I.KS MINES DE CHAT BON
très-graves. L’ouvrier, à la desceute et à la montée, perd beaucoup de temps. En outre, cet exercice, répété deux fois par jour, le fatigue, l'affaiblit, l’exténue ; on a beau ménager des paliers pour les arrêts, le mineur ne parcourt pas impunément, sa vie durant , des centaines de mètres d’échelles ; à la longue cette gymnastique forcée est cause d’uffections pulmonaires, d’asthmes, de consomptions très-graves, qui l’emportent fatalement ou le rendent impropre au travail après l’âge de quarante-cinq ans.
Pour parer à ces fâcheux désagréments des échelles fixes, presque aussi longues parfois que les échelles que Jacob vit eu songe, ou a disposé sur beaucoup de mines des échelles mobiles, mises en mouvement par des
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Kig. 94. — U ii e boule ment dans le puits.
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machines. Ces échelles ont [iris naissance, il y a une trentaine d’années, dans les mines métalliques profondes du Harz, en Allemagne, et de là sont passées sur celles du Cornouailles en Angleterre, puis sur les houillères de Belgique et de France. Aujourd’hui, nombre de mines les emploient. On les appelle fahrhinst (en allemand, chemins artificiels ou mécaniques), men engines (eu anglais, machines à hommes) , ou warocquèrcs , du nom de l’ingénieur belge Warocqué qui les a perfectionnées. Les ouvriers français, rebelles aux dénominations allemandes et anglaises, lesdésignent volontiers sous le nom de machines à monter.
Le principe en vertu duquel ces échelles fonctionnent, selon quelles sont établies sur un puits incliné ou vertical, est le suivant :
Si l’appareil est double, c’est-àdire à deux échelles, imaginez deux fortes tiges parallèles, munies de distance en distauce de marchepieds (fig. 95). Far le jeu de la machine motrice installée à l’orifice, une des tiges s’élève, l’autre s’abaisse d’une Fi«- ®3-— La à "u,nlercertaine amplitude, deux mètres
par exemple. Survient un très-petit temps d’arrôt. L’ouvrier passe alors immédiatement du marchepied sur lequel il est sur le marchepied vis-à-vis. Nouvelle oscillation, cette fois en sens contraire, nouveau mouvement du
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mineur. On comprend que de cette façon, si l’ouvrier descend ou monte, il s’abaisse ou s’élève de deux mètres à chaque oscillation et sans fatigue; le seul mouvement qu’il ait il faire n’est qu’un mouvement latéral à chaque temps d’arrêt. Bientôt il atteint le fond ou le sommet du puits, en dix minutes, par exemple, si le puits a trois cents mètres et si la machine fait quinze oscillations par minute. Il faudrait un peu moins de temps par la tonne; mais par les échelles fixes, il en faudrait deux ou trois fois plus, sans arrêt à aucun étage, et l’ouvrier arriverait très-fatigué1.
Dans l’appareil de M. Wurocqué, le plus commode qui existe, et qui de Belgique est passe en France, notamment à Rive-de-Gier, les marchepieds sont remplacés par des paliers à balustrade qui peuvent recevoir deux hommes. L’amplitude des oscillations est de trois mètres, et celles-ci varient de douze à quinze par minute. Une vingtaine d’ouvriers peuvent à la fois se trouver répartis sur les divers paliers, sans inconvénient. Par les cages guidées, à double étage, on atteint quelquefois ce nombre, mais par les tonnes on n’en dépasse guère, suivant la capacité intérieure, le quart ou la moitié, soit de cinq à dix ouvriers.
Nous avons explique le mécanisme de l’échelle mobile double. Quand la machine est simple (fig. 96), ce qui a lieu surtout dans les puits inclinés, on passe de l’échelle mouj vante sur un marchepied vis-à-vis, fixé aux parois du puits. On s’y tient deboulj et l’on attend une nouvelle oscillation
1. C'est sur le principe des échelles mobiles qu'ont été conslruils des appareils applicables également à l’extraction, par exemple l’appareil Méhu, qui fonctionne aux mines d’Anzin. Par un mouvement automatique, la tonne passe successivement d*un palier à l'autre. C’est à de tels appareils qu’il faudra évidemment recourir quand on exploitera les houillère* aux plus grandes profondeurs, alors que la distance verticale sera telle que les câbles ne pourront plus même résister à leur propre poids.
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pour prendre le palier de lechelle. Il ne faut pas d’hésitation. Si la place est déjà occupée sur l’échelle ou le marchepied fixé contre le puits, par exemple par un ouvrier qui monte quand on descend , on doit rester prudemment à sa place , en attendant une seconde pulsation. Le moindre embarras peut causer le plus grave malheur, et la machine brutale, dans son mouvement subit de retour, vous broyer sur le coup ou vous briser un membre.
C’est ainsi que les précautions que l’on prend contre les accidents donnent lieu quelquefois à de nouveaux sinistres.
Toutes les catastrophes dont les puits sont la cause et qui ont été énumérées, n’égalent pas, en intensité, celles qu’amène l’obstruction des puits, quand les minesn’ont que cette seule issue. La rupture des étais et les éboulements qu’elle entraîne, la chute de quel-
Fig. 96. — Échelle mobile simple et échelles fixes.
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qucs-uns des organes des machines d'extraction ou d’épuisement, sont l’origine de ces nouveaux malheurs qui jettent la désolation et la mort dans la mine.
Le IG janvier 1802, sur la houillère d’Hartley (bassin de Newcastle ) , un balancier de pompe se brise, et tombant au fond du puits, y entraîne huit hommes qui remontaient par la cage. Trois seulement purent être sauvés après douze heures de pénibles recherches; mais on eut à déplorer la perte de bien d’autres victimes.
La mine était en plein travail; tous les houilleurs étaient au fond. Sous le choc de l’énorme balaucier de fonte pesant vingt mille kilogrammes, et fouettant dans sa chute les parois, le puits s’était éboulé en plusieurs points; les déblais, les boisages rompus s'étaient amoncelés, et une voûte impénétrable avait fermé la seule issue par où les captifs auraient pu s’échapper. Deux cent quatre ouvriers, en y comprenant les cinq déjà cités, et quarante chevaux, trouvèrent la mort dans cet accident.
Comme les effondrements avaient intercepté toute communication entre l’intérieur et le dehors, et que la mine était munie de foyers d'aérage sur lesquels on brûlait du charbon, il est probable que le manque d’air apkyxia en peu d’heures les victimes. Toujours est-il qu’elles ne subirent pas les horreurs de la faim, car l’on trouva un poney mort à côté des mineurs. Quelques hommes, dans un moment de suprême désespoir, essayèrent de se frayer une issue. Des bois avaient été coupés, sciés; les sauveteurs avaient entendu du dehors ces tentatives désespérées, qui furent malheureusement aussi courtes que vaines. La foule des parents et des amis des victimes, qui stationnait à l’orifice du puits, trouvant que les travaux de sauvetage n’allaient pas assez vite à son gré, menaça de se soulever et réclama effrontément les corps qu’elle atten-
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(lait. Rien ne manqua à l’horreur de ce sinistre ; mais on parvint à calmer toutes les impatiences, puis les cadavres, sortis un à un, furent solennellement inhumés. Vit-on jamais, en temps de guerre ou d’épidémie, plus long et plus morne convoi?
Parmi les différentes suggestions qu’inspira aux journaux anglais cette effrayante catastrophe, l’idée que toutes les mines fussent pourvues de deux puits se présenta pour ainsi dire d’elle-mème. Le puits d’Hartley était divisé par une cloison et suffisait aux besoins de la houillère. Nul doute que l’existence d’une seconde fosse n’eût permis aux ouvriers restés ensevelis daus la mine de se sauver. Est-ce à dire qu’il faille imposer aux exploitants le fonçage de deux puits au moins? Comme le fit remarquer avec raison l’ingénieur chargé de l’enquête officielle, il serait à la fois impossible et injuste, dans la majorité des cas, d’exiger un tel surcroît de travaux. D’abord le droit qu’a l’État de se mêler des opérations de l’industrie privée ne semble pas aller jusque-là; ensuite la dépense forcée d’un second puits ou d’une galerie descendante ne permettrait pas, sur certaines houillères où le terrain est très-résistant, l’espace limité, de continuer fructueusement l’exploitation, et une nombreuse et intéressante population sc trouverait ainsi privée d’une source assurée de travail. Mais le parlement anglais ne tint aucun compte de ces observations, car l’obligation de deux issues différentes est aujourd’hui imposée à tous les exploitants de mines dans la Grande-Bretagne. On dirait qu’alors que nous cherchons à imiter les Anglais dans leurs allures indépendantes, ils tendent à nous emprunter à leur tour quelques-unes de nos mesures restrictives.
La mine de charbon de Poder-Nuovo, près de Volterrc (Toscane), fut, eu 1864, le théâtre d’un triste accident qui
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rappelle celui d’IIartley. Là encore un éboulement dans le puils ferma toute sortie aux mineurs. Je tiens les détails de cette nouvelle catastrophe d’un vieux camarade, M. F. Blanchard, directeur de mines en Italie, qui s’est renseigné sur les lieux mêmes.
C’était le jeudi saint, 24 mars 1864. Trois ouvriers étaient descendus dans la mine. Ils avaient remarqué au passage un certain dérangement dans les étais qui garnissaient le puits, foncé d’ailleurs dans des argiles mouvantes; mais n’eu avaient pas moins continué leur route. Au fond se trouvait déjà un jeune manœuvre occupé à charger les déblais dans les tonnes d’extraction. 11 était inquiet, car il avait entendu des craquements. Quelques minutes après, des pierres commençant à tomber, il cria aux mineurs de venir, et se fit remonter en bâte. Ces hommes se moquèrent de lui et continuèrent leur besogne. Arrivé au jour, l’enfant prévint le boiseur (charpentier de la mine), le caporal ou maître mineur étant malade.
Le boiseur descendit jusqu’à l’endroit périlleux, environ à quarante mètres du jour'. Là, voulant consolider les étais, formés de cadres et de planches, il donna lieu à un premier éboulemcnt. Les bois, précipités dans le puits, s’entrecroisèrent vers le milieu, où ils formèrent échafaudage. Le boiseur se fit retirer en grande hâte, en criant aux hommes du fond de monter dans la tonne qui allait descendre tandis qu’il sortirait. A peine était-il arrivé au jour, qu’un second éboulement eut lieu; les argiles cédèrent en masse et vinrent tout à fait obstruer le puits.
Cependant, les trois mineurs restés enfermés dans la mine étaient accourus, et suppliaient à grands cris qu'on