DEUXIEME PARTIE
LES MINES DE MÉTAUX
LES ÉTAPES DE L’HUMANITÉ
L’homme primitif. — L'âge de pierre. — Découverte du feu. — Les temps antéhistoriijues. — L'dje de cuivre. — L’étain. — Naissance de la métallurgie. — Tyr et Sidon. — L'âge de bronze. — Découverte du plomb, de l’argent, du mercure. — Le premier forgeron: Tubakaïn ou Vulcain. — L’âge de fer. — Le rêve des alchimistes. — Découverte de la fonte, invention des canons. — Merveilleux progrès. — Phase actuelle de l’âge de fer. — L’acier. — Fonction des métaux précieux. — Le» petits métaux et les petites planètes.
Qui n’a songé quelquefois au rôle que jouent les métaux dans la vie des nations? Des plus précieux aux plus vils, des plus’ rares aux plus communs, .ils remplissent tous une fonction en quelque sorte déterminée, et le progrès matériel ne se fait que par eux. L’histoire des métaux forme la véritable histoire des inventions et du travail.
L’homme primitif, celui que les découvertes récentes de la géologie permettent désormais d’appeler l'homme fossile, était réduit à tout fabriquer, ses armes, ses ustensiles, ses outils, avec des os ou des cailloux. Le plus souvent il prenait des éclats de silex, qui d’abord restèrent bruts, puis furent simplement ébauchés, enfin polis. Le premier homme pétrissait aussi l’argile grossièrement, et ne la cuisait qu'au soleil.
L’ours et l’hyène des cavernes, l’éléphant chevelu, le cerf aux grandes cornes, lui disputaient sa place et sa nourriture, et il avait peine, avec ses armes grossières, à se défendre contre leurs attaques. Vainqueur, il se repaissait de leur chair crue, car il ue connaissait pas le feu. La peau de ces animaux, cousue avec les tendons, lui servait de vèteracut; sur leurs os il gravait quelquefois leur image, et dans ces tâtonnements naïfs apparaissait déjà comme l'origine de l’art.
Combien de temps dura cette enfance de l'humanité, cette époque qu'on a si bien caractérisée du nom d’âge de pierre, car l’homme ne connaissait alors aucun métal? Des savants ont essayé de fixer des chiffres; les résultats auxquels ils soûl arrivés effrayent l’imagination. Est-il possible que ces temps de primitive sauvagerie aient duré un millier de siècles, cent mille ans? La géologie le démontre, et la haute antiquité de l’homme est maintenant un fait reconnu. D'ailleurs l’histoire écrite ne date que d’hier pour tous les peuples civilisés, et quelques-uns des enfants de la graude famille humaine, les Polynésiens par exemple, eu sont toujours restés à l’âge de pierre. Le temps de la barbarie peut donc éternellement durer.
La civilisation n’a partout commencé qu’avec la découverte du feu et des métaux. Le feu! La mythologie grecque, toujours pleine de poétiques images, ne disait-elle pus
LES ETAPES DE L’HUMANITÉ
queProméthéc l’avait ravi au ciel?C’est sans doute la foudre qui l’aura fait connaître aux hommes pour la première fois; elle aura même incendié des forêts où couraient des filons métalliques, si bien que le feu et le métal auront été à la fois découverts, le métal puritié par le feu de la purtie pierreuse ou gangue qui le souillait. Les auteurs de l’antiquité prétendent que la chaîne métallifère des Pyrénées (en grec, les monts brilles) devait son nom à un phénomène météorologique de ce genre.
Il y a d'autres explications de la découverte du feu. Le champ des conjectures est vaste ; les premiers hommes ne nous ont rien appris à ce sujet. Ainsi le feu peut même avoir été connu de tout temps par les éruptions et les coulées volcaniques. Les peuples éloignés des volcans l’auront peut-être découvert à la suite d’incendies allumés sinon par la foudre, au moins par l’ignition spontanée des bois, après des étés brûlants, sans pluie, sans humidité, comme il arrive encore aujourd’hui en Algérie, en Californie. Il est possible aussi que la première étincelle qui aura jailli d’un corps au choc du silex, dont l’homme de l’âge de pierre faisait un si fréquent emploi, ait mis sur la voie de l’invention du feu. Enfin, la découverte aura pu être faite en frottaut très-vivement l'un contre l’autre deux morceaux de bois sec, moyeu toujours employé par les peuples sauvages.
Quel qu’ait été le chemin parcouru pour arriver à cette merveilleuse invention, il est certain que de celle-ci à celle des métaux il n’y a qu’un pas. Cependant, la découverte de l’or doit être aussi ancienne que celle du silex. En ce sens, la fable touche aux faits réels quand elle cite l’âge d’or comme le premier âge de l’humanité. Le précieux métal est presque partout répandu à la surface de la terre, dans les sables des cours d’eau. L’éclat, la couleur de l’or attirent
LES MINES DE MÉTAUX
immédiatement l’œil ; mais l'homme antédiluvien n’avait que faire de ces paillettes brillantes disséminées dans le sable (pl. I, fig. 2). Il ne pouvait encore les travailler, ni même les joindre ou les souder ensemble ; et quand la femme sa compagne, qui certainement se mettait déjà en frais de coquetterie, voulait ajouter aux charmes qu’elle avait reçus de la nature, c’était au moyen de coquillages réunis par un fil qu’elle se fabriquait des bracelets, des colliers ou des pendants d’oreilles.
Si la découverte de l’or resta, du moins au début, sans influence sur la civilisation de l’espèce humaine, il n’eu fut pas de même de la découverte des métaux usuels. Eu possession de ces dernière, d'abord le cuivre et l’étain, puis le fer, l’humanité fit tout à coup les plus rapides progrès, et dès lors commença l’histoire. Jusque-là la légende, la tradition ne nous ont transmis que des fables, une mythologie ténébreuse que les érudits n’ont pas encore tout à fait débrouillée. Ce sont les temps qu’on a nommés antéhistoriques, l’ùge d’or des anciens, l’àge de pierre de la science actuelle, qui se confondent avec les derniers temps géologiques.
L’invention du cuivre et celle de l’étain ont évidemment précédé celle du bronze, qui n’est qu’un alliage de cuivre et d’étain. Le cuivre aura été découvert, soit à l’état de métal naturel ou natif, comme disent les minéralogistes (pl. 11, fig. 1), soit en combinaison avec des substances pour lesquelles il n'a qu’une faible affinité, et dont le feu et le charbon suffisent à le dégager, telles que l’oxygène ou l’acide carbonique. Les minerais ‘ de cuivre oxydulé, oxydé, carbonaté (pl. II, fig. 2, 3 et 4) sont dans ce cas. Mis en présence du bois ou du charbon
1. On donne ce nom aux minéraux dont l’industrie peut tirer parti, et plus généralement aux minéraux métalliques.
by Geogte'