Ou trois francs avec le logement
Fig. 97. — Mineurs et femmes des houillères de Charleroi (Belgique), en tenue de travail, d’après une photographie.
l'usage du café, el remarqué que cette boisson joignait à ses qualités hygiéniques des propriétés très-nutritives, ce que la science a confirmé.
La vie quotidienne du houilleur présente une sorte de calme et de régularité duc à la discipline même qui règne dans les travaux. Ici pas de réunions bruyantes, pas de cris, pas de chants, pas de veillées consacrées à jouer ou à boire. Le travail marche sans désemparer, jour et nuit, par postes non interrompus de huit ou de douze heures chacun. Le dimanche seulement ou chôme, et ce jour-là le mineur fait toilette. Après que sous des ablutions répétées, ont disparu les atteintes qu’une poussière noire et ténue inflige à sa peau, il met ses plus beaux habits et part pour la promenade. La campagne est à deux pas; il s’y rend avec sa femme, ses enfants, ses amis. On se promène en causant, au grand air, le long des chemins ou des ruisseaux, an bord des prairies, sous les grands arbres. Ce n’est pas que le cabaret ne reçoive aussi quelques visiteurs, et ne fasse plus d’une victime, le soir, après des libations trop prolongées. Une J ois n'est pas coutume, peuvent répondre les buveurs.
Le salaire du houilleur est élevé. Il est en moyenne de quatre à cinq francs par jour en France et en Belgique, pour les premiers ouvriers du dedans. 11 peut augmenter quand le travail a lieu à l’entreprise ou, comme ou dit, à prix fait. Les autres ouvriers gagnent environ trois francs, et les enfants, les femmes, un à deux francs. En Angleterre, aux Etats-Unis, le prix des journées est sensiblement plus élevé, souvent de moitié plus fort. Les femmes, en France, ne travaillent plus dans les mines; en Belgique, en Angleterre, on les y occupe encore (fig. 97 et 98); mais ces cas deviennent de plus en plus rares. Partout les enfants ne peuvent plus être employés, au dedans comme
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au dehors, que passé un certain âge et sous certaines conditions. Les travaux des femmes, à l’extérieur, se réduisent à trier, cribler et laver le charbon, ce qui les fatigue peu et à quoi elles sont très-aptes. A l’intérieur, elles chargent la houille dans les wagons ou la traînent des tailles au puits. Les enfants font à peu près les mêmes travaux que les femmes.
Dans tous les pays de charbon, la vie du mineur est sensiblement la même, sauf les traits particuliers à chaque pays. Nous connaissons le houilleur français. En Belgique, où le métier a, pour ainsi dire, pris naissance dans la province de Liège, le mineur se distingue par un type encore plus prononcé. La Belgique est le vrai pays de la houille, et nombre de termes employés dans nos exploitations viennent de là. Déjà au moyen âge, le métier de mineur, à Liège, honorait, ennoblissait en quelque sorte celui qui l’exerçait. La corporation des houilleurs avait sa charte, ses privilèges. Ses armes étaient (l’azur aux deux pics (Cor en sautoir, et l’azur était là sans doute le signe de l’honnêteté et de la force; l’or, l'emblème des richesses dues à la houille.
En Angleterre, où l’extraction du charbon a commencé aussi de très-bonne heure, les allures du houilleur sont moins accusées qu’en Belgique. Là, les grands propriétaires fonciers se sont emparés même du sous-sol peu de temps après la complète normande, et ce ne sont que des vassaux, ou des fermiers payant des droits de roya/ty'
1. La propriété des mines, en Angleterre, est considérée comme de droit régalien, c’est-à-dire appartenant à la couronne. La grande charte donnée par le roi Jean sans Terre, en 1215, aux barons révoltés, ayant subslitné ceux-ci, sur leurs fiefs, aux droits de la couronne, la propriété du sol emporta dès-lors la propriété du tréfonds.
En France, une loi particulière régit les minesdepnis 1810. Elles appartiennent è l’État qui les concède aux demandeurs, après une minutieuse enquête, et ne les exploite jamais lui-même.
énormes, qui ont exploité les houillières. Néanmoins on ne
Fig. 98. — Femme et jeune ouvrier des houillères de Ponlypool (pays de Galles);
saurait méconnaître le rôle éminent que remplit aujourd'hui le houilleur britannique dans la prospérité indus-
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trielle du Royaume-Uni. Et puis le mineur angluis n’apporle-t-il pas dans le travail souterrain les fortes qualités qui distinguent sa race? 11 est assidu, ponctuel, réservé, se résigne volontiers à faire éternellement la même besogne, et ne témoigne aucun désir de changer de place ou de métier. 11 fait plus d'ouvrage que nos mineurs, parce qu’il se nourrit mieux. Obéissant, zélé, impassible, exécutant sans les discuter tous les commandements qu'il reçoit de ses chefs, il contribue pour une large part, grâce à toutes ces qualités précieuses, au succès des exploitations.
Le houilleur des États-Unis offre plus d’un point de ressemblance avec celui des mines anglaises. Sur l’un et l’autre côté de l’Atlantique, le peuple et la langue sont les mêmes, seulement la constitution politique est différente, et la plus grande liberté, la complète égalité dont on jouit dans l'État américain, réagissent jusque sur les allures du citoyen, que dis-je? du travailleur. Ici les termes de patron et d’ouvrier sont presque bannis, le mineur travaille à la mine comme il remplirait toute autre fonction; il s’est engagé librement, à prix débattu. 11 est votre égal, ne l’oubliez pas; de son côté, il n'oubliera point les égards qui sont dus à chacun; il commence par se respecter luimême, et sorti des travaux, il endosse l'habit et le chapeau noirs. Le nivellement des classes est complet. Nous sommes dans le pays où Lincoln, le charpentier, et Johnson, le tailleur, sont successivement arrivés à la présidence. A l’ouvrage, chacun est appliqué, sérieux ; pas de chants, pas de disputes. On ne fume pas, on se contente de mâcher silencieusement du tabac. Hors du chantier, la conduite n'est pas toujours aussi irx’éprochable, du moins à la cantine, à la buvette.
Une particularité que j’ai rarement retrouvée ailleurs semble distinguer l’ouvrier américain : on dirait qu’il a
pour scs outils uu certain attachement. 11 s'étudie à les tenir toujours en bon état. Il est à remarquer, du reste, que dans ce pays où la mécanique est si cultivée, chaque outil revêt les formes à la fois les plus élégantes et les mieux adaptées uu but que l’on se propose.
Tout ce que l’on vient de dire s’applique à l’ouvrier libre des États-Unis. Faut-il parler de l’ouvrier esclave, aujourd’hui que l’émancipation est proclamée? Dans les États houiilers du centre et du sud, par exemple la Virginie, on a longtemps employé des nègres sur les exploitations, soit qu’ils appartinssent directement aux propriétaires des charbonnages, soit qu’ou les louât dans ce but. Le nègre s’est montré là ce qu’il est partout, un grand enfant, peu capable de longs efforts ni d’une application soutenue, bon manœuvre, mais mauvais mineur. Souhnitons-lui plus de réussite, maintenant qu’il est libre, et contentons-nous de l’avoir mentionné dans la grande famille des soldats de l’industrie.
Le houilleur allemand, en Prusse, en Saxe, eu Autriche, conserve les traits distinctifs de la race germanique. Plus impassible et flegmatique encore que le mineur anglosaxon, il a fidèlement transporté dans les houillères les • habitudes de discipline des mines métalliques, qui datent en Allemagne de plusieurs siècles, et ont été partout conservées avec un soin si religieux et si jaloux. C’est de ces mines que sont sortis les premiers houilleurs de l’Europe centrale. Laies mineurs sont enrégimentés au sens propre et figuré du mot; ils forment une population distincte. C’est plus qu’une corporation, c’est comme une caste qui a son costume, ses mœurs à part, sa franc-maçonnerie, ses traditions, et jusqu’à ses superstitions. Certains termes particuliers se transmettent d’une génération à l'autre, et quand le long des chemins, à la campagne, vous entendez
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le sacrameutel glück au/', vous pouvez être certain que ce sont deux mineurs qui se saluent. Dans les mines métalliques nous retrouverons le travailleur allemand avec des traits encore plus accentués, justifiant de tous points le dicton teutonique : « fier comme uu mineur. »
A l’extrémité occidentale de l’Europe, l’ouvrier des houillères espagnoles, dans les Asturies et la vieille Castille, comme eu Andalousie, se distingue aussi par un cachet spécial. Sobre, vivant de rien, éternel fumeur de cigarettes, c’est en même temps un travailleur énergique, courageux, intrépide; mais d'un caractère inquiet et changeant. Il est froid, parle peu, et quand il regagne sa demeure, enveloppé noblement dans son manteau couleur d'amadou, le sombrero rabattu sur la face, on dirait un hidalgo campagnard bien plus qu’un mineur charbonnier. L’Asturien l'emporte sur le Castillan par des qualités encore plus austères; il est aussi meilleur ouvrier et plus rompu à la fatigue. Ses allures semblent se ressentir de rùpreté de ses montagnes. Au midi de l’Espague, l’Andalous, moins énergique, a gardé quelque chose du costume et de la nonchalance du More avec lequel il a jadis mêlé son sang; mais c’est encore un vaillant mineur.
Il est, dans le midi de l'Europe, un autre type plein de caractère, qu’il nous faut aussi rappeler : c’est celui du houilleur italien, mais surtout du mineur émigrant de la Marcmme toscane. J’ai moi-même habité à diverses reprises cette contrée, surtout pendant l’année 1857. La mine est au milieu des bois, des maquis s. L’horizon est horné. Les toits de quelques fermes qui apparaissent entre les arbres, la fumée blanche de quelques charbonnières qui
1. Mot à mot heureux dehors, comme qui dirait : heureuse sortie, bon voyage dans la mine et bon retour.