‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 4 sur 70 · I.ES MINES DE CHARBON · texte numérisé non relu

I.ES MINES DE CHARBON

mêlait, s’enchevêtrait, comme aujourd'hui dans la tourbe sur quelques plateaux mouvants, au fond des plaines humides ; mais le phénomène était général , <*t avait lieu sur une échelle immense. C’était au bord de grands lacs ou dans des estuaires, c’est-à-dire aux points où les eaux douces des fleuves venaient se mêler aux eaux salines de la mer. 11 s’était formé là de vastes lagunes, comme on en voit encore, mais de moins étendues, sous les tropiques, nu Sénégal ou à Madagascar. Dans ces lagunes la végétation s’était développée à souhait , plus luxuriante et plus vigoureuse (fig. 1). Quelquefois c’était aussi dans les anfractuosités des rivages , dans des échancrures étroites, comme les fiords de la Norvège, ou bien sur des îlots perdus, au bord d'une mer profonde et aux horizons infinis.

Quand une couche tourbeuse s’était formée , survenait un de ces tremblements du sol alors si fréquents et intenses, une de ces formidables pulsations dont la terre semble toujours animée; la forêt s’enfonçait peu à peu. Sur la couche de tourbe, 'déjà rompue, disloquée, s’étendaient des eaux qui , venues de loin , contenaient de l'argile ou du sable qu’elles laissaient déposer. Précipitées du haut des montagnes par les affaissements ou les soulèvements du terrain, elles avaient sillonné les schistes, à moitié calcinés par les feux de la torre et du ciel; elles avaient passé comme une avalanche sur les granits, sur les porphyres, à peine consolidés, car ils faisaient sans cesse éruption à travers les soupiraux béants de ce monde pâteux ; c’étaient les roches volcaniques d’alors.

Aux granits, les eaux avaient enlevé le mica en paillettes, le quartz ou cristal de roche aux grains durs; aux porphyres, le quartz ou le feldspath qui renferme la chaux, la potasse, la magnésie ; aux schistes, les éléments de l’argile, et elles avaient tout entraîné dans leur course va-

Vue d’une forél de l’époque carbonifère.

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gabonde. Sc déroulant en nappes au-dessus des forêts submergées, elles s'étaient débarrassées des diverses particules solides, de tous les minéraux qu’elles tenaient en suspension , et sur les couches tourbeuses s’étaient étendus comme un manteau les argiles laminées et lustrées à la façon des ardoises, les grès aux grains fins et brillants, les calcaires à la texture compacte. Ceux-ci provenaient surtout du têt des coquilles qui vivaient dans ces eaux, ou de sources thermales qui depuis ont disparu. Il se formait en quelques points du fer carbonaté , emprunté à des substances ferrugineuses et à l’acide carbonique, répandu partout en si grande abondance. Bientôt de nouveaux dépôts de tourbe s’ajoutaient aux premiers, recouverts par d’autres dépôts de grès , de schistes ou de calcaires. Le balancement de la croûte terrestre, non consolidée, était incessant. Enfin, au milieu de révolutions à peine sensibles, éclataient tout à coup de violentes commotions, de gigantesques ébranlements. Les torrents descendaient avec fracas des montagnes soulevées ; c’était une débâcle grandiose, un vrai déluge. Les eaux n’emportaient plus des particules fines, ténues; elles charriaient des blocs tout entiers arrachés çà et là, et ainsi se formaient les brèches , les poudingues, les conglomérats, rappelant les’ formidables dépôts qui, sous nos yeux, sont produits par les torrents alpins. Ces roches de transport, dont les divers éléments, blocs de schiste ou de quartz, sont soudés par un ciment argileux, ferrugineux, s’étendent surtout à la hase et à la cime du terrain carbonifère, comme si elles avaient dû précéder et clore des époques relativement plus calmes (cartes V et VI).

Au milieu des grès, des schistes, des calcaires, on rencontre des débris de corps organisés, qui ont laissé sur la roche une empreinte que le temps n’a pu effacer.

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Nous pouvons reconstruire ainsi toute une faune et une flore éteintes, et suivre pas à pas les développements de

Fig. 2. — Amblyptère, poisson fossile ( Amblyptrrus macroptrrus), terrain houiller de Sarrebruck (Prusse rhénane). Êch. 2/3-

la vie à l’époque carbonifère. Dans les schistes, il n’est par rare de trouver des écailles ou des vertèbres de poisson , souvent des poissons tout entiers, d’espèce fluviatile

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ou marine (fig. 2). On a découvert aussi quelques restes de reptiles qui devaient vivre au bord des estuaires (fig. 3),

terrain houillcr de Sarrebruck. Ech. 1/2.

dans les eaux fangeuses des rivages, enfin des coprolithes ou excréments pétrifiés de ces animaux fossiles. Les espèces terrestres manquent, comme si la composition de l’atmo-

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sphère eût été alors tout à fait impropre à l’existence des animaux supérieurs. Aux États-Unis, on a découvert dans

Fig. 4. — Empreinte de fougère ( Odontopteru Schlothcimii). Terrain houiller de Sarrebruck. f.ch. 2/3.

les schistes jusqu’à des empreintes de pattes d’animaux, moulées sur une argile tendre et humide, jusqu’à des traces de goutte de pluie, ou hieii encore des courbes sinueuses.

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parallèles, produites par le niveau changeant des eaux, signes restés indélébiles après tant de révolutions du globe.

Fig. 5. — Empreinte de fougère ( Pccopteris dcntala).

Ech. 2/3.

Dans les grès, dans les schistes, dans la houille même, des troncs, des tiges ou des feuilles de végétaux, de la famille des fougères, des calamites, des sigillaires, etc.,

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sont demeurés emprisonnés (fig. 4 à 10 et fig. 16). Il y a des fruits qui appartiennent à des conifères, ancêtres

Fig. 6. — Empreinte de fougère (Se’.ropteris tpeciota, Ad. Brongniart, mns.). Terrain bouillerde Blanzy (Saône-et-Loire). £ch. 1/3.

des pins et des supins, et d'autres en forme de noix, qu’on trouve dans quelques grès, et auxquels la science, sans pouvoir les déterminer autrement, a donné le nom de

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trigouocurpes uii fruits triangulaires. Dans les calcaires, généralement inférieurs à la houille, aux grès et aux schistes, et de formation entièrement marine, on trouve des poissous, des coquilles vuriées, des astéries ou étoiles de mer, des coraux, la plupart d’espèces entièrement perdues

Kig. 7. — Empreinte d’annulaire (Annularia longifolia). Terra-n houiller de Sarrebruck. Éch. J/2.

(lig. 11 à lü). La vie s’essayait sur le globe; elle n'avait pas pris tout son essor; elle devait plusieurs fois changer de modèles, avunt d’arriver à ceux qu’elle a maintenant adoptés. Les spirifères et les nautiles, les polypiers eu forme dè vis d’Archimède, tant d’autres êtres qui peuplaient les mers houillères, ont totalement disparu. Les

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espèces sont devenues différentes, <|uand les familles ne se sont pas éteintes.

Il fallut des milliers d’années pour 1a succession des

fig. 8. — Empreinte d'astérophyllilo ( Aslerophyllites equùetiformis). Terrain liuuillcr de Sarrebruck. Êch. ?/3.

phénomènes que l’on vient de décrire ; mais la nature ne compte point avec les millénaires géologiques, le temps n’existe pas pour elle. Au besoin les savants vous supputeront ces époques antédiluviennes, car les fossiles sont les

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médailles de la géologie, et les feuillets des schistes, les pages sur lesquelles est inscrite l’histoire de la végétation houillère.

Fig. 9. — Empreinte de cycadée ( Noggerathia lacluca ?). Éch. 1/3.

Cependant les couches de tourbe déposées entre les lits de schiste ou les bancs de grès et de calcaire, étaient fortement comprimées, chauffées, par le poids énorme du terrain qui pesait sur elles, et par l’éruption des roches

ao

ignées venant du centre de la terre. En même temps une distillation calme, une iermentation insensible s’opéraient,

Kig. 10. — Empreinte de lycopode ( Lepidodendron gracile). Terrain houiller d’Eschweiler près Aix-la-Chapelle. Êch. 1/2.

qui aggloméraient peu à peu le carbone des plantes. Ce tissu tourbeux, primitivement lâche, à peine feutré, prenait une compacité de plus en plus grande; la chaleur du

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sol, empruntée nu soleil, la chaleur centrale du globe, toutes deux très-élevées, aidaient elles-mêmes aux divers phénomènes chimiques qui s’accomplissaient ainsi lentement dans le laboratoire de la nature, et la houille se formait, réservée aux âges futurs.

Les explications qui viennent d’être données de ces changements grandioses sont celles que la science a acceptées. Il appartenait à l'une des plus grandes intelligences

Fig. 1|. — Nautile pétrifié (Sautilus carini férus P). Terrain huuiller de rindiana (États-Unis). Fc h. 1/2.

de notre temps, au père de la géologie française, à M. Élie de Beaumont, de débrouiller le premier ce chaos. Avant lui, on admettait volontiers que la houille s’était formée par le dépôt d’immenses forêts abattues et entraînées par des eaux courantes, comme le sont les grands arbres des forêts vierges, le long îles rives du Mississipi. Ces radeaux d’un nouveau genre, enfouis dans le sol, auraient formé les bassins houillers. M. Élie de Beaumont a prouvé par

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SI

des chiffres qu’on ne peut adopter une pareille explication, et que tout le carbone contenu dans des surfaces immenses de forêts, donnerait à peine naissance à une très-mince couche de houille.

On ne saurait non plus s’arrêter aux naïves hypothèses des anciens géologues. Ceux-ci voyaient dans les dépôts houillère soit des fleuves de bitume pétrifiés ou qui auraient imprégné certaines roches très-poreuses; soit des

Fig. 12. — Spirif&rc pétrifié ( Spirifn striatus). Terrain houiller du Yorkshire (Angleterre). Êch. 2/3.

forêts carbonisées sur place, ou traversées par des courants d’acide sulfurique (huile de vitriol), qui a la propriété de noircir et de brûler le bois. 11 est facile de promener ainsi par le monde le bitume, le feu, les acides, mais encore faudrait-il dire de quel lieu on les fait venir. Non ! ce n’est pas ainsi que la houille s’est formée; c’est par des dépôts tourbeux successifs, plus tard comprimés, chauffés, distillés, minéralisés, de façon à donner la houille ou charbon fossile.

Outre les preuves mathématiques de ce fait fournies par

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M. Élie de Beaumont, il y a encore des preuves phy-

Fig. 13. — Empreinte d’étoile de mer (Aslerias conslellata?) dans un rognon de fer carbonaté. Êch. 2/3.

siques relevées pour la première fois par M. Adolphe

Fig. 14. — Polypier fossile en forme de gâteau de miel ( Michelinia faiosa). Terrain houiller de Belgique. Êch. 2/3.

Brongniart. On sait que ce savant naturaliste, qui continue si glorieusement au Muséum de Paris les traditions laissées

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par sou illustra père, est parvenu à reconstituer la flore fossile, comme Cuvier les grands mammifères éteints. 11 avait remarqué qu’à la mine du Treuil près de Saint- Étienne, on trouvait nu milieu de la houille et des grès voisins de la surface, des troncs de sigillaire debout, une véritable forêt pétrifiée sur place. Ce fut pour lui une révélation. La houille s’était donc formée au pied de ces arbres à la façon des tourbes, et l'étude géologique du sol venait confirmer ce que les chiffres avaient déjà permis de prévoir.

Depuis que M. Brongniart a publié sa découverte, on a retrouvé dans les houillères de Saint-Étienne des végétaux restés debout (fig. 16), des troncs d’arbres moulés sur

Fig. 1 5.— Polypier fossile dit d'Archim'de, lige avec la spire [Archimedipora Archimedis). Terrain Itouiller de l'Illinois (Etals-Unis). Grandeur naturelle.

place. On en a signalé aussi dans les mines du nord de la France, notamment à Amin, et dans la plupart de celles d’Angleterre et des États-Unis. Dans ce dernier pays, où tout semble s’être passé sur le théâtre le plus vaste, on a compté par centaines les empreintes de troncs disparus, et l’on a mesuré en certains endroits la surface et l’exhaussement successif des forêts houillères.

Cet ensevelissement local des végétaux producteurs de la houille, fossilisés comme ceux des tourbières, permet d’expliquer quelques faits qui sans cela resteraient peutêtre incompris. Dans une mine, la qualité d’un combustible varie plutôt avec le point particulier d’où on l'extrait, qu’avec le rang qu’occupe lu couche exploitée. On conçoit en effet que la qualité du charbon a dû dépendre

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de ln nature spéciale des plantes ijui l’ont formé, et par suite de l’altitude, de l’exposition des lieux, comme l’en-

Kig. 16. — Troncs de similaires de la raine de Treuil, à Saint-Étienne. (D'après une photographie et un dessin original de M. Brunet de Boyer.)

seigne la géographie botanique, bien plus que de l’époque précise où le phénomène s’est accompli. Les couches les plus

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anciennes et partant les plus basses, qui ont été les plus comprimées et chauffées, ne sont donc pas forcément les plus anthraciteuscs, pour employer le terme consacré.

Dans beaucoup de mines, les essais du laboratoire ont vérifié ces conclusions. Des chimistes, parmi lesquels est M. Baroulier, poussant plus loin les expériences, sont arrivés à reproduire la houille avec de la sciure de bois, en faisant convenablement intervenir la température et la pression. Avec des sables et des argiles ils ont reproduit les grès et les schistes, et obtenu artificiellement des empreintes avec des feuilles de végétaux.

L’analogie de formation de la houille et de la tourbe rend compte d’autres faits. Le combustible fossile se trouve dans tous les terrains ; mais il est de moins en moins pur et compacte, ou bien occupe des surfaces de moins en moins étendues, à mesure qu'on remonte ou descend l’échelle géologique, à partir du terrain houiller proprement dit. C'est que ce terrain a été le seul où les conditions botaniques et climatologiques aient permis une grande accumulation des végétaux qui ont produit la houille. Ces végétaux ont ensuite disparu, ou changé peu à peu de nature jusqu’à revêtir les formes qu’ils oui actuellement (fig. 17 à 19).

Toutefois, par l’effet de circonstances particulières, la véritable houille, compacte, bitumineuse, collant au feu, a pu se former dans tous les terrains, et non pas seulement dans le terrain houiller, comme le veulent quelques savuuts trop absolus. 11 fuut donc admettre, à l’exemple des anciens géologues, les houilles anciennes et récentes. Se refuser à cette classification, ce serait fermer les yeux à la réalité. Encore moins convient-il de baptiser du nom irrévérencieux de lignite, qui ne rappelle que le bois, lignum, les véritables houilles des terrains plus modernes que le

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terrain houillcr. Ces terrains furent souvent le théâtre, même dans la période dite tertiaire, d’une végétation tropicale, et les palmacitcs ou palmiers fossiles ont été

Fig. 17. — Empreinte de conifère (Waichia piniformû ). Terrains secondaires de l’Hérault. Ecb. 2/3.

les précurseurs des palmiers des régions torrides actuelles (fig. 18 et 19).

La meilleure classification des houilles, satisfaisant à la

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fois la science et l’industrie, serait donc celle où l’on ne tiendrait aucun compte de l'àge géologique, mais seule- -

K ig. 18. — Feuille de palmier pétrifiée ( Flalellaria raphilolia). Terrains tertiaires de la Somme. Éch. I/o*.

ment de la qualité du combustible. On auruit ainsi la série des houilles dures, grasses et maigres, d’après la quantité de carbone fixe et de matières volatiles conte-

Fig. 19. — Empreinte de dattier (Phœnicilet iiatica). Terrains tertiaires de Lombardie. Kch. 1/10*

chimiquement pur. cristallisé. De la houille muigre (dont

1. C’est la mine à crayon, appelée aussi plombagine ou mine de plomb,à cause de son aspect. Le graphite contient jusqu'à 98 pour 100 de carbone.

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nues. De la houille dure on remonterait nu graphite 1 et même au diamant, qui est le carbone par excellence.

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une des variétés est le jais), on descendrait au lignite, imparfait, terreux, au bois fossile ayant conservé sou tissu fibreux, enfin à la tourbe, et l’échelle complète serait : diamant, graphite, houille, lignite, bois fossile, tourbe (planche I).

Comme moralité de tout cela, il me souvient d’une histoire de terrain hoitiller d’époque tertiaire. En Toscane, la formation carbonifère ancienne ne se montre nulle part. « Il n’y a pas de bouille en Élrurie, » disaient doue les géologues en l’an de grâce 1839. Cette assertion vint aux oreilles d’un sieur Lenzi, gros fermier de la Marom me, qui avait mis un jour à nu, le long d’un ravin, un afUeurement de charbon. Il fit part de sa découverte à des capitalistes de Livourne, qui visitèrent les lieux, et, sans s’inquiéter de ce qu’en penserait la géologie, mirent l’affaire eu actions. Le grand-duc lui-môme, le vieux Léopold, s'émut, et n’ayant qu’une médiocre confiance dans les savants italiens, fit venir un ingénieur de Saxe. Grand émoi dans le camp des géologues. « C’est de la bouille, » disaient les uns; « c’est du lignite, » répliquaient les autres. Au congrès scientifique de Pise, la querelle s’échauffa; on manqua de se jeter les échantillons à lu tète. Le public, qui écoutait aux portes, ne comprenait rien au débat, et demandait avant tout s’il existait du charbon, et s’il brûlait bien. Ce qu’il y eut de particulier dans tout ceci, c’est que ce lignite, comme ou persistait à le nommer, avait toutes les propriétés des meilleures houilles, même celle de donner du coke. A quoi les géologues orthodoxes répondaient que puisqu’il donnait du coke, ce ne pouvait être du lignite, mais bien de la houille anglaise achetée à Livourne, et jetée exprès au fond des puits. Cela fit baisser les actions ; car il reste toujours quelque

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chose de la calomnie, comme disait Basile. La lutte dura longtemps; les congrès scientifiques se la transmirent de l’un à l’autre, et je ne sais pas si elle est aujourd’hui entièrement vidée. Ce que je puis affirmer pour certain, c’est que les pauvres actionnaires ne se sont jamais relevés du coup que leur ont porté les géologues.

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La houille chez les Grecs, les Romains, les Chinois; en Angleterre, en Belgique. — Le forgeron de Plénevaux. — La houille en France. — Ce qu’a produit le charbon de terre.

Comme lu plupart des substances minérales, In houille a une histoire à laquelle se mêle parfois la légende.

Les Grees et les Romains ont eonuu le combustible fossile, et il est cité dans les auteurs sous le nom de lit/iantrax (charbon de pierre), qui s’est conservé de nos jours dans l’italien litantracc. Le disciple favori d’Aristote, Théophraste, dans son Traité des pierres, n’oublie pas de parler de la houille.

Les anciens employèrent peu ce combustible qui donnait au feu tant de famée. et brûlait mal parce qu’on ne savait pas le brûler. Les forêts fournissaient amplement à tous les besoins de l’industrie, alors dans l’enfance. Quelques fondeurs, qui produisaient et travaillaient les métaux; quelques forgerons, qui fabriquaient et trempaient les armes, étaient les seuls industriels qui fissent usage de combustibles eu quantités assez importantes. Dans les maisons, le bois et le charbon de bois répondaient à toutes les exigences; et, comme les peuples policés de ces temps habitaient des pays favorisés du ciel, l’Italie,

Les Mines de Chai'hnn

Carte I.

la Grèce, l'Égypte, l’Asie Mineure, où ilu reste la houille est fort rare, on se chauffait l’hiver au soleil, sur le forum, en traitant des affaires publiques. Peut-être aussi est-il permis de supposer que la température moyenne de l’air était alors un peu plus élevée qu’aujourd’hui. Enfin, la pression élastique de la vapeur n’était pas même soupçonnée, et la force mécanique était surtout empruntée aux moteurs animés. Quand les outres d’Éole étaient vides, les condamnés ramaient sur les galères. Quand l'absence d’un cours d’eau ne permettait pas d’installer une mauvaise roue hydraulique, les bêtes, les hommes même faisaient tourner la meule, et Plaute esclave avait rempli cette pénible tâche. On lit sur les murs de Pompéi, sous une caricature qui représente un âne au moulin, cette phrase qu’on dirait crayonnée par le grand comique luimême :

Labora, aselle, quomodo laboravi, et proderit tibi :

« Travaille, ânon, comme j’ai travaillé, et cela te profitera. »

Ainsi, chez les anciens, aucun besoin de houille, ni dans l’industrie, ni dans la vie commune. Voyez avec quelle indifférence les maîtres du monde passent près du charbon de pierre. Dans la Provence, l’aqueduc de Fréjus, tracé au milieu du terrain houiller qui gît au pied de l'Estcrel, meta nu des couches de combustible minéral; on les traverse sans s’y arrêter. Dans la Lyonnaise, l’aqueduc qui porte à la capitule aimée de Claude les eaux vives du Gier, recoupe également le terrain carbonifère ; une des branches souterraines du canal est même creusée dans le charbon : on ne s’en préoccupe pas. Cet incident qui, de nos jours, mettrait en émoi les populations, laisse indifférents les journaux de Rome, et tout le Sénat avec eux.

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Les choses allaient un peu mieux dans l’extrême Orient, où la civilisation s’était développée avant celle de l’Italie et de la Grèce. Les Chinois, auxquels on a fait hommage de toutes les grandes découvertes, hors celle de l’Amérique, connaissaient de toute antiquité le charbon fossile. Ils savaient l'exploiter, l'appliquer à divers usages industriels, par exemple la cuisson de la porcelaine ; ils savaient même recueillir les gaz inflammables qui se dégagent spontanément de la houille, et les utiliser pour l’éclairage. Les récits des vieux missionnaires nous apprennent que , de temps immémorial, les Chinois allaient avec la soude rechercher ces gaz sous le sol (une vraie sonde chinoise, manœuvrée patiemment à la corde) ; puis qu’ils les amenaient par des conduits où besoin était. Voilà l’invention de l’éclairage au gaz et du sondage mise au compte des Chinois avec celle de la boussole, de la poudre à canon, de l’imprimerie, du macadam, et taut d’autres.

Les missionnaires et, avant eux, le célèbre voyageur vénitien Marco— Polo, qui traversa au XIIIe siècle tout le continent asiatique, nous racontent également que bien avant notre ère, les mines de houille étaient exploitées dans l’Empire-Céleste, où elles sont fort répandues ; mais le travail en était pratiqué d’une façon très-barbare. On ne prenait nul soin d’étayer les chantiers souterrains, de ménager aux eaux un écoulement convenable; encore plus fallait-il fuir devant les détonations du grisou, ce gaz explosif des houillères. Les Chinois en sont restés pour l’exploitation de leurs mines à cet état tout primitif, et ce n’était pas la peine de commencer sitôt pour faire si peu de progrès.

Revenons donc à notre continent, où nous attendeut de plus utiles leçons.

Les houillères qui, eu Europe, paraissent avoir été travaillées les premières, sont les houillères britanniques. Dès l’époque de l’invasion normande, on voit Guillaume le Conquérant partager à ses compagnons d’armes les mines de Newcastle. Cela nous ramène au milieu du XI* siècle. Moins de deux siècles après, Jean sans Terre concède aux bourgeois de Newcastle une licence d'exploitation, et le parchemin royal appelle la houille du nom de charbon marin, carbo marinus , sans doute à cause de la position littorale et même sous-marine des couches, ou peut-être parce qu’on transporte le charbon par mer. Vers la fin du XIIIe siècle, il est question des mines des Galles et de l’Ecosse, pays non soumis alors à l’Angleterre, et où des races vigoureuses devaient si longtemps combattre pour leur liberté et leur indépendance. Au XVIe siècle, toutes les houillères britanniques sont en pleine exploitation. Le charbon minéral alimente la marine anglaise; on l’expédie sur les côtes de France, où l’on charge en retour du blé.

La Belgique a fouillé ses mines de houille en même temps que l’Angleterre. C’est au village de Plénevaux, près de Liège, que semblent avoir commencé les exploitations vers le XIIe siècle. Ici la légende se mêle à l’histoire d’une manière ingénieuse. Voici le fait tel que le racontent les chroniqueurs:

Houillos, maréchal ferrant à Plénevaux, était si pauvre qu’il ne pouvait suffire à ses besoins ; souvent il n’avait pas de pain à donner à sa femme, à ses enfants. Un jour que, saus travail, il était presque décidé d’en finir avec la vie, un vielliard à barbe blanche se présenta dans sa boutique. Ils entrèrent en conversation. IIouilIo3 lui confia ses chagrins. Disciple de Saint-Eloi, il travaillait le fer, souillant lui-même la forge pour économiser un aide. Il réaliserait bien quelques bénéfices, si le charbon de bois n’était pas

si cher; mais c’était là ce qui le ruinait. Bref, comme pour le pauvre bûcheron du fabuliste,

Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,

Le créancier et la corvée,

Firent d’un malheureux la peinture achevée.

Le bon vieillard était ému jusqu’aux larmes. « Mon ami, dit-il au forgeron, allez à la montagne voisine; vous y fouillerez le sol, et découvrirez des veines d’une terre noire excellente pour la forge. » Ainsi dit, ainsi fait. Houillos alla au lieu indiqué, y trouva la terre annoncée, et l’ayant jetée au feu, parviiït à forger un fer à cheval en une seule chaude. Rempli de joie, il ne voulut pas garder pour lui seul cette précieuse découverte; il en fit part à ses voisins, et même aux maréchaux scs concurrents. La postérité reconnaissante a donné son nom à la houille (on a vu qu’il s’appelait Houillos), et, sous ce rapport, il a été plus heureux que beaucoup d’autres inventeurs. Son souvenir est encore conservé par tous les mineurs de Liège qui, le soir, racontent dans les veillées l’histoire du pnut homme lundi • leux ou du vieillard charbonnier, comme on se plaît à surnommer Houillos, le forgeron de Plénevaux. Les mineurs disent que c’était un ange qui lui révéla le lieu où était la houille. Le mal est que les anges ne portent pas de barbe, et ne sont pas aussi cassés que l’était le bon vieillard qui vint visiter Houillos. De leur côté, les archéologues prétendent que ce ne pouvait être qu’un Anglais ; car, dans un manuscrit du temps, on lit que c'était à coup sur un

s/ng ; les dernières lettres du mot ont été mangées

par les vers. 11 y a enfin des grammairiens qui regardent l’histoire de Houillos comme un mythe, et se contentent de faire venir le mot houille du saxon u/la, charbon de terre : grammatici certant!

L’exploitation de la houille eu Belgique ne se concentra pas à Liège. Le combustible minéral fut bientôt également découvert à Charleroy, a Mons, et avec l’emploi de la houille si convenable en ces pays pour la forge, se développa la fabrication des armes, qui remonte chez les Belges aux temps les plus reculés. On dit qu’ils pratiquaient cette industrie bien avant même la conquête de Jules César, et des historiens tirent argument de ce fait, pour prétendre que la houille a été connue et employée de tout temps en Belgique.

En France, nous n’avons guère de légende à raconter sur la découverte et l’application de la houille; mais si nous consultons les vieux parchemins de quelques-unes de nosprovinces, nous voyons, dès le onzième siècle, les houillères du Rouergue exploitées. Dans le Forez, le sire de Roche-la-Molière, en 1321, lève un cens sur ceux de ses vassaux qui exploitent les mines de charbon terrestre. Chaque propriétaire foncier a le droit d’extraire la houille sous le sol qui lui appartient ; toutefois il est bien entendu qu’il donnera au seigneur le quart de la quantité extraite.

Dans le Forez , comme en Belgique , l’emploi de la houille parait avoir été bien antérieur à la première date citée par les historiens. A Saint-Étienne, la fabrication des armes et en général des outils d’acier, est l’industrie la plus ancienne du pays, et l’on dit que les eaux du Furens donnent au métal une trempe particulière. Cependant il n’est pas démontré que les Gagates, au temps de César, forgeassent déjà des épées comme leurs frères les Nerviens de Belgique; mais c’est sans doute aux noms de leurs aïeux que les Stéphanois d’aujourd’hui, les Gagas comme on les appelle, ont emprunté leur sobriquet.

En dépit de la légende ou de l’histoire, l’exploitation de la plupart des mines de houille semble donc avoir commencé à des époques bien plus anciennes qu'on ne croit

LES MINES DE CHARBON

communément. Beaucoup de ces gîtes ont môme été connus de toute antiquité, car ils viennent apparaître à la surface, ils affleurent , comme dit le mineur. Mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue, ce n’est pas la date plus ou moins reculée à laquelle a commencé telle ou telle exploitation, c’est l’importance de l’exploitation clle-môme, le chiffre de l'extraction. La noblesse des mines de houille ne se mesure pas au temps, comme celle des mines métalliques ; elle ne se mesure encore qu’à l’abondance de là production. A ce point de vue, les mines de houille sont nées d’hier. On peut dire que la date de l’exploitation sur une grande échelle en marque seule la date de la naissance , et fixe, dans l’histoire de l’humanité, une glorieuse étape sur laquelle il est bon de s’arrêter. Ce qu’il importait en effet, ce n’était pas de connaître la houille, c’était de l'appliquer en grand, comme on le fait aujourd’hui, à la fabrication du fer et de tous les autres métaux, au chauffage des chaudières à vapeur, fixes, locomotives, locomobiles, fluviales, marines. C’est toujours l’histoire de l’œuf de Colomb, éternellement la même. Ce qui fait la gloire de l’immortel Génois, ce n’est pas d’avoir découvert l’Amérique, d'autres avaient touché avant lui à ces plages lointaines ; c’est d’avoir indiqué la véritable route, et dévoilé tout le parti que l’on pouvait tirer de ces terres vierges et fertiles.

Il en est de même pour la houille. Que nous importe que les anciens l’aient connue, s’ils n’ont pas su l’appliquer en grand? Je laisserai les Grecs, les Romains, les Chinois, dont il a été suffisamment parlé. Au moyeu âge, à l’époque de la Renaissance, ne voyons-nous pas la houille poursuivie, traquée, exclue ? J’ai dit que des ordonnances royales avaient même un moment puni de l’amende et de la prison les artisans qui en faisaient usage dans les villes. Les médecins lui étaient hostiles, et l’accusaient de vices ima-

ginaires. Las savants eux-mêmes lançaient contre elle leurs foudres. C’était méconnaître la loi du progrès; mais il faut compatir à l’ignorance de nos pères. Cette loi, formulée seulement à notre époque, n’était pas même alors soupçonnée.

La véritable histoire de la bouille commence avec le XVIIIe siècle; on dirait qu’elle est liée «à l’histoire de l’esprit moderne. Et voyez comme tout s’enchaîne ! C’est dans les mines de houille que la machine à vapeur est inventée. En Angleterre, des chantiers profonds sont inondés dans les houillères de Newcastle. On doit d'abord retirer les eaux, si l’on veut continuera extraire le charbon; mais la pompe, restée la même depuis Archimède, ne suffit plus ; il faut un engin plus puissant. Savery, Newcomen, Watt, arrivent successivement; trois ouvriers qui deviendront trois hommes de génie ! La pompe h feu , la machine à vapeur est trouvée; Watt en arrête presque définitivement les principales dispositions, et désormais ce n’est plus l’eau seulement, c’est la houille que la machine extraira des profondeurs du sol, et cela en quantités si considérables qu’elles soient.

Ce n’est pas tout. Le charbon est matière lourde, encombrante, se vend à bas prix. Il ne suffit pas de l’arracher aux entrailles du sol ; il faut encore le transporter économiquement, souvent à de très-grandes distances. Qui rend le transport difficile, coûteux? L’état des chemins. On modifie ces chemins, sans se douter de lu portée immense du résultat qu’on va bientôt obtenir. On imagine les ornières de bois sur lesquelles les roues glissent avec facilité. On les applique d’abord dans les galeries souterraines, puis aux voies de la surface. Mais le bois bientôt s’altère, se pourrit. On remplace les ornières de bois par des ornières de fonte creuses, puis plates, avec un rebord

latéral. Le fer ue tarde pas d’être substitué à la fonte ; le ruban de métal ou rail est trouvé, et avec lui le railway, le chemiu de fer. Cela se passe dans les houillères du pays de Galles, comme dans celles du comté de Newcastle est née la machine à vapeur. Attendez ; l’invention n’est pas encore parfaite. Le Gallois Trevithick a construit une locomotive avec une simple chaudière cylindrique comme celles des machines fixes. La surface chauffée, la production de vapeur, le tirage ne sont pas suffisants. En outre, pour obtenir l’adhérence sur les rails sans laquelle on tournerait sur place, la roue motrice est dentée et s’appuie sur une crémaillère. La vitesse est moindre que celle d’une charrette traînée par des chevaux. Est-ce à dire que l’invention va être perdue? Le génie humain ne s’arrête pas dans ses découvertes. C’est, en Angleterre, le grand ingénieur George Stephenson, un ancien mineur; c’est l’illustre Marc Seguin, parent des Montgolfier, en France, qui complètent la locomotive. Seguin, par l'invention de ces mille tubes qui parcourent la chaudière dans sa longueur, et qui donnent passage aux gaz chauds venant de la grille, augmente dans une étonnante proportion la surface chauffée et par suite la production de vapeur. Stephenson complète les idées de son rival, et, lançant dans la cheminée, par un jet direct, la vapeur qui vient d’agir sur le piston, ravive, par cet ingénieux artifice, le tirage du foyer, gêné par l’invention de Seguin. Désormais la locomotive est complète ; comme dans la machine de Watt, on n’en modifiera plus que les détails.

Voilà la véritable histoire de la houille; voilà ce qu’a produit le combustible minéral. 11 a fallu pour cela tout le dix-huitième siècle, et les trente premières années de celui-ci ; mais aussi quelle conquête ! La machine à vapeur, qui ne devait servir qu’à extraire des mines l’eau

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et le charbon, s’est partout introduite; partout elle a substitué son travail à celui de l’homme ; et le mot d'Aristote s’est confirmé, « qu’il n’y aurait plus d’esclaves le jour où le fuseau et 1a navette marcheraient seuls. »

En même temps le travail des métaux, auquel est si profondément liée la marche de la civilisation, a été de tous points modifié. L’application de la houille à la fabrication de la fonte, du fer, de l’acier, a renouvelé la métallurgie. Les procédés récents d’élaboration de ces divers produits ont changé jusqu’à l’art de la guerre, qui semblait irrévocablement fixé depuis Napoléon. Peut-être même que les terribles engins aujourd’hui en usage sur terre comme sur mer rendront bientôt la guerre impossible. Ce serait là le plus grand bienfait que nous aurait valu l’industrie.

Pendant que l’introduction de la machine à vapeur dans les usines, et l’emploi de la houille en métallurgie, ont amené ces imposants résultats, de leur côté les chemins de fer sont devenus de non moins merveilleux agents de progrès. La locomotive, qui ne devait servir qu’à transporter la houille pesante et massive, a bientôt accepté toutes les autres marchandises. Elle a fait plus ; elle a changé sa première destination , en s’appliquant surtout au transport accéléré de l’homme. Par là elle a supprimé les distances, les frontières, et si les peuples penchent aujourd’hui vers une fraternelle alliance, c’est surtout à la locomotive qu’ils seront redevables de ce progrès. Quand le grand jour de la pacification universelle sera venu, quand les formidables engins de destruction dus à la sidérurgie auront rendu la guerre impossible, c’est devant une locomotive couronnée de fleui's qu’il faudra sceller le pacte international.

Les mines de houille auront profité les premières et le

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plus largement de toutes ees magnifiques applications. Déjà la locomotive charrie au loin l’indispensable minéral, et à des prix si minimes qu’ils paraîtraient incroyables si on ne les lisait dans les tarifs des compagnies. C’est souvent moins de dix centimes par tonne de mille kilogrammes et par lieue de quatre kilomètres, presque aussi bon marché que sur les voies d’eau !

La modicité des prix de transport a facilité partout l’écoulement, la diffusion de la houille, et la production a dû faire effort pour satisfaire à toutes les demandes, à toutes les exigences de la consommation. La machine à vapeur, appliquée à l’extraction, a remonté le combustible des noirs abîmes par quantités énormes à la fois. Il est ainsi sorti jusqu’à mille tonnes ou un million de kilogrammes par jour de la bouche d’un seul puits! Tout a concouru à répandre les emplois de la houille, à vulgariser son usage. Aux contrées qui ne possèdent pas cette richesse minérale, les navires, les chemins de fer l’apportent; les voies de terre elles-mêmes sont mises à contribution quand les distances ne sont pas trop grondes. A l’aide de tous ces moyens, la production a dépassé toutes limites. Depuis un demi-siècle, elle double tous les quinze ans en Angleterre, en France, en Belgique; tour les dix ans en Prusse ; tous les cinq ans, aux Êtats-Uuis. En 1 864, l’Angleterre atteignait le chiffre formidable de quatrevingt-treize millions de tonneaux; en 1850, elle ne produisait que cinquante millions. Le créateur de la géologie anglaise, le vénérable sir lloderick Murchison, annonçant ce résultat à Y Association britannique, dont il présidait la réunion annuelle de 1865, en paraissait ému. 11 ne pouvait s’empêcher de jeter un regard sur l’avenir, et semblait se demunder anxieusement ce que deviendrait l’Angleterre quand ses houillères seraient épuisées. L’année d’après,

un homme d’État dont les trois royaumes s’honorent, M. Gladstone, frappé des mômes faits, les proclamait à la tribune, pour que le pays, tenu en éveil, ne fût par pris un jour au dépourvu. Depuis lors, le Parlement a ordonné une enquête, et la Grande-Bretagne a procédé à l’inventaire de ses domaines souterrains. Les résultats de ces recherches ne sont pas encore publiés ; mais déjà un premier pas est atteint, on cherche partout à économiser le charbon.

Comme on le voit, l’histoire de la houille est pleine d’enseignements, et le rôle immense que joue à notre époque travailleuse le minéral qu’on vouluit proscrire des villes il n’y a pas encore un siècle, mérite de fixer désormais l’attention.

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LES PAYS NOIRS

La Belgique. — Les bassins français. Transformations dues à la houille.

Les Des britanniques; les Indes noires. — L’Europe centrale et méridionale. — La bouille en Afrique, en Asie, en Océanie, dans l’Amérique du Sud et du Nord. — Réponse d’un voyageurà Fulton.

Toute contrée où la houille existe, où on l’exploite, est par cela même intéressante. Qui ne connaît, à ce propos, l’histoire de la Belgique? Ce petit royaume dont on u augmenté en 1830 la carte de l’Europe, déjà si bariolée, doit presque uniquement son importance à la houille. S’il occupe aujourd’hui un rang distingué parmi les nations, ce n’est pas qu’il pèse beaucoup dans la politique et dans les décisions des diplomates qui règlent l’équilibre européen (sa position topographique, sa faible étendue le relèguent au second plan), c’est parce qu’il marche après l’Angleterre, la Prusse et la France dans la production de ces deux grands agents de la puissance des États modernes, le charbon et le fer. Son industrie minérale, brillamment développée, lui a créé les relations les plus étendues sur le globe, et c’est surtout à la houille que la Belgique est t

redevable d’une aussi florissante situation. La nature, en créant le charbon, l’en a dotée à pleines mains.

Le bassin houiller de Belgique, développé entre Liège et

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Mons, en passant par Namur et Charleroy, s’étend de l’est à l'ouest sur une longueur de quarante lieues, et une largeur moyenne de quatre (carte 11). Ce ne sont partout que mines de houille, usines métallurgiques, ateliers de construction de machines; à chaque pas, se coupent, s’enchevêtrent les routes de terre, les canaux, les chemins de fer.

La faible étendue du bassin houiller est rachetée par le nombre considérable des couches, et par les replis plusieurs fois répétés qu’elles font sur elles-mêmes, ce qui en augmente la surface exploitable. Ces replis sont dus au soulèvement et à la compression des lits carbonifères par les roches éruptives, alors que le terrai u était en voie de formation, et que les couches, encore pâteuses, cédaient librement aux pressions qui agissaient sur elles. Elles ont obéi une à une, et jusque dans les plus minces filets, à cette action extérieure, sans se rompre, hormis en quelques points, tant était grande leur nature plastique. Les courbes dans les angles se sont produites sans aucune cassure, et sont toutes parallèles. C’est là un des exemples les plus curieux de soulèvement et de compression des dépôts sédimentaires (carte III).

Toutes les qualités de houille se rencontrent dans le bassin de Belgique; une variété est particulière à ce pays, c’est le jlénu (1), bon pour le gaz et la grille, et que les usines de Paris elles-mêmes recherchent. Le commerce divise les charbons en paillettes (2) et pailletteries , ou gros et moyens, en fines ou menus, et en tout-venant. Cette dernière dénomination s’applique à la houille telle qu’elle sort de la mine, sans triage, sans choix. Classées d’après les usages industriels auxquels elle sont propres,

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