CHAPITRE I
Revue sommaire des sciences.
Leurs spécialisations successives.
l.t's hommes, dès leur naissance, reçoivent du monde extérieur des impressions multiples, qu'ils apprennent peu à peu à discerner et à comparer, grâce à l'esprit d'obsersation qu'elles développent. en eux. et aux facultés d'analyse et de raisonnement qui leur ser\ent de base. Les notions ainsi obtenues, transmises de génération en génération, et constamment contrôlées par l'examen de faits nouveaux, successivement classifîés. constituent dans leur ensemble le trésor commun des sciences humaines.
Celles-ci, à leur origine, n'avaient rien d'abstrait. Certaines connaissances pratiques concernant la chasse, la pèche, la domestication d'animaux utiles, t*t la culture de quelques végétaux comestibles en résumaient les acquisitions. Il s'agissait tout d'abord de se procurer des moyens de subsistance, et dans les moilleures conditions possibles.
La mise en culture de la terre exigeait des soins particuliers, et de sa réalisation datent les premiers progrès sociaux. Incompatible avec la vie nomade, elle substituait à ses incertitudes et à ses dangers des habitudes d'ordre, de prévoyance et de stabilité.
C'est en Asie que l'agriculture prit d'abord quelque importance. Les tribus aryennes, avant leurs voyages, y étaient déjà initiées, et sa mise en activité donna lieu à des travaux considérables en Egypte, en Assyrie et en Chine, dont l'empereur, au printemps de l'année, se faisait honneur de conduire lui-même la charrue, et de donner le signal du labourage.
On appréciait à tel point les bénéfices dérivant de l'exploitation des champs aral)les, qu'on considérait comme un crime tout attentat contre les animaux qu'on y employait, rendus sacrés par la nature de leur services.
Beaucoup plus tard, et après de fréquentes émigrations, l'agriculture se ré])andit en Europe, encore faiblement peuplée et couverte de forêts et de marécages. Quelques nations gauloises y acquirent une certaine habileté. Elles cultivaient le seigle, l'avoine, et disposaient de charrues à roues, de cribles en tissus de crin, de tonneaux de bois. Elles produisaient du vin. de la bière, et se servaient du ferment de celle-ci {)Our faire lever le pain. L'usage de la marne et de la chaux, comme amendements, leur était familier. Les semailles de froment n'eurent lieu qu'après 1 arrivée des Romains. Ceux-ci, créateurs de grands domaines, y introduisent divers arbres fruitiers.
Les troubles qui suivirent la chute de l'Empire latin n'étaient pas de nature à multiplier les travaux agricoles. Ceux-ci ne reçurent de nouveaux éléments, particulièrement dans le Midi, que durant les Croisades. C'est alors qu'on apprit à connaître le riz, l'indigo, le sésame, le sarrasin, le safran, le mûrier, le pistachier, le fiiïuier. le citronnier, le r'aronbier. le irreiiadier.
L'industrie maraîchère s'enrichit également de produits nouveaux.
La viticulture, très avancée en Asie Mineure, influa en l'améliorant sur celle d'Europe. Les vins de Chypre de Gaza. dAscalon : les raisins secs de Grèce et de Palestine commencèrent à être renommés dans toute la chrétienté. Des variétés nouvelles danimaux domestiques furent importés.
La population des campagnes en France eut énormément à soulîrir au xv* siècle, durant l'occupation anirlaise. Elle se souleva plusieurs fois, décimée après chaque révolte. La routine dominait dans les méthodes de culture, alors appliquées. Il n'existait que quelques traités sur la science agricole. basés sur d'antiques procédés. Les terres étaient laissées en jachère, après chaque récolte, pendant deux ou trois ans. et abandonnées en vaine pâture. On semait du froment, du seigle, de l'orge, de l'épeautre. du méteil, de l'avoine, du millet et du blé noir, ou sarrasin. Le lin. le chanvre, fournissaient des fibres textiles ; la rabette et le pavot, des produits oléagineux. Quant à l'huile d'olive, on ne la produisait que dans le Midi. Les prairies artificielles, plantées de luzerne, de sainfoin et de trèfle rouge, d'un si grand rapport pour l'élevage du bétail, étaient encore à créer. On cultivait, à cause de leur valeur tinctoriale, le safran, la gaude. la guède. l'œil de bœuf et la garance. On recueillait le chardon à carder, recherché par les filateurs. On n'avait encore îtcclimaté ni le platane. — transplanté d'Italie en Provence au temps de Charles VIII. — ni l'acacia, ni le marronnier d'Inde, qui n'eurent de représentants dans le Nord, qu'au ivu*" siècle.
L'amélioration des races chevaline, bovine et ovine, ne donnait pas encore lieu aux croisements si intelliiremment pratiqués aujourd'hui dans le Nord; les blés à leur entrée en erange étiiient battus au fléau : dans le Midi, on les faisait fouler par le bétail.
L'agriculture française, sous Henri IV, reçut (juclques encouragements. Le paysan, bien que toujours pressuré, obtint quelques garanties contre les poursuites abusives du fisc et des seigneurs. Un habile agronome, natif du Vivarais, subsidié par l'Etat, publia en 1600, un ouvrage qui fît époque dans les annales agricoles, son célèbre Théâtre d'agriculture des champs, qui fut réédité au début du XIX* siècle.
Les marécages furent desséchés dans le Médoc. et transformés en une florissante colonie, appelée en mémoire de ses premiers habitants, la Petite Flandre.
Cette période de relèvement ne fut malheureusement que transitoire. Les troubles qui éclatèrent sous l'administration du cardinal Mazarin soumirent les agriculteurs à de nouvelles épreuves, rendues plus pénibles durant le règne de Louis XIV, et sous celui de Louis XV. Les grands propriétaires terriens, appartenant à la noblesse et au clergé, qui avaient vécu jusqu'alors à la campagne, se groupaient de plus en plus autour des résidences royales, abandonnant la régie de leurs domaines à des intendants ou à des collecteurs, dont les exactions s'ajoutaient à celles du fisc. Quelques réformes tentées par Colbert, ne suffirent pas à modifier cette situation, dont Vauban, en 1707, fait un tableau navrant.
Les nobles, appauvris par leur vie luxueuse, vendaient leurs biens patrimoniaux. Quand ils ne trouvaient pas quelque riche traitant, disposé à les leur reprendre en bloc, ils les aliénaient en détail. En 1776, Turgot lit rendre un édit affranchissant de bataille, pour 15 ans. toute terre nouvellement défrichée. Il n'en fallut pas davantage pour livrer à la charrue, en France, i00,00O arpents. La culture du colza commença à se répandre vers 1750; celle de la pomme de terre en 1766. On s'occupa de la betterave en 1775. Quant au houblon.
importé d'Angleterre, on le cultivait dans le Nord, <!»' niénie que le tabac.
L'agriculture, entravée dans son développement en France, était plus avancée dans les Pays-Bas et en Grande-Bretagne. Un anglais, Ewert de Swellington. avait mis en pratique dans ce dernier pays, une machine à battre le blé. On y connaissait le hâche-paille. les hâclve-navets. ainsi que des machines à vanner, à labourer, à semer et à herser.
Quelques hommes dévoués cherchaient à propager, en France, parmi les agronomes, des notions scientifiques. L Encyclopédie y consacra d'excellents articles en 1750. Daubenton. reprenant une œuvre déjà ancienne de Jehan de Brie, publia en 1792. son Instruction pour les bergers où il traite de l'élevage du mouton et de la préparation des laines.
En 1767 parut le Journal de Vafjriculture. du commerce et des finances, rédigé par Mirabeau et Dupont de Nemours. Dès lors se fondent des sociétés agricoles, des comités consultatifs, des fermes modèles et des écoles d'enseignement rural.
Dombasle invente la charrue araire qui porte son nom. et révèle l'importance du chaulage dans les terres argileuses ; Valioud. de Laon. fait connaître, la charrue semoir, bientôt adoptée dans certaines régions.
L'application de la vapeur à la navigation, et la création des chemins de fer. en mettant en communications régulières des peuples qui vivaient isolés, ont exercé, à notre époque, une influence considérable sur les travaux agricoles, en permettant à la Russie, à l'Amérique, à l'Australie, aux Indes, contrées aux vastes espaces, où la culture extensive est une source dé bénéfices, d'intervenir sur les marchés européens. Dans les pays voisins, qui y pourvoyaient autrefois, il a fallu, au contraire, qu'elle devint de plus en plus intensive et scientifique. Jamais, à aucune époque de l'histoire, l'art agronomique n'a été l'objet de plus de
soins. L'utilité d'une quantité do végétaux exotiques a été reconnue, et des etîorts ont été tentés en vue de leur acclimatation. Une nnultitude d'arbres et d'arbrisseaux ont été naturalisés en Europe. L'eucalyptus, introduit on Algérie, y a assaini des régions jadis insalubres et y a créé d'importantes ressources forestières. Il pourrait rendre les mêmes services en Italie.
L'étude do la botanique, comprenant la physiologie végétale et la classilîcation rationnelle de l'immense diversité des plantes successivement analysées, est intimement liée aux sciences.agricoles. Elle remonte pratiquement, à une haute antiquité. Aristote y consacra son puissant esprit d'observation, et connaissait déjà le rôle des graines et des racines. Théophraste d'Erésos, son disciple, décrivit non seulement un grand nombre de végétaux, mais chercha à en différencier les espèces. Pline l'Ancien, dans iion Histona naiuralis résuma les connaissances sur le même sujet, acquises de son temps.
Durant le Moyen âge, les méthodes d'examen direct de la nature avaient cessé d'être mises en pratique. On ne s'occupa des plantes qu'en raison de leur utilité en agriculture et en médecine. Albert le Grand, dont on p(»ssède un Traité des végétaux^ ne lit que répéter les vues émises, sur le même thème, par Aristote. Quelques voyageurs, (niillaume de Ruysbroeck. Marco Polo et Pordenone rendirent cependant des services à la science par leurs descriptions de lointaines régions, par eux parcourues. Ils donnèrent ainsi l'idée de cultiver des plantes étrangères dans des jardins spéciaux, qu'on installa d'abord à Ferrare en 1533, puis à Padoue, à Pise, à Leyde, à Montpellier et à Paris.
Un Suisse, Conrad Gessner, qui vivait à Zurich vers cette époque, prépara à la botanique une voie nouvelle, en substituant au groupement confus jusqu'alors existant, une réi)arlition étudiée, basée sur la
structure des fleurs et des fruits. 11 conçut de plus la notion de i/enre représentant une collection d'espèces similaires. Césalpin y ajouta celle de clas!<e, et tenta un essai de systématisation. .Magnol ransrea les plantes en familles, et Bauhin réunit dans un grand ouvrage les noms et la synonymie de 6,000 espèces de végétaux.
De véritables progrès étaient ainsi accomplis, et deux hommes illustres, Tournefort et Linné, allaient en augmenter l'importance.
Tournefort, né à Aix en 1656, professeur de botanique à Paris en 1688, avait parcouru l'Asie Mineure et une partie de l'Europe. Ses analyses de végétaux sont parfaites, et un grand nombre de genres, créés par lui, ont été conservés. Il prit pour base de ses classifications botaniques le pétale de fleurs, les rangeant d'après le nombre ou l'absence de ceux-ci, en monopétales, polypétales ou apétales. Il ne tenait aucun compte de l'existence du sexe chez les plantes et séparait arbitrairement les arbres et les herbes. Son travail, bien qu'incomplet, régit la science pendant près d'un siècle.
Linné, s'étant occupé de la flore de Laponie, publia des vues nouvelles, en 1736, dans ses Fundnmenta botanica. Négligeant les caractères secondaires des végétaux, il fonda la nomenclature raisonnée de ceux-ci sur leurs parties constitutives, réunies dans la fleur comme centre de reproduction. Il donna le nom de phanérogames aux plantes où ces organes sont apparents, et celui de cryptogames à celles où ils ne sont pas visibles.
Sa méthode, très sûre et de nature à faciliter singulièrement les recherches, était cependant insuffisante en ce qu'elle ne se rapportait pas à tout le corps de la plante, qu'il importait cependant d'élucider.
Bernard de Jussieu. mort en 1758, et son neveu. Laurent de Jussieu. qui lui survécut d'une trentaine
d'années, reprirent les éludes de Linné et en complétèrent les lacunes.
Hernard. en analysant les végétaux à partir de leur état embryonnaire.observaqu'àleur apparition les uns avaient une feuille enserrée au premier nœud de leur tige, constituant ce qu'on appelle un cotylédon, tandis que d'autres en avaient deux ou plusieurs. De là, une {)remière distinction en monocotylédones et dicotylédones, à deux ou plusieurs cotylédons. Ce grou|)e équivalait aux phanérogames de Linné.
(les types toutefois ne comprenaient pas toutes les formes des végétations. Certaines plantes, en leur état embryonnaire, manquaient de cotylédon. Il les réunit sous la dénomination de dicotylédones, correspondante aux cryptogames de Linné. Secondairement, il nota les différentes positions affectées dans les fleurs par le pistil et l'étamine. Laurent, poussant plus loin les subdivisions et revenant sur les travaux deTournefort, mais sans limiter les siens aux corolles et aux pétales, donna place à celles-ci dans ses descriptions. •
La classification botanique des Jussieu est encore admise dans ses parties princi[)ales.
D'autres savants. parmi lesquels il convient de citer Guettard, le P. Sarrabat, Charles Bonnet, Duhamel du Monceau, du Petil-Thouars et Gaudichaud, étudièrent l'analomiedes plantes, le mouvement de leur sève, le rôle de leurs familles, la formation de leurs bourgeons. Un chimiste anglais, Priesllcy, avait observé, que les plantes peuvent vivre dans l'acide carbonique, mortel aux animaux. Le fait devint explicable lorsqu'on connut mieux la composition de l'air et l'action de l'oxygène. On sut alors que, sous l'action de la lumière, les plantes absorbent l'acide carbonique ré|»audu dans l'atmosjjhère, s'assimilant le carbone et dÔKageant de l'oxv^ène. Pendant la nuit, au con-i
traire, elles exhalent le carbone : les lois de la respi-i
ration des végétaux étaient désormais reconnues.
La zoologie comme la botanique n'est pas étrangère aux connaissances agricoles. Consacré à la description des animaux, qu'elle classe par catégories selon la diversité de leur organisme, elle s'est étonnamment compliquée à l'époque moderne, en étendant ses investigations jusqu'au mystérieux problème de l'origine et des conditions de permanence de la vie.
Il a fallu, de toute nécessité, en spécialiser les difîérentes sections, comprenant: la mammalogie ou étude des mammifères ; l'ornithologie, déterminant les faits se rapportant aux oiseaux; l'erpétologie, relative aux variétés de reptiles; l'ichthyologie, consacrée à l'étude des poissons ; la malacologie, et l'helminthologie. s'occupant des mollusques, des vers et des animaux inférieurs ; et enfin l'entomologie, qui a pour objet l'examen des insectes de tous genres. On attribue à l'empereur d'Allemagne. Frédéric II. un traité de fauconnerie où certains oiseaux, et entre autres le pélican, sont bien étudiés, même anatomiquement. Ce prince, connaissait l'antilope et la girafe, pour en avoir reçu par l'intermédiaire des princes musulmans.
Un Liégeois. Thomas de (^antimpré, vivant au vm*" siècle, mentionne une cinquantaine d'espèces de vers, ainsi que les abeilles, les guêpes, les fourmis, les araignées, les grenouilles, les crapauds et les sangsues, rangés par Aristote parmi les animaux privés de san;/.
Albert le Grand, à qui aucune des sciences pratiquées de son temps n'était étrangère, a décrit la baleine, le cachalot, le narval, l'ours blanc, le morse, que les anciens avaient eu rarement l'occasion d'observer.
La zoologie, au point de vue expérimental, n'acquiert quelque valeur qu'à partir du xvi* siècle, époque de son émancipati<m des entraves scolastiques.
Le Miroir naturel, de Vincent de Beauvais. et les iielluaires et Volucraires. com[)Osés précédemment par des moines, ne contiennent que des réminiscences d'observations |)uisées dans les anciens auteurs on dans quelques écrits arabes.
Dès le xyf siècle, les méthodes en usage s'améliorent, et la zoologie entre en progrès, particulièrement en Allemagne, oii Gessner, de 1551 à 1558, fait paraître les quatre ])remiers livres d'une importante Histoire des animaux. On commençait à adojjter la terminologie binominale, en faisant précéder les noms d'espèces par les noms de genres.
Guillaume Rondelet, contemporain de Gessner, s'occupa des oiseaux et des poissons ; Pierre Belon, traitant le même sujet, parcourt l'Egypte et la Palestine pour y compléter ses recherches. L'anatomie et la physiologie n'étaient plus négligées, et comptaient déjà quelques adeptes, parmi lesquels il faut citer Swammerdam. naturaliste hollandais, qui tenta d'expliquer d'une manière satisfaisante les métamorphoses des insectes. En France, Claude Perrault lit des dissections d'animaux et publia des mémoires sur l'histoire naturelle.
Au XVIII'' siècle, la zoologie de plus en plus étudiée entre dans sa période de spécialisation. Jacques Brisson se dédie à l'ornithologie et classifie 1500 espèces d'oiseaux ; Lacépède publie en 1788 une Histoire des reptiles et plus tard un travail sur les poissons ; d'Argenville, Brugnières. Guettard. le D'' Geoffroy s'appliquent à grouper et à délinir les animaux à coquilles.
L'un des plus habiles observateurs vivant à cette époque, et dont les travaux sont empreints d'une remarquable originalité, fut René de Réaumur, né à La Rochelle en 1683, et qui s'attacha à la description des invertébrés, et surtout des insectes. On ne savait comment classer les crustacés, Linné, qui ne bornait
pas ses investigations au seul règne végétal, les considérait comme des insectes privés d'ailes ; Brisson les plaçait dans la même catégorie que les mille-pattes et les araiLTiiées ; Latreille. mieux informé, en fît une classe à part, qu'il divisa en trois ordres.
Quelques formations spéciales, auxquelles on avait donné le nom de zoophi/tes ou danimaux-plantes, et qui semblaient en effet appartenir à l'un ou l'autre règne, attiraient l'attention des savants. Linné crut d'abord à la nature végétale de l'éponge, puis la classa parmi les mollusques à coquilles. Tremblay démontre qu'un polype d'eau douce, Thydre, découpé en morceaux, se reconstitue en chacun de ceux-ci. Un biologiste italien. Spallanzani, établit que certains animalcules vivant dans les lieux humides présentent la propriété do résister à une dessiccation prolongée, et reprennent leur activité dès qu'on les humecte, réalisant ainsi une sorte de vie intermittente. L'adoption du microscope révélait peu à peu le monde i^rouillant des infiniment petits.
BulTon, nommé en 1739 intendant du Jardin du Roi, avait com;u le projet de consacrer à l'histoire naturelle un grand ouvrage synthétique, dont les premiers volumes parurent en 1749. Il s'occupa d'abord des quadrupèdes, en collaboration avec Daubenton, habile anatomisle. Buffon y employait de remarquables qualités d'écrivain, mais sa méthode de classification était peu rigoureuse. Ce premier travail fut suivi de l'histoire des oiseaux, puis, en 1788, d'une très belle étude concernant les Epoques de la nature. Il y expose sa théorie sur l'unité de plan de toutes choses, tous les êtres formant une échelle ascendante, allant du zoophyte à l'homme ; il y fait remarquer la mutabilité des espèces, dont les organes se modifient pour s'accommoder à des milieux nouveaux, et indique la répartition des êtres vivants à la surface du globe.
Son collaborateur, Daubenton, avait eu pour élève GeotTroy Saint-IIilaire. qui devint professeur de zoologie en 1793. Celui-ci attira auprès de lui, comme suppléant au cours d'anatomie institué au Jardin des Plantes, le savant auteur d'une monographie sur les mollusques, Georges Guvier, de Montbéliard. Ce dernier, doué d'un génie pénétrant, avait compris la concordance et rharmonie qui existent dans l'ensemble des organes de tous les êtres, lesdits organes se complétant les uns à l'égard des autres, dans un but défini. Cette conception lui permit de reconstituer des séries d'animaux fossiles appartenant à diverses époques zoologiques, antérieures à l'existence de l'homme. Devait-on admettre, en principe, au terme de chacune de ces époques, une série de créations nouvelles, ou les diverses races, influencées par des changements climatologiques persistants , se modifiaient-elles en raison même de ces variations?
BufTon avait déjà conclu à la probabilité du transformisme des êtres vivants, et Lamarck en exposa les lois. Il signala l'inHuence de l'usage et de la désuétude sur les organes ; établit que l'organe ne fait pas la fonction, mais que la fonction développe l'organe, et il constata l'hérédité des facultés ainsi acquises. Étienne-GeolTroy Saint-Hilaire adopte les mêmes idées, vivement combattues par Cuvier, et résolument défendues par Gœthe, l'illustre poète allemand.
La zoologie, grcàce à ces débats, prenait une importance considérable, et faisait entrevoir des problèmes philosophiques d'une haute portée.
Cuvier avait établi la grande classification du régne animal en vertébrés, mollusques, articulés et radiés Bichat, que l'étude de la structure humaine attirait! particulièrement, constata que le corps de l'homme consiste en 21 tissus différents, qui tous, bien que distincts, sont extensibles et contractibles. Les exami-.
uant à différents stages, à l'état sain ou malade, il s'efforça de déterminer les conditions de leur développement normal et patholoirique. Ses recherches provoquèrent deux découvertes importantes qu'il importe de rappeler.
L'auteur de la première fut Agassiz. qui tout en étudiant les poissons, reconnut ne pouvoir à l'aide du système de Cuvier classer les poissons fossiles, le caractère de leur structure après un certain nombre de siècles étant généralement détruit. Leurs tissus, dont il reste fréquemment des empreintes sont plus généralement discernables. Il observa à leur sujet, que la membrane tégumentaire des poissons est si intimement liée à leur organisme, qu'elle suffit par ses indications pour reconstruire l'animal dans ses parties essentielles.
L'autre découverte se rapporte au fait remarquable que les dents de tous les animaux ont un rapport nécessaire avec l'organisation entière de leur être, de sorte que, jusqu'à un certain point, l'examen de la dent permet de rétablir les formes, par induction, de l'animal vivant.
La question du transformisme était cependant loin d'être résolue. Un célèbre naturaliste anglais, Charles Darwin, la fit revivre après Lamarck. 11 constata que des variations sensibles s'opèrent normalement dans la nature, comme conséquences de la lutte que les espèces animales et végétales se livrent sans cesse pour la possession des moyens de subsistance.
Dans cette bataille de tous contre tous, le triomphe est acquis aux mieux adaptés, aux mieux armés, aux plus vigoureux. De là. un triage, une « sélection naturelle » des individus et des espèces, se modifiant, se transformant insensiblement, les jdus faibles finissant par disparaître, et leurs vainqueurs transmettant en héritage leurs qualités dominantes à leurs descendants.
310 LA VIE SOCIALE ET SES ÉVOLl TIONS
Ces idées ont révolutionné la biologie moderne en ces quarante dernières années. Claude Bernard. Huxley, Delage et Le Dantec en ont démontré toute l'importance.
Les douleurs physiques sont inséparables de la nature humaine, aussi les pratiques tendant à y obvier remontent aux temps préhistoriques. Des découvertes récentes ont établi, en elîet, que dès une époque très reculée, on opérait des trépanations crâniennes. Plus tard, en cas de blessures ou de maladies, on implorait le secours des chefs et des féticheurs.
Après la formation d'une prêtrise, certains préceptes hygiéniques, reconnus utiles, donnèrent heu à des mandements impératifs, dont on trouve des traces dans toutes les religions.
Le premier traité de thérapeutique remonte à 2700 ans avant Jésus-Christ, et fut composé par ordre de Chin-Nong, empereur de Chine. Les Egyptiens, étant en rapports avec l'Inde, en profitèrent probablement, et teurs embaumeurs devaient avoir acquis, par le fait même de leurs fonctions, certaines notions anatomiques. Les usages médicaux n'en conservèrent pas moins, pendant longtemps, même chez les (irecs, leur caractère sacerdotal. Asclepias ou Ksculape. prince guérisseur, devint parmi ces derniers le dieu de la médecine, ayant son temple et ses prêtres. Les remèdes qu'administraient ceux-ci étaient peu variés et consistaient en tisanes rafraîchissantes, d'orge et de miel, boissons sudorifiques, laxatifs et gargarismes de diirérenls genres.
Les plus célèbres médecins grecs furent llippocrate de Cos, Galien do Pergame. lliérophile et Erasistrate. Deux écoles rivales, celles de Cnide et de Cos, contribuèrent en (îrèce aux progrès de la médecine. L'école de Cnide se distingua par l'étude dos symptômes des maladies, tandis qu'à Cos, sous l'influence d"llippo-
crate, on s'appliqua à en découvrir les causes. En général, on avait moins recours aux médicaments quaux moyens hygiéniques, l'adoption d'un régime, les exercices gymnastiques, etc.
L'école d'Alexandrie, qui succéda aux deux autres, fut plus scientifique. Hiérophile, disciple de Protagoras, et Erasistrate. qui procédait de Chiysippe, y fondèrent l'anatomie descriptive, et y firent des dissections humaines. Diverses sectes se formèrent entre médecins, parmi lesquels les empiristes étaient nombreux. Galien intervint parmi eux, comme médiateur. Délaissant les méthodes traditionnelles, il fit appel à l'expérience, au raisonnement. Anatomiste déjà expert, il décrivit les os du squelette humain; désigna les muscles comme organes du mouvement ; établit les rapports existants entre le cerveau et les nerfs, et sépara ceux-ci des tendons musculaires. Il constata de plus l'existence des ganglions destinés à renforcer le système nerveux, et remarqua la présence des glandes, si importantes dans l'économie vitale.
L'école d'Alexandrie, illustrée par Galien. avait atteint son apogée, et n'allait pas tarder à déchoir. Une ère d'obscurantisme se préparait, toute de réversion, comme conséquence des effets, dans la grande cité alexandrine. de discussions philosophiques et religieuses de plus en plus absorbantes, annonçant un âge de foi, ennemi de tout libre examen et de toute étude indépendante.
La dissection des cadavres, considérée par les chrétiens comme une profanation, fut sévèrement défendue ; les recherches anatomiques furent délaissées, et on en revint aux manipulations superstitieuses ainsi qu'aux appels d'autrefois à de divines interventions.
Un prêtre chrétien, qui vivait à Alexandrie au xii*siècle. avait conservé cependant quelques notions de médecine grecque. Il en fit un recueil auquel il donna
le nom de Pandectes, composé principalement d'extraits des œuvres de Galien. Ce recueil, traduit en Syriaque, servit aux travaux de médecins arabes et Juifs, dont quelques-uns tels que Sérapion, Avicenne, Albueasis, Averrhoès, Maimonide. acquii-ont une haute réputation.
Gharlemagne, en 805, avait prescrit l'étude de la médecine dans les monastères. Quelques-uns d(; ceux-ci possédaient des manuscrits de Cocllius Aurelianus et de Celse, anciens médecins romains. Vers le ix" siècle une école italienne, celle de Salerne, commence à devenir célèbre. Ses chefs, s'inspirant des travaux de Galien, de Rufus et d'Oribase, ne procédaient que suivant leurs indications ou par expériences, souvent irrationnelles. Au x'= siècle, quelques savants juifs créèrent l'école de Montpellier, érigée en Faculté au siècle suivant. Paris restait en dehors de ce mouvement : on ne commença à y professer l'art médical qu'en 1213. L'Eglise se montrait peu favorable à cet enseignement. « Les préceptes de la médecine sont contraires à la science céleste — écrivait saint Ambroise — ils condamnent les prières et les veilles. » Les Conciles, au xii* et an xiir siècles, interdisaient aux prélats et aux archidiacres de faire des études médicales, ne les permettant qu'au clergé inférieur. Défense était faite à tout clerc de s'adonner à la chirurgie, qui occasionne des elTusions de sang. BonifaceVIII menaçait d'excommunication quiconque disséquerait un cadavre humain.
Ces prohibitions favorisaient l'ignorance et la superstition. On enseignait que le cerveau croît (!t décroît selon les jibases de la lune ; que le poumon sert à éventer le cœur ; le foie, à provoquer l'amour; la rate, à déterminer le rire. On employait pour réaliser des guérisons, des paroles et des formules cabalistiques ; on ordonnait des remèdes singuliers ; on -^ s'occu]»ait de panacées universelles. La chirurgie
était abandonnée aux barbiers, et même aux étuvistes ou baigneurs.
Une connaissance plus complète des écrits anciens, obtenue à l'époque de la Renaissance, fut le signal d'une réaction que personnifia Paracelse.
On en revint à l'anatomle, sur la courageuse initiative d'un flamand, André Vésale. bientôt suivie des découvertes, dans la même voie, d'Ambroise Paré, Eustache, Falloppe. Colombo Yarole. Arenzio, Fabrice d'Acquapendente.
La pharmacologie et la matière médicale étaient en progrès. On commençait à discuter la spécificité, la contagion, l'infection. Le principe classique : contraiia contrariis curantur, était généralement admis.
Les maladies, durant tout le Moyen âge, avaient fait d'innombrables victimes, par suite de la négligence des principes les plus élémentaires de l'hygiène. Les atïections de la peau étaient fréquentes. L'introduction de la lèpre date des premières Croisades. En 1250, l'armée de saint Louis, en Egypte, avait été décimée par la dysenterie et le scorbut.
On connut des maladies nerveuses, telles que la chorée, qui entraînait des populations entières, ignorantes, impressionnables et suggestionnées, en une ronde éperdue ; l'épilepsie, la lypémanie ou tristesse noire ; la lycanthropie, folie de ceux qui se croyaient changés en loups ; la manie de flagellants.
La petite vérole apparut pour la première fois en (iaule au vf siècle ; la peste d'Orient, ou peste à bubons, se manifesta vers 540 ; la peste noire, de même nature que la première, parcourut l'Europe au xiV siècle et y fit d'atfreux ravages. Au xv" siècle surgit la coqueluche qui, à cette époque, s'attaqua surtout aux personnes âgées. Ce fut sous Louis XI qu'on fit pour la première fois, en France, sur un homme malade de la pierre, l'opération de la taille.
Les pharmaciens étaient rangés dans la même cor-
poration que les épiciers. Une ordonnance royale, datant de l'année 1484, fixa à quatre années la durée de l'apprentissage dans le métier des épiciers apothicaires de Paris, et les deux professions ne furent séparées que sous Louis XIII.
Il a été mentionné ci-dessus que Galien, le célèbre médecin grec, avait reconnu les fonctions des artères. Elles ne lui avaient été révélées, toutefois, que d'une manière imparfaite. Un médecin anglais, Harvey, en 1628, fit faire un grand pas à la science médicale en découvrant le mécanisme de l'émission sanguine.
Cette constatation en amena une autre, relative aux vaisseaux chylifères, due à un italien, Aselli, de Crémone, et à Jean Pecquet ; les vaisseaux lymphatiques furent reconnus par le suédois Rudbeck.
La science, victorieuse des préjugés, se spécialisait. Un anatomiste danois, Nicolas Sténon, fait connaître le canal extérieur de la glande parotide ; Malpighi, de Bologne, médecin du pape Innocent XII, se dédie à l'examen des appareils respiratoires des insectes, et pour mieux entrevoir les vaisseaux animaux dans leur parcours, les injecte de liquides colorés ; un français, du Verney, rend compte de la structure des os.
La nécessité d'abréger notre revue des sciences, nous oblige à passer sous silence des faits importants, ainsi que des noms justement réputés. Nous mentionnerons toutefois, parmi les illustrations médicales, Sydenham, de l'école anglaise ; Sanclorius. aux doctrines nettement matérialistes ; Boerhaave, le célèbre praticien hollandais, entouré d'élèves à Leyde.
Au milieu du xviif siècle la physiologie est renouvelée par Haller ; l'analomie pathologique, par John llunter. Vers sa fin, on apprend à inoculer le vaccin au lieu de la variole. Un grand chimiste, Lavoisier. expliqua le ithénomène de la respiration, en démon-
trant l'oxygénation du sang des veiiies.mis on contact avec l'air inspiré [)ar les poumons.
En 1778 fut l'ondée une académie spéciale, destinée à grouper les médecins scientisles. Ce corps savant publia de remarquables travaux, et contribua efficacement à la diffusion des connaissances médicales. Le [)remier chirurgien du roi de France, chef de la corporation des chirurgiens barbiers, dépendait encore, lui et et ses prévôts, de la Faculté de médecine. Louis XV affranchit les chirurgiens de l'obligation d'aller étudier chez les médecins, et de se faire inscrire sur les registres de leur doyen : il établit au collège de Saint-Côme cinq places de démonstrateurs, à la nomination du premier chirurgien. En 1743, l'association avec les barbiers fut rompue. Une ordonnance, de 1750, astreignit les élèves chirurgiens à cinq années d'études.
Les plus célèbres spécialistes en chirurgie, au xviir siècle, furent Croissant de Carengot, qui inventa la clef pour l'extraction des dents ; de La Faye, auteur d'un excellent traité chirurgical ; Guesnay. qui écrivit sur la suppuration, la gangrène, les effets de la saignée, les plaies du cerveau et la tré[>anation. etc. Baume, d'autre part, s'appliquait à réformer la pharmacie, en l'épurant de nombreuses préparations, reconnues absurdes. Un de ses contemporains, Bourgelat, est le fondateur des écoles vétérinaires de Lyon et d'Alfort. L'art de guérir, grâce à de constants efforts de patiente investigation, devenait scientilique.
De plus en plus particularisé, il s'inspirait de travaux de Pinel, en nosologie ; de Bichat, en histologie ; de Broussais, ennemi des systèmes exclusifs et des arguments métaphysiques. Le diagnostic acquérait plus de certitude après les indications de Brouillaud, de Rostand, de Rayer, d'Andral, de Trousseau et de Ricord. On mesure la température des malades; on
découvre les alcaloïdes ; l'emploi des aneslhésiques en chirurgie, assure le moyen de pratiquer, sans trop de danger, les opérations les plus délicates.
Vers le milieu du xix* siècle, commence une période d'innovations dont le point de départ est dû aux études si approfondies de Louis Pasteur, qu'on ne saurait assez honorer. Son attention s'était portée sur ce grand problème de la fermentation, qui restitue à l'air, au sol, à l'eau, les substances momentanément empruntées par les êtres organisés.
Elle se révèle bientôt à lui comme l'œuvre d'infiniment petits, vibrions, bactéries, microbes, qui assistent aux mutations de la matière organique, ouvriers secrets et témoins à peine perceptibles des modifications les plus complètes de la nature.
Ces ferments, il apprend à les cultiver, à les changer à son gré, à les asservir. Par un enchaînement logique, il examine leurs rapj)orts avec les maladies. Ceux-ci étant reconnus, il s'ingénie à préserver l'organisation humaine de l'invasion de ces germes morbides. Il parvient non seulement à les éloigner mais à les combattre.Il s'efforce d'empêcher leur action destructrice. Ayant atténué celle-ci i)ar des procédés artificiels, il se sert de la vaccination pour stériliser, par des poisons affaiblis et devenus inolTensifs, les effets de poisons plus violents. C'est ainsi qu'on a réussi à arrêter le développement du charhon, de la rage, du choléra des poules, de la diphtérie.
Les causes de nombreuses maladies, grâce au génie de Pasteur, sont désormais clairement indiquées. L'art médical, fortifié par d'aussi importantes conquêtes scientifiques, va servir désormais, plus qu'à toute autre épO(|ue. les intérêts de Thumanité. Ajoutons que l'ensemble des phénomènes se rapportant au sommeil artificiel, provoqué à dessein, a donné lieu à des expériences pathologiques des plus remarquables, qui ont occupé les docteurs Charcot.
Louys. Ole, dans le Iraitement des maladies mentales.
La chimie, utile auxiliaire de la médecine en pathologie et en thérapeutique, n'est devenue une science positive, en mesure de s'élever, par l'élude des faits, jusqu'à certaine connaissance des lois irénérales de la conqtosition des corps, qu'à partir du xviii'' siècle : Durant son premier développement, s'étendant de la haute antiquité jusqu'au ix" siècle, elle se résume en procédés de métiers, appliqués d'abord par les Chinois, puis plus tard, par les Égyptiens, les Grecs et les Romains, se rapportant au travail des métaux, à la préparation de teintures, à la fabrication de sels, de savons, de poteries et de verreries.
Au commencement du ix*" siècle, elle acquiert, sous l'influence des savants d'Alexandrie, une orientation j)arti<ulière. Ceux-ci attribuaient à la matière une unité de substance originelle, modifiée par des causes multijjles. Percevoir celles-ci, c'était, d'après eux, s'assurer la faculté d'en reproduire indéfiniment les effets. Dès lors la composition de remèdes ou d'élixirs destinés à prolonger la vie humaine, et la transmutation des métaux les plus communs en or pur et sans alliage, ne semblaient pas impossibles. Les Arabes, à leur arrivée eu Egypte, s'appliquèrent à ces recherches, qu'ils popularisèrent en Europe sous le nom d'alchimie, ou d'art hermétique. La découverte de la « pierre philosophale », ou des moyens de faire de l'or, devint l'objectif d'une foule de laborieux praticiens, imbus d'idées mystiques, patients opérateurs qui contribuèrent largement à amasser les matériaux de la chimie moderne. On leur doit la connaissance et la formule des acides sulfurique, chlorhydrique et nitrique; la possession de l'ammoniaque, des alcalis, de l'alcool, de l'éther, du bleu de Prusse et de beaucoup d'autres produits do laboratoire.
Un problème extrêmement important restait insoluble : la composition de l'air et de l'eau. Comment arriver à quelque synthèse sans connaître l'action de ces agents naturels ? Des observations de détail avaient été faites par Van Helmont, de Bruxelles ; Robert Bayle, fondateur de l'Académie des sciences de Londres; Ltmery, qui avait produit de l'hydrogène et l'avait brûlé au goulot de sa cornue; mais toutes ces analyses étaient encore imparfaites.
La nomenclature chimique manquait de précision : les gaz s'appelaient des « airs » ; les chlorures des «cornes»; les oxydes des «chaux».
L'allemand Slahl imaginait que tous les corps étaient composés de matière terreuse et de « phlogistique », principe indéterminé auquel ils devaient leur apparence. Son hypothèse, bien quenon justiiiée, fut longtemps admise.
On considère comme les fondateurs do la chimie moderne le suédois Scheele, né à Stralsund en 1742; l'anglais Priestley, et surtout le chimiste français La\oisier.
Scheele fit connaître l'acide arséniquc, l'acide benzo'îque, l'acide i)russique, la glycérine et un corps simple, le manganèse. Il s'occupa de la composition de l'air et du feu.
Priestley signala l'existence et quelques-unes des propriétés de l'oxygène, celles de ne passe dissoudre dans l'eau ; d'activer la combustion et la vie animale; de former avec l'hydrogène dos mélanges détonants. H découvrit, en 1772, le protoxyde d'azote, qu'il appela «oxyde nitreux ». Lavoisier compléta ses travaux eti établit nettement que l'oxygène est l'agent, non seu-1 lement de la combustion, mais de la respiration et| des phénomènes vitaux.
Son action expliquait tous les faits attribués à laj « phlogistique ». L'habile chimiste, poursuivant ses investigations, décomposa l'eau, et montra qu'elle estj
formée d'oxygène et d'hydrogène. Assisté de Guytou, de Morveau. de Fourcroy et de Berthollet, il fixa, en 1787, la nomenclature chimique dune manière simple et facile.
La science était fondée, et fut divisée depuis lors en une quantité de branches se rapportant à l'organisme; à la minéralogie; à l'industrie; à la médecine; à la pharmacie.
Les chimistes ont dégagé une quantité de nouveaux corps simples, le chrome; l'iode; le brome; l'aluminium; l'argon, un des gaz constitutifs de notre atmosphère; le radium. On est parvenu à liquéfier, et même à solidifier presque tous les gaz. Des matières les plus inertes, les chimistes ont extrait des agents d'une puissance explosive remarquable; ils ont fabriqué des alcools et des sucres avec les produits les plus variés; ils ont extrait la quintessence des plantes, sous le nom d'alcaloïdes, à la fois poisons et remèdes : un champ immense est ouvert désormais à leur activité.
Les corps en général sont soumis à certaines lois qui, sans changer leur nature, comme à la suite d'opérations chimiques, agissent assez pour modifier temporairement leur état.
L'étude de ces modifications est du domaine d'une science spéciale, la Physique.
Les anciens n'y étaient pas étrangers. Thaïes, de Millet, Pythagore, Archimèdc, et le cétèbre astronome Ptolémée, avaient déjà des notions d'attraclibilité, de l'hydrostatique, de la propagation des sons et des phénomènes lumineux. Ces premiers travaux, abandonnés pendant la période de dissolution sociale qui suivit la chute de l'Empire romain, furent repris par les Arabes, qui les firent connaître en Europe.
La physique, durant le Moyen âge, fut particulièrement cultivée hors des écoles par les alchimistes.
L'une de ses branches, l'acoustique, c'est-à-dire l'examen des causes ayant pour elfet de produire des sons, attira tout d'abord l'attention. On se rendit compte qu'ils résultaient de vibrations parliculièrement sensibles dans tous les corps sonores, ce qui conduisit à la construction des orgues et de nombreux instruments de musique. Certains sons étaient graves, d'autres d'une grande acuité. Gassendi, au
xvr siècle, en fournit l'explication, en établissant que plus les vibrations sont rapides, plus les sons deviennent aigus. Le P. Marsanne, l'un de ses correspondants, déveIop])a cotte théorie en déterminant le rapport existant entre le nombre des vibrations provoquant la sonorité, et les différentes notes de la gamme musicale. Chladmi, démontra les mouvements concentriques s'opérant sur les plaques vibrantes, en saupoudrant celles-ci de poussière fine.
Otto de Guericke, l'inventeur de la machine pneumatique, fit mieux comprendre encore les conditions spéciales île l'acoustique, en prouvant que le son ne se répand pas dans un milieu privé d'air.
Dès lors, il devint indiscutable que la propagation du son résulte d'une série d'ondulations, se formant dans le milieu élastique de l'atmosphère, et que le phénomène de l'écho ne consiste qu'en leur répercussion, rencontrant un obstacle.
Au XIX'' siècle, les notions ainsi réunies ont donné lieu à des applications industrielles réellement surprenantes. Scott, s'en prévalant, enregistre la parole d'une manière déchiffrable à l'aide du phonautographe; Edison crée le phonographe, stéréotypant les mots prononcés par la voix humaine et les reproduisant mécaniquement.
Durant la même période, Graham Bell, en 1886, ayant recours à l'électricité, trouve moyen, à l'aide du téléphone, de transmettre à distance des messages parlés, parfaitement compréhensibles. Les physiciens admettent généralement, comme limites extrêmes des sons perceptibles, 8 et 36.000 vibrations doubles par seconde; toutefois les sons musicaux s'étendent seulement entre 16 et 4.000 vibrations.
L'éclat que produisent certains corps, et qui rend visibles d'autres corps qui les environnent — le phénomène de la lumière — fut observé et étudié dès l'antiquité. On pensait alors qu'un élément subtil.
émanant de l'œil, parvenait aux objets éclairés et les mettait en vue. Les premiers instruments d'optique, furent des miroirs plans, en métal ou en obsidienne. Ce ne fut qu'au xiii'' siècle qu'on les fabriqua en verre, les doublant d'une lame de plomb. On n'eut recours à l'élamage qu'au xvi'' siècle, particulièrement à Venise.
Dès lors les inventions d'objets d"oplique se succèdent rapidement. Un Napolitain, Porta, combine la lanterne magique, améliorée aussitôt et perfectionnée par le P. Kircher. En 1590, Zacharias Jansen, lunetier de -Middelbourg, construit le premier microscope, et Lipperthey, de la même ville, la plus ancienne lunette d'approche, assez semblable au télescope de Galilée.
La théorie de la lumière était encore à créer. Descarles, Malebranche et Huyghens émirent l'hypothèse que l'eiîet d'un point lumineux se propage par ondulations successives, comme le son. Isaac Vossius démontra que la lumière n'est pas incolore, etNewton, se servant d'une prisme, étudia les couleurs du spectre solaire. Il était d'avis que les corps lumineux projettent dans toutes les directions des corpuscules impondérables, se mouvant en ligne droite avec une extrême rapidité, et se réfléchissant sur certaines surfaces. On préfère à sa théorie celle des ondulations. Il contribua cependant aux progrès de Top-tique en faisant connaître aux astronomes le télescope à miroir, en 1672. Les lentilles achromatiques datent de la première moitié du xviii^ siècle. Le phénomène de la réfraction de la lumière avait été particulièrement étudié par Descartes, qui expliqua la formation de l'arc-en-ciel ainsi que les phénomènes de la vue. Fresnel, au commencement du xix*" siècle, rendit un service signalé aux navigateurs en construisant les premiers phares lenticulaires.
On était à la veille d'une invention qui allait per-
mettre de scruter la composition des astres et de mettre en évidence leur mouvement.
Il avait été remarqué que la lumière décomposée produisait de> raies, variant de couleur suivant la nature des sources lumineuses. La flamme du sodium, par exemple, donne des raies jaunes: celle du cuivre et de l'argent des raies vertes; celle de lastrontiane des raies rouges. L'analyse de l'ensemble des rayons colorés dévoilait donc, dans la composition d'un corps lumineux, la présence d'une substance quelconque, même infinitésimale, toutes se manifestant par des raies reconnaissables. Deux savants allemands, Tercblofî et Bunsen, en se servant d'un appareil nouveau, le spectroscope. ajusté par eux, ont donné une grande portée à ces découvertes.
Ln autre physicien et chimiste allemand déjà cité, Scheele, avait constaté, en 1781. que le chlorure d'argent noinnssait à la lumière. Niepce et Daguerre, utilisant cette observation, en tirent les principes de la photographie. L'activité des recherches allait en progressant. Roentgen, en 1895, fait connaître de remarquables radiations, désignées sous le nom de « rayons X ». assez puissantes pour traverser des écrans impénétrables à la lumière ordinaire. Bientôt après, en 1898. [M. et M""' Curie, traitant la pechblende, en extraient des corps nouveaux, le polonium et le radium, dune radio-activité extrêmement supérieure.
L'électricité, dont le rôle est important en science et en industrie, était inconnue dans l'antiquité, ainsi que durant le Moyen âge. On savait tout au plus que le succin. ou ambre gris, attire les corps légers. après frottement, et que l'aimant agit dans quelques cas d'une manière analogue.
Guillaume Gilbert, médecin de la reine Elisabeth d'Angleterre, s'appliqua à l'examen des phénomènes électriques. 11 divisa les corps en idioélectriques.
qui étant frottés produisent de l'électricité, et corps anélectriques y étant réfractaires. Il élucida aussi un problème inexpliqué se rapportant à l'aimant. On avait remarqué depuis plusieurs siècles qu'une aiguille aimantée, agissant automatiquement, pointait vers le Nord. De la constatation de ce fait était résultée la création de la « Marinette » ou boussole, instrument déjà connu en Asie lorsque les italiens d'Amalfi l'introduisirent en Europe. Gilbert émit l'hypothèse que les mouvements de l'aiguille aimantée résultent de courants magnétiques, le globe terrestre agissant sur l'aiguille comme un énorme aimant, dont celui-ci subit l'influence.
Un autre savant anglais, Boyle, fit mouvoir à l'aide d'une tige électrisée une aiguille aimantée, démontrant ainsi les effets de l'électromagnétisme.
Comment déterminer cependant la puissance de l'action magnétique exercée par un aimant? Coulomb y parvint au moyen d'un appareil de son invention, la balance de tortion, et constata que les actions, tant magnétiques qu'électriques, se manifestent en raison inverse du carré des distances. En 1729, l'anglais Gray démontra que l'électricité, développée par le frottement dans certains corps, peut en impressionner d'autres, par contact. 11 fit voir que l'électricité se répand même au loin, en passant par divers corps, mais que tous ne s'y prêtent pas. Les premiers transmettent l'électricité; les seconds lui font obstacle et isolent entre elles des substances qui la recevraient.
Les notions ainsi obtenues, en s'accumulant, devenaient plus précises et plus concluantes. Franklin, à Philadelphie, donna une vive impulsion à lascienceen prouvant que la foudre n'est qu'un dégagement d'électricité provenant des nuages. Il avait émis l'hypothèse ([u'une verge de fer pointue, élevée dans les airs et communiquant avec le sol, pourrait soutirer le fluide
électrique existant dans les airs. Une expérience, faite en 1752. confirma le fait et donna lieu à la construction du premier paratonnerre.
Six années auparavant, un autre expérimentateur, l'abbé Nollet. avait transmis un choc électrique à un kilomètre de distance, au moyen d'un certain nombre de personnes, formant la chaîne et se tenant par la main. Toutes, instantanément, avaient ressenti une commotion. De pareils chocs, diversifiés, étaient de nature à devenir des signaux téléirraphiques. Cette idée, mise en pratique, en 1774. par Lesage, l'amena à disposer un appareil d'où partaient vingt-quatre fils, représentant les lettres de l'alphabet. Suivant que la décharge électrique longeait un de ces fils, elle agissait à l'extrémité de celui-ci sur une pendule de sureau, correspondant à une des vingt-quatre lettres appelées successivement à former des mots.
Il pouvait devenir utile d'augmenter la force du courant électrique : on apprit à disposer ses conducteurs de manière à accroître sa puissance et à la condenser.
On entrait dans une ère féconde. La voie était préparée à des découvertes de plus en plus importantes, et si multipliées que leur examen, même sommaire, n'est possible que dans des ouvrages spéciaux.
La télégraphie électrique, mettant en rapport les continents les plus éloignés, a été perfectionnée au point de faire circuler à travers l'espace et sans fils conducteurs, par ondes aériennes, de rapides messages: l'électricité a été employée à faire marcher des trains, des bateaux, des métiers à la Jacquard, des presses d'imprimerie et jusqu'à extraire et affiner des métaux. Elle a donné naissance à la galvanoplastie et à des modes d'éclairage d'une remarquable intensité.
On en est arrivé, en synthétisant les observations recueillies, à établir la parenté et presque l'identité
(le toutes les forces de la nature : lumière, chaleur, électricité, magnétisme, mouvement, affinité chimique.
Il a été question précédemment de la composition de l'air et de l'eau. Un Hollandais, Cornélius V^an Drebbel, cherchant à constater le degré de chaleur de l'atmosphère, sous diverses influences, inventa le thermomètre, perfectionné ensuite par Sanctorius. Otto de Guericke, Newton, Fahrenheit, Réaumnr et Celsius. Torricelli, d'autre part, parvint à mesurer les pressions atmosphériques au moyen d'un instrument, le baromètre, dont Pascal se servit pour déterminer la hauteur de certains points élevés.
On commençait à soupçonner la force de la vapeur d'eau comprimée. Salomon de Caux, vers 1615, essaya de l'employer, mais sans succès, comme moteur industriel. Le marquis de Worcester , en Angleterre; Denis Papin, en France et en Allemagne; le capitaine anglais Savery, travaillèrent successivement à la solution de cet important problème.
Le véritable inventeur de la machine à vapeur, combinée de manière à rendre de véritables services industriels, fut James Watt, mécanicien et ingénieur écossais. En 1759, un autre Écossais. Robinson, proposa d'appliquer ces machines à la traction des voitures et des wagons de minerais. Ce projet ne devait pas tarder à être réalisé. La première locomotive roulant sur des rails de fer, et traînant, outre son poids, quelques wagons chargés de houille, est due à George Stephenson, ingénieur anglais, qui de 1830 à 1840 créa de nombreuses voies ferrées. Aujourd'hui améliorées et perfectionnées par d'ingénieux constructeurs, elles forment un réseau mondial, contribuant à rapprocher les peuples, à servir leurs intérêts, à muliplier leurs relations commerciales.
La machine à vapeur désormais à haute pression et à chaudière tubulaire, installée à bord de grands
navires, les dirige à la surface des mers, abrégeant les distances, et diminuant les risques des longues traversées. Transportée dans les usines, elle y met en activité des forces énormes, employées à la fabrication de produits de tous genres, dont elle fait baisser les prix et dont elle a vulgarisé l'usage. Tels sont les résultats de l'union de plus en plus intime de la science, indiquant les principes à suivre, et de l'esprit pratique qui en provoque les applications.
Celles-ci ne se réalisent généralement qu'après de nombreux essais. L'hydrogène ayant été découvert en 1766, le docteur Black tenta, sans y parvenir, à faire monter dans l'air une vessie remplie de ce gaz extrêmement léger. L'entreprise, imparfaitement conduite, n'eut aucun succès.' La conquête de l'espace, au moyen de la navigation aérienne, était de nature toutefois à exciter l'ambition des inventeurs. L'expérience du docteur Filack, reprise par le physicien Charles, finit par réussir, et un ballon gonflé d'tiydrogène s'éleva audessus de Paris, aux acclamations d'une foule immense, appelée bientôt après à voir planer au-dessus d'elle un autre aérostat, préparé par Montgolfier, suivant un procédé différent. En 1783, Pilâtre et le marquis d'Arlandes font un premier voyage aérien. Plus tard, le 7 janvier 1785, Blanchard et Jefferie accomplissaient, en ballon, la traversée de Douvres à Calais. On était en possession d'un appareil utile pour l'étude des couches supérieures de l'atmosphère et l'inspection, en cas d'invasion ennemie, de vastes zones de terrains ; mais cet appareil, impressionné par tous les vents, n'était pas dirigeable. Il s'agissait d'obvier à cette défectuosité. On modifia les ballons qui, de sphériques qu'ils étaient, prirent la forme d'un ovoïde allongé à axe horizontale. Cette amélioration en amena d'autres, plus importantes, et on peut prévoir dès aujourd'hui — grâce aux etforts de patients opérateurs toujours actifs à réaliser de nouveaux progrès —
que la navigation aérienne, dans un avenir peu éloigné, n'offrira pas plus d'obstacles au génie de l'homme que la navigation maritime.
Le fond des mers restait inconnu et semblait inaccessible aux recherches scientifiques. Que se passait-il dans les mystérieux abîmes océaniques, cachés par les eaux? Y avait-il là aussi, comme sur terre, une surabondance de vie ?
On s'occupa des moyens d'y faire des investigations. On revêtit des plongeurs d'un vêtement spécial, le scaphandre, leur rendant possible de séjourner dans l'élément liquide, d'y respirer et d'y travailler.
On eut pour les grandes profondeurs, des dragues, des chaluts, des instruments enregistreurs des températures prévalentes, des sondes perfectionnées. On constata partout l'existence d'êtres organisés, aux formes adaptées à leurs conditions de vie, à leur étrange et obscur milieu.
La splendeur des nuits sereines, se révélant dans un ciel étincelant d'étoiles, est de nature à impressionner tout homme intelligent, et à le prédisposer au recueillement. Celui-ci, d'abord vague et mystique, puis intensifié d'observations et de raisonnements, a servi de base à une belle et attrayante science, l'Astronomie.
Elle était florissante en Chine, 2000 ans avant l't're chrétienne. Une assemblée spéciale, le <^ Tribunal de Mathématiques », étudiait le mouvement des astres, en déduisait les éléments d'un calendrier, et prédisait les éclipses au retour périodique.
Les Égyptiens s'y ai)pliquaient également et eurent pour disci])Ie l'un des initiateurs aux études astronomiques en Grèce. Thaïes, d'origine thébaine, né vers 640 ans avant Jésus-Christ. Celui-ci fut le fondateur d'une école où il démontra la sphéricité de la terre, et expliqua les causes des éclipses du soleil et de la lune. 11 fit connaître l'obliquité de l'écliptique, et les
NOTIONS PHYSIQUES ET ASTRONOMIOl ES 329
intervalles des solstices aux équinoxes. Deux de ses élèves. Anaximandre et Pythagore. répandirent son enseignement et acquirent une grande célébrité. De nombreuses inventions, notamment celles du gnomon et des cartes géographiques, sont attribuées à Anaximandre. Pvthagore enseigna le double mouvement de la Terre, sur elle-même et autour du soleil, doctrine qui valut à Aristarque de Samos. qui l'adopta après lui, une accusation d'impiété.
La campagne d'Alexandre le Grand en Asie contribua au développement de la science astronomique. Callisthènes se procura à Babylone et envoya à Aristote une série d'observations sidérales, faites par les Clialdéens et embrassant une période de 1.903 années.
Les savants d'Alexandrie réunirent des notions assez précises sur la sphère terrestre, ses pôles, son axe. son équateur. ses cercles arctiques et antarctiques; ses points équinoxiaux. Ptolémée, astronome et géographe, vivant au m- siècle après Jésus-Christ, et auteur d'un livre VAlmageste. qui a longtemps prévalu, considérait la Terre comme ronde et fixe dans l'espace, les autres astres évoluant autour d'elle. Il donna un catalogue de 1.200 étoiles et fit quelques recherches sur la nature de la voie lactée. Sa théorie, contraire aux idées de Pythagore et d'Aristarque. fut longtemps acceptée étant conforme aux traditions théologiques.
Un astronome d'Alexandrie, Sosigène, fit changer sous Jules César le calendrier d'usage, dressé d'après l'année lunaire, substituant à colle -ci l'année solaire, de 365 jours 14, inaugurant ainsi la période Julienne.
La désorganisation sociale survenue après la chute de l'Empire romain, arrêta non seulement tout progrès nouveau, mais fit même perdre de vue ceux qui avaient déjà été rt-alisés. On ne connaissait que le cadran solaire, l'astrolabe, et des tubes sans lentille, ne pouvant servir qu'à l'orientation. On n'avait aucun
moyen, en rapprochant les distances, de fouiller les profondeurs du ciel. Alcuin, sous Charlemagne, et l'abbé Abbon, au temps du roi Robert, écrivirent sur l'astronomie des traités de peu d'intérêt.
Gerbert. élu pape sous le nom de Sylvestre II. en 999, est l'inventeur présumé d'une horloge astronomique, et le franciscain Roger Bacon, mort en 1292, a laissé de curieuses études sur la grandeur apparente du soleil et de la lune, dans leurs diverses positions, la composition des étoiles filantes et la formation de la voie lactée.
• Les Arabes, plus rapprochés des foyers de l'ancienne civilisation, s'étaient occupés dès le ix" siècle de nombreux travaux d'astronomie. Durant le khalifat de Mamoun. de la dynastie abbasside, ils calculèrent assez exactement la circonférence du globe terrestre. Le roi deCastille, Alphonse X, au xiii'' siècle, eut recours à eux et à quelques savants juifs pour la construction de tables astronomiques.
Le calendrier adopté sous Jules César, 45 ans avant Jésus-Christ, fut réformé par le pape Grégoire XIII, en 1582.
De sérieux progrès scientifiques, réalisés vers le XVI* siècle, avaient précédé cette mesure. Un savant polonais, Nl\;olas Copernic, frappé de la complication du système jusqu'alors reconnu, qui plaçait la terre au centre de l'Univers, avait cherché à lui substituer une conception plus simple. Réduisant le rôle du globe terrestre à celui d'une planète ordinaire, il le représenta accomplissant autour du soleil en 24 heures une révolution quotidienne; en 365 jours et 6 heures, une révolution annuelle.
Ses conclusions, condamnées par l'Église, furent confirmées par Galilée, persécuté à son tour après avoir fait d'importantes découvertes relatives aux satellites de Jupiter à la planète Saturne, aux taches et à la rotation du soleil sur son axe.
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Le triomphe de Copernic n'était pas encore assuré, et comptait parmi ses adversaires de véritables savants, tels que le grand astronome danois Tycho- Brahé qui, le premier, tint compte dans les calculs des effets de la réfraction, et proposa les éléments d'une théorie des comètes. Un de ses élèves, Jean Kepler, sappuyant sur des observations faites sur la planète Mars, démontra que celle-ci, comme toutes les autres, suit une orbite immuable; que cette orbite n'a pas la forme d'un cercle, ainsi que Copernic lui-même l'avait supposé, mais d'une ellipse ; que les planètes accélèrent leurs courses quand elles se rapprochent du soleil, et la ralentissent en s'en éloignant ; qu'elles parcourent toujours leur orbite en un temps égal ; que le soleil placé au centre du système planétaire n'est point immobile, mais qu'il a un mouvement de rotation sur lui-même.
Il était réservé au génie du grand mathématicien anglais. Isaac Newton, d'établir scientiflquement ce que Kepler, Galilée et autres, avaient entrevu. Il marqua avec précision l'opposition des deux forces auxquelles sont soumis les corps célestes : la force d'attraction, qui les précipiterait l'un sur l'autre; la force d'impulsion, en vertu de laquelle ils suivraient une ligne droite dans l'espace infini. La résultante de ces deux forces est précisément l'orbite elliptique que les planètes et leurs satellites sont forcés de parcourir. Les comètes elles-mêmes décrivent une courbe déterminée, c'est-à-dire une parabole.
L'explication des faits était complète et irréfutable. Newton déduisit de ses calculs que la terre doit avoir la forme d'une sphère, renflée à l'équateur et aplatie vers les pôles, ce qui fut confirmé par les expériences et les observations réalisées ultérieurement. Il fut reconnu que les marées sont produites par l'attraction combinée du soleil et de la lune sur les masses d'eau composant les mers.
D'autres travaux, dans l'intervalle des grandes conquêtes scientifiques présentement indiquées, avaient été accomplis. Picard et Gassendi s'étaient appliqués à mesurer le méridien terrestre, et le passage de Mercure sur le disque du soleil fut constaté par Picard en 1631 ; Cassini remarqua les taches et le mouvement de rotation de trois planètes, Jupiter, Mars et Vénus; Hévélius publia, en 1647, une étude sur la surface de la lune; lluyghens découvrit l'anneau de Saturne, et le premier des huit satellites qui l'accompagnent. On commençait à émettre l'hypothèse de l'habitabilité des planètes, idées qui inspira à Fontenelle, en 1686, ses Entretiens sur la pluralité des mondes. On n'avait encore que des notions très incomplètes sur les étoiles. Les catalogues qu'on en fit d'abord ne comprenaient que celles qui sont discernables à l'œil nu, et Tycho-Brahé n'en avait pas indiqué plus d'un millier. Les observations faites à Dantzig. par Hévélius; par Flamsteed, à Greenwich ; par Halley, en 1676, à l'île de Sainte-Hélène, démontrèrent que ces astres lointains étaient infiniment plus nombreux.
Un savant allemand, Simon Marins, avait découvert près de la constellation d'Andromène, en 1612, un amas lumineux de matière affectantune certaine forme. Comment expliquer l'existence de cette agglomération nébuleuse, dont on constata bientôt la répétition sur d'autres points ? Les instruments d'optique assez puissants pour en déterminer les détails faisaient défaut.
On travailla, au xviii" siècle, à y remédier. Les télescopes à miroir acquirent alors des dimensions considérables. Un Hanovrien, William Herschel, construisit à Slough, en Angleterre, un télescope de 12 mètres de long, dont le miroir pesait mille kilos, et qui grossissait 6.000 fois les masses astronomiques vers lesquelles il était dirigé.
NOTIONS PinSnjLES ET ASTRONOMIQUES
Partout les investigations astronomiques étaient poursuivies avec ardeur. Encke, de Hambourg, établissait à la suite de constatations faites sur divers points, que la distance du soleil à la terre est de 23.984 rayons terrestres, soit de 38 millions de lieues, total qui diffère peu de celui qui est admis aujourd'hui.
On commençait à soupçonner que le soleil n'est pas seulement animé d'un mouvement de rotation sur lui-même, mais encore d'un mouvement de translation à travers l'espace, entraînant avec lui la terre, les planètes et leurs satellites. Ce fait soulevait un problème nouveau, relatif au centre mystérieux autour duquel s'opère cette propulsion sidérale, mise actuellement hors de doute.
Herschel, au moyen de son puissant télescope, s'était constitué en explorateur du ciel. On lui doit un catalogue d'étoiles qu'il dressa en collaboration avec sa sœur, Caroline Herschel. H aperçut, en 1781, la planète Uranus. et la prit d'abord pour une comète. Revenu de cette erreur, corrigée par Lexell et Laplace, il découvrit les satellites de la planète et détermina leur révolution et leurs orbites; il distingua dans l'anneau de Saturne, deux satellites intérieurs à l'anneau. Enfin, en 1784, il entreprit de jauger la voie lactée et d'en compter les étoiles. En une heure, il en vit passer devant son télescope jusqu'à 50.000, dont la plupart sont invisibles à l'œil nu.
L'espace s'approfondissait à mesure que la perfection des instruments d'optique s'accentuait. Là où un spectateurordinaire ne distinguait, sous le voile des nuits, que quelques milliers de points lumineux, l'astronome en comptait près de 100 millions, et pressentait l'existence d'autres sources de lumière, par milliers de millions, dans les vastitudes inexplorées, trop éloignées pour être perçues, même à l'aide des appareils les plus ingénieux. De plus, l'astronome se pénétrait de
l'idée que nombre de ces étoiles ne sont autres que des soleils, plus grandioses, plus brillants que le nôtre, diversement colorés, et entourés, eux aussi, d'un cortège prodigieux de satellites.
On en revint à l'étude des masses nébuleuses, signalées précédemment par Simon Marius. On en avait remarqué cinq au xvif siècle; on en comptait 103 en 1784. Herschel s'en occupa, ainsi que son lils, Jean Frédéric, et tous deux constatèrent qu'elles étaient constituées d'amas d'étoiles. Toutes cependant n'étaient pas résolubles, et dans ce cas ne produisaient que d'indistinctes lueurs.
On y vit autant d'univers, les uns déjà existants d'autres encore en formation. Notre voie lactée, avec ses astres innombrables, ne serait qu'une de ces nébuleuses, entraînant notre terre dans son irrésistible mouvement.
Un illustre savant français, Laplace, a présenté sur l'origine et le principe de la constitution du système solaire une étude très remarquable, qui résume à cet égard les plus concluantes hypotlièses.
A l'époque toute récente, l'astronomie s'est enrichie de deux nouveaux procédés : la photographie appliquée à l'état du ciel et l'analyse spectrale. Par le premier, elle s'assure de précieux éléments d'étude et des documents irréfutables ; par le second, elle obtient des renseignements inespérés sur la nature physique des corps lumineux. Telle est la précision moderne des calculs astronomiques, qu'une planète éloignée, celle de Neptune, a pu être découverte théoriquement, par Le Verrier, d'après leurs indications.
La contemplation du ciel étoile, aux merveilles étincelantes, aux problèmes multiples, est la meilleure préparation à la plus sérieuse et à la plus noble philosophie.
Une autre branche du savoir humain, la Géologie, tout en n'étant consacrée qu'à l'histoire générale de la
terre, se rattache inlimement à l'astronomie, de même qu'aux sciences physiques et naturelles.
Durant tout le Moyen âge on ne fit aucune recherche géologique. La Genèse expliquait suffisamment l'origine du globe et ses révolutions. Un savant arabe, Avicenne. au xi" siècle, avait attribué l'existence des montagnes à des soulèvements de la croûte terrestre et à l'action des eaux, mais sans exciter d'intérêt.
La minéralogie, c'est-à-dire la détermination des caractères particuliers des différents minéraux, attirait cependant quelque attention, surtout de la part des médecins et des alchimistes. Leurs hypothèses, à ce sujet, étaient des plus étranges. Le quartz, ou cristal de roche, n'était d'après eux que de l'eau congelée, rendue plus solide et plus durable que la glace ordinaire par l'action prolongée du froid; les pierres précieuses étaient dues à un effet opposé, l'intluence de la chaleur sur des matières rendues compactes et transparentes par elle, et les transformant en gemmes.
Le cône creux et solide, renfermé dans le corps de certains moUusquescéphalopodesfossiles.n'étailautre. selon leurs suppositions, qu'une pierre de tonnerre tombant avec la foudre.
Les études minéralogiques ne prirent quelque importance qu'au xvr siècle, sous l'impulsion de Georges Bauer, plus connu sous son nom latin d'Agricola, et dont Touvrage le plus célèbre, de Ile Metallica, parut en 1846. Bernard de Palissy. le renommé potier, émailleur français, constatant en 1559 la présence de coquillages marins sur de hautes montagnes, émit à son tour l'idée de soulèvement de l'écorce terrestre. Au siècle suivant. Baccone et Fabio Colonna. commencèrent à prendre connaissance des débris ou empreintes de plantes ou d'animaux ensevelis dans les couches du sol et représentant des types fossiles dancienne formation.
Dans la seconde moitié du xvir siècle; un auteur
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anglais, Woodward, s'étant assuré que la terre est en grande partie formée de strates fossilifères, exprima l'idée que ces strates avait pour origine les effets du déluge. Les eaux, d'après sa théorie, dissolvant les roches, les avaient délayées et brassées, pour en laisser retomber les sédiments les plus lourds d'abord, les plus légers par-dessus.
Un anatomiste danois, Nicolas Sténon, dans un mémoire public à Florence en 1669, prépara de meilleures assises à la science géologique, en posant les principes suivants : 1'^ quand un corps solide est enveloppé par un autre, l'enveloppé est le plus ancien, donc le fossile est moins récent que sa gangue; 2° les terrains stratifiés étant tout à fait analogues aux dépôts laissés par les eaux troubles, ont la même origine; 3° les coquilles fossiles et les restes de plantes peuvent servir à distinguer des dépôts marins et des dépôts d'eau douce; 4" les couches stratifiées ont été à leur formation horizontales, et si sur les flancs des montagnes on les voit suivre l'inclinaison de ceux-ci, il faut conclure à un soulèvement postérieur au dépôt, soulèvement ayant provoqué des affaissements en d'autres lieux et des fractures.
Toutes ces données, cependant, faisaient présupposer l'existence d'un océan primitif, qui aurait recouvert toute la sphère terrestre.
Ce fait était-il scientifiquement démontré?
Leibnitz, le grand philosophe allemand, y ajouta des éléments nouveaux. La terre, selon lui, a d'abord été un astre vif comme le soleil, et s'est ensuite éteinte. Cette idée avait déjà été exprimée par Descartes, qui considérait toute les planètes comme des étoiles refroidies à leur surface. De là la cause de l'inégalité de celle-ci, et de l'abondance des roches à l'aspect vitreux qui y figurent. Les eaux, d'après Leibnitz, d'abord projetées dans l'atmosphère à l'état de vapeur, s'étaient condensées par suite du refroi-
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dissementdu globe terrestre et, agissant sur sa couche cristallière, avaient retenu en solution ce qui pouvait se dissoudre, d'où résulte la salure des mers. Elles avaient rempli les creux, puis des craquements et des soulèvements les avaient déplacées, leur faisant abandonner en divers lieux les restes des vivants qu'elles contenaient.
L'origine ignée de la terre, consacrée pour la première fois, fut acceptée par certains géologues ultérieurs qui, reconnaissant partout l'action du feu. en prirent le nom de «plutoniens » ; d'autres, attribuant toutes les modifications constatées à l'effet des eaux, se déclarèrent <* neptuniens ».
Buffon. trouvant les deux systèmes trop exclusifs, chercha à les concilier en distinguant dans la vie de la terre des périodes séparées.
Détachée du soleil à une lointaine période, elle aurait pris par la rotation une forme sphéroïdale. puis se serait refroidie, sentourant d'une croûte superficielle, tandis que son intérieur demeurait liquide, et que des gaz chargés de vapeur d'eau lui faisaient une atmosphère extrêmement dense.
Le premier refroidissement de la masse en fusion, aurait produit les roches d'aspect vitreux dont il a été question précédemment. Puis, dans cette écorce solide, se seraient formé des creux, des rides, des renflements, origine des montagnes et des vallées. Ensuite les vapeurs atmosphériques, moins chauffées par la masse en fusion dont elles étaient désormais séparées, se seraient précipitées sous forme liquide, désagrégeant certaines roches déjà formées et produisant des dépôts de grès, de calcaire et d'argile sur les granits primitifs. C'est alors que la mer, montant de 9 à 12.000 pieds [tins haut qu'aujourd'hui, aurait laissé sur le sol en formation les débris des animaux qui avaient pris naissance dans son sein.
Enfin, par des craquelures dans l'écorce terrestre,
LA VIE SOCIALE Eï SES EVOLUTIONS
une partie des eaux se serait déversée dans des cavités profondes, laissant à découvert de grands espaces, qui auraient été envahis parla végétation et différentes formations vitales, d'abord rudimentaires, puis plus compliquées. L'homme ne serait apparu qu'à une époque relativement récente, apportant par son industrie ses cultures, ses élevages, de grands changements à la surface du globe, dans les faunes et dans les llores.
Une fusion s'opéra entre les diverses écoles géologiques. On tomba d'accord que les roches primitives, granit, quartz, laves, porphyre sont de formation ignée, et que les calcaires, les grès, sont des sédiments déposés par les eaux.
En réalité, indépendamment d'actions chimiques, dont les effets sont difficiles à constater, de nombreux agents modifient sans cesse la partie solidifiée du globe. Le vent y produit des érosions et des transports de matières qui occasionnent de grandes transformations locales; ailleurs des dépressions se remplissent par l'accumulation de protozoaires ou de microphytes, qui les couvrent de leurs débris, ou par l'entassement de masses énormes de végétaux, profondément enfouis et lentement carbonisés.
L'étude des couches terrestres a démontré que notre planète, dont l'existence remonte à une antiquité inappréciable, a passé par de nombreux changements, caractérisés par des états climatériques différents et des faunes variées, dont on retrouve les traces dans lesdites couches superposées. Celles-ci ont été classifîées, étage par étage, et forment aujourd'hui les prodigieux feuillets de l'histoire d'un monde.
On avait attribué, jusque vers 1830, la plupart des transformations géologiques à des cataclysmes, suivis de terribles bouleversements. Cette idée, préconisée par Cuvier, a été modifiée par une autre, celle de l'ac-
NOTIONS l'IIYSlnLES ET ASTRONOMlnUES 339
tion lente, mais toujours sensible, de causes naturelles, incessamment agissantes.
Si les principes de la géologie ont donné lieu à de sérieux débats, ceux-ci ont été également fréquents parmi les minéralogistes. Faut-il subordonner la minéralogie aux lois de la chimie, ou à celles de la cristallographie, si remarquables qu'elles permettent, par elles-mêmes, de distinguer entre eux les corps inorganiques ?
Là aussi un système éclectique semble particulièrement applicable.
La partie chimique de la minéralogie est encore peu avancée. La cristallographie, au contraire, a fait de grands progrès. Rome de Lisle et René Harry en ont été les précurseurs.
L'esprit humain, insatiable dans son désir d'acquérir des connaissances nouvelles, a tellement étendu ses recherches scientifiques, qu'une revue générale, même sommaire, de ses conquêtes successives, est presque impossible. J'en ai indiqué quelques-unes, et celles que j'aurais encore à citer sont innombrables. Je ne pourrai qu'y faire allusion en m'occupant, dans la dernière partie du présent ouvrage, des idées modernes.