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LES COMMINAI TES HUMAINES

Ces progrès, extrêmement lents, n'étaient |>as égaux parmi les diflerentes tribus en voie de formation. Celles-ci, suivant la nature des ressources mises à leur portée, se trouvaient les unes favorisées, les autres entravées dans leur expansion. Quelques jieuplades, restées isolées et sans relations, ne se sont pas élevées, même à notre époque, au-dessus des conceptions rudimentaires des troglodytes.

Les races les mieux douées, en passant de la barbarie à de premiers essais de civilisation, eurent à surmonter de j)énibles crises. Il n'était pas question, entre elles, de pacte social ou de contrat. Des coutumes s'établissaient et le temps leur donnait une consécration provisoire. C'est en Egypte, en Ctiine. en Babylonie, en Assyrie et aux Indes, qu'on s'apjdiqua d'abord à réaliser le fonctionnement d'institutions politiques, plus ou moins élaborées. Les anciens chefs de clans, en possession d'une autorité plus étendue, y fondent des monarchies, et y disputent la puissance aux féticheurs, formant une prêtrise redoutée, intervenant dans tous les actes de la vie publique.

Dans quelques régions le pouvoir monarchique se consolide, et ses représentants, investis de fonctions suprêmes, régissent à la fois les intérêts temporels et religieux ; dans d'autres milieux, les corporations sacerdotales prédominent et constituent d'omnipotentes théocraties.

Le droit, parmi ces nations d'Orient, au moins ;iu premier temps de leur histoire, n'avait d'autre sanction que la force, ou les croyances religieuses. L'individu n'y jouissait que d'une liberté précaire, toujours en péril. Atome vivant, il ne représentait quune insigniiiante unité da^ns les ruées de combattants que les souverains menaient à leur suite. L'institution des castes, l'hérédité des professions, transmises dans les mêmes familles de génération en génération, y cristallisaient les éléments sociaux en d'immuables

formes. De grandes migrations s'opéraient toutefois, (•ommc conséquences d'expéditions militaires, fréquemment réj)étées et toujours destructives. La péninsule des Balkans, les îles et rivages de la Méditerranée, de l'Adriatique et du Pont-Euxin sont successivement envahis. La Grèce devient un centre colonial important, où se presse une po])ulation hybride, ap])elée à y installer un régime nouveau. Gomme en Asie, nous y voyons d'abord se fonder des royautés, auxquelles se rattachent d'héroïques légendes. La vie politique ne tarde pas cependant à s'y modifier, ce qui était à ])révoir dans un pays essentiellement maritime, offrant les plus grandes facilités au commerce et à la navigation.

Il devait en résulter une certaine décentralisation, (contraire à la formation d'un État puissant, mais favorable à la création de nombreuses cités, intensément vivaces. passant de l'oligarchie à la démocratie, et de celle-ci au despotisme, mais toujours rivales, se disjjutant ardemment la suprématie.

Les individualités, dans un tel milieu, jouissaient d'une liberté d'action inconnue jusqu'alors. Aussi s'y épanouissent-elles puissamment, dans les sciences, les arts, les lettres. Leurs etTorts, qui nous ont valu des chefs-d'œuvre, ont enlevé à l'idéal ses voiles hiératiques, et l'ont rendu plus humain, le vivifiant d'harmonieuse beauté.

En Grèce, parmi les remuantes populations urbaines qui la glorifièrent, les idées s"élèvent et s'épurent progressivement. L'émancipation de l'homme, toutefois n'y était pas complète, car h côté du citoyen ayant des privilèges reconnus s'anémiait l'esclave, sans personnalité civile, sans défense contre l'oppression.

Le sentiment de nationalité, amoindri en Grèce par les dissensions locales, se révèle puissant et exclusif, dans l'ancienne Rome. Fondée par de rudes colons, s'occupant d'agriculture et d'élevage, c'est à la pos-

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session du sol et à l'accroissement de son aire disponible que se dirige toute leur attention. La guerre, suivie de laccapai-^menl des biens du vaincu, remplissait de telles aspirations. Ils s'y engagent résolument, maniant avec habileté, tantôt le glaive, tantôt la charrue. La conquête ne se résume pas pour eux en raj)ides excursions sur un territoire ennemi, livré au pillage, mais comporte une prise de possession systématique des biens acquis, et leur mise en valeur. De là. des soins persévérants à l'amélioration des moyens d'attaque, tendant à rendre la lutte profitable et. parallèlement, l'adoption d'institutions juridiques très précises, assurant l'égalité des partages, et le respect, entre Romains, des droits de propriété.

Les détenteurs de vastes domaines, dans un Etat ainsi organisé, jouissaient d'un j)restige incontestable. La monarchie, à Rome, n'eut qu'une durée restreinte. Les chefs de famille s'y organisent bientôt en ftatriciat, auquel les émigrants d'origine étrangère ne sont pas admis, toute action légale leur étant refusée, à moins d'être exercée par l'intermédiaire des anciens ( itoyens. seuls dispensateurs du droit.

Les privilèges que s'attribuaient les patriciens étaient de nature à fomenter des troubles. Ceux-ci ne tardent pas à éclater, la |)lèbe s'agitant désespérément pour échapper au joug de l'oligarchie existante. Dans l'intervalle, les conquêtes communes s'étendaient, se généralisaient, dépassant les frontières de l'Italie. Les Romains, essentiellement pratiques, remodelaient les régions annexées, en affaiblissaient les disparités, et y implantaient partout uneadministration aussi uniforme que possible, de même que l'usage de la langue latine, à titre officiel.

Ce travail d'assimilation, basé sur un ensemble de dispositions législatives très minutieuses, résume la part très importante de la puissance romaine aux progrès de la civilisation. L'avènement de la plèbe.

aj)rès des luttes séculaires, n'eut d'autre eiïet ([ue de centraliser de plus en plus le pouvoir, en remplaçant l'oligarchie jiLsqu'alors dirigeante {)ar le Ccsarisnie.

Sous les Em])ereurs comme sous les Consuls, l'amalgamation des races continue, rattachant à la m(Uro])ole latine non seulement l'Italie entière, mais aussi le nord de l'Afrique, et la plupart des contrées limiirophes du bassin de la Méditerranée.

L'Occident s'était soumis, et Rome se l'était assimilé. L'Orient, bien que conquis en partie, résistait à l'absorption et, dans ses subdivisions accessibles aux Euroiiéens. restait Grec. Leurs divergences devinrent sensibles en 395 lorsque les deux fils de Théodose inaugurèrent leur règne, l'un à Ravenne, l'autre à Gonstantino])le.

L'Etat romain, tout en s'étendant, perdait de sa cohésion. L'immense étendue de ses frontières, i)artout menacées, devenait une cause d'alTaiblissement et de ruine. Le ])rincipal effort des assaillants se porta sur l'Occident. Les populations du Nord de l'Europe, allaient se répandre comme un torrent irrésistible sur ces centres civilisés, dont elles convoitaient les richesses. Elles y avaient déjà |)énétré, mais partiellement et |)ar infiltrations répétées.

Qu'allait-on sauver de l'ancienne vie sociale, après l'effondrement de tout ce qui en avait fait le fondement et la durée ?

La situation était tragique à l'extrême. Quelque dangereuse qu'elle fût, elle avait sou correctif. Il ne suffisait ])as, en effet, d'avoir i)arcouru les provinces occidentales de l'Empire et de les avoir rançonnées ; il fallait pour s'y maintenir et les gouverner, quelques traditions administratives. Les vainqueurs, ignorants et brutaux, y étant étrangers, subissaient malgré eux l'ascendant des ])lus influents d'entre les vaincus, qui leur oflraieut leur aide, s'insinuant dans la faveur des

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chefs, et les excitant à se parer de titres officiels en justification de l'autorité exercée.

La supériorité intellectuelle, d'abord compromise, reprenait ses droits.

La diversité des peuplades disséminées dans tout l'Empire, rendait difficile la continuation du travail d'unification si patiemment poursuivi par les Romains. Une puissance nouvelle, celle de l'Église chrétienne, entre en scène durant ces troubles, et va reprendre l'œuvre interrompue, cherchant à la réaliser par la propagation d'une foi religieuse commune ; l'admission de tous ses adeptes à la participation des mêmes offices, célébrés en latin ; leur soumission à son clergé, dépositaire d'un pouvoir sanctifié.

Ce que l'Église chrétienne allait accomplir en Europe, un autre pouvoir religieux, l'Islamisme, fondé en Arabie par Mahomet, s'elTorçait de le faire en Orient, étendant peu à peu son influence des bords de l'Inde aux rivages de l'Atlantique.

J'excéderais les limites de mon sujet, qui n'embrasse qu'un exposé très sommaire des évolutions de la vie sociale dans le passé, en opposition avec ses formes présentes, si je mentionnais avec détails la reconstitution lente des institutions politiques dans les provinces européennes. Je ne puis qu'en esquisser les phases principales.

Les Francs, d'origine germanique, après avoir conquis la Gaule, n'avaient pas tardé à s'imprégner des idées latines de ses habitants. L'Église favorisait ces dispositions, de nature à accroître sa puissance d'action, tout en rapprochant les races. Les Évêques, devenus grands propriétaires, avaient pris rang parmi les Gouvernants. Des missionnaires allaient au loin répandre l'Evangile, dans les lies Britanniques et même en Germanie opérant des conversions.

Une première dynastie franque achève de s'éteindre vers la fin du viii* siècle, bientôt remplacée par une

autre, celle des Carlovingiens. Pépin le Bref, son fondateur, s'allie au clergé, prête son appui à l'évêque de Rome, menacé par les Lombards, et lui fait don de l'Exarchat de Ravenue, première base d'un État pontifical. Cette donation servait la politique de l'évêque, qui, comme ses prédécesseurs, revendiquait un droit de primauté sur les autres «lignita ires ecclésiastiques. Ce droit, généralement reconnu en Occident, n'était absolument contesté que dans les provinces orientales de l'Europe, soumises à l'influence byzantine.

L'alliance conclue entre la Papauté et Pépin le Bref, se resserre encore à l'avènement de l'illustre successeur de celui-ci, Charlemagne, qui ceint la couronne imjjériale dans la basilique de Saint-Pierre, le jour de Noël de l'année 799, et fait de nombreuses expéditions contre les i)opulations encore payennes, qu'il contraint d'adopter le christianisme.

En réédifiant l'Empire d'Occident, on n'en rétablissaît pas l'ancienne autorité.

La puissance de Charlemagne était loin d'être absolue, et ne consistait qu'en une sorte de su|)rématie militaire, ainsi qu'en un certain ascendant personnel, dû à ses hautes qualités. La société se réorganisait durant son règne, mais plutôt localement, sous le patronage des plus influents d'entre les conquérants, détenteurs' de sections de territoire enlevés à leurs possesseurs, réduits en vasselage. Les délégués impériaux eux-mêmes, nommés à vie. cherchaient à se rendre indépendants, et à transmettre à leurs descendants les bénéfices obtenus. La féodalité cojiimençait à naître, avec sa multi{)le hiéran-hie, ses guerres intestines et ses droits seigneuriaux, enlevant à la royauté une part considérable de souveraineté.

La situation n'était guère plus stable dans le reste de l'Europe. L'Angleterre, au ix" siècle, défendait son indépendance contre les Danois: la Suède consacrait

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ses forces aux expéditions des Yikings. bien que le Christianisme, introduit dans le pays en 830. y progressât lentement.

Une tribu de la Gaule cisalpine, aux habitudes maritimes, fondait la ville de Venise, destinée à étendre sa domination jusqu'à TAdige : Gènes et Pise, appelées comme elle à une haute fortune commerciale, se constituaient en républiques. Les Arabes augmentant leurs conquêtes, pénétraient en Sardaigne et en Sicile et s'étaient déjà implantés en Espagne après avoir refoulé les Visigoths jusque dans les montagnes du Nord de la Péninsule.

En Russie, des tribus slaves, des Khazares, des Varègues normands, se trouvaient, en lutte. Deux centres urbains s'y étaient formés. Novgorod et Kiew. Une tribu Scandinave, appelée « Rouss », prend possession de Novgorod, en 862. et bientôt un chef varègue, de même origine, s'installe à Kiew. Les Russes, car on peut dès lors leur donner ce nom, entrent en rapport avec l'Empire d'Orient, se laissent pénétrer par le Christianisme, et un de leurs princes se fait baptiser, en 988. selon le rite grec. La Russie, devenant étrangère au catholicisme et à l'usage du latin, restait en dehors, par ce seul fait, des autres contrées européennes.

Charlemagne. durant son règne, avait eu à s'occuper des régions qui forment aujourd'hui l'Autriche- Hongrie, alors parcourues par les Slaves, auxquels étaient venus se joindre les Avares, de race mongolique. 11 avait créé sur le moyen Danube la Marche Orientale, ou Ostmark, pour arrêter leurs déprédations. En 894. les Hongrois envahissent la plaine du Danube et de la Tigra, et détruisent le royaume de Moravie, qui formait à l'Est de la Marche d'Autriche, le lien entre les Slaves de Bohême et de Carniole.

§ 2. — PERIODE MEDIEVALE

Elle était en plein développement, en France, lors de l'élection de Hngues Gapet à la dignité royale. Moins pnissant que la plupart des grands, il ne disposait que d'un territoire restreint, qu'il s'efforça, ainsi que ses successeurs, d'étendre progressivement.

Un fait imprévu, l'invasion de l'Angleterre en 1066 par Guillaume le Bâtard, qui tenait en fief du roi do France le duché de Normandie, crée entre eux des intérêts rivaux. Les longues guerres qui s'ensuivirent tinrent fréquemment en échec les progrès de la monarchie française, et causèrent au pays des maux incalculables.

Les conséquences de ces guerres furent non moins importantes en Angleterre qu'en France. La royauté, dans les deux pays, avait subi de rudes attaques. A Paris elle s'était appuyée sur le peuple pour combattre les prétentions des Grands : à Londres, ceux-ci s'étaient unis aux classes populaires pour diminuer les prérogatives royales. Une première charte de liberté avait été obtenue d'Henri r'"", ])uis Jean sans Terre s'était vu obligé, en 1215, de s'engager à ne plus lever d'impôts sans le consentement des contribuables, représentés par les seigneurs et les députés des villes, réunis à cet effet. C'était en principe une première ébauche d'institutions parlementaires.

Tandis que la France et l'Angleterre se consolidaient peu à peu, l'Allemagne tombait dans l'anarchie. Les Normands, les Danois, les Vendes, les Moraves pressuraient le pays.

Des États plus ou moins autonomes s'y formaient cependant, habités par des peuplades de diverses origines. Après la mort de Louis l'Enfant, dernier empereur Carlovingien d'Allemagne, ei celle de Conrad,

LES COMMUNAL TtS IlLMAl.NES

duc de Franconie, la Maison de Saxe avait été appelée au trône avec Henri l'Oiseleur, et, à partir de l'année 1)36. d'Othon V\

La politique de ce prince concernant les affaires intérieures, consistait à opposer les dignitaires ecclésiastiques aux seigneurs féodaux, et à se ménager ainsi des points d'appui. Mettant cette combinaison en |iratique. il disposait des grands évêchés et des opulentes abbayes en faveur des [)arents ou des serviteurs dévoués. Tout en les enrichissant, il les assoirait à des intérêts séculiers qui asservissaient l'Eglise. Moins heureux dans ses rapports avec l'extérieur, il entraîna vers l'Italie, alin de s'y faire couronner Empereur, des forces qui eussent été beaucouj) mieux employées à la pacilication de l'Allemagne.

En Espagne, au commencement du xi" siècle, les Arabes reculaient devant les chrétiens, qu'ils n'avaient pu chasser entièrement de la Péninsule, et perdaient l'Aragon. les royaumes de Léon et de Navarre, ainsi (jue la Catalogue. La Ru.5>ie. a])r>s la mort de Vladimir, en 1015. s'était démembrée en principantés hostiles. L'activité nationale se portait vers l'Orient, et Kiew commençait à être délaissé an prollt des villes de Rostov. Sanzdal, Vladimir et Moscou.

L'Italie, soumise à l'influence d'Othon II, retrouvait un peu de calme, mais une période de transformation se préparait pour elle, marquée par une tentative faite par l'Église de s'assurer plus de pouvoir et de liberté.

Le second concile de Latran. sous Nicolas II. avait, consacré l'élection des papes par les cardinaux. L'innovation était des plus importantes, et il se trouva un grand homme, le pape Grégoire VII, pour s'en prévaloir. Il avait un but. l'établissement en Europe d'une autocratie ecclésiastique, indéj)endante des empereurs d'Allemagne et des seigneurs italiens.

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Pour y parvenir, il fallait empêcher le niaria,i,'e des prêtres ; les rattacher fortement au Saint-Siège : et leur défendre sous peine d'excommunication, d'accepter l'investiture de lîefs ou de bénéfices conférés par un laïque.

C'était eidever aux empereurs d'AUemagne les moyens de se créer des partisans, et donner à l'Eglise, dans les Etats allemands, une véritable puissance. En etfet, la couronne impériale étant élective, il suffisait aux papes de susciter des compétiteurs. — après excommunication entraînant déchéance, — au titulaire élu, pour lui causer les plus sérieux embarras. Pour se maintenir sur le trône, il lui fallait absolument s'assurer des alliés en Italie. De là des luttes constamment revouvelées entre les deux pays : des ])rises d'armes entre Guelfes, favorables à la Papauté, et Gibelins, défenseurs des prérogatives impériales, sans compter la formation de ligues entre villes italiennes, pour échapper aux exactions dés uns et des autres.

La suprématie du Saint-Siège, énergiquement affirmée par Grégoire VII, obtient une éclatante confirmation sous Urbain II, qui, ému des progrès réalisés par l'Islamisme, profite de la réunion du Concile de Clermont pour exciter les fidèles à enlever aux Turcs la possession de Jérusalem -et du Saint-Sépulcre.

Ce fut l'origine des croisades, c'est-à-dire de j)lusieurs guerres suscitées par le zèle religieux. Elles eurent des conséquences très sensibles. Elles mirent en contact des populations presque inconnues les unes aux autres, activèrent les relations commerciales entre l'Europe et l'Asie, et contribuèrent puissamment à l'expansion de la civilisation. D'abord avantageuses à l'Église, qui eu retira des sommes considérables, elles lui devinrent nuisibles en la mêlant de plus eu plus à des calculs [lurement temporels, et en diminuant la foi en son infaillibilité. Politique-

LES LOMMLNALTES HlilAI.NEî

menl files favorisèrent le développement des villes et des (omniunes, dont les habitants, profitant des besoins «l'argent de leurs seigneurs, surent se faire exonérer de nombreuses charges, tout en acquérant sous forme de privilèges des droits étendus.

Une classe particulière se formait ainsi, par accession, entre la caste Nobiliaire et les vassaux de celleci, composée de gens voués au négoce et à Tindustrie. aspirant à des libertés nouvelles, tout en se procurant une certaine aisance. Lautorité des Papes perdait de son prestige. Boniface VIII entre en conflit, en 1296, avec le roi de France, Philippe le Bel, qu'il combat vainement. Clément V menacé dans Rome même par ses sujCls révolté.?, se voit réduit à se refagier à Avignon, où la cour Pontificale séjourna jusqu'en 1377. Le pape Grégoire XI étant rentré en Italie, son décès inaugure une période fatale pour l'Eglise, le grand Schisme d'Occident, pendant lequel, deux et même trois Papes se disputent la tiare, troublant profondément le monde catholique, divisé par leurs querelles.

§ 3. — PERIODE WODERNE

Une série de faits mémorables, et qui ont eu un grand retentissement, se rattache aux annales du xv<" et du XVI* siècle.

L'ancien Empire byzantin, depuis longtemps menacé, succombe alors sous les attaques des Turcs, <]ui s'emparent de Constantinople, puis de la Grèce, tle la Serbie, de Lesbos, de la Valachie, de la Karomanie et de Négrcpont. De 1470 à 1474, ils ravagent la Slyrie, la Carmole, la Cariuthie, l'Esclavonie, la Hongrie, et obligoit Venise, en 1479, à leur abandonner Scutari.

(^onstanlinofile, depuis des siècles, était restée dépositaire de précieuses traditions d'art etdescience.

36 LA VIE SOCÏ.VLK ET SES ÉVOLLTIO.NS

L'exode de sa population de savants et d'artistes, fuyant devant rinvasion turque, allait valoir à l'Italie, et plus tard aux contrées limitrophes de celle-ci, des richesses intellectuelles d'une haute et ina])pr.''ciahle valeur.

Tandis que l'Empire d'Orient s'etfondrait dans le passé, un État nouveau. l'Espagne, se constituait par le triomphe délinitif des Chrétiens sur les Araboberbères. En 1490, ils entrent à Grenade, la dernière capitale arabe en Ibérip, et complèlent par ce brillant fait d'armes leur œuvre de rédemjjtion et de libération.

Les vaincus ne se retiraient pas sans gloire. On leur doit l'introduction des procédés d'agriculture perfectionnés, importés d'Egypte et de Babylonie. Leur svstème d'irrigation, ingénieusement ap])liqué, a contribué à la fertilisation de terres jadis stériles. Ils avaient recueilli, durant leurs migrations, bien (\v^ épaves scientifiques, philosophiques et littéraires, habilement mises à profit. De beaux monuments, d'une architecture élégante et originale, datent de roccui)ation de l'Espagne par les sectateurs de Mahomet, et témoignent de leurs prédilections p(»ur les arts décoratifs.

Deux ans après la i)rise de Grenade par les Espagnols, s'accomplissait sous les auspices de la reine Isabelle de Castille une entreprise à jamais célèbre, le voyage de Christophe Colomb à travers r.\tlanti(jue. suivi de la découverte du continent américain. Cin(| ans pins tard, des navires portugais, soiis le commandement de Yasco de* Gama. doublaient le cap de Bonne-Espérance, achevaient la reconnaissance de la côte d'Afrique, et arrivaient â Calicul. dans l'Inde. Le marché commercial d'Occident avait été exploité, jusqu'au xv" siècle par Venise, Gènes, Pise et autres villes d'Italie. La brillante expédition de Vasco de Gama modiliait cette situation. D'autre part, l'heureuse issue de la mission confiée à Christophe

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Coloinb ouvrait aux Espagnols d'importantes conquêtes à réaliser. En effet, quelques-unes des régions américaines qu'ils allaient successivement explorer, étaient déjà occupées. Les Aztèques — une race probablement d'origine asiatique — avaient fondé au Mexique, en 1325. un véritable Empire, jouissant d'une certaine civilisation. Il ne tarda pas à disparaître. Il existait au Pérou, des tribus soumises à un trouvernement régulier, celui des Incas ; les Espagnols en achevèrent la ruine en 1532.

La péninsule Ibérique, enlevée aux Arabes et rendue à ses populations chrétiennes, devenait une puissance militaire de |)remier ordre. Le mariase de Jeanne de Castille avec Philippe le Beau, duc de Bourgogne et souverain des Pays-Bas. confère à leur héritier. Charles-Quint, une vaste monarchie, qui s'accroît encore en 1519. par l'élection de son possesseur au trône impérial d'Allemagne. Ses États enserraient la France par toutes leurs frontières, sur le Rhin, dans les Pays-Bas, du côté des Alpes, vers les Pyrénées. De là des rivalités se manifestant par trente ans de luttes, mêlées de succès et de revers.

Tandis que maints champs de bataille, en France et en Italie, se couvrent de morts et de blessés, un grand courant intellectuel, résultant de la vulgarisation des chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque et romaine, favorisée par la découverte de l'imprimerie, agit fortement sur les esprits, leur suggérant des idées nouvelles, de nature à transformer l'âge de foi. prévalant jusqu'alors, en une période de discussion et de doute.

Les croyances religieuses et la manière de les exprimer étaient assimilées précédemment à la vie sociale, à titre obligatoire. Celle-ci en dépendaitelle réellement comme condition d'existence.? Le libre examen de toute affirmalion relative au dogme, représentait-il un acte de révolte tout à fait condam-

nable, ou l'usage d'un droit naturel et par conséquent imprescriptible ?

Une réaction contre l'autorité ecclésiastique était inévitable et elle éclate en Allemagne, provoquée par un moine augustin, Martin Luther qui, à la suite d'un débat relatif à la vente d'indulgences jiapales, conteste la suprématie du Saint-Siège, se refuse d'admettre la hiérarchie cléricale,, rejette le célibat des prêtres, les vœux monastiques, le culte des saints, le purgatoire et la messe. Excommunié en 1520, il brûle publiquement la bulle pontificale qui le retranche du nombre des fidèles, et imj)lique sa condamnation.

Cet acte audacieux, qui à une autre époque eût été cruellement expié, resta impuni. L'Eglise, engagée dans les intrigues politiques d'alors, enrichie par de constantes donations, ne réalisait que faiblement sa mission spirituelle. Ses possessions seigneuriales, s'étendant chaque jour, excitaient la convoitise des princes, désireux de s'en emparer. Luther, dans sa révolte, ne manquait ni d'adhérents ni de protecteurs.

Les perturbations qui devaient résulter de l'abandon des traditions d'obéissance et de soumission jusqu'alors générales, ne pouvaient échap|)er à l'esprit exercé et prévoyant de Charles-Quint. Anxieux de supprimer une agitation jugée nuisible à tout principe d'autorité, il se hâte de faire condamner, par la Diète de Worms, les réformateurs religieux. Son opposition étant restée sans effet, il l'appuie par la force des armes, mais sans réussir à la taire triompher. 11 se voit obligé, en 1552, à reconnaître, au moins en Allemagne, la liberté de conscience.

Dans l'intervalle, le Protestantisme s'était répandu en Suisse, par les soins de Calvin, puis en France et dans les Pays-Bas. Le roi d'Angleterre, Henri VIII. après quelques démêlés avec le pape, assume la direction suprême de l'Eglise Anglicane, confisque les biens ecclésiastiques, et supprime les images, les pèleri-

LES COMMIXALTES HIMAIXES

na^es et les offrandes, comme contraires aux saintes Écritures.

Charles-Quint, déçu dans ses hautes ambitions, épuisé par ses expéditions militaires en France, aux Pays-Bas. en Afrique, en Allemagne, abdique le [)Ouvoir en 1555. laissant la couronne impériale à son irère Ferdinand de Habsbourg, roi de Bohême et de Hongrie, et confiant toute autorité sur lEspagne et ses colonies, les Pays-Bas et une partie de Tltalie à son fils. Philippe II.

Les progrès du Protestantisme entravés dans les Pays-Bas, y provoquaient les troubles les plus graves. En France, la situation n'était pas meilleure. Là aussi la réaction catholique occasionnait des révoltes. Le parti de la Réforme y luttait désespérément contre ses adversaires, plus nombreux. Deux guerres civiles formidables y divisaient les forces de la nation, qui ne se rapprochèrent unies que sous le règne d'Henri IV. L'Espagne, dont le souverain. Philippe II, s'était fait le champion du catholicisme, n'avait réussi ni à soumettre la Hollande, ni à humilier l'Angleterre, ni à empêcher les Protestants français d'obtenir le libre exercice de leur culte.

L'œuvre de réorganisation du royaume de France, entreprise avec succès par Henri IV, est continuée par le cardinal de Richelieu, qui s'aj)plique à affermir le pouvoir royal, et à réprimer énergiquement toute tentative d'opposition, soit de la haute aristocratie, soit des Huguenots.

En Allemagne, les conflits religieux persistaient cruellement. Protestants et catholiques s'y combattaient sans merci.

Ces derniers obtenaient d'importants succès lorsque Richelieu, qui cherchait à abaisser la Maison d'Autriche, décide Gustave-Adolphe, roi de Suède, à intervenir en faveur des partisans de la Réforme, qu'il sauve de la ruine.

Quelques années plus tard mourait le roi de France, Louis XIII, peu de temps après Richelieu, et la régente du royaume, Anne d'Autriche, confiait la direction des atiaires publiques au cardinal Mazarin qui, avec moins d'autorité mais beaucoup de clairvoyance et de souplesse, reprend l'œuvre de son prédécesseur.

De grands événements allaient se réaliser en Angleterre. Le roi Charles I" y avait perdu toute popularité, par suite de persécutions exercées contre les presbytériens écossais et les puritains anglais; plusieurs parlements avaient été dissous, et les libertés publiques péréclitaient. On se plaignait d'actes de despotisme, et de l'établissement de taxes arbitraires et illégales! Un nouveau Parlement ayant été réuni, dépouille le roi de ses i)rincipales prérogatives. Charles I", voulant les défendre, quitte Londres eu 1642, et en appelle aux armes. Il s'exposait à d'irréparables défaites. Battu à Newburg, à Marston More et à Naseby, il est livré à ses adversaires, accuse de trahison, et mis à mort à Londres, devant Whilehall.

en 1649.

Une république presbytérienne, sous la dictaturt^ militaire d'Olivier Cromwell, succède au régime monarchique violemment aboli. D'importantes résolutions, favorables au développement de la puissance anglaise, furent 'adoi)lées à cette époque, assurant le ■ monopole du cabotage sur les côtes de la Grande- Bretagne aux navires nationaux, et l'exclusion des étrangers à tout commerce avec les Colonies britanni([uos. Celles-ci même ne -pouvaient communiquer entre elles (lue par l'intermédiaire de la Métropole. La tendance générale, au xvu« siècle, à cause des concurrences commerciales devenues plus actives, portait aux pndiibilions. En 1648, par le traité de Munster, les Provinces-Unies de Hollande avaient obtenu de rEspimne la fermelure de l'Escaut, c'està-dire la ruine à Icnrpn.lil du p.. ri d'Anvers. Le même

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traité consacrait la réunion de l'Alsace à la France et la continuation de l'anarchie politique de l'Allemagne, morcelée en un grand nombre de princijiautés. jouissant d'une entièi'e indépendance. L'autorité impériale, considérablement amoindrie, n'y avait d'autre valeur que celle résultant de l'importance des États héréditaires du Souverain, appelé à l'exercer.

Le cardinal Mazarin, en succédant à Richelieu, héritait des rancunes que l'absolutisme de celui-ci avait excitées. Une réaction aristocratique et parlementaire, suivie d'embarras financiers, entravait son administration. Une crise intense se produit, puis un soulèvement populaire, la Fronde, durant lequel la Cour se voit obligée de quitter Paris. Mazarin finit par l'emporter sur ses ennemis, et reprend possession du pouvoir en 1653. Une guerre avec l'Espagne, déchue de son ancienne puissance Uiilitaire, donne à la France le Roussillon. une partie du Luxembourg et du Hainaut. Les derniers actes du Cardinal sont non moins importants. 11 forme, en 1658. la ligue du Rhin, dirigée contre l'Autriche, et ménage au roi Louis XIV un droit d'intervention future en Espagne, en le mariant à l'infante Marie-Thérèse, lille de Philippe IV et d'Elisabeth de France.

La vieille monarchie française sortait brillamment de ses jours d'épreuves. La nation n'a plus à cette époque, qu'un représentant autorisé, le Roi. Ses ministres et ses conseils ne font qu'exécuter ses ordres. Le Parlement, renonçant à loute velléité d'indépendance, se résigne à n'être qu'une assemblée supérieure de justice: l'ancienne aristocratie, humiliée et abaissée, se transforme en noblesse de cour, avide de faveurs et de distinctions. La bourgeoisie, jadis si remuante, se plie au joug commun, et n'est appelée qu'à accorder des subsides; les libertés municipales cessent d'être appliquées; toute publication

litt(^rairc n'est permise qu'en vertu d'un privilège et avec approbation officielle.

Louis XIV, conscient de sa puissance, tenait à l'employer à sa gloire. Colbert s'efforçait de réformer les finances ; Louvois réorganisait l'armée, et de Lionne, les relations diplomatiques.

Le jeune souverain, en 1665, revendique les Pays- Bas, et y saisit des villes et des territoires, qui lui restent acquis. La Hollande lui ayant été hostile, il lui déclare la guerre, mais se trouve bientôt en face d'une coalition, qui ne peut l'empêcher toutefois de s'annexer la Franche-Comté. En 1681, Strasbourg est réunie à la France.

Certaines circonstances favorisaient les ambitieux desseins de Louis XIV. Un revirement monarchique avait eu lieu en Angleterre, à la mort de Cromwell. Charles II, fils de Charles I"", y avait été reconnu comme roi, et ses intérêts particuliers le rapprochaient de la France. Les imprudences de son successeur, Jacques II, dévoué à la cause catholique, finirent par modifier cette situation. Guillaume d'Orange, gendre du roi, le sachant impopulaire, parvint à le détrôner, et devient l'adversaire déclaré de Louis XIV. Celui-ci venait d'exciter un vif mécontentement dans son royaume en révoquant l'Édit de Nantes, condamnant ainsi à l'exil un grand nombre de prolestants, en possession de riches et florissantes industries.

Guillaume d'Orange, en plein succès, n'était pas inactif. 11 forme contre là France la ligue d'Augsbourg, comprenant l'Autriche, la Suède et la plupart des États allemands. Les Français prennent l'offensive sur le Rhin, dévastent le Palatinat, et combattent en Italie et aux Pays-Bas. Forcés de demander la paix en 1697, ils restituent les places dont ils s'étaient emjiarés dans les Pays-Bas espagnols.

Louis XIV, malgré les pertes qu'il avait subies, ne

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renonçait pas à se< projets, Il avait décidé le roi d'Espatrne. Charles IL qui mourait sans postérité, à désigner comme héritier le duc d'Anjou, fils du Dauphin de France. 11 n'en fallut pas davantage pour qu'on lui opposât une nouvelle coalition des plus redoutables.

Les premières opérations de cette guerre furent peu satisfaisantes pour les Français. Des divergences étant survenues entre lès alliés, ceux-ci Unirent cependant par consentira la suspension des hostilités. La paix fut signée aux dépens de l'Espagne. Les frontières françaises demeuraient intactes. Mais le duc d'Anjou, reconnu comme roi d'Espagne sous le nom de Philippe V. cédait les Pays-Bas espagnols, ainsi que les duchés de Parme et de Plaisance, à l'Autriche. La Sicile était attribuée à la maison de Savoie, qui l'échangea, plus tard, contre la Sardaigne.

L'Angleterre alors unie à l'Ecosse, retirait de grands avantages de la paix ainsi conclue. Elle obtenait.au Nord,^la démolition des fortifications de Dunkerque; dans la Méditerranée. Gibraltar et Minorque; dans l'Amérique du iNord. Terre-Neuve et l'Acadie, la rapprochant des embouchures du Saint-Laurent.

Dans l'Europe septentrionale, malgré l'opposition des Danois et des Polonais, les Suédois restaient les maîtres de la Baltique. Les Russes, qui ne possédaient encore qu'un débouché sur la mer Caspienne, par Astrakan, désiraient accroître leurs relations maritimes. Leurs efforts au xvi' siècle, sous Ivan le Terrible, n'y avaient pas suffi. .

'A la mort de ce prince, suivie d'une longue période d'anarchie, le boyard Michel Romanov, élu au Tsarat. devient le fondateur d'une dynastie, qui remplace celle du varègue Rurik. alors éteinte. C'est sous un successeur de Michel Romanov que la Russie, encore orientale de mœurs et d'usages, va se transformer et se laisser pénétrer par la civilisation européenne.

Pierre I". dit le Grand, doué d'une intelligence supérieure, servie par une activité remarquable et une farouche énergie, améliore les forces nationales de terre et de mer ; enlève Azof aux Turcs en 1696, et se fait obéir dans tout l'empire, obligeant ses peuples à adopter les coutumes occidentales, et confiant le gouvernement de l'Église, sous sa haute supervision, 'à un Saint-Synode. Les Suédois, répondant h l'appel de leur belliqueux souverain Charles XII, le menaçaient dans le nord. Il s'établit à l'embouchure de la Neva, et y fonde Pétersbourg, la future capitale russe. Bientôt en hostilités avec les Suédois, qu'il défait à Poltava, et avec les Turcs, qui lui résistent, il finit par s'emparer de la Livonie et de l'Esthome, de l'Ingrée, et d'une partie de la Finlande, entièrement subjuguée, vingt ans plus tard, par l'impératrice Elisabeth Pétrovna.

La mer Baltique, longtemps considérée comme un lac Suédois, était ouverte aux Russes.

Une décadence sensible atteignait plusieurs Etals voisins. La Suède, après des années de brillante prospérité, sentait s'affaiblir ses forces. La Pologne, jadis un vasle royaume, était en proie à une anarchie jtolilique persistante ; la Bohême et la Hongrie, ayant perdu leur autonomie, dépendaient des Habsbourg ; la Turquie, autrefois si puissante, en était réduit à se défendre. D'autre part, la Prusse et l'Autriche, de même que la Russie, voyaient s'accroître, de ju-ogres en progrès, leur sphère d'action et d'autorité.

La Prusse, comme État, ne remontait pas bien haut dans le passé. Son histoire commence au xv' siè- (•!(>. i)ar l'investiture du margraviat de Brandebourg, accordée à Frédéric de HohenzoUern.

Dès le début du xvii« siècle, le margraviat s accroît de la Prusse. Ses possesseurs, attentifs à i)rofiter des moindres reviremenls j.oliliques, étendent leurs acquisitions. L'un d'eux, eu 1701, échange son

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litre d'Électeur de Brandebourg en celui de Roi de Prusse. Le nouveau royaume, formé de provinces séparées, n'était pas très étendu, mais gouverné militairement, bien administré, il incarnait les aspirations des Allemands du Nord, nationalistes et protestants, pour lesquels les races non unifiées et encore catholiques de l'empire d'Autriche ne représentaient que des collectivités hostiles.

Un conflit entre ces deux éléments était inévitable, et la Prusse s'y préparait énergiquement. La mort de l'empereur Charles VI lui en fournit le prétexte.

Charles VI. le dernier des Habsbourg de la ligne directe, avait longtemps négocié pour faire agréer par les puissances européennes la « Pragmatique sanction ». par laquelle il léguait sa succession à Marie- Thérèse, sa fille unique. Le roi de Prusse, Frédéric II. stratégiste remarquable et fin diplomate, profite de la situation critique de l'Autriche pour envahir la Silésie. Les Autrichiens, les Russes, les Français, les Suédois, alliés contre lui, cherchent inutilement à l'évincer. Frédéric leur résiste avec succès pendant sept ans, et conserve sa conquête, par traité conclu en 1763.

La France, sous la régence du duc d'Orléans, et à partir de 1722 sous le règne de Louis XV, n'était plus la grande puissance militaire qui provoquait les événements et en tirait avantage. Son intervention dans la guerre de la succession d'Autriche n'avait pu prévaloir contre la vigoureuse initiative de Frédéric II. ni empêcher plus tard le partage d'une partie de la Pologne entre l'impératrice de Russie le roi de Prusse et l'impératrice d'Autriche.

Sa politique n'était [tas plus heureuse concernant les atîaires coloniales, alors très importantes. Deux compagnies de commerce. l'une française à Pondichéry. l'autre anglaise à Madras, se disputaient la possession des Indes. Le Gouvernement français, en destituanl Dupleix, son agent à Pondichéry. livre le

Bengale aux Anglais, En 1763. il leur abandonne le Canada, et loule la côte orientale de l'Amérique du Nord.

Louis XV, par ses débauches, son égoïsme et son inertie, compromettait la stabilité du régime monarchique. La situation était d'autant plus troublée que l'inlluence intellectuelle de la nation s'étendait au loin, excitant l'attention, tandis que le roi, assez absolu pour maintenir les vieux abus, ne l'était pas assez pour les réformer.

Les Anglais, à cette époque, jouissaient d'institutions extrêmement libérales. Tout en laissant à leur souverain ses prérogatives essentielles, ils ne lui permettaient de les exercer qu'avec le concours d'un ministère, dépendant à la fois de lui et du Parlement. Ils prévenaient les empiétements de celui-ci en le composant de deux Chambres. Le Parlement devait être convoqué tous les ans. pour voter l'impôt et formuler les lois. Aucun Anglais ne pouvait être condamné pour crime sans avoir été jugé par un Jury, c'est-à-dire par des gens du pays. Les colons anglais de l'Amérique du Nord se gouvernaient eux-mêmes, d'après ces principes, et réclamaient les mêmes privilèges que leurs compatriotes de la Métropole. Leurs rapides progrès, surtout en industrie, commençait à inquiéter celle-ci, qui essaya de les entraver, puis, ayant besoin d'argent, décréta la levée de taxes, directes ou indirectes, sans le consentement des colons. Ils refusèrent de les payer, se réunirent en Congrès, se proclamèrent indépendants, et fondèrent la République des États-Unis de l'Amérique du Nord, le 4 juillet 1776.

Une armée, recrutée en Allemagne, fut envoyée contre eux, et leur fit éprouver quelques échecs, malgré l'habileté de Washington, l'un de leurs plus illustres concitoyens, qu'ils avaient choisi comme chef. Leurs protestations en défense de leur liberté,

LES COMMUNAUTES HUMAINES *'

ôtaient accueillies en France avec une vive sympathie. Il y avait là une revanche à prendre sur l'Angleterre ; une occusion de faire connaître le droit de libre navigation, et de rétablir l'équilibr^ européen, compromis par les derniers événements.

Une intervention française, suivie de l'expédition d'une escadre et d'une armée activèrent la fin de la guerre américaine. Un traité, conclu à Versailles, confirma l'indépendance des États-Unis, auxquels on attribua tous les territoires compris entre le Mississipi et les Alleghanys. Une convention nationale, en 1789. posa les bases du Gouvernement de la nouvelle République, dont Washington fut élu Président.

En France. Louis XVI. successeur de son grandpère Louis XV. avait pris possession du pouvoir à une époque de crise intense. Malgré quelques tentatives de réformes, le mécontentement était général. Le roi, faible et indécis, cherchait à l'atténuer par des concessions, tout en s'efForçant de défendre son autorité, déjà ébranlée.

De pressantes nécessités financières l'obligent, en 1789, de convoquer les États généraux. Ces États se composaient de députés du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie. Leur premier acte fut de se fusionner avec parité de votes, et de se transformer en Assemblée Nationale. C'était résister à la volonté du roi et proclamer le renversement des institutions existantes.

L'opinion publique appuyait ses innovations. Une élite généreuse et enthousiaste, imbue de principes puisés dans les écrits des philosophes et des économistes de l'époque, en désirait la consécration légale. Les masses populaires, qui avaient particulièrement souiTert des abus de l'ancien régime, inclinaient vers de dures représailles, et l'adoption de mesures de plus en plus révolutionnaires et radicales.

L'Assemblée Constituante répondit à ces aspira-

lions. « Tous les hommes, déclara-t-elle, doivent être égaux devant la loi. l'impôt, l'arcessibilité aux fonctions publiques. Personnellement libres, ils ne peuvent être astreints à aucune croyance religieuse spéciale, et ont le droit de parler et d'écrire à volonté. Toute souveraineté réside dans la Nation, dont les représentants seuls ont qualité de voter les impôts et de faire les lois. Celles-ci ne dépendent pas de la volonté du souverain, qui n'est chargé que de leur exécution. »

Les modérés n'en demandaient i)as davantage. Les plus ardents, aigris pai" la misère, réclamaient une rnpture complète avec le passé. La Bastille, dont Richelieu avait fait une prison d'État, est assaillie par le peuple, le 14 juillet 1789, et dès lors, les dissensions s'aggravent. Le roi fuyant Paris, est arrêté à Varennes, et ramené dans la capitale.

La cause de Louis XVI devenait celle de tous les souverains. L'Autriche, la Prusse et la plupart des Etats monarchiques, se liguent en 1792, 1793 et 1794 contre la France. Le duc de Brunswick, généralissime des puissances alliées, envahit le territoire français. Une armée de volontaires, animée d'exaltation patriotique et d'esjjrit de propagande, pleine d'ardeur et d'élan, s'oppose aux envahisseurs. Dès lors les événements se suivent avec rapidité. Une nouvelle Assemblée, la Convention Nationale, élue le 10 août 1792. ])roclame l'abolition de la royauté et l'installation de la République.

Les Français, vainqueurs à Valmy, s'emparent de la Belgique, de la Savoie, et de la rive gauche du Rhin. Partout les biens du clergé et des nobles sont confisqués, les droits féodaux abolis. Durant la lutte ainsi engagée, un ])arti extrême décidé à ne reculer devant aucun moyen de défense, quel qu'il fût, prenait le dessus. Déjà des massacres avaient eu lieu dans Paris. Louis XVI, détenu au Temple, acfiisé de ciMuiivciice

LES COMMUNAUTES HUMAINES

avec létranger, est mis en jugement et condamné à mort le 21 janvier 1793.

Les membres de la Convention, divisés entre eux. se disputaient le pouvoir. Les plus modérés, après d'émouvants débats, périssent victimes de l'effervescence populaire, et les terroristes dominent à la Commune de Paris, dans les Comtés et les Clubs, envoyant des agents en province et aux armées, votant une loi des suspects, dont est fait un terrible usage par un tribunal spécial, aux arrêts sans appel.

Partout la guerre, et de sanglantes exécutions. Les Vendéens, qui s'étaient révoltés, sont réduits à la soumission. Pichegru. général en chef des armées du Rhin et de la Moselle, repousse vigoureusement les ennemis, tandis que Moncey. commandant les troupes envoyées au Sud. s'y distingue par d'heureuses manœuvres.

Le régime de la Terreur ne pouvait être que transitoire, et prend fin 'à la chute de son promoteur, Robespierre. le 27 juillet 1794.

La Convention, après avoir voté une constitution nouvelle, se sépare le 26 octobre 1795. Les travaux législatifs étaient considérables. Elle avait décrété la suppression des redevances et des droits féodaux : le partage des biens nationaux; l'abolition de l'esclavage dans les colonies ; la liberté des cultes et la séparation de rtglise et de l'État. On lui doit une réorganisation de l'Instruction publique : la création des Ecoles normale et Polytechnique ; un code des délits et des peines, et de nombreux décrets sur l'armée et la marine.

Deux assemblées législatives, le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents, remplacèrent la Convention Nationale. Le pouvoir exécutif était confié à un Directoire, composé de cinq membres, élus par ces assemblées.

Les armées républicaines partout victorieuses ren-

daient à la France sa supériorité militaire. Napoléon Bonaparte, l'un de ses jeunes généraux, ac-hevait en 1796 la conquête du Piémont, et obligeait l'Autriche en 1797, le 17 octobre, à conclure le traité de Campo- Formio, attribuant à la France la rive gauche du Rhin, et abandonnant la Lombardie à un nouvel Etat, la république Cisalpine. Les Autrichiens, comme compensation, prenaient possession de l'Istrie, de la Dalmatie, du Frioul et de toute la Vénétie à l'est de l'Adige.

Des troubles intérieurs compromettaient les avantages obtenus. Les royalistes s'enhardissanl. suscitaient des difficultés au Directoire. Celui-ci n'avait plus à l'étranger qu'une puissance à combattre, la Grande- Bretagne. Bonaparte fut chargé d'occuper l'Egypte, afin de fermer aux Anglais la route des Indes. Ceux-ci s'étant assuré des alliés, le Directoire leur tient tête, envoie des troupes en Suisse, dans le nord de l'Italie et les États pontificaux, et fonde deux Républiques italiennes, l'une à Rome, l'autre à Naples. Il se défendait contre l'Autriche, l'Allemagne, la Russie, la Turquie, lorsque Bonaparte revenant d'une campagne brillante mais infructueuse en Egypte, opère un coup d'Etat substituant son 'autorité en qualité de Consul, assisté d'un corps législatif et d'un tribunal, à celle du Directoire et des anciens députés.

Les coalisés étrangers ne désarmant pas. Moreau les attaque en Allemagne et Bonaparte en Italie. L'Autriche renonce à continuer les hostilités en 1801, à Lunéville ; l'Angleterre en 1802, à Amiens.

Tout tendait à accroître l'ascendant personnel du premier Consul. Possédant un génie militaire absolument supérieur, il satisfaisait les hommes d'action en leur offrant des perspectives de gloire, et se rendait populaire parmi les libéraux en donnant à son mandat une origine républicaine.

L'administration, centralisée autour (\o lui. i-ede-

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