être rare. En principe, c'est pendant les deux premières heures de la matinée que les visiteurs se réunissaient. Dans les temps anciens la coutume avait été d'ouvrir sa porte et de commencer sa journée dès l'aube puis, après avoir salué sa famille et invoqué la bénédiction des dieux domestiques, on vaquait à ses propres affaires et à celles des clients ^^. Quoiqu'on ne nous le dise pas explicitement, il faut croire que les mêmes pratiques duraient encore au temps de Cicéron ainsi que sous l'Empire, comme le savent bien les lecteurs de Sénèque et de Martial ; mais elles s'étaient modifiées et prêtèrent le flanc à la critique et à la satire. Le client du temps de l'Empire était un être méprisable ; tout ce que nous savons de lui au dernier siècle de la République, c'est qu'il existait et pouvait se rendre utile à son patron, entre autres à l'occasion des élections et devant les tribunaux 1^, mais il n'avait pas l'habitude de s'imposer à son attention tous les matins ni de recevoir aucune « sportule ». Quoi qu'il en soit, le nombre des gens, clients au sens légal, ou autres, courriers, hommes d'affaires, visiteurs ordinaires qui désiraient voir un homme comme Cicéron avant sa première sortie était, sans aucun doute, déjà considérable. Faute de se hâter assez, il leur aurait fallu rattraper leur patron dans la rue ou au Forum. A l'occasion, un homme connu put, à dessein, se promener en public pour se mettre à la disposition de ses clients ; Cicéron nous fait entendre clairement que telle n'était pas sa manière ^^.
Pendant ces deux premières heures du jour, un homme
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occupé devait encore trouver le temps de prendre un repas que l'oisif. pouvait remettre à une heure plus tardive. Ce déjeuner matinal nommé ientaculum ^^ était analogue au « café au lait » en usage dans tous les pays de l'Europe, sauf l'Angleterre ; assez nourrissant pour sustenter pendant plusieurs heures, même un grand travailleur. Il est cependant possible de travailler avant ce déjeuner. Galien raconte qu'Antiochus, le célèbre médecin, faisait ses visites à pied dans son voisinage avant d'avoir pris aucune nourriture ^'^. Mais en général un homme occupé faisait un léger repas avant de se rendre à son travail ; ce rejias se composait de pain trempé dans du vin ou assaisonné de miel, d'olives ou de fromage. Celui d'Antiochus par exemple consistait en pain et en miel attique. L'hom le qui avait à vaquer à des affaires politiques ov autres quittaiL-enâiiite&a„jiiaison à la porte de laquelle ses clients, ses amis, les solliciteurs, l'attendaient ; il se rendait au Forum accompagné de tout ce monde qui formait une sorte de cortège. I^es uns le précédaient pour lui frayer le chemin, les autres le suivaient ; si le patron était candidat à quelque élection, il avait des auxiliaires expérimentés, volontaires ^^ ou à sa solde, qui veillaient à ce qu'il ne commît pas d'erreurs de noms ou de personnes et ne manquât à aucun des égards indispensables envers la populace ^^. Tout personnage de marque aimait à avoir et avait en général un cortège d'amis et de suivants quand il descendait le matin au Forum ou se rendait ailleurs pour quelques affaires intéressant l'Etat. lycs précautions que Quintus Cicéron presse son frère de prendre dans la brigue pour le Consulat étaient de mise dans toutes les occasions où un homme public se montrait au peuple. « Je vous conjure, lui disait-il, de ne jamais vous laisser voir autrement qu'accompagné d'une multitude de gens ^^. » On retrouve peut-être là des traces de ce goût des Romains pour les processions, par exemple pour les lustrations de la ferme, de la ville ou de l'armée ^^ ; quelque chose aussi de ce désir de s'entourer d'aides et d'avis utiles dans toutes
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les circonstances de la vie publique ou privée, lequel se manifeste dans l'organisation du conseil de famille et dans celle du tribunal. Il est aisé d'en trouver des exemples dans la littérature du temps ; l'un des plus frappants est la description pittoresque empruntée par Plutarque à un auteur contemporain de Caius Gracchus et qui nous peint le tribun accompagné d'une suite nombreuse. « Le peuple le contemplait avec admiration suivi d'une foule d'entrepreneurs, d'artisans, d'ambassadeurs, de magistrats et de savants, envers lesquels il se montrait affable sans compromettre sa dignité ; gracieux pour tous et sachant proportionner sa manière d'être à la condition de chacun ; prouvant ainsi qu'on le calomniait en l'accusant de tyrannie et d'arrogance ^. »
Arrivé au Forum, s'il n'était retenu ni au tribunal, ni au Sénat, ni occupé à briguer une charge, l'homme public se mêlait à la foule et passait sa matinée en compagnie de ses amis à causer, à s'informer des dernières nouvelles des provinces, ou à examiner avec ses banquiers ou ses agents l'état de ses placements. C'est ainsi qu'un homme du monde aussi sociable que Cicéron aimait à employer sa matinée quand il ne préparait pas un discours ou un livre nouveau — et à Rome il lui était à peu près impossible de trouver le temps nécessaire à un travail littéraire assidu. C'est après cette vie sociable qu'il soupirait en Cilicie : <( une petite promenade et une causerie avec vous vaut tous les profits que rapporte une province » écrivait-il à Caelius alors à Rome ^. Mais c'est aussi ce même Forum encombré d'une foule de bavards ; ce Forum fourmillant de gens occupés, du matin au soir, à mettre toutes les ressources de l'hypocrisie et de la flagornerie à tromper leurs semblables, que Lucilius a décrits dans des vers déjà cités 2*.
A la fin de la matinée, notre Romain rentrait chez> lui pour l'heure du /wwCiè.-(prandium) qui avait remplacé le dîner du vieux temps (cena). Les mêmes causes que chez nous au siècle dernier modifièrent les heures des repas
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chez les Romains : ce fut l'augmentation considérable des affaires publiques de tout genre qui a retardé de plus en plus l'heure du repas principal. Aux deux derniers siècles A. C. le Sénat était accablé d'affaires à régler ; l'art toujours plus parfait des orateurs, le goût toujours croissant pour la parole en public, contribuèrent à prolonger jusqu'à la nuit les séances de cette assemblée ^^ Il en fut de même des tiibunaux devenus le théâtre des joutes oratoires et souvent aussi de ce débordement d'insultes personnelles qin eut tant de charme pour des oisifs avides de distractions. Aussi le dîner avait été retardé de midi environ à la neuvième ou même à la dixième heure ^^. Il fallait donc déjeuner dans l'intervalle. Nous ne savons presque rien du menu de ce repas ; pour beaucoup de personnes ce n'était guère autre chose que la légère collation que les hommes d'affaires de Londres avalent debout devant le comptoir. Nous ignorons si les sénateurs et les avocats prenaient leurs rafraîchissements à la curie ou au tribunal et s'il y avait suspension de séance ou d'audience pour leur donner le temps d'aller se rafraîchir ailleurs. Sous l'Empire il y eut, au moins de temps en temps, interruption des jeux du cirque. Suétone nous dit, en effet {Claud. 34) que Claude congédiait les spectateurs à l'heure du déjeuner tout en restant lui-même à sa place. Un bon mot de Cicéron à propos de Caninius Rebilus, qui fut nommé consul par César le dernier jour de l'an 45 à une heure, prouve bien que l'heure du déjeuner était midi ou peu s'en faut ; « sous le consulat de Caninius, écrit-il à Curius, personne ne déjeuna ^'^. »
Après le prandium, la sieste-4j:wm^î«|fîoj pour quiconque en avait le loisir. Elle est d'usage universel dans tous les pays méridionaux, surtout en été. Des hommes aussi occupés que Cicéron ne pouvaient pas toujours s'accorder ce moment de repos et nous savons qu'à la fin de sa vie quand l'absolutisme de César lui eut imposé un silence forcé au Sénat et au tribunal, il reprit l'habitude de la sieste à laquelle il avait dû renoncer auparavant^.