‹ La vie sociale et ses évolutionsChapitre 21 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les expéditions maritimes et coloniales.

Leurs résultats.

Vers le milieu du xv* siècle, les deux routes usitées pour se rendre aux Indes, celle de Constantinople par terre, et celle d'Egypte et de Syrie par mer, tombent au pouvoir des sectateurs de Mahomet.

Il s'ensuivait pour le commerce général de graves entraves, et la nécessité de lui créer des débouchés plus accessibles. La découverte de la boussole et les perfectionnements appliqués aux constructions maritimes, favorisaient les entreprises aventureuses. Un navigateur portugais, Vasco de Gama, encouragé par le roi Jean II à achever la reconnaissance des côtes de l'Afrique, et à gagner l'Inde en contournant l'extrémité méridionale du continent africain, exécute ce projet sous le règne du roi Emmanuel, double le cap de Bonne-Espérance, et gagne Calicut en 1498, retournant ensuite en Portugal par Magadoxo et Zanzibar. Presque à la même époque, Christophe Colomb, chargé d'une exploration de l'Océan Atlantique, abordait sur les côtes occidentales de l'Amérique — qu'il prenait pour la partie orientale de l'Asie — et y arborait la bannière des Rois Catholiques d'Espagne, Ferdinand et Isabelle.

Grâce à ces brillantes expéditions, auxquelles il

aiit joindre celle de Magellan en 1519. on sétait non ~>nilement acquis les moyens d'arriver aux Indes par les voies nouvelles, mais on avait pris possession d'un ontinent inconnu. Le commerce, jusqu'alors en .rande partie terrestre, allait se transformer et devenir essentiellement maritime. Les États italiens perdaient un monopole longtemps incontesté, et les peuples de l'Ouest voyaient s'ouvrir à leur profit, par lelà l'océan, de vastes territoires et de riches marchés. Tandis que les NTénitiens évacuaient Chypre et Candie, envahis par les Turcs, et que le Magreb devenait un repaire de pirates. les épices d'Orient dérivaient vers Lisbonne, d'où on les expédiait dans le nord de l'Europe.

Les Portugais furent les premiers à recueillir les

avantages de ces changements imprévus. Dès l'année

1481. une bulle de Sixte IV leur avait concédé toutes

les régions explorées par eux en Orient. Un des leurs.

Cabrai, parcourant les mers, était arrivé au Brésil.

Des difficultés pouvaient en résulter entre l'Espagne —

qui s'attribuait l'Amérique — et le Portugal qui s'était

léjà résené un empire colonial en Asie. L'autorité Pa-

ale intervint encore à cette occasion, et Alexandre VI

partageant le monde extra-européen entre les deux

jouissances rivales, sanctionna les prétentions portu-

i-^aises sur les terres brésiliennes.

Le commerce portugais jouissait de facilités excepionnelles. Madère et l'archipel des Canaries. Tercère t l'archipel des Açores. San Yago et l'archipel du 1 ap Vert, lui sen aient de points de ravitaillement et le relâche dans ses rapports avec l'Amérique et l'Hinioustan : Goa. était son entrepôt aux Indes ; Mélendre lui donnait accès en Afrique ; Macao. Ormuz et Soco ora. en Chine, au Japon, en Perse, en Arabie et dans la mer Rouge.

Ces installations consistaient plutôt en comptoirs lortiBés qu'en véritables centres coloniaux. Les inté-

rets agricoles et manufacturiers y étaient sacrifiés aux exigences du trafic. Celui-ci. ne dépassait pas Lisbonne, sa station finale. Les étrangers après s'y être aj)provisionnés, avaient à expédier eux-mêmes leurs achats à destination. Tout citoyen portugais jouissait du droit de commercer aux Indes, mais après y avoir été autorisé par le Gouvernement, qui se réservait comme source de revenus les affaires les plus importantes.

L'union de l'Espagne et du Portugal, sous Philippe II, fut une cause de ruine pour les négociants portugais. Rentrés en possession de leur indépendance en 1640, ils ne purent reprendre leur ancienne prospérité. La traite des nègres, âprement exploitée, donna pendant quelque temps une certaine valeur à leurs possessions d'Afrique, qui se ressentirent de l'abolition de l'esclavage.

Le Brésil, peu apprécié d'abord, procura des gains plus sérieux. On n'y avait pas soumis les émigrants à des règlements vexatoires, et ils s'y étaient appropriés de fertiles territoires, qu'une main-d'œuvre abondante, fournie par les indigènes asservis, leur avait permis d'utiliser. La culture de la canne à sucre y faisait de notables progrès. Des navires nationaux étaient expédiés régulièrement vers les côtes brésiliennes et en revenaient richement chargés.

La création, au xvni" siècle, de Compagnies privilégiées, causa quelque préjudice au commerce portugais avec le Brésil, bientôt compensé par la découverte de mines de diamant de grand rapport, et par la création de plantations de café, d'un avenir assuré. La Maison royale de Bragance. dépouillée en 1808 de ses possessions d'Europe, se vit forcée de se réfugier au Bré^sil. Une ère nouvelle s'y préparait, le prince régent, plus tard Jean VI, opère dès son arrivée d'utiles réformes et ouvre le pays au commerce étranger. Quand il rentra k Lisbonne, en 1816,

le? Cultes s'efforcèrent de réduire les concessions accordées. Le nouveau régent, dom Pedro, proclama l'indépendance de la colonie, et prit le titre. — après avoir renoncé à la couronne portugaise. — d'empereur du Brésil, titre que le Portugal finit par reconnaître le 29 août 1825.

Le domaine colonial portugais est réduit aujourd'hui aux Açores. aux îles de Madère et de Porto Santo. à l'archipel du cap Vert : aux établissements de Sénégambie. d'Angola et du Congo : aux îles du Prince et de Lan Thomé : à la province de Mozambique : aux entrepôts de Goa. Diu et Macao en Asie ; à Dillé et à Kambing en Océanie. Une administration défectueuse y prédomine et en retarde le développement.

Les Espagnols qui émigrèrent en grand nombre, ainsi que les Portugais, à la recherche de terres nouvelles. Il y étaient pas attirés par les mêmes motifs. Recrutés presque tous dans la noblesse et dans l'armée, et se trouvant sans emploi après la défaite des Maures, eux aussi voulaient faire fortune, non dans les transactions commerciales ou manufacturières, comme leurs voisins, mais par l'exploitation des richesses minières des pays conquis, et l'exercice d'une autorité illimitée sur des populations qu'ils tenaient à honneur de convertir au Catholicisme.

Leur premier établissement s'éleva à Hispaniola. aujourd'hui Haïti, d'où ils se répandirent bientôt à Cuba, Porto-Rico et la Jamaïque. Poursuivant leur expansion, de 1519 à 1524. ils subjuguent le Mexique, puis de 1526 à 1536 le Pérou et ses annexes. Leurs dépendances coloniales s'étendent dès lors chaque année, et finissent par comprendre, en Amérique à part les régions déjà citées, la Trinité. Sainte-Marguerite. Roca. Orchella. Blanca. pluseiurs îles des Lucques, la. Californie. l'Uruguay, le Tucuman. le Chili, et les îles situées dans le voisinage de la Pata-

gonie : en Afrique. Oran. Mazalkivir. Malella, Pegnon de Velaz ; dans l'Atlantique les iles Canaries ; en Asie, les Philippines et des comptoirs aux îles de Saint-Lazare et des Larrons.

Partout, dans cet immense empire, sur lequel le soleil ne cessait de briller, furent introduits des ordres religieux richement dotés, ainsi qu'une hiérarchie de fonctionnaires représentant les intérêts de la couronne, contempteurs de tout progrès et de toute liberté individuelle. Le commerce y fut circonscrit, asservi, constitué en monopole.

Daus ces conditions, peu d'améliorations étaient réalisables. Le gouvernement espagnol s'efforçait de préserver ses sujets de tout contact étranger, et pratiquait rigoureusement une politique d'isolation. Il n'était pas interdit, cependant, aux habitants de l'Amérique espagnole, de fonder des manufactures et des fabriques d'articles divers, réservés à leur usage. Il s'en forma à Quito et dans quelques autres localités, mais peu nombreuses. Les Espagnols, en grande majorité, n'avaient pour les travaux industriels qu'un dédain non dissimulé.

Les marchandises d'origine européenne étaient expédiées aux colons, primitivement, par les négociants de Séville : plus tard, par ceux de Cadix. Deux convois maritimes traversaient annuellement, pour le ravitaillement des colonies espagnoles. l'Océan Atlantique. L'un était destiné à la Nouvelle-Espagne, l'autre aux provinces de l'Amérique moyenne et méridionale.

Porto-Bello avait le monopole du commerce avec le Pérou et le Chili : les îles Philippines ne recevaient tous les ans qu'un seul vaisseau, allant de Manille à Acapulco.

Les vices d'une telle organisation se manifestèrent si vivement qu'il devint nécessaire d'y pourvoir. Une réforme s'imposait, et fut accomplie à l'avènement des Bourbons.

Charles IV jdivisa l'administration des colonies entre les cinq ministères de la métropole. Une contrebande des plus actives, surtout à partir du xYiii' siècle, diminuait considérablement, d'année en année, l'importance des relations d'échange entre l'Espagne et ses colonies. Diverses ordonnances rendirent plus de liberté au commerce, et leurs etîets furent d'abord favorables. Beaucoup d'abus toutefois avaient été maintenus. Ils provoquèrent des troubles, suivis d'une révolte générale et de la perte pour l'Espagne de ses possessions continentales américaines.

Déjà, quelques années auparavant, elle avait dû renoncer à la partie orientale de Saint-Domingue, et à l'île de la Trinité, cédée à l'Angleterre.

Les États-Unis, en 1898. la dépouillèrent d'autres riches colonies. Il ne lui reste plus actuellement que quelques épaves de son ancienne puissance maritime.

Les Hollandais, au xvi* siècle, entrant en lutte avec les Espagnols, s'étaient non seulement soustraits à leur domination, mais avaient ruiné la fortune commerciale d'Anvers, restée dépendante des destinées de l'Espagne. Partout, sur toutes les mers, les marins bataves se présentaient en compétiteurs.

Leurs progrès furent remarquables. Etablis à Java, ils disposent bientôt du commerce de l'Inde : l'occupation de Formose leur ouvre les marchés de Chine et du Japon : ils s'essaient aux cultures orientales dans les Moluques : exploitent les girofliers d'Amboine: les muscadiers des îles Banda: les canneliers de Ceylan. Batavia devient leur centre gouvernemental.

Toutes ces conquêtes étaient régies par une association, la Compagnie hollandaise des Indes orientales, dont les agents, contrairement à ce qui se passait dans les colonies espagnoles, ne s'intéressaient à .l'origine qu'aux opérations mercantiles, sans aucune

idée de propagande religieuse ou de conquêtes militaires.

Bientôt, cependant, désireux de se rendre maîtres du commerce des épices. ils en restreignent la production pour en élever les prix. Des embarras politiques ne tardent pas à en résulter, et les finances de la Compagnie, trop prodiguées, se désorganisent. Des bénéfices qu'elle réalisait en s'occupant du cabotage entre les divers pays de l'Extrême-Orient, couvrirent pendant quelque temps ses pertes. L'intervention des Anglais lui enleva ces ressources. En 1795, le gouvernement Métropolitain réduisit le monopole de la Compagnie aux relations avec le Japon et la Chine, afîranchissant le commerce des Indes orientales de toutes entraves.

Une colonie agricole avait été fondée au cap de Bonne-Espérance, et y prospérait, bien que contrariée, dans son développement, par des restrictions vexatoires.

Encouragés par leurs premiers succès en Orient, les Hollandais avaient créé en 1621 une Compagnie des Indes Occidentales, avec privilège de trafiquer en Amérique, d'y établir des colonies et d'y construire des forts.

S'étant emparés des îles de Curaçao, et de Saint- Eustache, aux Antilles, ils y inaugurent un commerce de contrebande avec les colonies espagnoles. Passant au Brésil, ils y font quelques conquêtes, de 1630 à 1640, sans pouvoir s'y maintenir. Leurs entreprises ne s'étaient pas bornées à l'Amérique du Sud. Ils avaient installé dans le nord du continent une colonie agricole qui donna naissance, quelques années plus tard, à l'État de New^-York. dont d'autres possesseurs devaient bientôt assurer la haute fortune.

La Hollande, annexée à la France en 1811. se trouva durant quelque temps sans rapi)orts avec ses colonies, envahies par les Anglais. Ils ne lui enlevèrent

cependant à titre définitif que le cap de Bonne- Espérance, de haute valeur, il est vrai, comme station navale et lieu de ravitaillement.

L'n traité, négocié à Londres en 1814. fixa les limites des colonies hollandaises. En 1824. Singapore et les établissements de la presqu'île de Malacca furent cédés à l'Angleterre, en échange de diverses possessions dans le sud-ouest de l'île de Sumatra. En 1860, un nouveau traité délimita les terres occupées respectivement par les Hollandais et les Portugais, dans l'île de Timor; l'archipel de Sulor fut attribué aux premiers, moyennant une somme de 200,000 florins.

L'Empire d'outre-mer de la Hollande comprend actuellement l'île de Java, l'île de Madura, les Moluques. Amboine, Banda. Ternate et Tidor, où régnent des sultans vassaux; les îles de Penca et Billiton ; les îles de Riouw, une partie des Célèbes ; Macassar, Menado, Sumatra sud-ouest ; Palembang. Sampong. Atchin. Bornéo sud-ouest ; et. comme il a été dit ci-dessus, la partie occidentale de l'île de Timor et quelques îles des Antilles.

Vingt-cinq millions d'hommes y obéissent à un gouvernement étranger, qui ne dispose que de quelques corps de troupes. L'ancien monopole du commerce des épices n'existe plus depuis 1870. A Java, les chefs Malais sont devenus des intermédiaires entre le gouvernement Néerlandais et la population indigène.

La Hollande doit à ses colonies et à son commerce de transit avec l'Allemagne, la grande importance de son activité mercantile.

L'Angleterre, qui ne s'occupa de colonisation qu'après l'Espagne, le Portugal et la Hollande, en a retiré plus d'avantages que ses devanciers. Son système de colonisation, variable selon ses conditions d'application, présente un grand intérêt.

L'Amérique du Nord, très adaptée à l'établissement

i66 LA VIE SOCIALE ET SES ÉVOLUTIONS

de colonies de peuplement, servit de refuge, à la lin du XVI* siècle, à de nombreux émigranls anglais quittant leur j)ays par suite de la transformation, à cette époque, des terres arables en prairies destinées à l'élevage du bétail.

Le manque de travail dans les campagnes ; le chômage de différents métiers dans les villes ; les querelles religieuses alors prévalentes en Grande Bretagne donnaient de l'intensité à cet exode.

Quelques riches anglais, désirant en tirer des bénéfices, .obtinrent par patentes royales la cession de certains territoires américains, à condition d'y installer des cultivateurs. Us y fondèrent une première classe de colonies, dites des propriétaires ; plusieurs compagnies de marchands suivirent leur exemple, et inaugurèrent une autre classe d'exploitations, les colonies à Charte ; enfin, des particuliers, ne comptant que sur leurs etTorts individuels, mirent en culture de vastes terrains, qui se rattachèrent plus tard à un troisième groupe, les colonies de la Couronne.

Tous ces centres agricoles, malgré leur diversité d'origine, tant à cause de leur éloignement que de l'esprit d'indépendance de leurs habitants, finirent par s'administrer eux-mêmes. Dès l'année 1024,1a Virginie maintenait que sa législature avait seule le droit de lever des taxes, et le Maryland soutint la même thèse en 1634. Une quantité d'émigrants venaient chaque année accroître la population anglo-saxonne en Amérique. On s'y plaignait toutefois du défaut de maind'œuvre. On eut recours, pour y suppléer, à la déportation des criminels et à l'introduction d'engagés astreints à un service temporaire. L'esclavage finit par être mis en j)ratique. et, dès l'année 1620, des nègres furent débarqués en Virginie, puis dans les deuxCarolines. Les indigènes, d'abord traités avec ménagement, puis repousses vers l'ouest à la suite d'une

guerre d'extermination, menaient une existence précaire et toujours menacée.

Leurs vainqueurs, les colons anglais, tout en jouissant d'un régime administratif très libéral, étaient moins favorisés au point de vue mercantile. La Métropole veillait à pourvoir exclusivement à leur consommation d'articles industriels, et au transport de leurs produits, consistant en matières premières utilisées dans les manufactures britanniques. Il en résulta une irritation qui devait tôt ou tard se manifester en rébellion. Lorsque celle-ci éclata, bientôt irréductible, on crut en Angleterre à la ruine du commerce et de rindustrie. tandis qu'au contraire les relations entre les États-Unis d'Amérique et leur ancienne métropole reprirent bientôt et se multiplièrent chaque année.

Le Gouvernement anglais ne renonça pas tout d'abord à son ancien système colonial. Les Antilles britanniques en souffrirent considérablement. Restrictif commercialement, comme l'était alors celui de toutes les nations colonisatrices, il en différait par des libertés civiles et administratives, qui éveillaient parmi les colons un esprit d'entreprise des plus recommandable et des habitudes de travail et d'économie profital)les à tous.

Le Canada, après avoir été occupé par les Français au xvif siècle, passa sous la domination anglaise en 1763. Les colons qui s'y étaient fixés, eurent à souffrir d'abord de cette annexion. Des règlements excessifs leur furent appliqués, assez arbitrairement, et l'appropriation des terres y donna lieu à des spéculations nuisibles aux intérêts régionaux. D'autre part et comme compensation, un Conseil législatif nouvellement formé fut appelé à prendre part aux affaires publiques, et divers privilèges furent accordés aux Communes.

Malgré quelques révoltes partielles, résultant de démêlés entre l'élément français et l'élément anglais.

le Canada est actuellement en pleine prospérité. De grandes maisons de commerce ont été fondées à Ottawa, Québec, Montréal, Halifax, et leurs relations avec les États-Unis el rEuro])e progressent rapidement. La liberté commerciale la plus complète leur a été reconnue par la Métropole, et il ne dépend que de la colonie, maîtresse de son organisation douanière, de la maintenir.

Une loi du 29 mars 1867 a apj)rouvé l'union politique du Haut et Bas Canada, de la Nouvelle Ecosse, du Nouveau-Briinswick, en un Jj]tat colonial appelé « Dominion », ayant un vice-roi et un parlement autonome. En 1858, l'exploitation de gisements aurifères sur les bords du Fraser, y attira une quantité d'émigrands. qui y créèrent un centre de colonisation, la Colombie britannique. Le « Dominion », agrandi en 1870 du Manitoba, s'augmenta en 1871 de la Colombie et de l'île de Vancouver ; en 1873, de l'île du Prince- Edouard. La grande île de Terre-Neuve, qui dépend aussi de l'Empire colonial anglais, n'a pas été rattachée jusqu'à ce jour, à l'Union canadienne.

Très heureux dans leurs travaux de colonisation au Canada, les Anglais ont rencontré plus de difficultés dans les colonies du Cap, en Afrique, enlevées à la Hollande en 1806, et définitivement annexées en 1815. Il s'agissait d'y neutraliser l'influence des Boërs, ou paysans Hollandais, répandus dans le pays, et d'y attirer dans ce but un courant d'émigration étrangère. Les Boërs refusant de se mêler aux nouveaux venus, étaient partis en grand nombre vers l'intérieur, et y avaient fondé les établissements indépendants d'Orange et du TransvaaI.

L'administration anglaise cherchait cependant à se concilier les colons du Cap en leur reconnaissant la liberté municipale, et en leur accordant une constitution comportant une législature élective. En 1849, une nouvelle région, d'une superficie de 18.750 milles

arrés. celle du Natal, s'ouvrit à la colonisation britannique, dont elle augmenta les ressources.

Les Boërs, cependant, continuaient à ne pas vouloir

y rallier. La découverte de mines de diamant, près <ie la République d'Orange, donna lieu à un conflit. L'Angleterre réclama la possession de ces mines, dont elle s'empara en 1876. L'indépendance du Transvaal avait été reconnue en 1852. Les autorités anglaises revinrent sur cette décision en 1877. tandis que le président Biirgers était engagé dans une guerre contre les Cafres. et voulurent s'annexer le pays. Les Boërs prirent les armes, et défendirent victorieusement leur autonomie à Bronserspruit et à Majuba. Une convention, signée à Pretoria en 1881, la leur rendit. Ils durent cependant, trois ans plus tard, s'engager à ne pas conclure de traités avec des puissances étrangères sans ratification britannique.

Telle était la situation lorsqu'on constata lexistence, dans le district transvaalien de Johannesburg, d'importants gisements aurifères. Leur mise en œuvre y fit affluer des mineurs étrangers qui, soutenus par l'Angleterre, prétendirent prendre part à l'administration locale, et y faire prédominer leurs intérêts. Une crise était proche, et elle éclata bientôt avectoute la violence d'un choc entre deux races ennemies, nergiquement rivales.

Elle occasionna à la Grande-Bretagne d'énormes ^acrifices d'hommes et d'argent. Une quantité de femmes et d'enfants boërs, dont les protecteurs naturels se trouvaient sous les drapeaux, périrent de privations et de maladies dans les camps de concentration, où les Anglais les avaient confinés pour mieux assurer la soumission des belligérants.

La République d'Orange fut réunie aux possessions britanniques, le 26 mai 1899. En 1902, le Transvaal lessa d'exister comme État indépendant, et reçut le nom de Colonie de la rivière VaaI. Depuis lors, les

exigences des Compagnies minières ont provoqué l'introduction dans, le pays d'un nombre considérable de coolies dont la situation y est des plus précaires, et qui n'en ont pas augmenté les conditions de stabilité.

Les vastes et fertiles territoires asiatiques ont attiré de bonne heure l'attention des Anglais. Dès Tannée 1599. l'une de leurs plus célèbres associations, la Compagnie des Indes Orientales, y faisait concurrence aux Hollandais. De 1602 à 1612, elle avait édifié des comptoirs à Bantoue et à Surate, puis quelques années après des factoreries à Madras. Privée de sa charte sous Cromwell, elle la récupère sous Charles II, et fait ses premières expéditions de thé, bientôt très fructueuses. En 1696, elle détient Calcutta : en 1720, elle divise ses possessions en trois présidences, ayant respectivement pour chef-lieu : Calcutta, Bombay et Madras.

Une concurrence d'abord très sérieuse, celle de la Compagnie Française des Indes Orientales, nuisait à ses opérations. Des hostilités en résultèrent, qui tournèrent à son avantage, et lui fournirent l'occasion de s'emparer des États du Grand Mogol, dont l'empire achevait de disparaître.

Malgré ses succès, la puissante Compagnie, tout en donnant une vive impulsion au commerce britannique, ne se trouvait pas financièrement dans une situation florissante, à cause des remises qu'elle avait à faire, très fréquemment, au Gouvernement central, afin d'en obtenir le maintien de ses ])rivilèges. Son domaine territorial n'en augmentait pas moins, et très rapidement. Elle y joignit en 1824 divers districts de la côte orientale du golfe de Bengale, ainsi qu'Assan et Bhartfore.

D'autre part, l'opinion publique en Angleterre commençait à réagir contre les concessions exclusives. Par suite de ce revirement la Compagnie perdit en partie ses prérogatives, de même que le commerce exclusif

«la thé. Les marchés de rinde. pour la première t'ois, turent ouverts à toutes les nations amies, liées à la Métropole par des traités particuliers. Les ports dépendant de la Compagnie, ses territoires, ses créances, furent transmis au Gouvernement, qui prit f^ sa charge la liquidation iînancière de l'association. l'Ile-ci conserva cependant l'administration de l'Inde, pour une période de vingt ans. sous la surveillance d'un bureau de contrôle. Un gouverneur général, assisté dun Conseil, présidait aux atïaires civiles et militaires. La période qui suivit ces réformes fut signalée par de fréquentes guerres, après lesquelles l'État de Maïssour. le royaume de Sind. le Satera, le Pandjob. et le royaume de Pégou passèrent sous l'autorité anglaise.

Une terrible révolte des Cipayes, ou soldats hindous, en 1857. amena la suppression de la Compagnie ^'t la création d'un Conseil législatif siégeant à Calcutta. Les indigènes furent admis, dans certaines limites, à la gestion des intérêts publics, sous la direction d'un vice-roi. en rapports avec un Ministère responsable, siégeant à Londres. Son pouvoir s'étend sur plus de 255 millions d'hommes, dont 119 millions dans les États administrés directement par l'Angleterre, et 56 millions dans les États tributaires ou protégés.

Indépendamment de l'Hindoustan. les Anglais possèdent dans l'Arabie méridionale. la ville forte d'Aden, point de relâche à l'entrée de la mer Rouge ; Périm; l'ile de Ceylan ; Labouan ; Hong-Kong et les Straits -ettlements.

L'Australie, ce vaste continent océanien, exploré dès le xvi* siècle par les Portugais, et plus tard parles Hollandais, reçut une colonie anglaise en 1788, qui donna le nom de Nouvelle-Galles du Sud à la région occupée par elle. Ce premier établissement en amena d'autres : dans l'Australie du Sud. en 1834; sur le

territoire de Victoria, en i851 ; au Queensland, en 1859. La colonie de Tasmanie fut fondée en 1825; l'Australie de l'Ouest reçut des émigrants en 1829 ; celle du Nord, en 1854.

Aujourd'hui, chacune de ces subdivisions ])0ssède une organisation politique séparée, ainsi cpi'un ensemble économique dont l'influence sur les transactions mercantiles, en général, augmentera d'année en année. La Nouvelle-Zélande, qui se rattache naturellement aux groupes australiens, reçut ses pionniers anglais en 1850. Ils appartenaient généralement à la classe moyenne, et disposaient d'un certain pécule.

On a relevé en Nouvelle-Zélande de riches gisements de houille, de minerais de cuivre et de fer.

L'Empire colonial britannique a acquis une extension considérable. Indépendamment des pays déjà cités, il comprend en Océanie les îles Viti ; en Amérique, le Honduras anglais, les Bermudes, les îles Bahama, la Jamaïque, Sainte-Lucie, Grenade, Tabajo, les Barbades, la Trinité, les îles du Vent, la Guyane anglaise, les îles Falkland; en Afrique, la Côte de l'Or, le Lagos, Sierra-Leone, la Gambie, la basse vallée du Niger, Sainte-Hélène, l'Ascension, l'île Maurice, les Seychelles, la Côte des Somalis. A titre temporaire, il régit l'Egypte et le Soudan égyptien.

Les découvertes maritimes réalisées au xv* siècle par les PortKgais et les Espagnols, étaient de nature à exciter quelque émulation parmi les navigateurs français. Il s'ensuivit que des marins de Diepi)e explorèrent les côtes américaines et, qu'en 1504, Paulmier de Conneville aborda au Brésil. Quelques années plus tard, Jean Parmentier visita Sumatra, les Moluques, les Maldives et Madagascar.

François I" favorisa ces expéditions, faites à l'aventure et dans un but exclusivement commercial. Elles comprirent une grande partie du littoral américain.

de la Géorgie au Cap-Breton; Verazzano prit possession de Terre-Neuve; Jacques Cartier du Canada, où il fut suivi plus tard par Pierre du Guast et Champlain.

Les guerres de religion, sans interrompre entièrement ces essais d'expansion nationale, leur furent peu favorables. Sous le règne d'Henri IV, les Français reconnurent la Guyane, à laquelle s'intéressa Richelieu, qui y fit fonder la ville de Cayenne.

On s'occupa de développer en France des industries nouvelles, et entre autres le tissage des étoffes de soie et des draps d'or et d'argent. On y fabriqua des verreries, des cristaux, à l'instar de Venise; des tapisseries de haute lisse, empruntées à la Flandre; des toiles de Hollande; des crêpes de Bologne; des tapis d'Orient ; des tapisseries de cuir doré. Ce fut aussi sous le règne d'Henri IV qu'on introduisit dans le pays les moulins et martinets pour trancher et filer le fer et le cuivre. Des traités de commerce furent conclus avec l'Angleterre, la Turquie. l'Espagne, les Etats allemands et italiens, le Maroc. Les marchandises étrangères furent soumises à des droits égaux à ceux qu'on appliquait, dans leur lieu de provenance, aux produits français. Une Chambre de Commerce fut créée, avec faculté de proposer des réformes.

Dans l'intervalle. Belin d'Esnambrouc prenait possession, dans les Antilles, de Saint-Christophe, de la Martinique, de la Guadeloupe, tandis que des flibustiers, également de nationalité française, s'établissaient à l'île de la Tortue, puis à Saint-Domingue.

Durant la minorité de Louis XIII. Pronis débarqua à Madagascar, et quelques mois plus tard dans l'ile de la Réunion, qu'il acquit à la France.

L'agriculture était en progrès et s'enrichissait de la betterave, importée d'Italie ; du ma'is, originaire d'Amérique ; du tabac ; du houblon ; du sainfoin ; de la luzerne: delà pomme de terre. On se préoccupait

du règlement des raj)ports commerciaux et de la balance entre les importations et les exportations. Il sembla bientôt utile de fermer, autant que possible, les marchés nationaux aux marchandises étrangères, afin d'y faciliter la vente des articles de production locale, et de protéger ceux-ci contre toute concurrence. Ce régime d'exclusion avait déjà été mis en pratique sous Philippe le Bel et sous Charles IX, et fut aggravé sous Louis XIII et Louis XIV.

Les colonies étaient considérées, à l'origine, comme destinées uniquement à fournir des ressources nouvelles à leur métropole. L'accès des marchés coloniaux était interdit aux produits étrangers ; les trans[)orts entre la France et les colonies, et réciproquement, étaient réservés à la marine française : les produits coloniaux ne pouvaient être exportés que vers la Métropole: un traitement de faveur leur était accordé en France, comme compensation aux senitudes que la Métropole imposait à ses établissements d'outre-mer.

Pendant un siècle et demi, le commerce colonial fut dépendant de compagnies privilégiées. L'une de celles-ci fut chargée, en 1628, d'exploiter le Canada et toute la côte de l'Amérique septentrionale, depuis la Floride jusqu'au Cercle arctique. Les colons, agriculteurs ou chasseurs, entretenaient un nombreux clergé, auquel ils payaient la dîme. Les Anglais et les Hollandais cherchaient à tirer d'eux quelque })rolit par un commerce de contrebande.

En 1673. un explorateur, Cuvelier de la Salle, arrivt' jusqu'au Mississipi par la rivière Wisconsin, suit le cours du fleuve jusqu'à son embouchure dans le golfe du Mexique, et prend possession, au nom de Louis XIV. du territoire connu sous le nom de Louisiane.

Toutes ces conquêtes, mal administrées et sans cohésion entre elles, devaient être perdues pour la

France, et passer plus tard à l'Angleterre et aux États-Unis.

La Compagnie Française des Indes occidentales abusait de ses privilèges, aux Antilles, Les colons finirent par se révolter, et obligèrent le Gouvernement à autoriser tous les armateurs français à faire le commerce avec eux. En Guyane, les défectuosité du système d'appropriation des terres nuisaient à la prospérité publitjue. Colbert. le grand ministre de Louis XIV, entreprit en 1664 de fonder une Compagnie des Indes orientales. Elle devait jouir, pendant cinquante ans, du privilège du commerce et de la navigation aux Indes et dans toutes les mers d'Orient et du Sud.

Elle obtenait à perpétuité la concession de toutes les terres, places et îles qu'elle pourrait conquérir, y compris Madagascar. On donnait à la Compagnie une prime de 50 francs par tonneau de marchandises à l'importation, et de 75 à l'exportation, pour tous vaisseaux équipés et chargés en France- Tous ces avantages ne purent lui donner une vitalité réelle.

En 1717. un revirement se manifeste dans l'administration coloniale, sous les auspices du célèbre financier Law. Après avoir obtenu pour vingt ans le monopole du commerce dans l'Amérique du Nord, il fonde diverses compagnies, qu'il réunit toutes en une seule association. Un règlement atïranchit de tous droits les marchandises destinées aux îles, diminua les droits sur les produits des îles réservés à la consommation de la Métropole, et autorisa la sortie des denrées des îles en destination de France, moyennant un droit de 3 p. 100.

Grâce à ces dispositions, les Antilles françaises, qui se trouvaient dans les conditions les plus favorables pour la culture de la canne à sucre, devinrent très prospères.

La France coloniale, à la fin du règne de Louis XIV,

ne manquait pas d'étendue. En Amérique, elle disposait de la Louisigine ; en Afrique, de divers comj)toirs au Sénégal ; aux Antilles, de quelques îles en plein rapport ; en Hindoustan. de plusieurs possessions d'avenir. Elle avait, en outre, acquis des droits sur Madagascar.

La révolution de 1789. et plus tard la période impériale, nuisirent considérablement aux progrès coloniaux. A la perte du Canada, remontant à l'année 1763, vint s'adjoindre celle de la Louisiane, vendue aux Etats-Unis. Les agents français aux Indes, mal appuyés, n'avaient pu y empêcher l'expansion anglaise ; les îles des Antilles subissaient une crise économique et sociale, par suite de l'abolition, sans période transitoire, de l'esclavage, qui y fournissait la maind'œuvre. L'île de Saint-Domingue, en 1789, fut le théâtre d'horribles massacres, et cessa d'appartenir au domaine français.

Un faible relèvement se manifeste sous la Restauration, et s'accentue sous les auspices du Gouvernement de Juillet, en 1830.

Un événement fortuit, ayant pour conséquences une question de point d'honneur national, attire les forces françaises en Algérie, ({u'elles finissent par subjuguer, après de longues et pénibles campagnes. Plus tard, en 1881. elles occupent la Tunisie et y créent un protectorat qui y rétablit l'ordre et la paix. La Guyane et la Nouvelle-Calédonie deviennent des colonies pénitent/iaires ; les établissements du Sénégal tendent à s'accroître et à prendre plus d'importance. Dans les îles des Antilles, on cherche à su[)pléer au travail des esclaves par l'introduction de machines, agricoles et manufacturières. L'adoption du suffrage universel, dans ces régions, a eu pour effet d'y faire tomber tous les pouvoirs aux mains de la population noire, ce qui n'est pas sans présenter quelques périls.

La France dispose actuellement de possessions avantaireiises. sur les rives du Congo et sur celles du Tschilsango. mais n'en a pas encore exploité suffisaninioiit les ressources. La conquête récente qu'elle a faite du Dahomey, lui permet d'atteindre le Niger et d'y rattacher ses territoires plus septentrionaux.

L'île de Madagascar, dont la superficie est de 500.000 kilomètres, soumise d'abord à un protectorat, en 1885. est devenue colonie française en 1896. Sa valeur économique s'est accrue, les voies de communication ayant été améliorées.

De l'ancienne Inde française il ne reste que Pondichéry. Janaon. Kéribal. Mahé et Chandernagor.

L'Indo-Chine. acquise à la France en 1858. est d'une grande importance. Elle a pour subdivisions laCochinchine. le Cambodge. l'Annam et le Tonkin. La Cochinchine. douée d'un sol fertile et arrosée de nombreux cours d'eau, produit en abondance du riz. des bois de teinture, des poissons, du poivre, des graisses, etc. On y exploite quelques gîtes argentifères, et la ville de Saigon, capitale du pays, présente une certaine prospérité commerciale. L'Annam et le Tonkin. progressent plus lentement, tout en otïrant des perspectives d'avenir.

Les colonies françaises, à toute époque, ont été trop sévèrement et trop strictement réglementées. L'intervention constante de l'autorité métropolitaine n'y a pas laissé assez de liberté à leurs habitants, dont elle H fréquemment combattu l'esprit d'initiative. La création de nombreux monopoles, engageant l'avenir en vue d'éviter le versement d'une première mise de fonds, jugée urgente, y a pesé lourdement sur le commerce et l'industrie, dont il eût fallu au contraire, sous l'empire d'un régime libéral, provoquer le plein essor.

Le Danemark n'a pour colonies que les îles Féroé, l'Islande, le Groenland, et les îles de Saint-Jean.

Sainte-Croix et Saint-Thomas, aux Antilies. La population aux îles Féroé, au Groenland et en Islande, est rare et clairsemée. On signale, dans ces diverses régions, des richesses minérales jusqu'à présent peu exploitées. Quant aux petites îles des Antilles, elles n'ont acquis une importance relative que par leur trafic, ayant été ouvertes au commerce libre, dès 1834. ce qui en a fait d'utiles entrepôts pour l'approvisionnement de l'Amérique centrale. L'île de Saint-Barthélémy, appartenant à la Suède, jouit des mêmes avantages, mais moins assurés. L'Allemagne, longtemps divisée en nombreux Etats, fréquemment en guerre, n'a pu s'occuper que fort tard d'entreprises coloniales. Elle y avait cependant un vif intérêt à cause de sa population, et de la nécessité de lui ménager des moyens d'expansion. Le vaste continent africaiji présentait encore des régions accessibles à l'émigration européenne. Les Allemands établirent leur j)rotectorat, en 1882. sur Angra-Paquena et une bande d'environ 1.300 kilomètres dans le pays des Namaquas. Angra-Paquena est une baie ouverte sur l'océan Atlantique, à peu de distance du Cap.

Ils s'installèrent ensuite au Cameroun, dans une section de territoire comprise entre les possessions anglaises du Niger et le Congo français. Ils y ont acquis des débouchés, par la Sanga et le réseau navigable du bassin du Congo. La côte, d'une longueur de 500 kilomètres, n'offre d'autre bon abri que l'estuaire du Cameroun, annexé depuis 1884. On en exporte du caoutchouc, de l'huile de palme, du cacao, de l'ébène et de l'ivoire.

L'Allemagne obtint plus tard, après convention conclue en Angleterre en 1890, une section de la côte africaine orientale, située en face de l'île de Zanzibar et se prolongeant à l'intérieur jusqu'au lac Tanganyika. C'est la plus grande des colonies allemandes. Elle est limitée par l'Afrique orientale anglaise, le Congo

belge, la Zambézie et TAfrique orientale portugaise. Les ressources minérales de cette contrée sont peu importantes, mais elle contient des steppes qui conviennent à l'élevage des bestiaux. 11 s y opère un certain commerce d'ivoire, de cocos, de caoutchouc et de copal.

Indépendamment de leurs établissements en Afrique, les Allemands possèdent deux grandes îles du groupe insulaire de Samoa, en Polynésie, et une partie de la î^uvelle-Guinée. au nord de l'Australie. Une véritable colonie de peuplement leur fait défaut, et leur eût été incontestablement de la plus sérieuse utilité.

L'Italie ne songea à suivre les autres nations dans la voie des entreprises coloniales, quen 1882. achetant alors à la compagnie Rubattino un poste commercial fondé par celle-ci dans la baie dAssab. Ce poste s'augmenta, de 1870 à 1880. de tout le littoral s'étendant du cap Darnah au cap Sinthier. en y comprenant quelque^ iles dans la mer Rouge.

Il s'est produit dans ces dernières années une création coloniale absolument unique, n'étant l'œuvre ni dune Compagnie privilégiée, ni d'une Métropole, et dont le développement a été des plus remarquables. Elle eut pour oriffine la pensée d'ouvrir le centre de l'Afrique à la civilisation, d'y supprimer la traite, et d'y substituer, à l'action oppressive et cruelle des sultans inditrènes. la prépondérance de forces nouvelles au service de tendances humanitaires.

Ce projet reçut une première consécration au Sénat belge, en décembre 1855. L'héritier du trône de Belgique, Léopold. duc de Brabant, s'y déclarait tout acquis.

Devenu roi. Lii.jM.lil II s'appliqua à le réaliser. Une conférence géographique internationale , composée d'explorateurs illustres, d'hommes d'État et desavants, fut réunie à Bruxelles du 12 au 14 décembre 1876. par son initiative et sous sa prési<ltMii>\ Il l'appelait à

la discussion des voies à suivre, ainsi que des moyens à employer pour ouvrir à la civilisation la seule |)artie du globe encore distraite à son influence.

L'établissement de stations scientifiques et b<»spitalières entre le littoral et l'intérieur du Continent noir, fut préconisé. Il s'agissait, de plus, de provocpier' l'abolition de la traite. Pour mettre ces résolutions en ])ratique, l'action de certain^ rouages devenait nécessaire. Une Commission internationale, composée de })résidents des Sociétés de Géographie et de délégués de chaque pays représentés à la Conférence ou adhérant à son programme, fut bientôt formée, ainsi qu'un Comité exécutif chargé de diriger les travaux communs, et de gérer les fonds sociaux.

Quatre associations, organisées par l'Association en 1877, furent dirigées dans la zone équatoriale comprise entre la côte orientale d'Afrique et le lac Tanganika, sur les rives duquel furent érigées les stations de Karéma et de Mpala.

A la même époque, Stanley opérait sa fann-use descente du fleuve Congo, révélant au commeree la plus importante voie de communication à suivre poui' atteindre le Centre Africain.

Léopold II, appréciant la haute valeur des découvertes de Stanley, s'assure son concours et constitue un Comité d'études, dit du Haut-Congo, poursuivant le même but que l'Association internationale.

Stanley reçut la mission de vérifier les conditions de navigabilité du fleuve ; de se mettre en ra[)ports avec ses riverains ; d'en obtenir des cessions de territoires ; de fonder des postes d'occupation. II repartit pour l'Afrique en 1879, accompagné d'agents du Comité d'études, et remonta le Congo jusqu'aux Cataractes connues aujourd'hui sous le nom de « Stanley Falls ». 11 laissait sur son passage une trentaine de stations, reliées entre elles et la côte.

L'entreprise, en s'étendant, nécessitait une admi-

uistration régulière, émanant d'un pouvoir établi et reconnu. L'Association internationale africaine et le Comité d'études du Haut-Congo disparurent alors, absorbés par une nouvelle Société, qui adopta leur programme, mais avec l'idée de faire accepter par les puissances ses droits de souveraineté dans le bassin du Congo.

Des négociations diplomatiques s'ensuivirent, puis la réunion d'une Conférence internationale à Berlin, le 15 novembre 1884. qui constitua l'Etat indépendant du Congo, sous la souveraineté du roi des Belges. La traite, encore en usage dans le nouvel Etat, était pratiquée par les Arabes, jusqu'alors maîtres du pays. De 1892 à 1894 une campagne est dirigée contre eux, durant laquelle le capitaine Jacques, chef de forces antiesclavagistes, fonde Albertville sur le Tanganyika. De vaillants officiers belges, Descamps. Dhanis, Toback, Chaltin. Five. Daenem, Lothaire. complètent son œuvre et la consolident. Dès l'année 1891, le recrutement d'une armée locale, par des engagements volontaires et des levées annuelles, en avait fourni les moyens.

La fondation de l'État du Congo, et le rapide développement de ses ressources, grâce à l'habile et prévoyante organisation que sut lui donner son Souverain, a eu non seulement pour effet de créer en Afrique des éléments de richesse encore latents, mais a donné l'impulsion, en Belgique, à des manifestations d'initiative privée et d'esprit d'entreprise auxquelles les encouragements du roi Léopold n'ont jamais fait défaut, et dont l'histoire est inséparable de celle; de son règne. •>■

Les progrès réalisés au Congo, en une vingtaine d'années, ont dépassé toutes les prévisions. Il fallait tout d'abord, faciliter les échanges, entre le haut et le bas pays. Une voie ferrée de 400 kilomètres, de Matadi à Léopoldville y fut inaugurée en 1898. Bientôt

après, un deuxième raihvay, mis en exploitation en 1901, relia Boma. la capitale de l'État, aux fertiles districts de Mayumbé. 1,600 kilomètres de chemin de fer sont en construction; d'autres, d'une extension de 11.200 kilomètres sont à l'étude. La navigation fluviale devient chaque jour plus importante. Les premiers vapeurs lancés sur le fleuve Congo n'avaient qu'une capacité de cinq tonnes. Le tonnage de chacun de ces bateaux, au nombre de douze, représentait 600 charges, pesant 23,500 kilos. Le gouvernement Congolais possède aujourd'hui 32 vapeurs, avec tonnage de 40, 60, 150, 350 tonnes. Plusieurs bâtiments nouveaux, jaugeant 500 tonnes, seront lancéi? prochainement.

De grands steamers assurent les communications entre Léopoldville et le Haut-Congo avec Bumba comme point terminus. A Bumba, un certain nombre de vapeurs, de 20 à 35 tonnes, complètent le service jusqu'à Ibembo, dans TUelIé, et Stanleyville, point extrême de la navigation fluviale.

. Ces travaux de pénétration, par terre et par eau, ont déterminé un mouvement mercantile toujours croissant.

48 Sociétés belges et 14 Sociétés étrangères, comprenant 486 factoreries sont établies au Congo, utilisant un capital global de 130 millions de francs. On comptait dans le pays en 1902, 70 établissements d'élevage.

Ces résultats, succinctement indiqués parmi les plus immédiats, démontrent surabondamment, sans être accompagnés d'aucun commentaire, la vitalité et la puissance économique de l'Etat Congolais.

Les entreprises coloniales, variées par la nature de leurs éléments, les bénéfices qu'on en espère et la méthode appliquée à leur réalisation ont eu par le fait même de leur diversité, des partisans et des détracteurs.

Les premiers insistent sur les avantages d'une meil-

leure répartition des populations humaines, trop denses en certaines régions, trop clairsemées sur d'autres territoires, susceptibles d'exploitation et de culture. Ils font remarquer que dans maints États, troublés par des dissentiments ]>oliliques et religieux, l'exode dune minorité énergique et intransigeante a inauguré une période d'apaisement et de progrès. Toute expansion nationale, à leur avis est désirable, tant par les débouchés commerciaux qui en résultent, que par les conceptions plus larges, les vues plus étendues que la multiplicité des relations créent nécessairement.

Leurs adversaires leur opposent les sacrifices d'hommes et d'arixent qu'entraîne la fondation d'une colonie, destinée à devenir tôt ou tard indépendante ; les abus, les injustices auxquels elle donne lieu ; le drainage regrettable qu'elle opère parmi les plus intelligents et les plus virils d'entre les citoyens de la métropole. Ils objectent qu'en présence des libertés commerciales aujourd'hui généralement réclamées, les industriels de tous pays peuvent efficacement se faire concurrence, sans avoir à se réserver des établissements spéciaux, où ils ne prévaudraient qu'en invoquant des privilèges nuisibles à ceux de leurs compatriotes qui auraient eu recours à l'émigration.

Il est incontestable que l'organisation d'une colonie exige quelques sacrifices. Ses pionniers, soumis à des influences climatériques nouvelles, ainsi qu'à de sérieuses modifications d'existence, sont exposés à quelques dangers. Ceux-ci ne se présentent-ils pas dans bien d'autres entreprises, telles que l'exploitation des gisements miniers, les voyages maritimes, les travaux antihygiéniques exécutés dans de nombreuses usines? S'ils font des victimes, l'abnégation et le dévouement de celles-ci, servent, en réalité des intérêts généraux supérieurs aux pertes éprouvées. Ces mêmes intérêts justifient la prise de possession de territoires déjà partiellement occupés par des races à demi-sauvages,

vivant misérablement sur d'immenses espaces de terrains qui, mis en culture, suffiraient à assurer des ressources abondantes à des milliers de travailleurs. Dans ce cas, l'intervention étrangère, sagement réglementée, loin de nuire aux éléments autochtones. ]»eut contribuer à les relever, tout en augmentant considérablement, au profit de tous, l'ensemble des richesses sociales.

L'expérience a démontré que les colonies les jdns prospères sont celles auxquelles leurs métropoles ont laissé le plus de liberté et d'autonomie.

On n'émigre que pour se créer un meilleur sort et faire fortune. Si l'Etat protecteur, anxieux de bénéfices immédiats, compromet inconsidérément par l'adoption d'une série de mesures fiscales arbitraires, l'avenir de ses nouveaux domaines, il en arrête le développement. Dans le cas contraire, dùt-il résulter d'un excès de concessions une séparation politique future, la métropole en retirerait des avantages. Ses relations commerciales avec son ancienne colonie se maintiendraient, tant à cause des emprunts de capitaux opérés par celle-ci, et remboursés par des échanges de produits, qu'en conséquence d'une communauté d'origine, impliquant une similarité de goûts auxquels l'industrie nationale répond mieux que toute autre.

La possession de colonies a pour effet la création d'importants services maritimes. Or ceux-ci, sont indispensables à toute nation industrielle et manufacturière. A défaut de marine, ses produits n'arrivent jusqu'aux marchés lointains que sous une étiquette étrangère et par l'intermédiaire de rivaux et de concurrents. L'Angleterre et la Hollande, en rattachanl à leurs domaines coloniaux des forces navales constamment actives, ont donné un exemple à suivre qu'il est utile de rappeler.

Une question des plus importantes, tant par ses rapports avec l'organisation des établissements d'oulri^-

mer que par ses conséquences sur l'ensemble desopélations commerciales de tous pays, a suscité de fréquents débats entre économistes.

Est-il avantageux d'éviter les effets de la concurrence étrantrère par l'application de tarifs douaniers plus ou moins prohibitifs, de nature à donner l'essor à certaines industries nationales encore naissantes ou en état d'infériorité relative, au moins temporairement, a l'égard de celles qu'on leur oppose? Vaut-il mieux au contraire s'abstenir de toute inten ention. et laisser au commerce la liberté de procéder à ses achats là où ils peuvent se faire à meilleur compte, et de réaliser ses ventes là où elles seraient particulièrement rémunératrices ?

En cas d'adoption du régime protectionniste, le produit éliminé différant de prix avec celui qu'on offre au consommateur, ce dernier paie indirectement une [irime aux manufacturiers locaux. II y a majoration de valeur, et par conséquent moins de demandes. Les jiroducteurs indigènes, se sachant privilégiés, ne sont pas portés à soigner leurs articles au même degré que leurs concurrents privés de tout appui, et obligés de se tenir au courant de toutes les inventions nouvelles, de toutes les découvertes de la science, pour entrer en lutte. De plus, dans un pays protectionniste, à côté d'industries viables et susceptibles de développement, se maintiennent par faveur des industries parasites, sans aucun avenir et dont la permanence, malgré des lois naturelles reconnues, est plutôt nuisible qu'utile.

Quelle serait d'autre part la situation économique générale en présence de libertés plus étendues en fait de négoce? Il s'établirait, nécessairement entre les nations, une vériable division de travail, analogue à celle qui existe actuellement entre individus. Renonçant à tout produire, chacune d'elles s'appliquerait à ce qu'elle fait le mieux, et achèterait ce qui lui est nécessaire au prix le plus bas. Le libre

échange, ainsi conçu, favoriserait au plus haut point le commerce et l'industrie du monde entier. Les faits nombreux tendent à justifier ces prévisions. La Belgique, — la moins protectionniste des contrées possédant des tarifs douaniers, — a atteint un plus haut degré de prospérité sous un régime atténué, que d'autres pays où l'on a accentué les prohibitions.

Le Danemark s'est plus développé sous l'influence du libre échange que la Suède, qui a adopté le protectionnisme. La situation économique comparée de la Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria, deux colonies voisines, dont l'une est libre échangiste et l'autre protectionniste, fournit un nouvel exemple des effets des deux systèmes. Pendant la décade 1890 à 1900. les importations de la Nouvelle-Galles du Sud, ont augmenté de 22 7o, tandis que celles de Victoria ont diminué de 27 °/o, les exportations de la première ont grossi de 27 "/o, et celles de sa protectionniste voisine ont décru de 11 °/o. Au cours de la même période, les recettes de la Nouvelle-Galles du Sud ont été majorées de 147 °/o, alors que celles de Victoria se sont abaissées de 3 °/o. Les adversaires du libre échange, opposent à ces tableaux la progression constante des États- Unis sous l'empire du régime protectionniste. Leur argument, en réalité, n'est pas concluant. La superficie des États-Unis est presque égale à celle de l'Europe. Ses différentes zones étant soumises à des influences climatériques diverses, toutes les productions agricoles y sont réalisables. L'abolition des douanes entre les diverses sections du pays y a créé un grand marché intérieur. Ce débouché donné à l'industrie et à l'agriculture, dans le Nord-Amérique, une impulsion que rien n'aurait pu arrêter. C'eût été un miracle si . elles n'avaient pu, dans des conditions pareilles, même en l'absence de toute protection, rester maitresse des marchés locaux. 11 est à remarquer, de plus, que le commerce d'exportation, aux États-Unis,

uji pas été soumis aux mêmes entraves que le commerce d'importation, et les bénéfices considérables qui en ont résulté ont servi à combler les pertes qu'une tarification douanière des plus élevée a fait subir, d'autre part, aux consommateurs.

En général, la vie est plus dispendieuse dans les pays protectionnistes. Lés bases de l'industrie y sont moins fermes, car son existence peut y être compromise d'un jour à l'autre, par un vote des Assemblées législatives.

Il semble que tant que certaines nations opposeront systématiquement des barrières au libre cours des échanges, des représailles doivent s'en suivre. Trois grandes guerres de tarifs se sont produites en Europe, assez récemment, et toutes ont été des plus néfastes. La première s'est manifestée entre la France et l'Italie.

Leurs relations commerciales, en 1887. représentaient une valeur moyenne annuelle de 670 millions de francs.

L'Italie, en l'année précitée, haussa ses tarifs et la France fit de même. On n'en revint à de meilleurs termes qu'après dix ans de lutte, et des pertes réciproques évaluées au total à trois milliards, au minimum. Depuis le rétablissement de la paix. le commerce des deux contrées n'a pas dépassé trois cent vingt-cinq millions, c'est-à-dire la moitié de ce qu'il était avant l'ouverture des hostilités. Les habitudes mercantiles s'étaient modifiées dans l'intenalle. et d'anciens clients se pounoyaient ailleurs.

La deuxième de ces guerres eut lieu entre la France et la Suisse. Elle se prolongea durant cinq ans, A son origine, les ventes et achats entre les contractants s'élevaient à un total de 212.500.000 francs, chiffre qu'il n'a plus atteint après accord subséquent.

Au mois de juin 1893. la Russie surtaxa de 30 % les droits imposés sur les marchandises de prove-

nance allemande. L'Allemagne majora de 50 °U celles de Russie, qui aggrava encore ses tarifs. Cette situation, au bout de huit mois, excita un tel mécontentement que la pression de l'opinion publique en iît justice.

Le meilleur moyen de combattre la concurrence est de perfectionner sans cesse le système de production; d'y appliquer les méthodes scientifiques les plus eflicaces, et de multiplier les écoles techniques supérieures, où se préparent des forces nouvelles, sauvegarde de l'avenir.

Les monnaies, faites en métaux précieux pouvant recevoir et garder une empreinte, facilement divisibles, sont d'un constant usage parmi les peu|»les civilisés, ainsi que les billets de banque, les mandatsposte, les bons de virement, les virements-com|)tables, etc.

Dans tous les pays ofi l'on monnaye deux métaux, l'or et l'argent, il a fallu établir un rapport de valeur entre les ])ièces de l'un ou de l'autre métal, ce qui présente quelque difficulté, le prix de l'argent ayant beaucoup baissé et étant très variable.

Il serait désirable qu'on ne considérât la pièce d'argent que comme marchandise ordinaire ou monnaie d'appoint, comme on le fait en Angleterre, en Allemagne et au Japon, et qu'on n'attribuât qu'à la monnaie d'or un pouvoir libératoire illimité. On réaliserait également un sérieux progrès en élal)lissant. après entente internationale, une uniformité {\o^ monnaies quant à leur titre et à leur divisibilité, tout en laissant à chacune d'elles leurs empreintes sp('ciales, signes visibles de leur provenance.

La vie économique dans toute contrée civilisée, à l'époque actuelle, réclame le fonctionnement de banques et d'institutions de crédit. La solidité de ces banques dépend de la nature de leurs opérations, de la compétence de leur administration, du (^ontrôle

auquel celle-ci est ^;ouniise. et «le l'importance des sommes enfiragées.

Les établissements autorisés à émettre des billets au porteur et à s'occuper d'escompte ou de commandite industrielle, immobilisent de grands capitaux dans des entreprises à longue échéance. Dans les moments où le crédit se resserre, ce qui entraîne le public à réclamer la conversion des billets en monnaie sonnante, des perturbations sérieuses peuvent se présenter, mettant ces établissements en péril.

La création dune banque nationale otîre cependant, en tout pays, des avantages réels. Dans quelles conditions convient-il de la fonder? En la mettant à l'abri de tout sinistre.

Il semble qu'on pourrait les résumer comme suit : toute banque nationale ne devrait faire que des opérations sûres et à courte échéance, sans compromettre ou immobiliser ses capitaux, restreignant ses actes à l'escompte des traites et bons du Trésor: le recouvrement d'etTets garantis par signatures solvables et à terme de cent jours au plus : le commerce des matières d'or et d'argent : les dépôts de sommes ou de titres : les avances en compte courant ou à court terme sur dépôts d'effets publics nationaux ou d'autres valeurs garanties par l'État. On lui défendrait, d'autre part, de prêter sur hypothèque ou dépôt de titres industriels ; de faire du négoce ou de l'industrie; d'acheter d'autres immeubles que ceux nécessaires à ses installations.

La banque émettrait des billets au porteur, payables à vue. dont le montant serait représenté par des valeurs facilement réalisables, et que l'État serait autorisé à recevoir en paiement dans ses caisses ; aucune autre banque de circulation par actions ne serait fondée qu'en vertu d'une loi.

En échange du droit d'émission, la banque nationale aurait à remettre à l'r.tat un tantième de ses

bénéfices annuels excédant 6 % du capital social.

Elle ferait le service de caissière de l'État, moyennant une certaine indemnité. Elle aurait l'obligation de maintenir son encaisse métallique à la hauteur du tiers au moins du capital des billets en circulation et des sommes déposées.

Ce système financier, appliqué en Belgique, réalise l'alliance de tous les intérêts, sans former des liens trop étroits entre la Banque et le Pouvoir. Le crédit de l'Etat ne s'y confond pas avec celui de l'établissement, et les opérations de celui-ci. circonscrites par la loi, ne dépendent pas de l'arbitraire gouvernemental.

Page 1