CHAPITRE I Les travaux littéraires
Les émotions humaines, [symbolisées par une grande variété de procédés artistiques, ont un autre mode d'expression, la Parole, verbale ou écrite, servant à communiquer non seulement des pensées, mais encore à évoquer de brillantes images, mises en relief et habilement synthétisées. Elle réalise les effets recherchés par le peintre, le sculpteur, l'architecte, tout en s'adressant plus directement à Fesprit.
Son action, moins subordonnée à la matière, a toujours été prépondérante. L'éloquence et la littérature, dès les origines de la civilisation, en résument les progrès successifs.
Leurs premières manifestations, en tous pays, s'inspirent des croyances religieuses. C'est ce que nous démontre tout d'abord l'ancienne littérature égyptienne, composée de textes sacrés, d'hymnes et de considérations sur les destinées de l'homme après la mort. Des hiéroglyphes, tracés sur la façade
des temples, relataient à la vue de tous les principaux épisodes de l'histoire nationale. Quelques traités de médecine, de calcul et de géométrie pratique alors en usage, sont parvenus jusqu'à nous. Ce ne fut que tardivement que les Égyptiens, soumis à un régime théocratique fortement organisé, entreprirent de reproduire des scènes de la vie privée, sous forme de contes ou de narrations. Les études d'application immédiate et utilitaire répondaient mieux à leurs tendances nationales.
Aux Indes, le Itig-Véda, composé en grande partie dans le Pundjab, n'est qu'un recueil de cantiques et de prières adressés à Indra, dieu du ciel d'orage; à Agni, dieu du feu, et autres personnifications des forces cosmiques.
La plupart de ces chants, d'une haute antiquité, sont remarquables par leur fervente poésie.
Après l'élaboration des hymnes et des formules du rituel, commencèrent les discussions métaphysiques et théologiques. Le sanscrit — cette admirable langue, patiemment complétée par les Brahmanes — en acquit plus de puissance et de raffinement. Une nouvelle source d'inspiration allait s'ouvrir : la glorification des héros, et de leurs exploits. Le génie hindou y consacra deux épopées, le Mahahharaia et le Râniâyana, dont la première, bien que fort belle, est encore confusément agencée et trop épisodique, tandis que la seconde, attribuée au poète Valmiki, est d'une imposante unité, tout en abondant en scènes passionnées, d'une grâce ineffable et charmante.
Le Mahabharata, sous sa forme actuelle, remonte probablement au vi" ou au v* siècle avant notre ère. C'est l'histoire, modifiée par de nombreuses légendes, d'une longue lutte entre deux dynasties rivales. Les faits d'armes, les péripéties émouvantes y affluent, et l'iutérèt s'y concentre sur un beau type de femme, Draupadi, fille de roi, vouée à un sort tragique.