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La profondeur totale du puits était de cent mètres

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leur vînt en aide. Ils ajoutaient qu’au-dessus d’eux l'espace était entièrement libre sur une hauteur de trente mètres.

Qu’y avait-il à faire en pareil cas? On pouvait ouvrir une galerie descendante au niveau de l’éboulemcnt, pour aller rejoindre les mineurs; ou limiter le champ lui-même du désastre par des fascines, des étais, puis essayée de le traverser, pour envoyer avant tout aux victimes de l’air, des aliments. Mais il manquait un ingénieur, ou au moins un mineur de sang-froid, pour diriger les opérations et animer les ouvriers de son exemple. Au lieu de procéder à un suuvetage méthodique, on commença tout, on n’acheva rien, on perdit la tête. Le caporal lui-même, en proie à la lièvre, perclus, jugea prudent de s’enfuir. Pour échapper aux poursuites des gens de la localité, parents ou amis des prisonniers, il n’eut pas honte de déserter lâchement son poste et partit sur un âne !

Le lundi 28, quatre jours après l’accident, un Anglais, obéissant à un sentiment d’humanité, et je dirai même de confraternité, arriva sur la mine. C’était M. George Brown, ingénieur d’une exploitation voisine. Il s’imposa résolument la direction du suuvetage. Voyant l’hésitation des ouvriers, il descendit sur le lieu du sinistre et travailla seul, jour et nuit, au déblaiement du puits. Le jeudi 31 mars, il pratiqua dans l’éboulemcnt une ouverture par laquelle on envoya de l’air. Alors il manda près de lui le boiseur, celui même qui avait une première fois essayé de réparer le désastre. « Tous deux nous allons descendre sous l’éboulement par le câble, lui dit-il; arrivés au fond, nous lierons une à une les victimes, soit vivantes, soit mortes, et nous les extrairons.» Auparavant le boiseur appela, et entendit l’un des ouvriers lui répondre de se hâter parce qu’il se mourait.

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Il n’y avait plus à hésiter et pas une minute à perdre. M. Brown remplaça la tonne trop large par un simple seau dans lequel il mit le pied. 11 ordonna au boiscur d’en faire autant et de le suivre. A peine la desceute fut-elle commencée à travers les boisages entrelacés, que quelques planches mal étayées tombèrent, frappant l'Anglais à la poitrine et au visage. 11 voulut continuer, mais son compagnon épouvanté, tremblant, jeta des cris d’effroi, et l’on dut remonter au jour.

Avant que le courageux ingénieur ait pu décider un autre homme à venir avec lui, un nouvel éboulement se produisit, et alors commença une série de travaux aussi longs que pénibles. Ce ne fut que le vingtième jour après l’accident que l’on put enfin réparer tout le mal. M. Brown descendit au fond du puits, mais il n’y rencontra plus que des cudavres déjà décomposés. Aidé d’un jeune garçon et d’un mineur, il enveloppa les corps d’un drap et les renvoya au jour. Les cercueils avaient été préparés d’avance, tant on avait conservé peu d’espoir dans le succès d’un sauvetage mêlé de tant de péripéties.

Les trois mineurs étaient étendus chacun sur une planche. Us s’étaient dépouillés de leurs habits qu’ils avaient roulés sous leur tête en forme d’oreiller, puis s’étaient endormis de leur dernier sommeil. Deux gisaient dans la galerie, le troisième avait quitté su place, et fut trouvé près du puits. C’était sans doute celui qu’ou avait entendu donner encore des signes de vie le septième jour. Les malheureux avaient dû mourir de faim, car ils n’avaient emporté qu’un pain avec eux lorsqu’ils étaient entrés dans la mine. Bloqués dans un espace restreint, privés peut-être d’air respirable, ils avaient attendu longtemps, avec une sainte résignation, le moment du salut; puis, comprenant que la lumière ne devait plus luire

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pour eux, Us avaient dressé eux-mêmes leur cercueil, et dans leur lente agonie s’étaient en quelque sorte étudiés à bien mourir. On retrouva leurs lampes, encore pleines d’huile, accrochéesà un wagon. Plus d’une fois, la lampe de mineur, qui rappelle dans quelques localités la lampe sépulcrale des anciens, a ainsi justifié sa forme.

Dans la déplorable série d’accidents dont les puits ne sont que trop souvent le théâtre, on ne saurait taire, avant de clore uue liste déjà si longue et tant de navrants récits, l’éboulemeut du puits de Maries (Pas-de-Calais) survenu récemment.

Le 28 avril 1806, l’ingénieur de la mine, M. Micha, s’aperçut que les cages ne pouvaient plus circuler dans les guides. Le cuvclage en pièces de bois dont le puits était armé, éprouvait, à la profondeur de cinquante-six mètres, un mouvement de torsion sensible, et cherchait, comme la tour inclinée de Pise, a dévier de la verticale. Les joints s’ouvraient, et des fuites se manifestaient sur beaucoup de points.

Ou fit remonter à la hâte tout le personnel, trois cents ouvriers; on ne laissa dans la mine que les chevaux, au nombre de vingt-sept. Des hommes courageux descendirent dans le puits pour essayer de masquer les fuites; mais il s’en produisit de nouvelles. Durant deux jours de lutte on entendit les pièces du cuvelage craquer, se briser uue à une, les terres s’ébouler, et les eaux se précipiter avec fureur dans les travaux, dont le développement était considérable et s’étendait jusqu’à deux cent cinquante mètres de profondeur.

Cependant on avait prévenu au Grand-Horuu (Belgique) M. Glépin, ingénieur-conseil de la mine. 11 arrive, descend avec le maître-porion, Louis Wyns, au milieu de l’ébouleinent. Croyant aller à uue mort presque certaine,

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car le câble de suspension est fort endommagé et de nature à se rompre, il salue les assistants: «J’ai cinquante ans, dit-il, une femme, des enfants, mais je vais où le devoir m’appelle. Allons, partons, à la garde de Dieu! Adieu, messieurs. »

Dans la descente les lampes s’éteignent, et M. Glépin et le porion ne sont plus précédés dans l’abîme que par une lanterne, qu’ils avaient suspendue extérieurement nu fond de la tonne sur laquelle ils étaient placés. A la lueur incertaine, lugubre, de cette lampe qui oscille, on aperçoit le vide énorme produit au milieu du cuvelage dont les pièces disjointes continuent à tomber, et par où l’eau s’écoule à torrents. « Remontons, dit alors M. Glépin, l'ennemi est maître de la place, tout espoir de sauver ce travail est perdu. »

Il y a quelque temps, le courageux ingénieur me racontait ce terrible incident. « J’ai vieilli de dix ans en un quart d'heure, me disait-il, mes cheveux ont blanchi dans cette périlleuse descente que je n’oublierai de ma vie. » Et il me détaillait la lin sinistre de ce drame déjà si palpitant. La nuit était venue; l’éboulement du milieu du puits avait gagné le fond et la surface. A l’orifice, une ouverture immense, un cratère de trente-cinq mètres de diamètre et de dix mètres de profondeur, s’était formé. Tout était peu à peu descendu dans l'abîme : charpentes, machines, chaudières, bâtiments. A chaque oscillation du sol, un nouvel engloutissement s’opérait. Le ciel était sombre, couvert de nuées. Les charpentes du puits, violemment brisées, jetaient des étincelles sous l'effet du frottement énorme développé par la subite rupture du bois. Un oiseau, un paon, enfermé dans la basse-cour voisine, annonçait par des cris lamentables chacune des trépidations du terrain, chacun des ébouleinents. « Aucun poète ne pourrait décrire, au-

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cun peintre représenter les désolants spectacles dont nous fûmes témoins, » me disait en terminant M. Glépin, qui avait peine à contenir son émotion en me faisant ce pénible récit.

La fosse de Maries était Tune des plus productives du Pas-de-Calais ; elle existait depuis dix ans. Le fonçage, l’étniement de cette œuvre importante avaient occupé jour et nuit l’attention de ceux qu’on avuit chargés de la mener à bien, et ils avaient surmonté heureusement toutes les difficultés opposées parles eaux. De l’avis de tous les praticiens, rarement travail plus difficile s’était présenté, avait été mieux conduit. Le capital dépensé à cette installation s’élevait à quinze cent mille francs. Et tout cela s’est écroulé et abîmé en deux jours, malgré les efforts de toute une population d’ouvriers, et de tous les ingénieurs accourus des mines voisines. C’est là un des plus grands sinistres que l’industrie houillère ait jamais eu à déplorer, bien qu’il n’y ait eu aucune victime parmi les mineurs ; mois la société de Maries n’a pas perdu courage. Avec cette invincible constance qui caractérise les compagnies de mines, elle va rouvrir ses travaux sur une autre fosse, et prépare les moyens de reprendre ceux du puits si tristement éboulé.

Et maintenant que tous les genres d’accidents auxquels est sujet le houilleur ont été passés en revue, résumons ce long martyrologe. La statistique a soigneusement calculé, eu différents pays, le nombre des morts et des blessés. En étudiant ces documents, non moins intéressants et curieux que ceux que M. le docteur Chenu a recueillis pour l’armée de Crimée, on trouve que les accidents des houillères frappent chaque année en moyenne deux ouvriers sur cent, et que le chiffre des morts est à celui des blessés dans la proportion de un à cinq, soit de quatre pour mille.

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En Angleterre, on calcule de plus que la production de cent mille tonnes de charbon exige la mort d’un ouvrier. Il y a quelques années, le rapport était encore plus effrayant : un ouvrier tué pour soixante-dix mille tonnes extraites !

Eu France, les éboulements font le plus grand nombre de victimes, la moitié à peu près; viennent ensuite, pour un tiers, les accidents par les puits: ruptures de machines, de cables, décrochages ou rencontres de bennes, etc. Le reste, soit le sixième des accidents, comprend les coups de mine, les explosions de grisou, l’asphyxie par le manque d’air ou les gaz méphitiques, enfin les inondations. 11 est donc vrai qu’un morceau de charbon coûte souvent jdus cher. qu’on ne croit, et que la ininc est pour le houilleur un véritable champ de bataille.

Mineur el pionnier. — Qualités du houilleur. — 11 est «obro. — La Sainte- Barbe. — Sollicitude des exploitants. — Logements à bon marché. — Le jardin et la cabane. — L’ouvrier propriétaire. — Goût du confort. — Le cottage. — Le mineur célibataire. — Vie quotidienne. — Récréations du dimanche. — Sa'aires. — Types de mineurs français, belges, anglais, américains, nègres, allemands, espagnols, italiens. — La vie au milieu de la Maremmo: le Corse Agostino, les caporaux pistoyais. — Le gouverneur Mairand. — Les maîtres mineurs Louiset et Yitalis. — Pierre Lhôte et le père Garnier. — La légion des houilleurs.

La lutte de chaque jour contre ce que l’on pourrait appeler la fatalité (les éléments, a fait du houilleur une sorte d’ouvrier-soldat, discipliné, plein d’énergie. Dans cette armée du travail, les vieux instruisent les jeunes, et ceux-ci acquièrent bien vite, par la pratique assidue du chantier, une foule de qualités solides, la patience, la réflexion, le sang-froid, sans lesquelles il n’est pas de bon mineur. Il faut rompre aussi le corps aux plus dures fatigues, braver en face de continuels périls, s’accoutumer à la vie sous terre. Voyez-vous ces hommes qui sortent du puits à la brune, la lampe à la main, la démarche alourdie et comme résignée, la ligure noircie, les habits et le chupeau mouillés, couverts de houe? Où vont-ils? Ils rentrent dans leurs familles, calmes, silencieux. Saluez en eux les

obscurs et virils combattants de l’abîme, les pionniers du monde souterrain.

Le houilleur est naturellement courageux, dévoué. Toujours prêt à sacrifier sa vie pour sauver celle de ses camarades, on a vu avec quelle résignation stoïque il supporte les plus pénibles épreuves. Aimant sa mine, au voisinage de laquelle souvent il est né, il est rare qu’il émigre ou qu’il se mette en grève. Il ne nourrit contre ses patrons aucun sentiment mauvais; il comprend qu’il a aussi sa part dans la réussite, et travaille avec plaisir. Une seule fois, en 1 848, il a manqué à ses devoirs sur quelques-unes de nos houillères françaises, mais il s’est bien vite amendé.

Le travail du houilleur, contrairement à ce qu’on s'imagine, et sauf quelques cas dont nous avons indiqué la disparition ou l’exception, n’offre rien qui rappelle le labeur de l’esclave ; bien mieux, il exerce à la fois les qualités morales et physiques de l’ouvrier. Le mineur s’habitue à l’exactitude, à l’obéissance; il suit avec docilité le commandement de scs chefs, tandis que le travail quotidien développe toutes ses facultés corporelles, et leur donne comme une trempe vigoureuse.

L’intelligence du mineur est sans cesse en jeu dans la poursuite de l’œuvre à laquelle il prend part. Les applications de la géométrie et de la géologie souterraines lui deviennent familières, et il pourchasse la veine ou le filon , comme il appelle la couche de combustible, il en étudie les phases diverses, avec tout l’entrain d’un joueur. La disparition, la perte de la couche l’atrecte; il cherche à franchir l’accident, cette faille maudite qui est venue subitement couper, interrompre le charbon, en déranger les allures connues, et le reporter qui sait où. Il n’a de joie qu’il n’ait retrouvé la veine. Celle-ci se renfle-t-elle, fournit-elle un combustible de qualité supérieure, il en est

aussi joyeux que si la mine était à lui. Chasseur sans cesse à l’affût, il étudie toutes les particularités du terrain, et suit le gîte à la piste comme le trappeur des prairies ou des forêts vierges suit le bison ou le castor.

Le houilleur est généralement sobre, l’intempérance est rare chez lui; il rentre de la mine fatigué et s’endort. S’il fréquente le café, le cabaret, ce sont les jours de paye seulement, c’est-à-dire chaque quinzaine on chaque mois, quelquefois aussi le dimanche. 11 convient cependant de dire qu’en certains pays tous les mineurs n’ont pas des habitudes aussi exemplaires, et que les sociétés de tempérance auraient chez eux plus d’une conversion à opérer.

L’emploi continu de la poudre a fait du mineur un frère en quelque sorte du canonnier et du marin. C’est pourquoi il fête sainte Barbe. 11 la fête eu suspendant son image encadrée et enluminée à l’une des poutres de la charpente du puits ou même dans les carrefours des galeries; il la fête, le verre en main, le 4 décembre, jour anniversaire de la graude patronne. Ce jour-là les libations sont bien permises, et c’est liesse sur toutes les mines. La direction donne un grand dîner où assistent tous les employés, et avec eux le curé, le médecin, les maîtres mineurs, les premiers ouvriers; aux autres on donne double paye. On tire force boîtes et pétards. Le lendemain tout est rentré dans l’ordre, et la mine a repris son aspect accoutumé.

Dans l’atmosphère limitée et privée de soleil où le houilleur vit la moitié du temps, il contracte peu de maladies particulières. Cependant le mauvais air appauvrit à la longue son sang, est cause d’anémies, et la poussière continue de la houille affecte dangereusement la poitrine et les poumons. En retour le mineur est à l’abri de toutes les intempéries, le froid, le veut, la pluie, et plus favorisé en cela que l’ouvrier du dehors. 11 lui faut veiller néan-

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moins à ne pas sc refroidir trop brusquement en sortant de lu mine, et observer certaines règles quand il doit travailler dans l’eau. Aujourd’hui que les longues échelles ont presque partout disparu, et avec elles les maladies pulmonaires si graves qu’elles occasionnaient, on peut dire que les ennemis les plus redoutables du mineur sont les rhumatismes, les accidents de mine écartés. Ce sont ces accidents qui exposent seuls l'ouvrier à mille périls, et qui font que ia mort marche pour ainsi dire sans cesse à côté de lui.

Les directeurs de houillères veillent avec une sollicitude paternelle sur le sort de leurs ouvriers. Des caisses de secours ont été partout établies. Les exploitants y contribuent par des dons; les ouvriers, par une faible retenue sur leur salaire mensuel (deux ou trois pour cent au plus), et par le produit des amendes qu’ils encourent, et qui sont appliquées sur chaque mine toutes les fois qu’il y a infraction aux règlements en vigueur.

Les caisses de secours fonctionnent sous la surveillance des mineurs eux-mêmes. On accorde gratuitement à l’ouvrier malade les soins du médecin et les remèdes, à l’hôpital de la mine ou chez lui; on lui paye en outre une rétribution journalière qui est moyennement d’un franc. Quand des blessures nécessitent une amputation grave, qui ne permet plus aucun travail, l’ouvrier reçoit une pension sa vie durant. S’il meurt dans un accident, la compagnie prend soin de scs enfants et fait également une pension à sa veuve. Enfin on n’oublie pas non plus les ouvriers âgés ou infirmes, et la caisse de secours se transforme ainsi bien souvent en caisse de retraite. On le voit, la plupart des mines ont pensé d’ elles-mêmes et de longue date à assurer l’existence des invalides du travail.

La sollicitude des exploitants ne s’est pas bornée à ces

mesures humanitaires. Dans la plupart des cas, ils ont également songé aux soins de l'Ame et de l’esprit. Ils ont fait bâtir à leurs frais des églises ; ils ont fondé des écoles, qu'ils ont dotées de cours gratuits pour les enfants et les adultes, et même de bibliothèques. Les compagnies houillères ont ainsi répondu dignement à leur mission. Le travail vient d’en bas, la lumière et l’aide d’en haut. Des secours si noblement distribués n’ont rien qui dégrade celui qui les reçoit. C’est de cette seule façon qu’à notre époque doivent s’exercer la bienfaisance, le patronage. Pas de charité ni d’aumône; mais la protection la plus large, la plus libérale, l’instruction surtout, voilà ce qu’il fuut garantir à l’ouvrier.

Les compagnies sont allées plus loin encore, et jalouses du bien-être de leurs mineurs, elles leur ont bâti des logements à bon marché. Ces logements sont composés d’une maison autant que possible isolée, avec cour et jardin. J’ai vu dans plusieurs pays, entre autres le département de Saône-et-Loire, divers typesde ces habitations ouvrières. La maison est en pierres ou en briques, bien bâtie, d’un heureux modèle. La porte d'entrée donne accès dans une vaste pièce, munie d’une cheminée, et qui sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. A côté est une seconde pièce plus petite, où sont les armoires à linge, à vêtements et les lits des enfants. Les fenêtres versent à pleine baie l’air et la lumière. Les parquets sont carrelés, les murs blanchis à la chaux. La pièce principale a au moins cinq mètres de long, autant de large et trois mètres de haut. Que d’appartements parisiens ont des plafonds moins élevés; que de sous-sols, que d’entresols de la capitale envieraient ces maisons d’ouvriers mineurs !

Au dessus du rez-de-chaussée s’étendent d'habitude les

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mansardes. Quelques logements, n’oflrant qu’une pièce à l’entrée, jouissent d’un premier étage, où l’on monte par un escalier intérieur.

Sous la maison et sur le côté, protégée par un toit en appentis, est la cave pour le vin et les provisions. Derrière le logis est le jardin, où le mineur plante des légumes pour aider à sa table, des fleurs pour orner sa demeure. Il peut encore y séparer une petite loge à porc, un poulailler, une garenne, et tenter de résoudre le fameux problème de se faire, en élevant des lapins, trois mille livres de revenu.

Chacun de ees logements conte à peu près deux mille francs, y compris la valeur du terrain. On les loue aux ouvriers pour une somme qui équivaut, suivant les mines, à deux et demi ou à cinq pour cent du capital. Il est peu de propriétaires dans les villes qui se contenteraient pour leurs immeubles d'aussi minimes rendements.

On a reconnu qu’il était indispensable d’entourer les maisons d’un jardin, non moins que de les isoler complètement. Le mineur, par quelques-unes des qualités qui le distinguent, par le milieu dans lequel il est né et il vit, par la nature de son travail, se rattache aux populations agricoles; il aime à fouiller la terre après avoir fouillé la bouille. Le plus souvent, dans sou village, il a travaillé aux champs étant jeune, et il retrouve dans la culture de son potager jquelqucs-nnes de ses habitudes passées. Au temps des récoltes, il est même très-difficile de le retenir. Volontiers il s’échappe de la mine pour aller faire la moisson ou prendre part à la vendange ; mais c’est là sa seule école buissonnière.

Le goût très-prononcé du mineur pour une habitation isolée s’explique moins. On dirait qu’après avoir travaillé tout le jour en compagnie de ses camarades, il éprouve le soir le besoin d’être seul avec sa famille. L’excessive

fatigue qu'il ressent au sortir des chantiers le fait peutêtre aussi aspirer à un repos que rien ne trouble.

A tout prix il a fallu ménager cct isolement au houilleur, et ç’a été l’une des conditions indispensables à la réussite des habitations ouvrières des mines, où les cités, les grandes casernes n’ont jamais pu se généraliser. Le mineur répugne à cette sorte de vie en commun, dont la morale, la tranquillité, l’hygiène ont également à souffrir. Les systèmes de Fourier, de Considérant, de Cabet, les phalanstères, les habitations communes ont ici complètement échoué. Les philosophes ne comptent pas assez avec la pauvre nature humaine. Ils voient dans le bipède sans plumes, comme l’appelait Platon, un animal par trop parfait et sociable. Imaginez une cité ouvrière. Cent, deux cents ménages y vivent côte à côte : les femmes, promptes à se quereller, surtout quand les maris sont absents; les hommes, rentrés du travail, apportant dans la maison leur part de trouble et de bruit; les enfants, renchérissant sur le tout par leurs cris continus et leurs jeux bruyants (je passe sur d’autres incommodités), tout cela va bien vite rendre cette caserne inhabitable et la changer en un enfer. Avec les logements isolés chacun est libre, ne gène pas son voisin, et charbonnier est maître chez lui , c’est ici le cas de le dire.

Le besoin de l’isolement a été tel sur quelques houillères, qu’il a même fallu renoncer au modèle des cités ouvrières de Mulhouse qu’on avait essayé d’y introduire. Dans ces maisons, quatre familles peuvent s’abriter sous le môme toit, mais ont chacune un logement à part. L’indépendance est aussi grande que possible. Eh bien ! cela n’a pas suffi, au moins dans les houillères de Saône-et-Loire, et il a fallu partout, à Hlanzy, nu Creuzot, à Épinac, en venir aux maisons tout à fait isolées. Les habitations qu’on a ainsi

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bâties, aux toits de tuile rouge ou d’ardoises, aux murs blanchis, munies de cours et de jardins, composent par leur groupement des villages fort pittoresques. Les rues sont larges, régulières, bien ouvertes, souvent plantées d’arbres.

On vend les maisons à prix coûtant aux ouvriers qui désirent les acheter. On leur donne toutes sortes de facilités pour le payement, qu’ils peuvent effectuer en un certain nombre d’annuités sans intérêt, ou par des retenues successives sur leur salaire. Comme il en est qui veulent se bâtir une maison à leurguise, et ne payer en aucune façon de loyer à la compagnie, celle-ci leur vend alors sans bénéfice des lots de terrain, et des matériaux de construction: chaux, pierres, briques, etc. Elle va même jusqu’à leur faire des avances d’argent pour les engager à bâtir. « Vous ne voulez pas payer de termes, ayez une mnison à vous. » De cette manière se réalise sans pression, sans secousse, le rêve de l’ouvrier propriétaire, caressé par quelques économistes.

Les bouilleurs, dès qu'ils possèdent ainsi une maison sur le sol même qu’ils exploitent, s’attachent encore plus à leur mine, et s’intéressent davantage à sa prospérité, Opposés aux grèves, fuyant le cabaret, ils prennent du goût pour l’épargne, et font souche dans le pays, ce qui est avant tout apprécié des exploitants, car le métier est rude, difficile, exige une longue pratique et une sorte de noviciat. On n’improvise pas des mineurs. 11 faut qu’ils sc plient de bonne heure aux dures fatigues, à cette discipline presque militaire qui règne dans les travaux souterrains. Le meilleur moyeu pour arriver à ce but, est de fonder sur la mine même, et de la façon qui vient d’être indiquée, l’honnête famille du travailleur.

Les mesures, les institutions philanthropiques que nous

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avons fait connaître, sont aujourd’hui en usage sur lu plupart des houillères françaises. Par la fondation d’un prix annuel accordé dans quelques localités à l’habitation la mieux tenue, la plus propre, on a développé chez nos ouvriers le goût du confortable que d’ordinaire ils n’ont pas. On a même provoqué chez eux, par une émulation louable, une certaine recherche du bien-être, de l’élégance, qui fait involontairement songer à l’Angleterre.

C’est dans ce dernier pays qu’il faut aller surtout visiter les maisons de houilleurs, les cottages, comme ou les nomme au delà du détroit. Elles sont ornées, coquettes, autant que possible indépendantes, même isolées. La femme est au logis, attentive, soigneuse, préparant le thé du mari, confectionnant le pudding traditionnel, prête à satisfaire à toutes les exigences du ménage. Les meubles reluisent, l’ordre est partout; on distingue des objets de luxe, des livres, un journal, ce qui manque trop souvent ailleurs. Les mineurs ont même un journal à eux, tandis que les nôtres n’en ont jamais eu. Les enfants, et il y en a quelquefois une bande, sont paisibles, d’une gaieté douce, vêtus soigneusement. Peut-être aimerait-on à leur voir, en retour, un peu de cet entrain bruyant dont les enfants de nos mineurs ont trop. Ce n’est pas là la maison d’un ouvrier, c’est celle d’un citoyen, c’est le home chéri de l’Anglais, le foyer domestique sacré, inviolable. Evcry cnglishntan's home is his castte, le domicile de l’Anglais est son château fort.

Les habitations ouvrières, dans tous les pays où on les a établies, n’abritent que des familles de mineurs. Le célibataire prend le plus souvent pension chez l’ouvrier marié, où il partage, à prix débattu, le vivre et le couvert. Comme le soldat en route échu au bourgeois, il a place au feu et à la chandelle. Le dimanche, il accompagne ses hôtes

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à la promenade. Il participe en un mot à toutes les joies de la famille, sans en avoir aucunement les soucis; mais il outrepasse volontiers ses droits.

C'est pour obvier aux plaintes incessantes auxquelles donne lieu le pensionnaire, comme on l’appelle, que sur beaucoup de mines, en France, on a transformé les casernes des premiers jours en chambres meublées de célibataires, et établi des cantines, sortes de Bouillons- Duval à l’instar de Paris. Pour une faible somme, moins d’un franc par jour, l’ouvrier peut y faire deux excellents repas. Le pain, le vin, le potage, le bœuf ou le mouton entourés de légumes, et le dessert ornent la table. Un vif appétit, comme en développe le travail des mines, distingue les convives. Dans ces sortes d’établissements, tout se passe avec ordre et convenance, sous la surveillance d’un employé de la mine, et il n'y a là rien qui rappelle ces cantines d’ouvriers nomades qu’on installe sur les roules ou les chemins de fer en construction.

En Angleterre, aux États-Unis, les établissements alimentaires sont très-répandus sur les mines sous le nom de boardi ng-houscs . Les repas sont plus substantiels qu’en France. La pomme de terre et le roast—beef, les tartes aux fruits ou pics et le pudding y régnent en maîtres. La bière, le thé, le café, le lait, souvent l’eau pure, remplacent le vin. Le prix moyen de la pension est, aux États-Unis, d'un demi-dollar, un peu plus de deux francs cinquante centimes par jour '. Dans toute la Grande-Bretagne, le bœuf est non moins indispensable «pie le thé, et ce régime s’explique sous un climat septentrional, humide et brumeux. En Belgique, les mineurs ont adopté presque exclusivement

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