PLANCHE IV
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LE LABORATOIRE DE LA NATURE
appartiennent les granits, les porphyres, les roches volcaniques./Carte I, tig. 3.)
Les premiers terrains portent en géologie le nom tle sédimentaires ; les seconds sont les terrains éruptifs. On appelle aussi quelquefois ceux-là stratifiés, aqueux, neptuniens; et ceux-ci, par opposition, massifs ou cristallins, ignés, plutoniens.
La fonction des terrains éruptifs, en soulevant les dépôts sédimentaires, a été de jalonner sur des méridiens de hautes lignes de montagnes, et de donner à notre globe son relief actuel. Le rôle de ces terrains ne s’est pas borné là. Ils ont non-seulement redressé, mais encore disloqué les formations stratifiées ; ils y ont ouvert, souvent sur de trèslongues étendues, des fissures, des crevasses, de larges feutes, comme il s’en produit encore dans les tremblements de terre ou par l’éruption des volcans actuels. Enfin, le voisinage ou le contact des terrains ignés a changé jusqu’à l’allure et la composition des terrains sédimentaires, qui ont été profondément modifiés, transformés, et pour cette raison nommés alors métamorphiques. Dans ce curieux phénomène, certaines roches, comme les argiles, ont pris un nouvel aspect. Elles ont été comme cuites, sont passées à l’état lamelleux, schisteux. La couleur en est devenue lustrée. De nouvelles substances, le talc, le mica, ont été engendrées ou introduites dans la roche primitive. Ainsi se sont formés les schistes micacés, talqueux, etc., qui servent comme de passage entre les terrains éruptifs et les terrains sédimentaires restés intacts, et composent, quand ils appartiennent à la période ancienne ou primaire, ce qu’on appelle encore en géologie les terrains de transition.
f.’est à travers les feuillets des schistes, mais surtout entre les fentes ouvertes par les roches éruptives, que se sont principalement déposées les substances métalli-
LKS MINES I)E MÉTAUX.
ques qui constituent les filons. (Carte 1, lig. 1; carte 11, fig. 2). Comment s’est opéré le phénomène? Werner, ce mineur saxon qui, à la fin du siècle dernier et uu commencement de celui-ci, porta si haut le renom de l’école des mines de Freyberg, imaginait que toutes les substances contenues dans les filons provenaient des eaux de la surface. Cette hypothèse pouvait être acceptable pour expliquer l'origine de lu matière pierreuse, stérile, qui accompagne tous les dépôts métallifères, et que l’on nomme en français la gangue1. Elle donnait aussi les raisons de la structure rubannée et symétrique de certains filons (carte 1, fig. I et 2;carte II, fig. I ; carte III, fig. 3), et tous ceux de la Saxe présentent cette particularité1. Elle expliquait enfin à sa façon les accidents, les cassures des veines, ce qu’on appelle les failles ou rejets (carte II, fig. I ; carte III, fig. 1 et 2; carte V, fig. 2). Mois on avait peine à comprendre, en admettant la théorie de Werner, le dépôt lui-même des substances métallifères, dont on ne retrouvait plus nulle trace à la surface. Cette objection , la plus grave que l’on put faire aux principes du maître, n’avait pas échappé à ses plus illustres disciples : Ilurnboldt et Léopold de Buch dont s’honore l’Allemagne, et l’ingénieur français d’Au— buisson. Ilurnboldt surtout, dans ses mémorables voyages en Amérique, avait bien vite reconnu que tout en ce monde ne provenait pas de l’eau, que le feu avait joué un certain rôle dans la genèse de notre globe, et que, par un éclectisme raisonné, un naturaliste de bonne foi devait se résoudre à être en même temps et neplunieu et plutoniste. N’oublions pas néanmoins que Werner a posé les lois principales de la formation des gîtes mé-
1. De l'allemand gang, veine ou filon, prenant ici la partie pour le tout.
2. Ce qui faisait dire aux opposants de Werner que le professeur prétendait que Dieu avait créé le motulc sur le modèle de lu Saxe.
LE LABORATOIRE DE LA NATURE
tullifères; qu’il a démontré, par exemple, que ces gîtes ue consistent qu’en des fentes remplies après coup, ce qu’on n’avait pas deviné jusqu’à lui. Il ne faut pas perdre de vue que de sou temps encore, non-seulement les mineure, mais aussi quelques savants croyaient, comme les anciens, à une sorte de végétation, de reproduction souterraine des substances minérales. Le grand Linné lui-inème n’avait-il pas lancé l’axiome : Lapides crcscunt, les pierres croissent 1 ?
Il restait donc à modifier sur quelques points la théorie du célèbre Allemand, et surtout a expliquer d’une façon plus rationnelle le mode de remplissage des filous. Avant Werncr, les grands philosophes naturalistes, Descartes, Leibniz, Buffon, admettaient que les substances métallières étaient venues à l’état de vnpeurs du centre du globe, et montant de bas en haut, s’étaient condensées en chemin. C’est cette idée si naturelle qu’ont reprise presque tous les géologues modernes, ayant à leur tète M. Élic de Beaumont.
On sait qu’il est aujourd’hui démontré que la croûte terrestre s’appuie comme un radeau sur une sphère liquide, sur uuc mer de feu. En supposant le globe réduit au volume d’une orange, la peau du fruit représente l’écorce de la terre ; les rides, les montagnes et les vallées ; la chair, la mer de leu. Sous nos pieds est le grand laboratoire de la nature, dont les foyers sont toujours en activité. Pourquoi ne pas admettre que c’est de là que seront partis, lors des âges antédiluviens, les émanations métallifères? Celles-ci se seront déposées dans les fentes qui
1. Quelques personnes partagent encore aujourd’hui l’opiniun de Linné. C’est par suite de cette croissance de pierres, disent-elles, que le forum romain, et les temples d’Egypte et d'Afrique sont maintenant enfouis de plusieurs mètres sous le sol,
LES MINES DE MÉTAUX
constituent les liions, soit à l'état (le vapeurs, par voie sèche, comme dans les soupiraux des volcans ou les cheminées des fourneaux métallurgiques; soit à l’état de précipitations chimiques, par voie humide, comme dans les dissolutions de nos laboratoires.
Cette seconde hypothèse répond à presque toutes les objections, car elle explique en même temps la formation du minerai et celle de la gangue. L’eau portée à une haute température, et même à l’état de vapeur, aurait donc joué un grand rôle dans la formation des fdons. Ce qui se passe sous nos yeux dans les dépôts des eaux minérales semble autoriser cette explication. Ces eaux renferment beaucoup de principes terreux ou pierreux, salins ou métallifères, que souvent elles abandonnent en chemin. Comme les liions, elles sont ou voisinage des terrains éruptifs et remplissent des fentes antérieurement ouvertes; si bien qu’un savant ingénieur des mines, M. François, a pu, en appliquant à la recherche et au captage des eaux minérales les principes de la géologie des filons, augmenter considérablement le nombre et le débit des sources thermales de la France. Enfin, comme les filons, ces sources se rencontrent en pays de montagnes, vers des lieux généralement élevés, abrupts, de telle sorte que la carte des eaux minérales et celle des gîtes métallifères d’une môme contrée se confondent sensiblement. Les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, les monts d’Auvergne, les Cévennes, où toutes nos mines de métaux se trouvent concentrées, sont également célèbres par leurs stations thermales. Les noms d’Allevard, la Motte, Lucbon, pris au hasard dans les Alpes et les Pyrénées françaises, rappellent à la fois des noms de mines métalliques et des gisements d’eaux minérales (carte IX).
Les roches éruptives qui ont formé les fentes remplies