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CHAPITRE II La situation mondiale actuelle

La situation mondiale actuelle, dans ses rapports, avec les institutions politiques, résume les conséquences du passé auquel elle a succédé. Elle présente une nouvelle série de faits à analyser et à interpréter synthétiquement.

L'Asie, avec sa surabondante population de diverses origines est en voie de lente transformation. La variété <le ses éléments ethnographiques y a maintenu jusqu'à nos jours les formes gouvernementales les plus variées. En Turquie d'Asie, en Chine, prédomine encore l'autorité royale absolue ; au Japon, depuis le 11 février 1889, a été fondée une monarchie constitutionnelle ; aux Indes, à côté de provinces administrées par des fonctionnaires anglais, subsistent des principautés soumises au protectorat britannique : ailleurs, des tribus nomades, parmi lesquelles persistent encore des coutumes patriarcales, vivent dans la liberté du désert.

Une civilisation très spéciale, remarquable à plus d'un titre, a longtemps fermé la Chine à toute ingérence étrangère. Ses nombreux habitants, se livrant à l'industrie pastorale, à l'agriculture, aux travaux manuels et au commerce local, y obéissaient à une élite de lettrés, peu enclins aux entreprises belli-

queuses et aux théories militaires. Il y avait là une immense contrée à exploiter, offrant au négoce international de riches marchés. On obligea les Chinois, en 1839, à ouvrir quelques-uns de leurs ports, puis après une guerre suivie de l'occupation de Pékin par des troupes anglaises et françaises, en 1860, à l'aire d'autres concessions.

Les Russes, entamant la Chine dans le nord, se sont emparés d'une partie du bassin septentrional de l'Amour ; les Français se sont établis dans l'Indo- Chine orientale, comprenant la Cochinchine, le Cambodge, l'Annam et le Tonkin ; les Japonais, en 1895, lui ont enlevé Formose, et l'ont contrainte à reconnaître l'indépendance de la Cprée.

La Chine, avec ses institutions surannées, n'en est pas moins l'un des plus vastes Empires du monde. La réorganisation politique qui s'y prépare, modifiera profondément ses conditions d'existence. L'industrie européenne y rencontrera, dans un avenir prochain, une concurrence que les ressources naturelles du pays et l'abondance de la main-d'œuvre indigène rendront 1res sérieuse.

De plus, les réformes en cours d'exécution, appliquées à amalgamer et à discipliner les forces militaires de l'Empire, lui assureront tôt ou tard, sur le continent asiatique, une inlluence considérable.

Les Hindous, qui se sont élevés, dans les arts, la philosophie et les lettres à un niveau que les Chinois, les Mongols et les Sémites n'ont pu atteindre, sont dépendants, depuis 2000 ans, de la domination étrangère. Les préjugés de caste, les rivalités entre tribus, l'énervement causé par certaines croyances religieuses, ne leur ont permis jusqu'à présent que des essais éphémères de nationalisation.

Le Japon, en 1867, était encore régi par des soigneurs féodaux, dont le chef, en qualité de généralissime ou de « Shogoun », dirigeait les atîaires pu-

LA SITIATIOX MONDIALE ACTIELLE

bliques. ne laissant à son suzerain, le Mikado, qu'une sorte de préséance religieuse. Une révolution, suivie du rétablissement efTectif de l'autorité impériale, a rendu accessibles aux étrangers, en 1868, les ports de Kobé, Osaka. Nihigata et Yédo. Les Japonais, dont le sens pratique est remarquable et l'esprit d'imitation très développé, avaient dès lors la facilité de s'initier aux procédés européens, qui leur suggérèrent d'importantes réformes, opérées avec une puissance d'assimilation dont il n'existe pas d'exemple dans l'histoire. A peine délivrés des entraves féodales, ils appellent à eux d'habiles instructeurs; profitent de leur enseignement; construisent des chemins de fer : adoptent le calendrier grégorien ; modifient leur législation ; renouvellent leurs méthodes administratives, et s'attachent à donner de la cohésion et de l'efficacité à leurs moyens d'attaque et de défense.

Une guerre contre la Chine, en 1894. leur fournit l'occasion de les éprouver, et d'en perfectionner l'ensemble. Ils allaient bientôt les soumettre à de plus rudes épreuves, en les dirigeant contre des ennemis redoutables, les Russes.

La politique extérieure de ceux-ci, depuis la mort d'Alexandre II, était changée. Alexandre III s'était rapproché de la France, et, très désireux de maintenir la paix en Europe, avait dirigé ses eflforts vers l'Orient, afin d'y étendre les domaines asiatiques de l'Empire. Son successeur Nicolas IL s'inspirant des mêmes idées, avait fait achever le chemin de fer transibérien, reliant la Baltique au Pacifique, et s'était emparé de la Mandchourie, appartenant nominalement à la Chine, et peu éloignée de la mer du Japon. Celle-ci était dès lors accessible aux flottes russes, par deux ports transformés en places de guerre. Vladivostok et Port-Arthur.

Les Japonais, menacés de peindre toute prépondérance en Corée et en Chine, se résolvent à entamer

une lutte, qui sembla d'abord inégale. Ses sanglantes péripéties sont trop récentes pour devoir être rappelées. Terminée à l'avantage des Japonais, elle a provoqué en Russie une série de troubles, vigoureusement réprimés et toujours renaissants. Le pouvoir du Tsar avait éprouvé un terrible échec. Fallait-il lui <;onserver sa puissance traditionnelle, ou la limiter par des institutions législatives nouvelles?

Telle est la question qui s'est débattue en Russie, et dont la simple formule implique une rupture complète avec le passé.

Sa solution présente les plus graves difficultés. En effet, les races englobées dans l'Empire Russe sont encore en formation. Elles comprennent, à côté d'éléments civilisés, des populations à demi sauvages, incapables actuellement de s'adapter à un régime politique supérieur. Comment appliquer une constitution commune ta des entités aussi dissemblables ?

L'expérience n'a-t-elle pas démontré que les pays qui présentent de telles anomalies échappent difficilement à l'anarchie? Il y aurait forcément une distinction à faire entre les communautés déjà développées, plus ou moins initiées à une vie sociale assez complexe, et celles qui en sont encore inconscientes. On y arriverait peut-être, en restreignant les réformes à certaines grandes régions, accordant à celles-ci une organisation constitutionnelle plus ou moins complète, tandis que les autres n'y seraient appelées que plus tard, formant provisoirement autant de circonscriptions militaires, administrées sous contrôle. Le I)roblème est posé, et des modifications politiques de haute importance sont à prévoir en Russie.

L'Empire d'Autriche, diminué de ses déi)endauces italiennes, et ayant cessé de faire partie de la Confédération germanique, comme État allemand, manque également d'homogénéité. Des Hongrois, des Tchèques, des Croates, des Allemands cherchent à y faire pr(^-

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