Lampe Dumesnil, pour les éclairages fixes
N. B. Toutes les lampes ont été représentées à l'échelle de 1/5.
ouvrir, tout en pouvant en manœuvrer la mèche. Dans tous les cas, elles doivent être soigneusement visitées, une à une, avant chaque descente dans la mine.
C’est presque toujours par l’effet de l’imprudence ou de la témérité des mineurs qu’un accident a lieu avec les lampes de sûreté. Dans la dernière catastrophe de Merthyr-Tydvil , où il y a eu soixante-deux ouvriers tués
Fig. 73, Fig. 74. Fig. 75.
Fig. 73. — Lampe Mueselcr, à treillis et à tube de cristal. — Fig. 74. Lampe Dubrulle avec cheminée. — Fig. 75. — Lampe à pétrole.
ou blessés, on n’a retrouvé que soixante et une lampes. Celle de l’ouvrier coupable, — un fumeur sans doute, qui aura voulu ouvrir sa lampe pour allumer sa pipe, — a dû être emportée et brisée en éclats par l’explosion qu’elle a la première provoquée.
On suit combien la pratique continuelle du danger rend indifférent au danger lui-même. Si les lampes de sûreté ne sont pas fermées à clef, les ouvriers s’amusent souvent à les ouvrir par bravade ou à la seule fin d’étudier comment brûle le grisou. Que le gaz soit en
LES MINES DE CHARBON
quantité plus forte que d’habitude, et dès lors une explosion formidable a lieu.
En 18o2, je visitais une houillère près de Saint-Étienne. L’ingénieur m’accompagnait. 11 prenait plaisir à dévisser de temps en temps sa lampe, pour me rendre témoin du phénomène de combinaison du grisou avec l’oxygène de l’air. Le grisou était ce jour-là peu abondant. 11 brûlait avec une flamme rouge, parfois bleuâtre, accompagnée d’une
Fig 16. Fig. 17.
Lampes Dubrulle à treillis.
petite détonation. Un rien pouvait augmenter la quantité du gaz, et j’admirais à la fois le calme de l’expérimentateur, et le sans-façon avec lequel il m’initiait à la connaissance du grisou.
Pour écarter complètement le péril des explosions, que les lampes à treillis métallique ou à tube de cristal laissent encore subsister, on a proposé des lampes électriques. Une d’entre elles, celle de MM. Dumas et Benoit, éclairant dans un tube fermé, de manière à ce qu’ou n’ait pas à redouter
l'inflammation tlu grisou, parait devoir répondre à toutes
Fig. 78. — Lampe photo-électrique et sa boîte.
les objections (fîg. 78, 7!1). Elle a aussi son emploi indiqué
Fig. 79. — Générateur d'électricité, bobine et tube éclairant, sorlisdela botte.
dans tous les milieux pauvres d’oxygène, partout où les autres lampes refusent de fonctionner.
LES MINES DE CHARBON
Dans les mines que n’infecte pas le grisou, les lampes sont de diverses formes. On peut adopter la classique lampe ronde en fer si usitée à Snintlïtienne (fig. 80), la petite lampe en ferblanc retenue par un gros clou au chapeau, comme à Anzin et en Belgique (lig. 81), ou celle en laiton du pays de Galles (fig. 98). Dans la plupart des mines anglaises, ou emploie aussi des chandelles fichées dans un tampon d’argile (fig. 153). Aux Iïlats-Uuis on use d’une lampe en fer-blanc de la forme d'un encrier à siphon, munie d'un crochet pour la pendre nu chapeau. Enfin on a proposé des modèles de lampes à pétrole (fig. 73). Toutes ces lampes font place à celles de sûreté dès la première apparition du gaz inflammable.
Le grisou n’existe pas dans toutes les houillères; seules quelques variétés de charbons en dégagent. D’ordinaire ce sont les variétés gmsscs, celles qui
Fig. 80. — Lam}*cs «les mines de Saint- Étienne.
FLr. 81. — Lampe de» mines d’Anzin portée au chapeau.
contiennent beaucoup de bitume et de matières volatiles. Le gaz est accumulé dans les pores du charbon, souvent à une très-forte pression; il sort avec un petit bruit, une
espèce de pétillement qui rappelle celui des eaux gazeuses s’échappant des bouteilles. Ce bruit est une sorte d’appel à la vigilance de l'ouvrier. 11 est bien connu des houilleurs, et ceux d’Angleterre, par amour sans doute de l’onomatopée, l’ont baptisé du nom de puff. Un appareil depuis peu inventé par un Anglais, M. Ansell, sert à révéler le grisou dans les mines. Le gaz se trahit par les indications d’une aiguille, montée sur un petit instrument qui fonctionne à peu près comme les baromètres métalliques.
L’aérage souterrain influe sur le dégagement et l’accumulation du grisou. Plus l’air est dense, et moins le grisou qui est plus léger que lui (il pèse moitié moins) a de chance de se dégager ; plus le tirage est vif et moins le grisou a le temps de se mêler à l’air dans les proportions voulues pour l’explosion. On peut donc, jusqu'à un certain point, combattre utilement les effets du grisou par un vif tirage, ou par une injection d’air comprimé. On a remarqué que plus le baromètre monte, c'est-à-dire plus l’air est naturellement dense, et moins abondants sont les dégagements de grisou. Injecter mécaniquement de l’air dans les mines, c’est augmenter artificiellement la densité de l’air.
I je grisou n’est pas le seul gaz détonant qu’on rencontre dans les houillères : il y a aussi l’oxyde de carbone mêlé à d’autres gaz méphitiques, qui composent ce que les mineurs ont si bien nommé le mauvais air ou la moffette.
L’oxyde de carbone se dégage spontanément de la houille, bien qu’assez rarement, et ses explosions sont toujours limitées. Le mineur n’est que brûlé, et non foudroyé comme avec le grisou. Mais l’oxyde de carbone est un gaz vénéneux qu’on ne saurait absorber sans danger. Dans les asphyxies par le charbon c’est lui qui joue le rôle le plus actif.
Un autre gaz, l’acide carbonique, se dégage aussi de la houille, par une sorte de distillation lente, naturelle. L’aeide carbonique n’est pas un poison, il est simplement irrespirable; il asphyxie en pénétrant dans les poumons, où il empêche l’accès de l’oxygène de l’air. Le mécanisme de la respiration s’arrête et avec lui la vie.
L’acide carbonique n’existe pas seulement dans les houillères, c’est un des gaz les plus répandus dans la nature. 11 se rencontre dans les cuves à vin en fermentatiou, dans les amas de foin fraîchement coupé ; c’est l’élément des eaux gazeuses; on le retrouve dans les éruptions volcaniques et dans beaucoup de grottes; enfin c’est le produit direct de la combustion du charbon et de la respiration des animaux. Une des fonctions des plantes est d’en purger l’air, mais non l’air des houillères.
Tout concourt donc à vicier, à raréfier l’atmosphère d’uue mine. Non-seulement le dédale des travaux oppose quelquefois de très-grandes difficultés à la diffusion de l’air frais venant du dehors, mais la composition de cet air luimême est bientôt altérée, soit, comme nous venons de le voir, par les gaz qui se dégagent spontanément du charbon, soit par ceux que produit la respiration des hommes et des animaux, la combustion des lampes, la fermentation des bois, l’éyaporation de l’eau. L’inflammation de la poudre dégage à son tour des principes malsains: du gaz acide sulfureux, de l’hydrogène sulfuré, de l’oxyde de carbone, de l’acide carbonique, de la vapeur d’eau, etc. Enfin, la température d’une mine est toujours très-élevée, tant par suite de la production même de presque tous ces gaz, qu’à cause de la profondeur que les travaux ont atteinte. Nous savons que le thermomètre monte d’un degré par trente mètres en moyenne d’abaissement sous le sol.
Ou devine à toutes ces raisons combien l’aérage d’une
houillère offre de difficultés. Le mineur n’en a pas moins tenté de les vaincre, et presque toujours il y est parvenu. Il ventile les mines comme on fait pour lc3 salles de spectacle, car l’air des souterrains est soumis aux mômes lois que celui des édifices; il dispose des portes, des conduits d’air dans les galeries, pour forcer le courant à prendre telle ou telle direction, le diviser, etc. (carte XV). Généralement la mine a au moins deux ssues, à des niveaux différents; l’air entre par l’une et se répand dans tous les chantiers, sort par l’autre, comme par les portes et les cheminées de nos appartements. La marche suivie par le courant en hiver est l’opposée de celle de l’été. Le sens du mouvement dépend de la différence entre les températures extérieure et intérieure, cette dernière variant peu, cette autre suivant toutes les variations des saisons. Ce double mouvement de l’air dans les mines compose ce qu’on appelle l’aérage naturel.
A mesure que les travaux se développent, s’approfondissent, ou bien quand la mine n’offre qu’une seule issue, l’aérage naturel n’est plus suffisant. A quel artifice recourir? Quelquefois ou dispose un foyer au pied d’un puits, et l’on y entretient du feu jour et nuit. Au moins a-t-on le combustible sous la main. Le tirage qui s’opère dans cette haute cheminée chasse au dehors l’air vicié ; par un autre point entre l’air pur de la surface, qui circule dans toute la mine, et vient se dégager à son tour par le foyer d’aérage.
D’autres fois on aspire les gaz de la houillère nu moyen d’un énorme ventilateur, installé à l’oritice d’un puits et dont les palettes ou les hélices, mises en mouvement par la vapeur comme celles d’un navire, entraînent l’air de la mine dans leur course précipitée. On ne voit point passer les ailettes tant la vitesse est grande; ou n’entend qu’un
rondement formidable qui ébranle l’atmosphère à distance. C’est le bruit d’un ouragan déchaîné. L’air intérieur est absorbé dans ce phénomène de succion ; l’air extérieur se précipite par une autre issue, pour combler le vide, comme aurait dit Aristote. Cet air frais se disperse dans la mine, et des tuyaux le distribuent jusque dans les chantiers les plus lointains. Souvent on établit aussi des ventilateurs dans les galeries elles-mêmes. Ceux-ci sont mus d’ordinaire par des enfants, car ils sont loin d’avoir la force de ceux qu’on installe à l’orifice des puits. Ils ont du reste un autre but, c’est de refouler l’air dans les galeries où il manque.
Au lieu des ventilateurs placés à la surface, on emploie quelquefois des pompes pneumatiques aspirantes, accouplées, a côté desquelles celles des cabinets de physique ne sont que des jouets d’enfants.
Par ces moyens énergiques, non-seulement ou donne de l’air pur à une mine, mais on en chasse encore tous les gaz irrespirables qui s’y accumulent, et qui souvent, dans l’atmosphère d’une galerie, forment autant de couches distinctes, comme ces liquides de poids spécifiques différents qui seséparent clans un flacon par ordre dedensité. L’acide carbonique plus lourd occupe le bas de la galerie. Si l’ou avait un chien avec soi, comme dans la fameuse grotte de Pouzzolesprèsde Naples, il tomberait asphyxié. 11 faut tenir sa lampe haute; elle s’éteint dès qu’elle arrive au contact de l’acide carbonique. Au-dessus de ce gaz, formant la couche moyenne, est l’air plus ou moins pur, puis l’oxyde de carbone, et enfin, occiipant la partie supérieure, l’hydrogène carboné, le gaz inflammable, explosif, le terrible grisou, avec lequel nous avons fait connaissance. Quelquefois tous ces gaz se mêlent par l’effet de ce qu’on nomme la diffusion, et forment comme un tout homogène. C’est alors
que les explosions, les asphyxies sont surtout à craindre. Une bonne ventilation, l’accumulation ou la pression de l’air artificiellement obtenue, enfin l’emploi des lampes de sûreté et de l’indicateur du grisou de M. Ansell, sont les meilleurs moyens de prévenir les accidents.
Quand on pénètre dans une mine où règne le mauvais air, peu à peu les lampes pâlissent ; elles Unissent par s’éteindre. On éprouve comme un serrement aux tempes, comme une défaillance : une fatigue extrême dans les membres, le cœur vous manque ; c’est l'asphyxie qui vient. Il faut retourner sur ses pas. Avec quel bonheur on retrouve un air plus frais, plus vif. Auparavant l’air était mort, comme disent les mineurs. Les lampes refusant de brûler dans le mauvais air, ou s’y éteignant au moindre mouvement, il a fallu regagner à tâtons une place meilleure, ce qui augmente le plaisir qu’on éprouve à se trouver hors de danger ; on suluc avec joie l’éclat de la première allumette, et moins curieux que la femme de Lotli, on marche allègrement devant soi, sans jeter de regards en arrière.
11 est quelquefois urgent d’entrer dans des chantiers pleins de gaz délétères, soit pour porter secours à des ouvriers asphyxiés, soit pour explorerd’anciens travaux. Pour cela, il faut se munir avant tout d’un appareil respiratoire, renfermant une provision d’air pur. On porte sur le dos une sorte de sac en cuir ou en métal, dans lequel on a injecté de l’air à une assez forte pression. Un tuyau en caoutchouc, partant du sac, s’épanouit en forme de rondelle à l’autre extrémité, et s’applique dans la bouche contre les dents. Il est munidc deux soupapes, l’une qui s’ouvre pour amener l’air dans les poumons, l’autre pour renvoyer au dehors l’air respiré. On comprime les narines par. une pince à ressort. Quelquefois l’extrémité du tube s’ouvre eu
pavillon, Je manière à s’appliquer simultanément contre le nez et la bouche. Pour des parcours assez longs on peut emporter des sacs de rechange, chargés d’air, (pion traîne sur une brouette.
Tel était, jusqu’à ces derniers temps, l’appareil généralement usité dans les mines infectées de mauvais air. Cet appareil avait été perfectionné par Ilumholdt, et imaginé par le physicien Pilastre des Rosiers, dont le nom est resté si tristement attaché aux ascensions aérostatiques. M. ltouquayrol, iugénieur aux houillères de l’Aveyron, a inventé, il y a quelques années, un mécanisme plus complet. Le réservoir est en tôle épaisse, pouvant résister à des pressions de vingt-cinq et quarante atmosphères. On y injecte l’air au moyeu de pompes fort ingénieuses, dout les pistons sont fixes et les cylindres mobiles. « Nous avons changé tout cela, » peut dire l’inventeur avec Molière ; car jusqu’ici c’étaient les pistons qui se mouvaient, et les corps de pompe qui restaient fixes. On charge l’appareil sur son dos à la façon du sac des soldats (Gg. 82). Une sorte de mécanisme à soulllet, surmontant le réservoir, permet à l’air, bien qu’à une très-grande pression, de n’entrer dans les poumons qu’à la tension ordinaire. Une petite soupape extérieure, formée de deux feuilles de caoutchouc, que la pression de l’atmosphère tient appliquées l’une contre l’autre, s’ouvre pour laisser passer l’air respiré.
Daus cet appareil l’air est quelquefois distribué à une lampe particulière en même temps qu’aux poumons ; une lampe ordinaire ou de Davy pourraient ne pas fonctionner dans une atmosphère viciée : mais, dans ce cas, la lumière électrique brûlant dans un tube fermé est encore le plus sûr moyen d’éclairage (fig. 78 et 79).
Muni de l’appareil Rouquayrol, un homme respire à l’aise même sous l'eau. Des expériences concluantes eu
Fig. 82. — Sauvetage avec l’appareil Ilou-juayroi.
ont été fuites au fond des fleuves et nu fond de la mer. Grâce à cette invention, les opérations sous-marines, la pêche des perles, du corail, des éponges, la l'épnration des carènes immergées, l’abatage des roches sous l’eau, le sauvetage des navires engloutis, deviennent désormais praticables sur une très-large échelle et sans aucun danger. L’appareil est même préférable à l’incommode et lourd scaphandre ou nautile employé aussi dans ce but. Dans les mines il peut être quelquefois utile de travailler sous l’eau, par exemple au fond des puisards ’, pour réparer des pompes noyées : en ce cas l’appareil Rouquayrol sera aussi très-utile.
Le système inventé par M. Galibert pour pénétrer dans une atmosphère de gaz méphitiques ne saurait être passé sous silence, même à coté du précédent. La simplicité du mécanisme est extrême, il ne renferme aucun organe capable de se déranger, et peut être mis en action instantanément. Avec un petit soufflet cylindrique en cuir, ayant absolument la forme des lanternes transparentes en papier, on injecte de l’air dans une peau de bouc ou mieux une toile gommée hermétiquement fermées. Le sauveteur charge l’outre sur son dos, la maintient par des courroies passées autour des épaules et de la ceinture (fig. 83). Deux tubes en caoutchouc se dégagent de l’outre, terminés ensemble par une pièce de corne ou d’ivoire, évidéc sur son pourtour, et que l’on tient entre les dents : c’est l’embouchure. Les narines sont comprimées par un petit piuce-nez en bois, à ressort. Enfin quand il est nécessaire, dans un air très-chaud, enflammé, une paire de lunettes à monture de cuir, à verres ronds, protège les yeux.
Ainsi accoutré, le sauveteur n'en jouit pas moins d’une
1. C’est ainsi qu'on appelle le réservoir des eaux au l'und d’un puits de mine.
LES MINES I)E CHARBON
liberté entière dans tous ses mouvements. La respiration s’opère sans difficulté. L’air expiré retourne dans le réservoir et peut servir jusqu’à deux fois sans inconvénients; mais au bout d’un quart d’heure il faut renouveler l’outre. Le tube qui amène l’air s’ouvre à la partie supérieure du sac, celui qui le renvoie descend au contraire jusqu’au fond. Du reste l’air expiré étant plus lourd gagne naturellement le bas de l’outre. Au bout de quelques secondes, un mouvement de la langue se produit instinctivement, sans qu'on en ait conscience, qui obstrue ou dégage dans l’embouchure tantôt l’un tantôt l’autre des tubes, suivant que les poumons aspirent ou renvoient l’air.
L’appareil de M. Galibcrt, tel qu’il vient d’être décrit, est surtout en usage chez les pompiers et les puisatiers, les ouvriers des égouts, etc. Il a été employé dans l'assainissement des hôpitaux, des cales de navires, dans la réparation des chambres de plomb des fabriques d’acide sulfurique. 11 peut servir avec avantage toutes les fois qu’il s’agit de pénétrer dans des pièces fermées remplies de gaz dangereux. Pour les mines, l’inventeur a construit spécialement des réservoirs en fer-blanc qui ne sont pas sujets à se crever par le choc comme il pourrait arriver à la peau de bouc, ou même à lu toile gommée, et qui permettent d’injecter l’air à une plus forte pression.
Tels sont les appareils employés pour opérer des sauvetages dans des mines pleines de gaz délétères. Mais que de fois, malgré l’efficacité des inventions, on arrive trop tard, pour ne relever que des mineurs sans mouvement, depuis longtemps glacés par la mort!
Fig. 83. — Sauvetage avec l’appareil Galibert.
Nouveaux ennemis du houilleur. — Les éboulements. — Le puisatier Giraud. — Le mineur Cochet. — Les irruptions d'eau. — Inondation d’une mine près de Liège; d'une houillère de la Loire. — La complainte des mineurs. — Inondation de la houillère de Lalle. Détails émouvants. — Histoire d’Hubert Goffin. — Aventure du houilleur Evrard.
Lfi lutte est loiu d’être achevée. Nous allons voir le houilleur aux prises avec de nouveaux ennemis non moins terribles que les précédents : les éboulements et les irruptions d’eau.
Les éboulements menacent incessamment le mineur. Le roc est fendillé, se gonfle, ou bien il est meuble, coulant. Nous suvons comment on lui résiste par des ouvrages ingénieux en bois ou en maçonnerie. Ces ouvrages cependant cèdent quelquefois à l’énorme pression du terraiu, il se produit un éboulement et le mineur se trouve pris dans les déblais (lig. 84).
L’éboulement! c’est le genre de péril qui se présente tout d’abord à l’idée quand on rêve de travaux souterrains. Nul n’a oublié en France l’histoire du terrassier Giraud qui creusait un puits près de Lyon, en 1854. Le malheureux, atteint au fond du trou par une chute des terres supérieures, peut-être mal étançonnées, vit comme une voûte se former tout à coup au-dessus de sa tête, l’étreindre de
LES MINES DE CHARBON
sa pression, et demeura prisonnier avec son camarade. Comment sauver les pauvres mineurs? Il fallut foncer un nouveau puits au voisinage du premier, et rejoindre ensuite, par une galerie, le point où l’accident avait eu lieu. Malgré toute l’ardeur déployée, un mois fut nécessaire pour mener l’entreprise à bien, car des éboulements survinrent dans les travaux de sauvetage eux-mêmes. Giraud et son compagnon entendaient le bruit du pic, répondaient aux travailleurs, croyaient à chaque instant que l’heure de la délivrance allait sonner. Vain espoir! Le camarade succomba. La faim l’emporta sur la douleur, comme dans la sombre aventure d’Ugolin.
Giraud, plus énergique, résista. Le cadavre de son ami, couché sur lui, viciait le peu d’air qu’il respirait; mais le désir de vivre l'emporta. Ni la faim, ni ce sinistre voisinage n’abattirent cet homme : il ne voulait pas mourir. Il lutta un mois tout entier. A chaque instant on croyait le rejoindre, puis survenait un accident; il fallait recommencer. Giraud ne faiblissait pas; il répondait distinctement à toutes les demandes qu’on lui faisait. La France, l’Europe entière suivit cette lutte jour par jour. On donnait chaque soir un bulletin de la marche de la journée. Le trentième jour on cria victoire, Giraud était sauvé. Pâle, défait, réduit à l’état de squelette, son corps n’était plus qu'une plaie. La gangrène avait attaqué tous ses membres, et la cause en était due à ce cadavre qui, pendant trois semaines, s’était décomposé à ses côtés. Ou transporta l’infortuné puisatier à l'hôpital de Lyon : il y vécut encore quelque temps, puis s'éteignit.
Les éboulements peuvent être rangés au nombre des plus grands périls que court le mineur. Si le choc est direct, l’ouvrier est écrasé sur le coup; ou s’il échappe , c’est avec un membre de moins. Du toit des galeries, dans les schistes,
L'éboulement.
dans les charbons friables, se détachent quelquefois brusquement, sans que rien ait pu en faire soupçonner la présence, des blocs de roche isolés, des cloches, des culs (le chaudron, pour employer la langue énergique et figurée des houilleurs. Ces blocs tombant d’aplomb sur la tète du mineur, le tuent roide.
Dans d’autres cas, ce sont les muraillcments, les boisages qui cèdent à l’énorme pression du terrain. Malheur aux ouvriers s’ils ne fuient pas à temps: ils sont broyés dans cet amas de déblais (fig. 84). 11 en est cependant qui en sont sortis vivants. Témoin ce brave bouilleur Cochet, de la mine du Creusot. Surpris, en 1804, dans un éboulis de charbon, il a la force d’appeler au secours. Son camarade, un moment éloigné, arrive, donne l’alarme. Les moyens de sauvetage les mieux combinés sont immédiatement mis en œuvre. On use de précautions infinies pour assurer la réussite. Une partie du charbon ayant été enlevée autour du patient, on apercevait la tète et une main. Cochet était sous un amas de bois brisés, renversé sur le sol de la galerie, couché sur le flanc droit, les jambes repliées sous lui. Tout mouvement était impossible; mais la poitrine heureusement n’était pas comprimée. Ou envoie de l’air dans l’éboulement au moyen d'un ventilateur et d’un tube. On scie les rails, les traverses de la galerie, les étais au milieu desquels le houilleur se trouve engagé. Puis on fouille la galerie pour le rejoindre par-dessous. On délivre d’abord les jambes. Quant a lui, il ne perd pus courage : il a tout son sang-froid, et donne même aux sauveteurs plus d’une indication utile. Enfin, après six heures d’atroces souffrances, il est littéralement extrait de ce tombeau où il allait être enterré vivant. Tous les ouvriers avaient rivalisé d’ardeur et d’habileté pour arracher leur camarade à la mort. Jumais, dans des cas pareils, le zèle,
LES MINES DE CHARDON
l’énergie ne fout défaut au mineur, et jamais il ne manque à ces sentiments d’étroite, confraternité qui doivent lier entre eux tous les ouvriers qu’un même péril menace.
Le danger des inondations souterraines est aussi redoutable que celui des éboulcmcnts. A l’élément liquide qui fait de tous côtés irruption, nous avons vu le houilleur opposer des digues en bois ou en métal, des pompes gigantesques et des tunnels qu’il transforme eu canaux, tirant ainsi profit du mal lui-même. L’eau s’accumule dans la mine en amas, en bassins, eu véritables lacs. 11 la contient par des batardeaux construits en ciment, en argile ; par des serrements en bois, dont les diverses pièces sont géométriquement assemblées, comme les pierres d’un mur ou d’une voûte. Dans les puits nous avons vu s’élever des maçonneries non moins savamment établies, et cependant la pression de l’eau peut arriver à rompre tous ces obsta cles. Un vieux bouilleur anglais, qui croyait que la terre était animée, comparait les veines d’eau qu’on rencontre dans les mines aux veines et aux artères du corps. « Quand l’eau fait irruption dans nos chantiers, disait-il, c’est le terrain qui se venge, parce qu’on lui a coupé une artère1. »
Non moins que les incendies, les inondations peuvent arrêter l’exploitation de la bouille. En 1838, les mines de Rive-de-Gier furent sur le point d’être à jamais perdues. Les travaux avaient été conduits assez mal sur toutes les concessions, car l’art des mines n’était pas alors aussi avancé qu’aujourd’hui. De vieilles excavations, datant de plusieurs siècles, avaient détourné dans l’intérieur une partie des eaux de la surface; le Gier lui-même y était descendu. Les concessionnaires, dont presque toutes les
1. Peut-être est-ce par l’elTet d’une croyance analogue que les mineurs belges nomment l'eau qui sort de la houille le sang île la veine. Mais ici veine est synonyme de coucbc de charbon.
Fig. 85. — L'inondation.
inities communiquaient au moins géologiquement, ne pouvaient arriver à s’entendre, et il fallut qu’une loi intervint pour les réunir en une espèce de syndicat et les sortir de péril.
Ici l’accès de l’eau était connu et l’on savait comment le combattre, mais il est des inondations souterraines dont la cause est pour ainsi dire imprévue. Les eaux du ciel, éclatant comme une trombe à la surface, gonllant les ravins, les torrents, pénètrent quelquefois dans la mine par l’entrée des galeries, par les fissures du sol et la ravagent. Un fleuve entier fait irruption dans les travaux ; les ouvriers, les chevaux sont emportés, noyés (fig. 83).
L’envahissement des eaux provenant des vieilles excavations est peut-être le plus à craindre. Ces vides irréguliers, ces anciennes tailles, existent dons presque toutes les mines. Souvent on n’en connaît pas l’étendue, car aucun plan ne les a délimités. Il en est qui datent de plusieurs siècles, et même des premiers temps de l’exploitation; ce sont les plus mauvais voisins d’une houillère. Ils deviennent le réceptacle des eaux pluviales qui s’y accumulent', ils renferment des amas de gaz irrespirables, sont le théâtre d’incendies souterrains. Toutes ces raisons empêchent de les visiter, et d’en dresser le plan pour le raccorder avec celui de la mine. Quand les besoins de l'exploitation conduisent vers ces vieux travaux, ou ne doit donc s’en approcher qu’avec la plus grande précaution, surtout quand on soupçonne des amas d’eaux. 11 est d’usage, en pareil cas, d’interroger prudemment le terrain au moyen d’une sonde qu’on manœuvre horizontalement au front de taille de la galerie. L’outil, qui se visse à une longue tige, varie suivant la nature de la roche à perforer (fig. 86 et 87).
I. Nous avons auteur de nous la mer d’eau, disent dans ce cas les houilleurs belges.
LES MINES DE CHARRON
Si l’eau n’nppnraît pas, on marche sûrement sur toute la longueur examinée, puis on sonde de nouveau. L’eau se montre-t-elle? c’est un jet comme celui d’une fontaine ; on le laisse tranquillement s’écouler.
Dans quelques cas, l’abondance des eaux arrivant par ces sondages est telle que la mine en peut être inondée.
Sondes à bras pour l’intérieur des mine?. Ëcli. 1/5.
Fig. 86. — Trépans our Fig. 87. — Tarières pour
les roches dure*. les roches tendres.
Cette circonstance s’est présentée en 1 825 dans une houillère près de Liège. Les eaux, chassant la sonde, s’élancèrent avec impétuosité. A plusieurs reprises, les ouvriers essayèrent de boucher le trou, ne purent y parvenir, et bientôt il n’y eut plus de salut que dans la fuite. Quelques heures après, tous les chantiers étaient envahis, et devenaient entièrement inaccessibles. Les vieux travaux s’avan-
çaient sous le lit même de la Meuse; la rivière fut pour ainsi dire détournée dans la mine. '
Devant un si grand désastre, les exploitants ne perdirent pas courage. Des machines d’épuisement furent installées sur quatre puits à la fois; mais ce ne fut qu’au bout de sept aus qu’on parvint à maîtriser les eaux. Alors seulement on put redescendre, on ferma toute issue nu liquide par des serrements, des barrages établis avec le plus grand soin, et l’on reprit l’exploitation. Cet exemple d’énergique persévérance est l’un des plus remarquables qu’offre l’histoire des mines de houille.
Dans ces irruptions d’eaux souterraines, la vie des hommes est presque toujours en jeu. 11 y a quelque trente ans, dans une houillère de la Loire, on marchait vers de vieux travaux. On avait négligé de prendre aucune précaution. Les mineurs fonçaient leurs galeries insoucieux, allègres. Tout à coup les eaux rompent la paroi amincie qui les sépare encore des ouvriers, et se déchaînent comme une avalanche. Les hommes épouvantés s’enfuient. Une galerie montante s’offre sur leur passage ; ils s’y réfugient ; mais cette galerie n’a pas d’issue, et l’eau s’élève jusqu’à eux. Au dehors, on s’inquiète de les secourir. Que faire ? comment les sauver ? où sont-ils? N’ont-ils pas été asphyxiés, noyés? Mais on n’hésita pas. On fit ce qu’en pareil cas l’humanité conseille de faire. On supposa les hommes vivants, et l’on se mit résolument en devoir de les retrouver. Ou tâtonna d’abord, puis on devina où ils pouvaient être. Les plans de la mine, bien tenus, donnaient les projections horizontale et verticale des travaux, ce qu’en géométrie souterraine on appelle le plan et la coupe. Par le plau on connaissait la position exacte, dans le dédale de la mine, du chantier où travaillaient les mineurs,
el par suite du refuge qu’ils pouvaient avoir choisi. La coupe faisait connaître à son tour la distance verticale qui séparait ce point de la surface, et par conséquent le degré d’inclinaison entre un endroit donné et le lieu du refuge. Sur cette pente, on fonça une galerie dirigée vers le point supposé. Si les mineurs étaient là! Des coups de pic frappés contre le roc en manière d’appel restèrent d'abord sans réponse ; puis on entendit comme une faible réplique à ces coups répétés. On sait que les roches transmettent fort bien les sons sur une très-grande étendue, et les Indiens de l’Amérique ne l’ignorent pas, eux qui, l’oreille appuyée contre la terre, entendent le cavalier venir de si loin. « Allons, enfants, courage, et que la galerie s’avance ! » Bientôt les sons se transmettent plus 'distincts; il n’est plus besoin de frapper du pic pour s’appeler. On entend même le bruit de la voix. Vite la sonde ! Dieu soit loué ! Les houilleurs sont là, tous en vie. On communique avec eux ; on leur demande ce qu’ils désirent. « Avant tout de la lumière,» répondent-ils, et il y a plusieurs jours qu’ils n’ont mangé. On leur passe des lampes. On leur verse ensuite du bouillon le long d’un tube de fer-blanc engagé dans le trou de soude. Enfin le dernier coup de pic est donné, les victimes sont hors de péril, les prisonniers revoient la lumière. Que n'ont-ils pas souffert dans ces longs jours d’attente ! Ils ont mangé leurs chandelles, ils ont dévoré leurs courroies. Et cependant, tant est sinistre l’obscurité qui se prolonge, qu’ils ont demandé à y voir avant de demander à manger.
Notre excellent maître, M. Duhaut, alors qu’il était répétiteur à l’École des mines de Saint-Étienne, en 18ol, nous racontait cet accident dans tous ses détails. Il avait assisté au sauvetage. Le professeur tirait de ce récit une
moralité, comme le bon Ésope de ses fables. Il essayait de nous prouver par là l’utilité de joindre aux plans de mines •une projection verticale rattachant, par de véritables coordonnées géométriques, chaque point de l’intérieur à ceux de la surface. Et nous, écoliers moqueurs et sans pitié, pour que rien ne manquât aux leçons du maître, nous avions fait une complainte qui commençait ainsi :
Mineurs, écoutez l’histoire De trois malheureux ouvriers,
Restés sans manger ni boire Pendant six grands jours entiers.
Au fond d’une galerie Serrés comme en un bocal,
Ils auraient perdu la vie
Sans la coupe vertical’. ' .
Cela se chantait au commencement et à la fin des leçons quand le maître n’était pas là, sur l’air de toutes les complaintes. 11 nous semblait que la nôtre valait bien celles si connues de Fualdès ou du Juif-Errant; et nous la chantions avec un entrain admirable. O jeunesse, printemps de la vie !...
Une des plus terribles inondations dont les houilleurs garderont le souvenir, est celle qui survint en 1862 à la mine de Lalle, près Bességes(Gard).
C’était le 1 1 octobre, entre trois et quatre heures de l’après-midi. Un orage violent avait éclaté sur le pays, quelques-uns disent même qu’une trombe était venue crever sur ce point. Les eaux de la rivière la Cèze, celles d’un ruisseau et d’un ravin ordinairement à sec, tous deux tributaires de la Cèze, étaient montées à des hauteurs qu’on n’avait jamais vues, même lors des grandes inondations de 1810 et 1855. C’était un vaste débordement, un véritable déluge. Tout à coup l’eau tourbillonne eu un point, sur l’affleurement d’une des couches de houille,
LES MINES DE CHARBON
et de là, par une large ouverture qui vient de se former, se précipite tumultueusement dans la mine*.
Le plan même de la couche sert de conducteur au liquide. Un grondement sinistre est répercuté de galerie eu galerie; la mine occupe en ce moment tous ses ouvriers; la catastrophe est lamentable! Une brigade de houilleurs épouvantés a pu néanmoins s’enfuir ,à temps par une des fendues, quelques autres remontent précipitamment par un puits, talonnés par les eaux. Un acte de noble dévouement a eu lieu. Un brave boiseur, Auberto, Piémontais, s’est aussi échappé par un puits, non sans avoir prévenu son camarade qui travaille à un niveau plus bas. 11 court aune autre issue, fait accrocher la benne au câble, descend, appelle, l’eau tombe à torrents. Cinq ouvriers se présentent. Quatre montent dans la benne; le cinquième s’écarte un moment; il est perdu. A peine arrivé au jour, Auberto se fait redescendre, aperçoit un jeune manœuvre cramponné aux boisages de la galerie du fond , l’attire à lui, le jette dans la benne et remonte. Il était temps; les eaux envahissaient en ce moment cette partie de la mine. Auberto a sauvé six hommes. Il en sauverait d’autres, mais aucun point n’est plus accessible, tout est à présent sous l’eau. Une issue restait ouverte; elle a été formée par un effondrement du sol tout près du gouffre où les eaux sont entrées. On y a vu briller des lumières, on a jeté des cordes amarrées à des arbres. Hélas 1 la fureur des eaux redouble, le sol s’effondre de nouveau, cette dernière issue à sou tour est close et tous les hommes sont noyés! Une demi-heure a suffi pour changer cette mine en un lac. L’air et les gaz de l’intérienr, violemment refoulés par l’eau, se sont échappés même par les fissures du terrain.
1. lin an après, comme je passais à Lalle, un habitant me montrait l'endroit où se lit la crevasse, et me ruccontait l’accident.
Us y ont produit l’effet d’un coup de mine, projetant la terre à distance, ébranlant les maisons.
Dès la première nouvelle du sinistre, l’ingénieur, M. Courroux, le maître mineur, Martin Dagasso, sont sur les lieux. A eux se sont joints bien vite les ingénieurs des houillères ou des forges voisines. On pourrait tous les nommer; car ils sont tous venus, accompagnés de leurs maîtres mineurs. Un ingénieur a été aussi mandé eu hâte de Saint-Étienne ; il n’y aura pas trop de monde pour conduire tous les travaux. Enfin M. Parran, du corps impérial des mines, est accouru d’Alais pour diriger le sauvetage auquel prennent également part toutes les autorités.
Cependant aucun secours immédiat n’est possible; la houillère n’est peut-être plus qu'un vaste tombeau. Cent trente-neuf lampes ont été distribuées le matin, vingt-neuf seulement ont été rapportées: c’est cent dix mineurs qui restent encore dans la mine, et parmi eux les quatre chefs de poste : les capitaines avec les soldats. Tout ce monde était disséminé, qui sur un point, qui sur un autre, à différents niveaux, là ou le travail l’exigeait. Comment s’y prendre pour rejoindre ces pauvres houilleurs, et sait-on même s’il eu reste un seul en vie?
Pendant qu’on établit à la surface une digue contre les eaux, et qu’on étudie sur le plan les moyens les plus prompts et les plus sûrs de sauvetage, un jeune rouleur, précédemment attaché comme porte-chaîne aux levées intérieures de la mine, entre dans une galerie. C’est le samedi, 12 octobre, dans l’après-midi, vingt-quatre heures après l’accident. Il frappe aux parois, écoute longtemps et croit distinguer des sons qui répondent aux siens. Il fait venir ses camarades, répète l’essai avec eux ; le même phénomène se reproduit. On prévient les ingénieurs. Tout le monde accourt* M. Parran renvoie quelques personnes
LES MINES DE CHARBON
afin d’obtenir le plus grand silence, et donne un appel à coups de pic également espacés. Il a laissé de ces travaux de sauvetage une relation saisissante. « L’oreille collée au charbon, écrit-il, et retenant notre respiration, nous entendîmes aussitôt, avec une émotion profonde, des coups extrêmement faibles, mais précipités, rhythmés, en un mot, le rappel des mineurs, qui ne pouvait être la répercussion du nôtre, puisque nous avions frappé à intervalles égaux '.>.
Un massif de plus de vingt mètres sépare les captifs de leurs sauveurs. 11 y a là néanmoins un premier travail à poursuivre, mais la plupart des mineurs sont restés ensevelis dans la mine. Qui abattra le roc? Les compagnies voisines prêtent généreusement leurs ouvriers, et les premiers eoups de pic qui bientôt retentissent portent l’espérance dans le cœur des prisonniers. Dès six heures du soir, on est à l’œuvre. On attaque les travaux de sauvetage par cinq points différents, au moyen de galeries inclinées, dirigées vers les endroits où l’on suppose que les victimes se sont réfugiées. Le point de départ de ces descendcries est pris daus la galerie même où l’on a entendu l’appel. Un seul piqueur, relayé dès que ses forces sont à bout, travaille à chaque avancement avec toute l’énergie dont il est capable. Le charbon abattu est enlevé dans des corbeilles, que se passent de main en main une chaîne d’hommes, étagés dan3 les descenderies. A mesure qu’on gagne en profondeur, le travail devient plus difficile à cause du manque «l’air. 11 faut installer des ventilateurs, et parfois les lampes ne peuvent brûler que devant le tuyau d’aérage. Le lundi I 4 octobre, à deux heures du matin, on communique de la voix avec les captifs. Ils disent: « Nous sommes trois, » et