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LES METHODES D ENSEIGNEMENT

saient en effet de bourses de fondation, résultant de legs particuliers, servant à entretenir, soit les étudiants, soit les professeurs. Le traitement de ceux-ci fut amélioré à partir du xyf siècle. Les élèves non boursiers payaient des mensualités.

L'Université de Paris, célèbre pour son enseignement théologico-philosophique, avait une émule plus ancienne en Italie, IL'niversité de Bolo^me remontant à l'année 1100 et consacrée plus particulièrement à Tétude du droit. Elle dépendait, quant à son organisation générale, des magistrats municipaux. L'obtention des irrades de bachelier, licencié ou docteur, n'était acquise qu'après examens, et à des conditions plutôt onéreuses.

A côté de l'Université de Paris, le Collège de France, création de François 1", se montrait moins inféodé au passé. Il n'avait pu échapper longtemps, toutefois, à la tutelle ecclésiastique. La nomination de ses lecteurs et professeurs était soumise, depuis l'année 1633. à la signature du grand aumônier de France. Un autre asile, ouvert aux recherches indépendantes, se forma vers cette époque à Paris, le Jardin du Roi ou Jardin des Plantes, origine du <> Muséum ».

Pour en revenir aux établissements secondaires français, Louis XIV, en 1675, crut devoir faire la critique de leurs méthodes d'enseignement : « La manière dont la jeunesse est instruite dans les collèges de l'Université, déclarait-il, laisse à désirer; les écoliers y apprennent tout au plus un peu de latin, et ignorent l'histoire, la géographie et la plupart des sciences qui servent dans le commerce de la vie. »

Cette situation, au xviif siècle, n'était pas encore amendée. Tandis que les sciences, sous l'impulsion de puissantes individualités, faisaient partout de grands progrès, elles figuraient à peine, sauf les mathématiques, dans les programmes scolaires, entiè-

rement réservés aux annales de l'antiquité grecque et romaine.

La jeunes filles, pauvres ou riches, continuaient à recevoir une éducation, ou presque nulle, ou singulièrement restreinte. L'opinion publique y était inditîérente, et même paraissait peu disposée à réclamer des changements à cet égard. Les gens aisés envoyaient leurs filles au couvent, où elles acquéraient un certain raffinement de manières, mais peu de connaissances réelles. M""' de Maintenon, en 1686, avait eu l'idée de fonder en faveur des jeunes filles nobles, dont les familles s'étaient appauvries, un établissement spécial, la Maison de Saint-Cyr, dont elle surveilla la direction. L'organisation qu'elle lui donna différait peu de celle des couvents. On n'y enseignait guère de littérature, encore moins d'histoire, mais les exhortations morales et religieuses y étaient de constante application.

Fénelon, l'illustre prélat français, publia en 1587, un charmant Traile sur V Education des fîllrs. et y donne le principal rôle aux mères, qu'il importe d'y préparer. Il est d'avis qu'il faut exciter, chez les enfants, la bonté de cœur, et profiter en les instruisant de leur curiosité naturelle.

Il se plaint du défaut de soins consacrés au développement intellectuel de la femme.

La routine continuait à prédominer : l'histoire nationale, l'étude des langues vivantes, les sciences, avaient peu de place dans les programmes scolaires.

Les idées politiques et sociales se modifiaient cependant chaque jour, et tendaient à obtenir satisfaction. En 1762, Jean-Jacques Rousseau, l'un de leurs plus éloquents interprètes, publie YEmile. très répandu aussitôt, où il développe un système complet d'éducation, basé sur des observations psychologiques d'un grand intérêt. Il s'agit, d"après lui. d'habituer l'enfani à réiléchir, l'amenant ainsi à la con-

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ception, par Texereice de ses propres facultés, des vérités les plus srénéralement reconnues : il juge important de les lui faire acquérir par l'expérience, et le contact des hommes et des choses.

De même que Rabelais, il insiste sur l'utilité des exercices physiques, et l'avantage d'apprendre un métier manuel. Il n'admet l'éducation religieuse qu'entre 15 et 18 ans, alors que l'élève devient capable de l'apprécier et de la comprendre. Moins novateur en ce qui concerne l'enseignement à donner aux filles, il n'est pas d'avis de l'étendre beaucoup vers les études scientifiques et littéraires, mais plutôt dans un sens pratique, la direction d'un ménage, les travaux de couture, l'usage du monde et quelques arts d'agrément. Il fallait leur inculquer des sentiments religieux, mais non la coutume d'actes de dévotion trop minutieux.

L'n autre écrivain. Condillac, en relation avec Rousseau, composa un Cours d'études, de 1769 à 1773, comprenant la grammaire, l'art d'écrire, l'art de raisonner, l'art de penser, l'histoire générale. On arrivait, par progression successive, à une ère nouvelle. La suppression des Jésuites — qui avaient jusqu'alors exercé une puissante influence sur l'instruction publique — en prépara l'inauguration.

En 1768, le président Roland, de Paris, en résuma les principes. La langue française, d'après lui. ne devait plus être subordonnée à la langue latine ; les actions des rois et des grands hommes français méritaient d'être aussi connues que celles des héros de l'antiquité ; il fallait séparer l'étude des sciences de celle de la philosophie, et assurer aux investigations scientifiques une complète indépendance.

Ces transformations, la vieille monarchie ne fut pas appelée à les réaliser. Elles ne furent prises en considération qu'après la chute de celle-ci. La Convention nationale, dont les travaux lésislatifs furent

considérables. s'occu])a activement de la réorganisation de l'instruction pnblique. Procédant radicalement, elle remplaça, en 1793. les Académies par l'Institut, abolit les anciennes universités et créa des facultés de Droit et de Médecine; elle supprima les collèges et leur substitua des écoles centrales; fît fermer les petites écoles et décréta la mise à exécution d'nn vaste système d'enseignement gratuit et obligatoire.

Deux importants établissements furent créés : l'École normale, destinée à former des professeurs, et l'École polytechnique.

Les cours de langues mortes, tout en conservant de l'importance, furent réglés de manière à laisser plus de temps à l'étude des sciences, ainsi qu'à celle de l'histoire et de la philosophie.

Une telle réforme, brusquement décrétée, était de nature à provoquer une réaction!

Elle se produisit sous Napoléon I". qui abandonna l'instruction primaire aux Frères de la Doctrine chrétienne, et transforma les écoles centrales en lycées impériaux et collèges municipaux.

Opposé à toute liberté d'enseignement, il choisit parmi les professeurs des lycées des titulaires aux diverses facultés d'instruction supérieure . et les appela à constituer une grande corporation. l'Université impériale, à laquelle il conféra le monopole de l'enseignement et le droit d'en contrôler les conditions.

La section des sciences morales et politiques , adjointe à l'Institut par la Convention, cessa d'exister.

Les décrets impériaux relatifs à l'instruction ne furent guère modifiés sous la Restauration, et les écoles primaires ne profitèrent alors d'aucune amélioration. Ce ne fut qu'en 1833 et en 1867 que l'enseignement reçut une sérieuse impulsion, sous l'influence de (iiiizot et de Duruy, ayant tous deux largement contribué, parleurs leçons et leurs écrits, à en vulgariser les bienfaisants elfets.

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Une revendication décisive restait à faire, et elle re<;ut satisfaction en 1880-1881, grâce à Jules Ferry qui. comme ministre de l'instruction publique, fit voter une loi prescrivant à nouveau la gratuité, l'obligation et la laïcité de renseignement primaire, dont les programmes s'accrurent par ladjonction du dessin, delà gymnastique et des exercices militaires.

Ils ont subi, en plus, des modifications selon qu'ils se rapportent aux études primaires supérieures, ou aux études professionnelles. Des écoles normales, très nombreuses, fournirent des instituteurs et des institutrices aux diverses localités départementales.

Jules Ferry étendit ensuite sa sollicitude aux études universitaires. Son premier soin fut de rétablir, par une loi du 27 février 1880, un Conseil supérieur de l'Enseignement. Un mois après, il permit à des associations libres de faire donner des cours isolés, tout en leur interdisant de prendre la dénomination d'universités et de conférer des grades, privilège réservé à l'ttat.

Sous les ministères suivants, une série de dispositions législatives accordèrent aux Facultés officielles la personnalité civile et complétèrent leur organisasation. Celle-ci, tout en leur laissant une certaine autonomie financière, les placent sous l'autorité du Gouvernement. La liberté d'enseignement, en France, est réellement limitée. Un nombre considérable d'écoles privées y ont été fermées en vertu de la loi du 7 juillet 1904, relative à la suppression des établissements scolaires congréganistes.

En Angleterre, les Universités, à peu près indépendantes de l'État, sont encore divisées en collèges, dont la plupart sont assez richement dotés. L'Université de Cambridge en compte dix-neuf, dont deux pour dames. Erasme y enseigna la philosophie et le irrec; des hommes illustres, tels que Milton. Bacon. Newton. Dryden, ont fait leurs études à Cambridge.

L'Université d'Oxford date à peu près de la même époque que sa rivale, c'est-à-dire du xm'' siècle. Duns Scot, si célèbre au Moyen âge, surnommé le docteur subtil, s'y initia à la philosophie, et Wiclef, le grand réformateur religieux, y fit ses débuts. Une assemblée spéciale, celle de la Congrégation, y confère les grades.

L'influence de TÉglise anglicane est encore sensible dans les établissements d'instruction supérieure, en Grande-Bretagne, et l'étude des auteurs grecs et latins y prédomine. Ce qui constitue l'originalité des collèges anglais, c'est l'importance qu'on y attribue aux exercices corporels et aux Jeux qui développent l'initiative individuelle, la force d'endurance et la volonté. Leurs élèves, moins instruits en théorie que ceux qui sortent des instituts continentaux, ont cet avantage d'avoir acquis, grâce à l'entraînement qu'ils ont subi, un caractère bien trempé, assez énergique pour suppléer par de rudes travaux à ce qu'une première éducation a eu de défectueux.

En Allemagne, il existe peu d'illettrés. L'instruction primaire y est depuis longtemps obligatoire, sous peine d'amende et de prison. L'enseignement professionnel y a été très encouragé, et ses heureux effets ont contribué puissamment aux progrès de l'industrie allemande. Les gymnases consacrés à l'enseignement secondaire sont bien tenus et très fréquentés. Quant aux universités, elles comprennent tout groupe possédant des facultés de théologie, de droit, de médecine, philosophie et lettres. Parfois on a ajouté à celles-ci une faculté d'économie politique.

Les universités de Halle, Leipzig, léna, Munich. Bonn et Gœttingue. jouissent d'une renommée parfaitement justifiée. Pelles la doivent, en grande partie, au fait qu'indépendamment des professeurs de chaque faculté, s'établissent en dehors de celle-ci des professeurs libres, donnant des cours particuliers, en

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concurrence des cours officiels. Lf > éUnes favorisent celui qui les instruit le mieux, profitant ainsi des rivalités en présence, et des efforts constants qu'elles suscitent. En effet, se laisser dépasser dans l'enseignement, et ne pas se tenir au courant des découvertes les plus récentes de la science, cesser d'être populaire, c'est pour le professeur en titre — sous l'empire d'un tel système — une défaite et une déchéance.

En Russie, jusqu'à ce jour, les établissements d'instruction publique ont été soumis à une discipline ultra-militaire. La ville de Dorpat, devenue russe après avoir été disputée entre divers belligérants, possédait une université — créée en 1(332 par Gustave Atlolphe — qu'on a appropriée à sa nouvelle nationalité.

Le système anglais d'enseignement, sous un régime d'absolue liberté, a été adopté aux États-Unis. On y a fondé des universités privées, richement poursues et portant les noms de leurs fondateurs, à côté d'universités d'États. Très indépendantes, elles font une grande place à l'enseignement des nécessités pratiques et sociales. Plusieurs d'entre elles sont réservées aux femmes, dont l'éducation est généralement plus complète, en fait de connaissances scientifiques, qu'en Europe.

L'instruction publique, normalement organisée, doit avoir pour but de stimuler et de développer l'intelligence de ceux qui la reçoivent: de les intéresser aux leçons données; et de les leur transmettre, non superficiellement, mais à fond. .Mieux vaut, en effet, savoir peu de choses et les savoir bien, que de posséder de vagues notions sur de nombreux sujets, imparfaitement reliés entre eus et mal compris.

Les écoles primaires réalisent-elles, sous leur régime actuel, les exigences d'un tel programme?

Des doutes ont été fréquemment exprimés à cet égard, et non sans raison. L'enseignement, sous sa

forme élémentaire, est encore très routinier. Les exercices mnémotechniques y abondent, tandis que les explications qui tendraient à attirer l'attention de l'élève, à le faire rélléchir, à exciter sa curiosité, sont trop distantes et trop rares. Le « livre » y tient trop de place, et l'instituteur qui devrait le commenter, le rendre plus clair, se contente trop souvent d'en faire répéter machinalement le « texte ».

Telles qu'elles sont, et malgré leurs défectuosités, les écoles primaires représentent une nécessitésociale. Comment attendre d'un illettré, dont l'enfance a été absolument négligée et qu'on a laissé dans l'ignorance complète de ses devoirs et de ses droits, le respect de lois auxquelles il est resté étranger?

En cas d'infraction à ces lois, sa responsabilité est-elle entière, et la société qui l'abandonne aux plus mauvais instincts est-elle à l'abri de tout reproche?

Non seulement les écoles primaires ne doivent pas faire défaut, mais il est d'intérêt commun que leur fréquentation soit gratuite et obligatoire. Gratuite, afin que l'absence de ressources ne soit pas donnée comme excuse pour s'y soustraire; obligatoire, parce qu'il ne peut être permis à un chef de famille de sacrifier l'avenir de ses descendants, par égoïsme, ignorance ou mauvaise volonté, sans juste répression.

Il appartient à l'État de s'occuper de l'instruction publique, de la généraliser et d'en activer les progrès.

11 y a quelque inconvénient, cependant, à lui en laisser le monopole. C'est ainsi qu'on en a jugé dans plusieurs contrées où la liberté d'enseignement est constitulionnellement reconnue.

Celte situation, qui facilite la création à côté des écoles de l'État d'écoles privées, offre quelques avantages. En etîet, les établissements dont il s'agit ne disposant que de leurs propres ressources, ne peuvent se maintenir qu'en se spécialisant, ou par la supériorité de leurs méthodes pédagogiques.

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Leur intervention est donc utile, ne fût-ce que pour activer le zèle du professorat officiel. Il est évident que les élèves dont la présence, dans une école libre, est légalement constatée, doivent être dispensés de toute inscription dans les écoles publiques, ne se trouvant pas dans le cas de ceux qui ne recevraient aucune instruction, et leurs parents en les confiant à des instituteurs particuliers, faisant usage d'un droit légitime. -

Une autre question se présente ici, réclamant un sérieux examen. Les croyances religieuses, à notre époque, sont multiples et variées. La plupart des nations civilisées admettant en principe qu'elles relèvent de la conscience individuelle, les ont dégagées de toute action coercitive de lEtat, qui est tenu d'observer à leur égard une égale tolérance.

Il en résulte logiquement un fait important : l'obligation pour l'État d"écarter de son enseignement toute instruction religieuse spéciale, de nature à blesser certaines convictions. La neutralité et la laïcité de lécole officielle s'impose, sa fréquentation étant obligatoire.

Cette conclusion a donné lieu à de vives critiques, qui ne paraissent pas justifiées. Essayer d'insinuer dans les écoles certaines conceptions religieuses, serait agir arbitrairement. C'est au sein des familles et dans les églises qu'il convient qu'elles se forment, et ce moyen d'expansion et de vulgarisation ne doit pas leur être contesté.

Comme conséquence de ce qui vient d'être exposé, il importe que les instituteurs et les institutrices, chargés de l'enseignement officiel, soient des normaliens, sortant des établissements de l'État. S'il en était autrement, il deviendrait possible dans plus dun village, de confier lécole publique à des congréganistes, lui enlevant ainsi tout caractère d'indépendante neutralité.

Un grand nombre d'enfants, obligés de bonne heure à prendre part aux luttes pour l'existence, ne dépassent pas le niveau des premières études, si même ils les complètent. Appelés aux travaux de la ferme, de l'atelier, de l'usine, ils y sont reçus plutôt en manœuvres qu'en apprentis. Rien de plus difficile pour eux que d'acquérir pleine connaissance de leur futur métier. Les chefs d'industrie, qui disposent de puissantes machines, exécutant les opérations les plus délicates, n'ont besoin que d'un nombre limité d'habiles ouvriers. Les patrons, travaillant à domicile, ne se hâtent pas d'initier à leurs procédés des aides qu'ils paient à peine, tout en prulilnnt de leurs services, et dont ils auraient à redouter plus tard l'inévitable concurrence.

Il convient cependant que le travail manuel soit bien fait, c'est-à-dire avec quelque intelligence. Étendre celle-ci, c'est donner plus de valeur à l'œuvre qui lui est confiée. L'État doit y concourir en multipliant les écoles professionnelles; les municipalités, en créant des cours du soir accessibles à tous, ayant pourobjetl'enseignementdu dessin, des arts décoratifs, du modelage; les associations philanthropiques, en envoyant quelques-uns de leurs membres, les plus actifs et les plus dévoués, donner d'utiles conférences dans les centres agricoles.

Quelques primes, distribuées aux patrons ayant formé des ouvriers très exercés et reconnus comme tels après épreuve, ou à défaut de primes, quelques certificats honorifiques, ne contribueraient-ils pas à réchauffer le zèle de ces patrons ?

Toute nation est intéressée, au point de vue économique, à ce que ses travailleurs ne soient pas de simples brutes, n'employant leur force physique que pour accomplir certaine tâche, et impropres à toute autre. 11 lui faut au contraire des gens expérimentés, ayant acquis assez de notions générales pour pouvoir

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aborder divers labeurs, sachant se plier aux exigences variées de l'industrie, et capables de sen assimiler les découvertes.

Les anciens élèves des écoles élémentaires, parvenus à l'âge adulte, sont rappelés par l'Etat en qualité de miliciens. Il importe de profiter de leur séjour dans les casernes pour achever de les instruire. Leurs chefs l'ont bien compris, et s'y sont généreusement employés. Que d'améliorations cependant ne reste-t-il pas à introduire à cet égard 1 II existe, par exemple, dans chaque régiment, des gens de métiers, employés comme tels. Pourquoi ceux-ci. comme les officiers dont les leçons ont été si fructueuses, ne réuniraient-ils pas autour d'eux, à certains moments, les miliciens exerçant les mêmes professions, pour les y rendre plus aptes, par leurs avis et leurs conseils ? Les occupations habituelles de ces derniers, grâce à cette intervention, ne seraient pas entièrement interrompues, ce qu'il est important d'éviter.

L'enseignement en usage dans les lycées ou les collèges, tout en comprenant plus de matières et des études plus approfondies que celui des écoles élémentaires, est encore loin de répondre aux nécessités de la vie contemporaine. On a tenté, il est vrai, de l'améliorer en lui donnant deux directions, dont l'une conduit aux spécialités commerciales, industrielles, scientifiques; l'autre aux «humanités», c'est-à-dire aux connaissances philologiques, historiques et littéraires.

Remarquons tout d'abord que, pour l'immense majorité des jeunes gens, il est nuisible de passer sept ans au collège. S'ils fréquentaient pendant quatre ans les écoles moyennes, qu'on a tort détenir en discrédit, ils ne seraient pas trop en dessous du niveau général de la culture usuelle, et commenceraient plus tôt. soit vers quinze ans, à acquérir l'expérience de la vie. c'est-à-dire la vraie éducation.

LA VIE SOCIALE Eï SES EVOLUTIONS

Rien ne les empêcherait d'ailleurs,, tout en se rendant déjà très utiles dans les comptoirs, les magasins, les établis, de continuer à étudier après leur travail, en profitant des facilités qui leur sont offertes à cet égard dans beaucoup de grandes villes.

L'enseignement secondaire, en ses sections scientifiques, industrielles et commerciales, comprend la mise à exécution de programmes trop chargés, dont beaucoup de matières n'importent guère à l'intelligent accomplissement des besognes futures de l'étudiant. Celui-ci, surmené, et dont l'attention est sollicitée durant des heures, se dégoûte des sujets au.xquels on devrait au contraire l'intéresser, et ne s'y applique que contraint et forcé. Un bon professeur peut, il est vrai, corriger les effets d'un programme défectueux: mais le meilleur des programmes ne supplée pas aux encouragements et à l'action sympathique d'un éducateur habile. En général, plus les programmes d'enseignement sont développés, plus les études sont médiocres.

Les établissements d'instruction secondaire consacrés aux sciences, accordent dans beaucoup de pays trop d'importance à la théorie, dont on n'expose pas assez, par de fréquentes démonstrations et de multiples expériences, l'utilisation pratique.

La doctrine y a trop d'empire et y est très fréquemment plus respectée que les faits.

L'enseignement classique ancien, ou pour lui conserver sa désignation assez surannée « les humanités », devrait être réservé à un nombre restreint de jeunes gens, désirant recevoir cette culture comme étant indispensable dans certaines carrières spéciales.

On consacre actuellement dans les collèges sept années à l'étude du latin et du grec. La plupart des élèves, en quittant leurs classes, ne connaissent qu'imparfaitement ces deux langues, dont presque tous n'ont que faire. Faut-il s'en déclarer satisfait?

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On a fait valoir, en justification du régime dont il sagit, la vertu éducative des langues anciennes; l'avantage qu'elles présentent d'éveiller l'intelligence et de féconder les facultés intellectuelles. Il peut se faire qu'il en soit ainsi, mais le travail qu'exigerait l'acquisition de deux ou trois langues modernes — d'une utilité incontestable — n'aurait-il pas les mêmes effets? L'étude des phénomènes naturels, des lois physiques et chimiques qui s'y rapportent ; des révolutions dont notre trlobe a été le théâtre, n'offrirait-elle pas des résultats également précieux?

On oublie trop que nous ne vivons plus au temps où la science avait sa plus haute expression dans les écrits des philosophes d'Athènes, d'Alexandrie ou de Rome, mais à une époque où leurs hypothèses et leurs théories ont été remplacées par des conceptions qui ne sont plus les leurs, résultant de patientes observations, d'analyses méthodiques, et de l'influence d'un état social qu'ils n'ont pas connu, et qui a sa propre originalité.

Les défenseurs de l'enseignement du grec et du latin ont été mieux inspirés en faisant remarquer qu'une quantité de termes scientifiques, très explicites pour des auditeurs ayant quelque connaissance des langues anciennes, sont incompréhensibles et même barbares pour ceux qui les ignorent. Ils insistent aussi sur le fait que le latin a servi de base aux langues française, espagnole, italienne, et qu'il constitue un élément important de leur histoire.

Ces réflexions ne manquent pas de justesse; mais tout en leur reconnaissant quelque valeur, justifientelles la prédominance accordée dans les programmes scolaires au grec et au latin? En admettant qu'on leur y laissât une place, n'y aurait-il pas lieu, dans l'intérêt public, d'en réduire l'importance pour accorder plus de temps à l'examen d'autres matières, l'étude plus sérieuse dos sciences, celle de l'histoire

et de la sociologie; un aperçu plus ou moins sommaire de la littérature de tous les peuples: des exercices de composition de la langue maternelle, beaucoup troj) ignorée; des notions sur l'histoire de l'art; une connaissance a}>profondie des annales littéraires nationales, etc.

L'enseignement classique trop généralisé ne correspond plus aux besoins sociaux. Concentré dans quelques écoles normales, où il serait très complet, il peut rendre des services en préparant au professorat, aux recherches archéologiques, aux travaux d'érudition. Plus répandu, il multiplie le nombre des déclassés, incapables de se créer des ressources faute de connaissances définies, pratiques, d'application courante. Le latin a cessé d'être une langue universelle, que tout savant ou aspirant à l'être devait posséder. On peut être, aujourd'hui, excellent avocat, bon médecin, parfait notaire, intelligent ingénieur sans être latiniste. La science est vaste et les moments qu'on lui consacre doivent être mesurés selon ses v(cux. L'enseignement supérieur ou universitaire, n'est pas soumis partout au même régime. Monopolisé par l'État dans certains pays, il est accessible ailleurs à la compétition d'associations privées. Une combinaison des deux systèmes, c'est-à-dire l'existence conjointe d'universités de l'État et d'universités libres, semble particulièrement recommandable.

Il ne conviendrait pas toutefois d'accorder à chacun de ces établissements le droit de conférer des diplômes de capacité à leurs élèves. Par esprit de rivalité, les épreuves subies par ceux-ci deviendraient trop faciles, et il en résulterait un abaissement général des éludes. Les diplômes susdits ne devraient être délivrés ((u'après délibérations d'un jury mixte, composé de membres nommés par le gouvernement; choisis parmi les professeurs officiels et les titulaires de cours dans les universités libres, en nombre égal.

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L'enseignement ainsi contrôlé serait plus fécond et plus sérieux.

Il y aurait peut-être, à propos des diplômes universitaires, une réforme à réaliser. Ils démontrent, actuellement, que leur possesseur a étudié avec succès un ensemble de matières scientifiques, constituant le savoir exigé des docteurs en droit, en médecine, en philosophie et lettres, en sciences naturelles.

La somme des connaissances imposées pour chacun de ces doctorats est-elle absolument nécessaire à un jeune homme qui voudrait s'occuper exclusivement de botanique, de géologie, de chimie, ou de toute autre spécialité, qu'il tiendrait à étudier à fond, en y consacrant toutes ses aptitudes et tout son temps?

Pourquoi lui refuserait-on. après constatation de la réalité de son savoir en ces matières, un brevet professionnel ad hoc, qui lui serait — dans l'enseiffnement, par exemple — d'un usage réel?

Ce serait ouvrir avantageusement, à de [latitiits travailleurs, une future carrière.

On a conservé jusqu'à ce jour, dans quelques universités nationales, une faculté de théologie. Les études particulières qu'elle comporte sont en contradiction, dans toute contrée où il n'existe pas de religion d'Etat, avec la neutralité en matière de foi, qui s'y impose à l'autorité laïque. Elles ressortent évidemment des ditférentes communautés religieuses, qui seules ont mission d'y veiller, dans leurs séminaires et leurs écoles ecclésiastiques. Leur enseignement, en dehors de ces lieux, ne peut créer que des difficultés et des abus.

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