LE PASSE ET LE PRÉSENT
c’est plus que tout le fret circulant chaque année le long de nos côtes. Et l’on s’étonne qu’une éternelle coupole de fumée recouvre la capitule des trois royaumes, qu’une épaisse couche de poussière noire en ternisse tous les édifices !
Paris brûle six fois moins de charbon que Londres : c’est-à-dire qu’il eu consomme encore un million de tonnes par an. La pierre jadis proscrite est maintenant partout admise, et si la douane ou l'octroi l’arrêtent, c’est pour lui faire payer l’impôt. Ce n’est pas que l’usage de la houille ne provoque toujours quelques plaintes, qui font songer aux foyers fumivores que l’on cherche sans les trouver, comme le graud œuvre des alchimistes. Il n’importe : le règne du travail mécanique est venu : le dix-neuvième siècle a inauguré l’ère de l’industrie, et l’industrie trouve dans la houille ce qu’on a si bien appelé son pain quotidien.
La houille fait aujourd’hui la fortune de courageux et patients chercheurs, de compagnies nombreuses d’exploitants, de pays tout entiers. L’Angleterre ne lui doit-elle pas en grande partie sa puissance industrielle et maritime? N’est-ce pas la houille qui anime désormais toutes les machines, cellesdesusines, des manufactures, des ateliers, aussi bien que les machines marines elles locomotives? Matière pesante, elle forme pour les navires marchands une cargaison avantageuse au lieu de lest ; elle alimente pour moitié le mouvement des canaux et des chemins de fer. Aujourd'hui que la marine militaire s’est transformée par la vapeur, la houille n’intervient plus seulement dans la prospérité, mais encore dans la défense des Etats, si bien qu’elle a été déclarée contrebande de guerre. La houille! n’est-cc pas elle qui éclaire les villes, et qui chauffe presque tous les foyers, ceux des fabriques comme les foyers domestiques,
LES MINES DE CHARBON
et à ce dernier titre n’est-elle pas le combustible du pauvre? N’est-ce pas elle aussi qui est le grand réducteur de tous les minerais métalliques? Et comme si rien ne devait manquer à des emplois déjà si divers, n'est-ce pas de la houille que d’habiles chimistes ont récemment retiré les plus vives et les plus solides couleurs, celles qui sous les noms de magenta, solferino , havane, ont fait le tour du monde avec les nouveautés de Lyon et de Paris1? N’est-ce pas enfin de la houille qu’on a extrait aussi ce merveilleux produit dont la médecine s’est heureusement emparée, l'acide phénique, qui a le pouvoir de prévenir la gangrène et de tanner les plaies : nouveau miracle de la chimie ?
Mais il faut avant tout raconter la naissance de l’utile minéral, et dire comment il s’est déposé dans les terrains qui le renferment.
1. On estime qu’il se fabrique pour vingt-cinq millions de francs par an de ces couleurs.
LES FORÊTS ANTÉDILUVIENNES
LES FORÊTS ANTÉDILUVIENNES
la végétation, les cataclysmes, les êtres de loge carbonifère. — Explications des géologues. — La famille des combustibles fossiles. — Une anecdote sur les houilles récentes.
Aux plus anciennes époques géologiques, aux temps où le globe se formait, d’immenses forêts couvraient le sol. L’atmosphère était saturée de vapeur d’eau et chargée de gaz acide carbonique ; la température, très-élevée. C’était partout une végétation, un climat, dont les contrées tropicales actuelles peuvent à peine donner uuc idée. Des pluies abondantes inondaient la terre. Les calamites énormes, les sigillaires aux troncs élancés, les cycadées, dans lesquels les botanistes ont cru voir longtemps les ancêtres des bambous et des palmiers; les gigantesques lycopodes, les annulaires, les astérophyllites, aux feuilles étoilées, les fougères arborescentes, croissaient en bois touffus. A ces arbres se mêlaient les lépidodendrons, dont le port n’était ni moins élevé ni moins singulier, et qui participaient à la fois de la nature des lycopodes et des conifères.
Ces vastes forêts, si différentes de celles de notre époque, devaient presque entièrement disparaître après cet âge primitif. A leurs pieds des végétaux aquatiques composaient un épais tapis. Le tissu fibreux de ces plantes se