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CHAPITRE I Les travaux d'art: l'Architecture

L'ancien habitant des cavernes, notre ancêtre préhistorique, traçant pour la première fois sur une surface unie, la silhouette d'un être vivant, fut l'inconscient précurseur des artistes de toute époque. Comme eux. quoique d'une main hésitante, il cherchait à lîxer une impression reçue et à la sauver de l'oubli.

Les sensations que nous éprouvons au contact du monde extérieur abondent en enseignements. Elles nous révèlent, non seulement les agitations d'une vie exhubérante. universellement répandue, mais aussi des scènes de haute magnificence. Le développement des grandes lignes de quelques paysages : les oppositions d'ombre et de lumière qui en obscurcissent ou en ravivent les différents plans : la projection imposante de quelques chaînes de montagnes ; le lointain vaporeux des mers : les splendeurs éclatantes des nuits astrées, ont de tous temps exercé leur influence sur l'esprit humain, lui inspirant des conceptions poétiques, qu'il transforme en œuvres d'art.

Ces essais d'interprétation des phénomènes naturels ont pour origine l'émotion qu'ils provoquent, et le désir d'en perpétuer les effets. Il est à observer que les réalités existantes ne nous apparaissent jamais telles qu'elles sont, mais telles qu'elles nous semblent être, pénétrées de nos pensées et de nos sentiments. Chacun de nous est doué de réceptivité, mais non au même degré. Plusieurs artistes, esquissant un site agreste, ne le verront pas de la même manière. Tous le modifieront, l'imprégnant de leur individualité. Celle-ci. cependant, subit les effets de certaines idées générales, alors prédominantes. De là, une vague similitude, toujours relative cependant, entre des créations d'art d'une même époque ou d'une même contrée, dues à des contemporains.

L'idéal de beauté n'est pas immuable. Il change • suivant l'état de culture et les dispositions spéciales de chaque peuple. Un praticien chinois, que la complexité des détails intéresse particulièrement, et dont les instincts l'entraînent à choisir comme sujets des types étranges, horribles ou grotesques, ne rendrait pas justice aux labeurs d'un statuaire grec, s'appliquant à modeler la figure humaine en sa grave sérénité.

Ces divergences de vues, logiquement explicables, rendent-elles impossible de déterminer, par une formule satisfaisante, ce qui constitue la- valeur d'une œuvre d'art?

Nous avons établi ([u'elles procèdent toutes d'une émotion individuelle. Nous pouvons en conclure tout d'abord qu'un travail de seconde main, bien qu'exécuté avec la plus scrupuleuse fidélité, sera toujours inférieur à celui qui l'a précédé, et qu'on se serait efforcé de refaire. Toute étude, d'après nature ou combinaison artistique des éléments fournis par elle, est digne d'attention, pourvu qu'elle porte une signature psychologique très discernable, celle de son

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auteur. Elle sera d'autant plus précieuse qu'elle résumera plus complètement une activité mentale personnelle, servie par une certaine habileté de procédés. L'art est un langage, servant à communiquer des sentiments et des pensées. La poésie, ainsi que le Protée d'autrefois, se revêt d'extériorités nombreuses,^ sans cesser d'être elle-même.

Nous ne pouvons nous contenter cependant, en fait d'art, d'une sorte d'éclectisme indéterminé. Si celuici facilite la critique en lui fournissant des sujets de comparaison — ce qui la rend moins exclusive — il ne résout pas la question de savoir s'il existe une beauté suprême, en dehors de toute contingence. Nous la pressentons, absolue et souveraine, mais elle nous est aussi inaccessible que l'infini qui nous la voile. Humainement, nous ne pouvons nous la figurer que comme la réalisation complète et harmonieuse d'une conception intellectuelle de haute portée, symbolisée sous une forme irréprochable.

Le sentiment du Beau étant susceptible de maintes applications, celles-ci en raison même de leur multiplicité, exigent l'emploi de procédés matériels dilîérents. Il s'ensuit que le domaine de l'art se subdivise en plusieurs sections, qu'il convient de traiter subcessivement. Quelques-unes d'entre elles, l'architecture, la statuaire, la peinture, et en général tous les travaux d'ornementation, ont une base commune, le Dessin.

Pour établir les rapports existant entre des objets distincts, concourant à former un ensemble homogène, llxer leurs proportions respectives et en faire un groupe synthétique, le Dessin est indispensable. Projeté à grands traits comme esquisse, ou patiemment élaboré par touches délicates, il indique les linéaments des figures, en rappelle les courbes, les saillies, les élévations graduées, les profondeurs estompées d'ombre. Il sert de guide à l'artiste, l'en-

courage aux corrections, et l'aide à préparer son travail. Sans maîtrise du Dessin, point de composition parfaite. Rien de plus défavorable aux études qu'il nécessite que de laisser à l'écart la nature vraie, et d'en copier des reproductions, bien qu'intelligemment tracées. On ne doit s'inspirer que d'elle-même. La mémoire ou la fantaisie ne supplée jamais à ses réalités.

En architecture, les formes d'un édifice quelconque dépendent de son usage. Il convient, de plus, qu'elles s'adaptent à la situation choisie pour son emplacement, ainsi qu'aux influences climatériques auxquelles il sera soumis. On peut y multiplier, selon sa destination, les ombres et la lumière, le couvrir d'oriiements simples ou compliqués ; mais il faut que ceux-ci se rapportent à l'idée principale que symbolise la construction.

Toute superfétation, reconnaissable comme telle, et tendant uniquement à satisfaire des goûts immodérés de luxe, compromettrait la valeur artistique de l'œuvre. La peinture et la sculpture, employées à son perfectionnement, ne remplissent leur but qu'en s'assimilant à son style.

Les plus anciens monuments qui nous soient connus, encore visibles après des siècles d'existence dans la mystérieuse Egypte, sont des temples réservés au culte, et des pyramides avec galeries intérieures, renfermant des hypogées, ou tombeaux souterrains.

Les temples égy])tiens sont remarquables par leur nombre et leurs imposantes dimensions. Leurs constructeurs ne concevaient la beauté architecturale que sous des formes gigantesques. Ils témoignent des efforts d'une théocratie orgueilleuse, dominant les rois par la crainte des expiations posthumes, et nationalisant les édifices religieux en y inscrivant, en bizarres hiéroglyphes, les fastes d'une hautaine civilisation.

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Dan< ces conditions. lart devient traditionnel. Des types hiératiqnes. conventionnellement répétés, se substituent aux entités naturelles, ne laissant aux artistes aucune féconde initiative. Aussi les œuvres égyptiennes, empreintes de réalisme, sontelles des plus rares. Quelques-unes dentre elles cependant procèdent d'un sérieux talent d'obsenation. A Xinive et à Babylone. ces cités légendaires, ensevelies aujourd'hui sous les débris de leurs richesses, l'inspiration théocratique est également sensible dans la plupart de leurs monuments, mais atténuée par les effets de Tautorité royale. Les deux grandes capitales de ces puissants États, étaient entourées de remparts, formant jdusieurs enceintes, construites en briques.

Des palais avec leurs jardins en terrasses s'y élevaient à côté de temples somptueux. Des taureaux ailés, à face humaine, en ornaient les portiques, s'ouvrant sur des galeries bordées de bas-reliefs sculptés reproduisant des sujets religieux, ou des scènes de chasse et de guerre rendues dans tous leurs détails et offrant un vif intérêt.

Le dessin en est soigné et souvent très correct. Les attitudes, dans l'attaque ou dans la fuite, des animaux représentés sur ces bas-reliefs, sont saisies sur le vif. de même que les silhouettes de nombreux captifs de races différentes, suivant le char triomphal des souverains. L'art, en passant d'Egypte en Assyrie, s'y était assoupli, se dégageant peu à peu de sa primordiale mysticité.

Les plus anciens produits de l'art grec — ceux du Trésor de Mycènes. par exemple, datant du xn* siècle avant notre ère. ne sont que des copies d'oeuvres orientales. Beaucoup plus tard, le style égyptien s'observe encore en quelques statues, entre autres celles d'Apollon à Ténia et Orchomène. Insensiblement toutefois, ces traditions s'affaiblissent. Les légendes

asiatiques, aux attristautes fatalités, sont remplacées par de poétiques personnifications des forces de la nature, ou de vagues apothéoses de chefs puissants, dont un long passé illustre la mémoire. Sous cette impulsion, les images sacrées s'épurent, se dépouillant de leurs emblèmes troublants, et se transforment d'après un idéal anthropomorphique d'incontestable beauté. L'artiste, plus libre d'agir selon sa pensée, entre en rapports avec le monde coexistant, et y découvre des matériaux précieux qu'il emploie habilement.

Les architectes grecs nous ont laissé des monuments qui sont des modèles de belles proportions et de suprême harmonie. Leurs temples, entourés d'un portique de colonnes, supportant un entablement, étaient ornés de frontons couverts d'exquises sculptures, parfois polychromes. Occupant des points culminants ou isolés dans la plaine, ils étaient baignés d'air et de lumière. Leurs ruines, après des siècles d'abandon, excitent encore l'admiration par leurs lignes sévèrement grandioses. Les dimensions attribuées aux dilTércntes parties de ces constructions étaient déterminées, en Grèce, par des règles d'un goût si sûr que celles-ci font encore autorité de nos jours.

Indépendamment des temples, les architectes grecs ont construit des portes monumentales ou projjylées. des portiques, des théâtres, des stades, des fortifications, des ports, des tombeaux, des nécropoles, des mausolées.

Leur activité, infatigable durant la prospérité des cités helléniques, se ralentit lorsque celles-ci, épuisées par leurs rivalités, perdent leur indépendance. Les conquêtes d'Alexandre le Grand, s'étendant jusqu'à l'Inde, ouvraient au génie grec, par com[)ons.Mli()ii. des horizons inexplorés.

Les premiers édifices hindous, construits en hois.

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nolTraient ni la pureté de lignes, ni l'exactitude des dimensions si discernables dans les œuvres attiques. On y suppléait par une richesse étonnante de détails d'ornementation, exécutés avec patience et adresse. L'influence hellénique ne s'y fait sentir qu'à l'avènement du bouddhisme, et n'y fut jamais prépondérante.

Les Jaïnos. dont les doctrines se rapprochent de celles des Bouddhistes, ont élevé de nombreux sanctuaires, extrêmement remarquables. Il suffit pour en rappeler l'importance de mentionner ceux de Chittare : le Khirat Khoumb ; l'Araï-diu-Ka-tho-pra ; la colline sainte de Sounaghur. dans le Bundelcund. avec ses quatre-vingts temples.

L'architecture indo-musulmane est sortie de cette grande école.

Les architectes romains ont cherché leurs modèles en Étrurie. puis en Grèce. Moins bien doués que les nobles artistes qui ont illustré de tant de chefsd'œuvre l'Athènes de Périclès. ils en ont appliqué les principes, complétant parfois ceux-ci par d'ingénieuses combinaisons d'art.

Le Christianisme, reconnu comme religion d'Etat sous l'empereur Constantin, ne donna pas naissance tout d'abord, à un art architectural nouveau. L'antique basilique romaine, ou cour de justice, avec sa grande salle oblongue et rectangulaire, aux côtés doubles ou simples, séparés de la nef principale par des rangs de colonnes, servit de type aux premières églises chrétiennes. On ne tarda pas néanmoins à y introduire des modifications, surtout à Constantinople, où avaient afflué depuis le transfert de l'Empire, non seulement les artistes greco-romains, mais aussi les représentants du génie oriental, avec leur prédilection pour le luxe et le faste. L'architecture sous ces influences combinées, nous initie à des créations composites, constituant l'art byzantin. Les

églises chrétiennes, au vi* siècle, y prennent des formes circulaires, ou de croix grecque, avec coupoles sur pendantifs, ne rappelant nullement la basilique primitive. Cet art, très spécial, fréquemment appliqué en Russie, nous a laissé de nombreux monuments, parmi lesquels l'église de Sainte-Sophie, à Constantinople, transformée en mosquée, et celle de Saint-Marc, à Venise. Les marbres rares, les métaux précieux, les icônes étincelants. les mosaïques à fond d'or et à compositions variées, donnent un vif éclat aux édifices byzantins.

L'art de leurs constructeurs ne fut pas étranger aux travaux d'architecture des Arabes. On doit à ces derniers d'heureuses modifications du plein cintre, remplacé par l'ogive mauresque, composée de deux arcs en forme de fer à cheval. Les minarets des mosquées ont des contours élégants, légers, et sont souvent couverts d'ingénieux ornements en relief. L'ouvrier musulman, qui ne pouvait sans faillir à sa foi religieuse modeler des iigures d'hommes ou d'animaux, excellait à composer certains groupements de feuillage de fruits, de draperies et de rubans, très appropriés à l'embellissement de leurs constructions d'apparat.

Les églises chrétiennes d'Occident, moins décorées que les églises byzantines, se transformaient aussi au cours des âges. Leurs architectes n'imitant pas ceux d'Orient, persistaient à préférer à la forme de croix grecque, comme plan de temples, celle plus allongée de l'ancienne basilique, divisée en trois nefs avec transept, chœur et abside. Celle-ci était presque toujours sphérique. Parfois dei> chapelles, partant du transept, entouraient le chœur, éclairé par d'étroites fenêtres à plein cintre, séparées par des colonnettes à chapiteaux variés. Ces dispositions générales assez heureuses, se rattachaient par certaines affinités au style latin, ce qui fit donner le nom d'architecture

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