‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 2 sur 70 · LE PASSÉ ET LE PRÉSENT · texte numérisé non relu

LE PASSÉ ET LE PRÉSENT

La houille à Paris et à Londres. — Les emplois du charbon de terre.

C’était en 1709; le bois coûtait très-cher à Paris, comme aujourd’hui. Quelques marchands eurent l’idée de faire venir des mines anglaises des chargements de charbon de terre pour suppléer à la rareté du bois. Les bateaux, partis de Newcastle, remontèrent la Seine et arrivèrent bientôt à Paris.

Le charbon que nous envoyaient les Anglais fut essayé par les gens du peuple, et même par les bonnes maisons, comme on disait alors, dans les poêles et les cheminées des uutichambres. Ce fut bientôt un cri général. On accusa le pauvre fossile de vicier l’air, de ternir le linge jusque

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dans les armoires, de provoquer des maladies de poitrine, et d’altérer, crime impardonnable! la fraîcheur des visages féminins. Les plaintes ne tarissaient pas. L’Académie de médecine, l’Académie des sciences furent tour à tour chargées de donner leur avis dans ce grave débat, et se déclarèrent favorables au charbon britannique ; mais ce ne sont pas les académies, c’est le goût du public qui, en pareille occasion, prononce en dernier ressort.

Nombre d’années avant 1769, le noir minéral n’avait pas été mieux accueilli par les Parisiens. Eu 1714, ils l’avaient une première fois expulsé. Sous Henri 11, les docteurs l’avaient excommunié pour ses vapeurs malignes, sulfureuses, et un édit royal avait défendu aux maréchaux ferrants d’employer, sous peine de prison et d amende, le charbon de terre ou de pierre. Plus tard l’interdit fut levé, et Henri IV exempta même la houille de la dîme que les exploitants payaient à la couronne en vertu du droit régalien.

Le combustible minéral avait été dans le principe aussi mal reçu à Londres qu’à Paris. Les médecins, à cause de sa fumée, et les propriétaires de forêts, parce qu’il nuisait à leur commerce, lui firent longtemps fermer les portes de la Cité. Des ordonnances royales le repoussèrent dès le début, comme plus tard en France, et ce ne fut que peu à peu qu’on consentit à se relâcher de ces rigueurs.

Aujourd’hui Londres consomme près de six millions de tonnes par an de ce combustible dont la moitié vient par mer, c’est-à-dire qu’il faudrait six mille navires de cinq cents tonneaux chacun pour assurer, de ce dernier côté seulement, l'approvisionnement de la grande métropole ; le tonneau de mer pesant d’ailleurs mille kilogrammes. Six mille navires de cinqcents tonneaux, c’est tout le mouvement annuel, au long-cours, d’un grand port comme Marseille !

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