‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 25 sur 70 · EN · texte numérisé non relu

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Nom des pays.

Quantité totale produite.

Superficie houillère. p,,^.

Royaume-Uni. 102 millions de tonnes.

1000 lieues carrées. 102 mille lounes

Belgique . . .

Prusse ....

France ....

Dans ce tableau, le rang est interverti pour la Belgique, qui est montée de la seconde place à la première. Ce petit pays est donc celui qui produit le plus de houille par lieue carrée de terrain houiller, comme c’est après la Grande-Bretagne, qu’il suit en ceci de très-près, celui qui en fournit et consomme le plus par habitant. C’est en partie à ses canaux, à ses chemins de fer, à ses routes si bien entretenues, que la Belgique est redevable de cette heureuse situation. Après l’Angleterre et certains Étais de l’Union américaine, c’est la contrée du globe qui, par unité de surface géographique, a le plus long parcours de canaux ou de lignes ferrées.

Quand on compare la superficie houillère à la superficie totale des principaux pays à charbon, on reconnaît que, pour les États-Unis, le rapport est d’un

vingtième ou d’un quart, suivant que l’on a égard, dans le premier cas, à toute l’extension de cet immense empire’, dans le second cas, comme il est plus rationnel, à la seule étendue des États producteurs. Sur vingt ou sur quatre lieues carrées de pays, il y en a donc une en moyenne aux États-Unis qui appartient à la formation carbonifère. Pour la Grande-Bretagne le rapport est d’un dix-neuvième, pour la Belgique d’un dix-huitième, pour la Prusse d'un quatre-vingt-dixième, pour l'Espagne d’un cent cinquantième, et pour la France d’un cent soixantedixième seulement. Il faut reconnaître que la nature, lors de la grande époque carbonifère, ne nous a guère favorisés ; mais si nous regardons au-dessous de nous, comme le conseille la vertu évangélique, nous verrons des pays encore plus déshérités. L’Italie manque presque absolument du véritable terrain houiller.

Résumons pour nos quatre grands pays producteurs les chiffres que nous venons de poser.

PROPORTION DE TERRAIN HOUILLER DANS CHACUN DES PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS EN EUROPE.

Nom des pays

Superficie totale.

Superficie houillère.

Proportion de terrain houiller.

Hoyauiue-Uni.

19 000 lieues carrées. 1000 lieues carrées.

Belgique. . . .

Prusse

France

Ces chiffres nous apprennent que si la Belgique est le pays qui produit le plus de houille par lieue carrée de terrain houiller, c’est encore celui qui, par unité de superficie géographique, possède en Europe la plus grande proportion de surface houillère. Cependaut, il céderait le

I . La superficie totale des États-Unis os, de 409 000 lieues carrées.

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pas à l’Angleterre, si l’on élaguait pour celle-ci la superficie de l’Irlande.

En dressant les tableaux annuels de l’extraction de la houille dans tous les grands pays producteurs depuis un demi-siècle, c’est-à-dire depuis l’emploi du charbon fossile par la grande industrie, on constate une loi économique des plus curieuses. La production de la houille va partout en doublant à peu près tous les quinze ans, comme un capital placé à intérêts composés, et augmente par conséquent de cinq pour cent chaque année. Quelques pays, venus des derniers dans cette exploitation, comme la Prusse, ou les Etats-Unis qui, en 1 822, commençaient à peine à extraire le combustible fossile, marchent même dans une progression plus rapide. La Prusse, depuis 1 830, a vu doubler son extraction tous les dix ans ; aux États- Unis le même phénomène s’est reproduit un moment tous les cinq ou six ans. Voici d’ailleurs pour les dernières années, quelques chiffres tirés des documents officiels :

ACCROISSEMENT DU CHIFFRE DE L’EXTRACTION HOUILLÈRE DANS LES PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS DE 1830 A 1865.

Nom îles pays et chiffres de l’extraction en millions de tonnes.

Années.

lies Britanniques.

Belgique. France.

Prusse.

fttats-Unis.

(anthracite de Pensylvanie seulement.)

Comme rien

n’annonce que la

progression partout con-

statée ne doive

pas continuer à

suivre son cours, on est

Les Mines de Charbon .

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rationnellement ooniluit à se demander à quelle époque les houillères seront épuisées, et quel combustible remplacera lu houille après sa disparition totale : double problème comme il ne s’en était jamais présenté jusqu'ici d’analogue dans l’évolution des sociétés.

Examinons l’une après l’autre chacune de ces intéressantes questions.

La durée de l’exploitation des houillères que les géologues avaient d’abord fixée à des milliers d’années, pour des productions qui n’étaient pas le quart de celles dont il s’agit aujourd’hui, ne dépassera peut-être pas cinq ou six cents ans. On peut même affirmer hautement que dans les pays incessamment fouillés de l'Europe, l’extraction souterraine du combustible minéral n’ira pas certainement jusqu’à la moitié de cette durée. Ainsi, en , septembre 1803, sir William Armstrong, président annuel de V Association britannique, démontrait que dans deux siècles toutes les couches de houille du Roynume-Uni seraient entièrement épuisées. Nous savons que sir Roderick Murchison, présidant à son tour l’Association, a rappelé en 186.’» les calculs de son prédécesseur et en a confirmé les résultats.

Tout au plus pourrait-on porter ce chiffre au double ou au triple pour des pays comme l’Amérique du Nord, dont les immenses gisements restent presque encore vierges. Mais sur ce point comme dans toutes les autres contrées houillères de l’Asie, de l’Afrique, etc., le charbon ne pourra jamais s’appliquer, sauf des cas tout exceptionnels, qu’aux consommations locales. D’ailleurs la houille, du moins quand on veut l’employer aux grandes opérations industrielles, n’est pas matière de si grand prix qu’elle puisse supporter de très-longs transports, même par mer. Aujourd'hui, dans l'Océan Indien, à l’ile Maurice, à l’île de

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lit Réunion, où il y a des dépôts de charbon anglais, la marine à vapeuf1 seule consomme le combustible minéral. Pour les sucreries et autres usines indigènes, le prix en est trop élevé. A Suez, dans la mer Rouge, nous avons vu ce prix monter à cent francs par tonne.

Faut-il admettre que le chiffre de la consommation, dans la plupart des États européens, finira par diminuer quelque jour, quand tous les réseaux de chemins de fer, partout achevés, exigeront la fermeture de quelques-unes de nos usines métallurgiques; quand on aura suppléé par une autre matière au charbon minéral pour la fabrication du gaz d'éclairage? Mais cet abaissement dans la consommation sera-t-il bien notable, et le surplus du combustible, exigé par le plus grand nombre de locomotives et de bateaux à vapeur, ne viendra-t-il pas détruire en partie d’un côté l’économie produite de l’autre?

Il y a donc, dans l’épuisement certain des houillères, épuisement qu’un calcul mathématique, dont nous avons maintenant tous les éléments, permettrait presque d’indiquer à jour fixe pour chaque localité, et auquel rien ne semble jusqu’ici pouvoir parer, une question à la fois des plus graves et des plus curieuses. Cette question, sans être précisément menaçante pour la génération actuelle, et quelques-unes de celles qui la suivront, ne mérite pas moins de fixer dès aujourd’hui l’attention, et appelle le plus sérieux examen. C’est l’avis de l’Angleterre et de la Belgique elle-même, qui dressent en ce moment le bilan de leurs richesses minérales, et cubent leurs forêts souterraines.

Dans toutes les houillères, la question est à l’ordre du jour : on s’inquiète des moyens d’extraire le charbon jusqu’à mille mètres et plus de profondeur; et de minces couches de combustible, des qualités de houille médiocres,

dont on ne faisait nul cas, il y a vingt ou trente ans, sont aujourd’hui considérées comme parfaitement aptes à l’exploitation et à la vente. On tire parti de tout pour mourir le plus tard possible. Ou fait les plus grandes économies, on a recours aux mécanismes les plus parfaits, les plus ingénieux, pour rendre le prix de revient minimum.

En adoptant tous les perfectionnements, comme en explorant mieux, en étudiant mieux les houillères, on retardera, mais on n’empêchera pas la disparition du charbon minéral. Un jour ou l'autre, les bassins houillers fussent-ils dix fois plus étendus, dix fois plus nombreux qu’on ne le suppose aujourd’hui, cette disparition de la houille aura lieu. Ce jour à venir est une seconde dans la durée infinie des siècles, découvrit-on de nouveaux gîtes houillers en cent lieux divers, trouvât-on le moyen d’exploiter économiquement la houille au delà de mille mètres, et de résoudre pratiquement les difficultés sans nombre que l’aérage, l’extraction, l’épuisement, présenteront à ces énormes profondeurs.

La machine à vapeur, dont le combustible minéral est à vrai dire le pain quotidien, la machine à vapeur pour laquelle on exploite surtout le charbon, ue saurait ellemême être avantageusement remplacée. Cet admirable et merveilleux engin, tel qu’il est sorti tout entier de la tète de Watt, un des plus grands génies dont s’honore l’humanité, reste, sauf le perfectionnement des détails, auxquels on travaille tous les jours, le dernier mot de la mécanique moderne. Les recherches récentes entreprises par tant de savants sur l 'équivalent mécanique de la chaleur, ne démontrent-elles pas, du resté, que la force que restitue le combustible à la machine à vapeur, n’est que le produit de la chaleur solaire condensée dans le carbone qui a formé

In houille à l’époque des temps géologiques? Ces mêmes recherches ne prouvent-elles pns que ces trois agents, lumière, chaleur et force, ne sont que les trois manières d’être d’un seul et même agent, et que, par conséquent, vouloir substituer quelque chose à la houille dans le chauffage des chaudières à vapeur, ou compter sur la découverte d’un nouvel agent moteur économique, ce serait vouloir substituer le carbone au carbone, ce qui nous conduit à tourner dans un cercle vicieux, à moins de retomber sur des matières carbonées, comme le pétrole? « Ce n’est pas la puissance de la vapeur, disait le grand ingénieur Robert Stephenson ', en voyant s’avancer un convoi, qui entraîne cette locomotive, c’est la chaleur solaire; c’est elle qui a fixé le carbone dans les plantes qui à leur tour ont formé la houille, il y a des millions d’années. » Ainsi rien ne se crée, rien ne se perd dans la nature, pas plus la force que la matière, et les locomotives, comme le disait encore Stephenson, ne sont que les chevaux du soleil. *

Il est certainement rationnel de chercher une machine calorifère parfaite pour économiser le plus possible, dans la production de la vapeur, sur la consommation de la houille, dont la plus notuble partie va se perdant en fumée. L’économie ainsi réalisée serait notable, car souvent on n’utilise pas plus du dixième de la puissance calorifique ou motrice du charbon. En ce sens, on peut donc dire que notre meilleure exploitation sera l’économie que nous ferons un jour dans les quantités de houille communément employées. Quant à l’adoption d’un nouveau moteur, l’expédient qu’on a indiqué quelquefois n’est guère consolant, puisqu’on a proposé les chutes du Niagara pour faire <

marcher toutes les manufactures du monde qu’on voudrait

1 . Le (ils de Georges Slephcnson, créateur avec son père des premiers chemins de fer anglais.

concentrer dans leur voisinage. On se servirait alors de l’eau, soit dii’ecteinent, soit pour comprimer l’air, et obtenir de cette dernière façon le plus avantageux et le plus économique des moteurs. Tout cela est très-bien en théorie, mais peu applicable en pratique. D’ailleurs, imposer aux usines le voisinage d’un cours d’eau, ce n’est pas seulement remonter vers le passé, c’est encore rendre aujourd'hui bien peu d’établissements possibles. Ce n’est que dans des cas tout particuliers, comme celui, par exemple, du percement des Alpes, que l’emploi de l’air comprimé devient utilement et économiquement applicable.

On ne saurait non plus opposer aux machines à vapeur les machines électro-motrices auxquelles ou avait pensé un moment il y a quelques aunées, et qui sont restées et resteront à l’état de jouets mécaniques non plus que les machines à gaz, à air dilaté, autour desquelles on a fait récemment tant de bruit. Ces dernières ne consommentelles pas, pour une force donnée, beaucoup plus de combustible, souvent trois et quatre fois plus que la machine à vapeur ordinaire? Si elles l’emportent quelquefois sur celle-ci, notamment pour de petites forces, par exemple la machine Leiioir, n’est-ce pas simplement à cause de dispositions particulières, et non à cause de l’économie du combustible qu’elles ne réalisent jamais? Encore moins faut-il songer aux machines par explosion qui, de leur nature, ne sont guère susceptibles d’application, hormis pour le tir des projectiles. Les machines où l’on voudrait produire la vapeur par le frottement u’offreut qu’un intérêt de curiosité; les machines à vapeurs combinées,

I. Un ingénieur français, M. Aristide Dumont, a calculé que le cheval électro-magnétique coûte 20 fr. par heure, tandis que le cheval-vapeur ne coûte que 10 centimes.

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si ingénieuses, si bien agencées, surtout celle de M. du Tremblay, n’ont fourni que des preuves à peu près négatives, ainsi que les machines à uir chaud, même celle d'Éricson

Ainsi, en l’état de nos connaissances, ou ne saurait remplacer lu machine à vapeur par rien de plus simp e et de plus complet. A quoi donc empruntera-t-on la force mécanique et le combustible lui-même quand la houille aura disparu, ou sera devenue trop coûteuse par suite d’une trop grande profondeur au-dessous du sol, ou de l'éloignement des derniers gites des centres de consommation? La question semble jusqu’ici insoluble, et la science est à peu près muette sur la façon de satisfaire au problème. Les uns parlent du reboisement des forêts et du combustible végétal pour remplacer un jour la houille, comme celle-ci avait remplacé le bois; mais le monde ne recule pas. Au reste, n’avous-nous pas dit qu’il uvait été prouvé que la surface entière de l'Europe, couverte de forêts, ne suflirait plus aujourd’hui aux besoins de l’industrie, et ne donnerait pas annuellement, en bois et charbon de bois,

1. Ou appelle macbincs à vapeurs combinées ou mieux machines binaires celles où l’on emploie la chaleur perdue de la vapeur d'eau, après qu'elle a agi sur le piston du cylindre, à vaporiser un liquide plus volatil que l'eau, Ici que l'éther, le chloroforme, etc., qui opère il sou tour par sa détente sur un autre cylindre. On économise ainsi, pour une force donnée, jusqu’à cinquante pour cent de houille. M. du Tremblay, un de nos plus savants mécaniciens, s'est surtout fait remarquer dans l’invention de ces machines; mais il a lutté contre des difficultés presque insurmontables: la nature explosible des liquides employés, et la résistance qu'ils opposent à la condensation dans les températures estivales et torrides.

Dans les machines d’Ericson, l’air chauffé agit par sa force élastique sur le piston du cylindre à la façon de la vapeur d’eau. En sortant, il cède toute fa chaleur à un treillis métallique très-serré, par lequel arrive à son tour l'air froid qui s'échauffe en traversant le treillis, puis en passant sur un foyer. Ce système, aussi économique qu'ingénieux, n'a pu sauver la machine Ericson, que la fréquence des réparations provoquées par la nature même de l’invention, a fait rejeter dans la pratique.

AUJOUHIVHUI ET DEMAIN.

une ([uantité équivalente à eelle <le houille consommée? Il y a aussi le pétrole. Peut-être suppléera-t-ou daus bien des cas à la houille par cette matière, dont ou a découvert de si vastes, de si riches gisements aux États-Unis; mais elle ne sera jamais aussi aboudante que le charbon, et l’extraction n’eu sera pas non plus d'aussi longue durée.

Au lieu d’en appeler au bois et au pétrole, il faudrait chercher, de préférence, à décomposer économiquement l’eau et les calcaires, si abondamment répandus sur toute la surface du globe. L’eau renferme les deux éléments de la plus vive chaleur, l’oxygène et l’hydrogène ; le calcaire, l’acide carbonique et partant le carbone. Il faudrait aussi tenter de découvrir un nouveau moteur daus l’application rendue usuelle, s'il était possible, de l’air comprimé. Pour atteindre ces différents buts, la chimie, la physique et la mécanique devraient entrer résolument en campagne, les . deux premières en sondant plus intimement le mystère de la combinaison des corps et celui de l’électricité ; la mécanique, en arrivant au moyen de comprimer l’air autrement que par le feu ou le voisinage des cours d'eau. Oui sait si quelques moteurs naturels, mis si généreusement à notre disposition par la nature, le veut, les marées, ne trouveraient pas là quelque application cachée?

Enfin on ne peut nier, que l’on soit ou uon partisan de l’hypothèse du feu central, qu’il y a pour ainsi dire sous 110s pieds de nombreuses sources de calorique. Les eaux thermales, qui atteignent souvent la température de l’eau bouillante; les eaux chaudes, remontant par les puits artésiens; les gaz combustibles, que les Chinois vont chercher sous le sol avec la sonde, ou les vapeurs à ceut degrés de température , que ramène également la tarière dans les sofjioni de la Toscane, tout cela semble démontrer qu'il

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y a sous l’écorce terrestre un réservoir de calorique inépuisable qui n’attend qu’un moyen d’écoulement continu.

En présence de l'épuisement certain des houillères, et de la nécessité de suppléer au combustible fossile par des procédés moins délicats que ceux que l’on vient de passer en revue, il y auruit, selon nous, une véritable découverte à faire, ce serait celle qui consisterait à utiliser, à condenser l’immense chaleur perdue du soleil, en un mol à mettre le soleil en bouteilles. Cette solution, que nous indiquait naguère plaisamment un homme familier avec toutes les spéculations de la science, nous l’avons, à notre tour, adoptée avec une entière conviction '. Les Anglais u’ontils pus dit les premiers que le charbon « c’est du soleil eu cave? » Que devient toute la chaleur que l’astre de feu verse inutilement dans les longs jours d’été sur notre sol, dans nos villes, sur nos places? Un pourrait donc un jour

] . « — Ainsi, vous voulez mettre le soleil en bouteilles? me disait un jour un incrédule.

• — Je le veux, et j’en indique les moyens.

— Comment cela?

— N’emmagasinez-vous pas le froid, qui n’est qu’une chaleur négative, si l’on peut ainsi parler? Eh bien ! vous emmagasinerez aussi la chaleur solaire.

— Je vous écoute.

— Suivez bien mon raisonnement: exposez au soleil des boules d'argile réfractaire capables de s’échauffer jusqu’au rouge blanc sans se fondre. Dirigez sur elles les rayons solaires avec un miroir réflecteur, vous n'atteindrez pas la température du rouge, loin de U ; mais l'argile concentrera, jiour ainsi dire, unepartiedes rayons qui tomberont sur elle Conservez ces boules ainsi chauffés dans un four ad hoc, comme vous mettez la neige dans les glacières. Dans celles-ci, vous empêchez l’accès de ta chaleur extérieure par de doubles enveloppes comblées de paille, etc. Le même procédé vous servira, pour vos boules chauffées, h empêcher la diffusion, la déperdition de la chaleur intérieure. Lnphysiquo ne vous enseigne-t-elle pas que la paille, la laine, la plume, en un mot tous h-s objets qui retiennent et gênent les mouvements de l’air, que l'air lui-même emprisonné, sont mauvais conducteurs du calorique?

— Où voulez vous en venir?

— Je termine et vous allez comprendre. Je vous livre mon secret sans

retourner aux miroirs d’Archimède et renouveler à ce sujet les étonnantes expériences de combustion qui ont été refaites par Buffon ou ses disciples sur la foi du géomètre grec ; mais ici encore l’essai ne semble guère tout d’abord applicable en pratique. Se servir en industrie du soleil comme combustible avec des miroirs réflecteurs qui en concentrent et renvoient les rayons, n’est-ce pas supposer la présence quotidienne, sinon continue de cet astre, ce qui nous reporte à certaines régions du globe où jamais il ne pleut, mais où la vie civilisée n’a guère fait son apparition? Ne sont-ce pas lieux encore moins propices que les chutes du Niagara à la grande industrie moderne?

Quoi qu’il en soit, c’est dans le soleil sans doute que réside le combustible de l’avenir. Les plus récentes découvertes faites en physique sur la chaleur autorisent cette manière de voir, et elle dérive pour ainsi dire naturellement des curieuses expériences qui, en Allemagne, en Angleterre et en Fronce, ont illustré les noms de tant de

demander aucun brevet. Voilà donc vos boules conservées chaudes en magasin. Je suppose que vous vouliez faire bouillir de l'eau. Vous jetez dans votre chaudière ou votre marmite, suivant qu'il s’agit d’une machine à va. peur ou d’un pot au feu, une, deux, dix, douze, quinze boules, et votre eau entre en ébullition. En Californie, j'ai vu ainsi les Indiens faire bouillir de l'eau dans des paniers en osier si bien tressés, soit dit en passant, qu’ils ne laissent rien filtrer au travers. Sans doute les Indiens ne fout pas usage de la chaleur solaire, bien qu'en Californie, ou la température, l'été, s'élève jusqu’à cinquante degrés centigrades, On se bride quelquefois les mains en voulant toucher à des cailloux de couleur sombre, sur lesquels tombe le soleil; mais les Indiens emploient des pierres qu'ils ont exposées au feu. Us les jettent dans l’eau une à une, et l'eau bout en peu d'instants. On m’a dit que les Russes élevaient de même à volonté la température de leurs bains, ce qui vaut mieux que les moyens primitifs dont nous faisons encore usage à Paris.

— Je vous comprends maintenant ; vous en êtes avec vos boules au point . où en était Archimède avec ses miroirs.

— 1 Je ne Fignore point, mais un proverbe dit: qui vivra, verra. »

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physiciens. Dans tous les cas, on peut dire que l’extinction des houillères ne marquera pas la fin du monde , au moius du monde civilisé. 11 y a là, comme pour le fer, comme pour les métaux, si indispensables aux progrès de la civilisation, une sorte $ harmonie préétablie qui a réglé toutes choses bien mieux que celle imaginée par le philosophe allemand. Il faut aussi en cela être un peu partisan des causes finales. Si le fer et le charbon, créés pour ainsi dire de tout temps, n’ont été réellement exploités d’une façon active et suivie qu’à notre époque, et si l’on peut presque en annoncer la disparition prochaine, surtout pour le charbon , qui ne se réemploie , qui ne se retrouve pas comme le fer, on peut assurer aussi qu’après la bouille nous découvrirons quelque chose d’équivalent, fùt-ce dans le soleil. C’est donc vers cet astre que devront se tourner les futurs chercheurs, et il en naîtra bientôt par centaines, quoique l’on ne puisse dire encore dans quel sens précis les recherches devront être poursuivies. Le germe de chaque grande invention, inerte pendant des siècles, éclôt à son heure, et de même que l’éolipyle de Héron d'Alexandrie a près de deux mille ans attendu que Savery, Newcomen et surtout Watt naquissent pour en tirer la machiue à vapeur, de même les miroirs d'Archimède semblent destinés à montrer aux inventeurs futurs la voie dans laquelle iis devront chercher le nouveau combustible de l’industrie. A ceux qui émettraient des doutes à ce sujet, se fondant sur l’impossibilité d’une telle application du soleil, nous répondrons : « Qui eût jamais pensé, en voyant le couvercle d'une marmite se soulever sous la pression de lu vapeur d’eau, qu’il y eût là le germe de la force la plus formidable? »

Le soleil est donc sans doute le combustible de l’avenir, et les régions torrides, aujourd’hui presque désertes, ver-

ront peut-être quelque jour les peuples civilisés émigrer en masse vers elles, comme autrefois les Barbares en Europe. Que ces prévisions paraissent ou non paradoxales, il est certain, on le répète, que le monde ne périra pas faute de charbon; et si jamais une preuve éclatante aura été donnée de la vigueur du génie humain, ce sera certainement le jour où la découverte d’un nouveau combustible, si ce n’est l’application du soleil aux usages calorifiques industriels, aura illustré la science, fière déjà de tant de grandes découvertes.

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