‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 30 sur 70 · I . Lucrèce, De reriim î ratura, lib. V · texte numérisé non relu

I . Lucrèce, De reriim î ratura, lib. V

par tant de phases, et qui est toujours resté si délicat, dut être pénible au début ! Dans la cuve de pierre, formant le foyer où le minerai et le combustible étaient mis en présence, il fallut souffler l’air à force pour dompter la roche réfractaire qui composait le minerai de fer. Les courants d’air naturels, pénétrant librement par les ouvertures du fourneau, et auxquels on avait eu certainement recours dans les opérations précédentes, étaient ici insuffisants. Quel Tut le premier soufflet? Sans doute une outre tour à tour comprimée et gonflée, ou bien un tronc d’arbre évidé, dans lequel se mouvait un piston comme dans un corps de pompe. Ces deux moyens si peu puissants, restes de la primitive industrie de l’homme, sont encore en usage chez les Malais et chez les nègres de l’Afrique. Tandis que les Polynésiens en sont restés à l’âge de pierre, les Malais et les nègres ont à peine atteint le premier cycle de l’âge de fer, et en ont gardé les naïfs outils. On dirait que cela s’est fait à dessein, comme pour guider l’homme civilisé d’aujourd’hui dans l’étude si ténébreuse des commencements de l’histoire de l’homme.

Le fer, dans le fourneau, ne coula pas. Terrible perplexité ! Que fit alors le fondeur? Il prit la boule métallique, la battit à coups redoublés sur l’enclume, en exprima la scorie comme on fait sortir l’eau d’une éponge. L*e métal, remis au feu, fut ensuite soudé, forgé1. Désormais susceptible de nombreuses applications comme le bronze, il entra dans la famille des métaux usuels. Dans l'art de la guerre, grâce à ses qualités aciéreuses, il détrôna en partie son rival. Les épées, les dards, les lances, les

I. Et ceci est toujours le procédé qu’emploient non-seulement les Malais et les nègres, mais aussi les fondeurs pyrénéens, catalans, corses, bergamnsques, etc., depuis le temps immémorial où ilsontcommencéàtra«aiiler le fer.

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poignards, toutes les armes offensives se firent désormais en fer. Les boucliers, les casques, les cuirasses furent également fabriqués avec le nouveau métal, ou continuèrent à l’être en bronze. On ne découvrit pas de longtemps la fonte ou fer liquide; l’airain, pendant des siècles, garda le pas sur le fer pour certains emplois particuliers.

Faut-il, dans cette histoire des métaux, et arrivant au moyen âge, raconter le long rêve des alchimistes, qui ne songeaient à rien moins qu’à transmuter les corps les uns dans les autres, à faire de l’or avec du plomb, à changer les métaux ignobles en métaux nobles, comme ils disaient? Ce sont eux qui ont donné les noms des sept planètes alors connues, ou des astres supposés tels, aux sept métaux déjà cités, et fait usage pour les figurer de ces signes cabalistiques qu’ont conservés l’astronomie et la géologie. L'or, l’argent, le mercure, l’étain, le cuivre, le plomb, le fer, eurent ainsi pour parrains le Soleil, la Lune, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et Mars '. Ils étaient représentés par les signes correspondants : le cercle, le croissant, le caducée, le trait de foudre, le miroir, la faux, la lance avec le bouclier. Les deux premiers métaux étaient les métaux nobles, les aînés, les hauts personnages de la famille ; les quatre derniers, les métaux ignobles, vils roturiers. Le mercure était placé entre les deux séries comme le merveilleux dissolvant qui devait un jour changer tous les métaux vils en métaux précieux. C’était là le secret à trouver, la clef de la science hermétique. Mais l’histoire du grand œuvre nous entraînerait hors des bornes de ce livre. Laissons

1. Le nom du mercure, la pyrite que les minéralogistes nomment maritale, le chlorure appelé en pharmacie sel de Saturne, la précipitation connue en chimie sous le nom d'arbre de Diane, conservont encore les traces de la nomenclature des alchimistes.

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les souffleurs et leurs cornues, sans oublier toutefois que c’est à eux qu’on doit véritablement la chimie et la découverte de quelques nouveaux métaux, par exemple l'antimoine'.

Nous ne pouvons non plus passer sous silence, en parlant d'une époque qui ne fut pas aussi stérile qu’on le croit en grandes inventions, la découverte de la fonte ou fer carburé fusible. La fonte sert tout d’abord à couler des boulets et des canons, car la poudre aussi vient d’être trouvée. Les Anglais font les premiers usage des nouveaux projectiles, et essayent à nos dépens, vers le milieu du quatorzième siècle, sur le champ de bataille de Crécy, l'effet de ces terribles engins.

Franchissons les siècles. Le haut fourneau, géant de pierres et de briques, où l’on produit la fonte, est depuis longtemps en marche. Partout on le chauffe avec le bois ou le charbon de bois. Malgré des ordonnances sévères réglementant l’aménagement des forêts, on prévoit le moment, déjà prochain, où le combustible manquera. On a tenté, mais toujours vainement, des essais de fusion nu combustible minéral. Vers 1735, un maître de forges anglais, Abraham Darby, aidé d’un ancien berger, John Thomas, que le génie des inventions tourmente, trouve enfin le moyen d’appliquer la houille à la fusion du minerai. Coup sur coup l’art de traiter le fer, la sidérurgie, fait en Angleterre les plus étonnants progrès. Les fours à coke, pour l’épuration et la carbonisation du combustible fossile ; les fours à réverbère, pour l’affinage de la fonte; les laminoirs, pour l’étirage du métal en feuilles, sont successivement inventés. Les grandes usines prennent naissance, animées par les appareils à vapeur, que Watt

1. Les sels d'antimoine, surtout l'émétique, jouissent de propriétés qui ‘ont maigrir, de là le nom donné au métal.

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vient de compléter et de rendre définitivement pratiques. La méthode anglaise de fabrication du fer passe sur le continent, le progrès se poursuit. Pour économiser le coke, ou chauffe l’air lancé dans le foyer, et les gaz qui sortent du fourneau servent eux-mêmes de combustible. La France tient un rang glorieux dans le changement profond qui s’opère dans toute la métallurgie. Notre pays dispute victorieusement à l’Angleterre la découverte du marteau-pilon qui forge mécaniquement le métal.

La génération actuelle, apportant sa part dans ces transformations, voit naître à la fois les inventions de Krupp, de Bessemer, pour la fabrication en grand de l’acier. Ce nouveau fer, obtenu en masses considérables, change tout à coup l’art de la guerre, comme le roihvay et la machine à vapeur ont modifié les relations internationales. On a vu ailleurs que la houille avait lu première préparé ces grands phénomènes, que nous revoyons ici complétés par le' fer. Insistons sur le rôle que joue maintenant l’acier. Les fortifications littorales, les vaisseaux, s’en revêtent comme d’une cuirasse impénétrable; les navires de guerre y trouvent de plus l’élément de leur formidable éperon; enfin les nouveaux canons se font en acier, et la portée en dépasse toute limite. Mais les arts bienfaisants de la paix doivent aussi leurs plus magnifiques développements à la fonte, au fer et à l'acier. Aujourd'hui ces trois métaux sont partout; ils ont créé les roules nouvelles; ils ont remplacé le bois dans la construction des navires et dans celle des planchers et des churpentes; ils ont remplacé la pierre dans l’établissement des piles et des tabliers de ponts, des traverses de chemins de fer, des barrages et des écluses opposés à l’eau, des colonnes qui soutiennent les édifices. Bans le moulage, ils ont détrôné le bronze. Aucun outil , aucune urine n'existe plus que pur eux.

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L'urt des mines, l'agriculture, leur empruntent tous leurs iuslrumeuts. Ils forment les organes de toutes les machines, et composent même les mécanismes les plus délicats. Nous entrons dans une nouvelle phase de l’àge de fer, qu’on pourrait appeler l’âge de l’acier, phase qui sera glorieuse entre toutes, car elle verra certainement, sinon la disparition de la guerre, au moins celle du travail abrutissant du manœuvre ou de l’esclave que bientôt les machines feront seules.

Mais si les métaux usuels, surtout le fer, se trouvent tellement liés aux progrès de la civilisation, qu’on ne saurait désormais concevoir sans leur moyen l’existence d’une société policée, à leur tour les métaux précieux remplissent en ce monde une fonction qui ne saurait nous échapper. Non-seulement ils sont devenus, par suite de qualités exceptionnelles, la rareté, l’inaltérabilité, le poids, les représentants exclusifs des valeurs; ce sont eux aussi qui, dans tous les temps, par cette fascination qu’ils exercent sur l’esprit des foules, ont permis la colonisation des pays lointains. Sans invoquer ici ce qui s’est passé dans l'antiquité, à l’aurore des temps modernes, les deux Amériques , de nos jours la Californie et l’Australie , auraient-elles été si brillamment colonisées sans l’existence des mines d’or et d’argent? On sait quelles transformations miraculeuses ces deux métaux ont opérées dans tous ces pays, et il suilit en ce moment de le rappeler.

Précieux ou communs, les sept métaux des anciens sont encore les nôtres. Le plus indispensable de tous, le fer, est seulement passé par les phases d’où il est sorti si profondément modifié, celles de la fonte et de l’acier. En retour, comme si une acquisition devait se compenser par une perte, on ne connaît plus l’art de tremper et de forger le bronze.

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Les métaux découverts au moyen âge ou de nos jours : l’Antimoine, l’arsenic, le zinc', le manganèse, le nickel, le cobalt, le bismuth, le plutine, et tout récemment l'aluminium, ne semblent pas appelés au rôle glorieux de leurs aînés. Comme tant d’autres métaux que je ne cite pas, trouvés depuis Lavoisier dans le laboratoire, quelques-uns reconnus hier dans le soleil et bientôt après dans des substances terrestres, ils ne concourent qu’à des opérations pour la plupart chimiques, et à la fabrication de certains alliages. Trois d’entre eux seulement, le zinc, le platine, l'aluminium, s’emploient à l’état métallique dans quelques cas spéciaux. La civilisation pourrait au besoin se passer de tous ces métaux secondaires. Dans le monde de la minéralogie et de la métallurgie, ils sont comme les .petites planètes du monde astronomique : les savants seuls les connaissent, la foule ne les voit pas, ignore presque absolument leur nom. 11 n’eu est pas de même des premiers, si nécessaires aux besoins et aux progrès de l’humanité. On sait quel rôle marquant ils jouent dans la vie des peuples; on vient de voir que leur histoire compose en quelque sorte l'histoire même de la civilisation.

I. Soupçonné par les alchimistes, qui avaient donné à son oxyde, lilanc, léger, ténu, le nom de lana pliilosophica ou n il album. Les souffleurs, on le voit, faisaient peu de cas des philosophes, qui h leur tour le leur rendaient bien.

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LE LABORATOIRE DE LA NATURE

Les terrains de sédiment et d'éruptioD. — Origine des filons. — Théorie de Werner; objections de Humboldt. ■ — Erreur de Linné, — Retour aux idées de Descartes, de Leibniz, de Buffon. — Travaux de M. Élie do Beaumont. — La mer de feu. — Les émanations volcaniques, les eadx minérales et les dépits métallifères. — Les filons et l’hypothèse de Laplace. — Gites caractéristiques des diverses périodes terrestres. — Les placers; métaux qu’ils contiennent. — Sources ferrugineuses. — Truffes minérales. — La poésie et les filons.

L’eau et le feu, ces deux éléments des anciens, ont joué le principal rôle dans la formation de notre globe. Quand on examine les terrains dont est formée l’écorce terrestre, on voit que les uns s’étendent en masses plates, continues, divisées en bancs qui ont été de toute évidence déposés au milieu des eaux, car ils renferment entre autres fossiles des coquilles pétritiées. Tels sont les calcaires, les marnes, les argiles, les grès, le sel gemme, la bouille. (Carte I, fig. 3.)

D’autres terrains, à l’inverse des premiers, se présentent en masses abruptes, déchiquetées, irrégulièrement fendillées. La roche a un aspect vitreux, cristallin, ne renferme pas de fossiles. Émergée de bas en haut, elle s’est fait jour à travers les dépôts précédents qu'elle a violemment soulevés. Elle a subi l'action du feu, ou tout au moins d’une haute température. A cctle nouvelle famille

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