‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 33 sur 70 · LA FAMILLE DU FLR · texte numérisé non relu

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LE LABORATOIRE DE LA NATURE

cours d’eau, les vallées actuelles eu renferment également. Ils se rattachent quelquefois à d’immenses dépôts souterrains de sable, de cailloux roulés, d’argile, datant de cette époque que l’on a nommée en géologie le diluvium , et qui marque l'origine de la période quaternaire. Ces argiles, ces sables, ces cailloux roulés, souvent agglutinés ensemble, enterrés jusqu’à d’assez grandes profondeurs (cent mètres et plus en Californie, en Australie), proviennent de la désagrégation de roches en place, le granit, le quartz ou cristal de roche compacte, les schistes, etc., déjà métallifères. C’est généralement des dépouilles de ces gîtes que se sont enrichis les placers (carte XIII, fig. 1). Les vallées où ils se rencontrent sont en effet presque toujours dépendantes des montagnes que sillonnent les liions. Quelquefois cependant les placers semblent aussi avoir été parcourus par des eaux thermales dans lesquelles les métaux se trouvaient dissous à la faveur de principes alcalins, et sc sont ensuite déposés.

Les minerais contenus dans les placers sont, suivant les pays, l’or et le platine, à l’état natif, en poudre, en paillettes, en pépites' ; le fer oxydulé magnétique, en une poussière fine, attirable à l’aimant ; enfin l’étain oxydé, en petits cristaux plus ou moins déformés. L’oxyde de fer hydraté s'y rencontre également, mais n’est pas exploité. En retour il occupe, dans certains terrains d’alluvion, des places distinctes où il se montre en amas souvent trèsétendus, s’y présentant à l’état de grains ou de paillettes (carte V, fig. 1). C'est ce qu’on nomme dans les forges le minerai de fer d’alluvion ou mine en grains, par opposition aux mines en roche, et de montagne contenues en bancs réguliers dans tous les terrains de sédiment, et

1. Da l'espagnol pepita, pépin, petit noyau, parce (pic l’or des placers offre cet aspect. Les Anglais disent dans le même sens nvggets.

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dans des Filons qui traversent ces mêmes formations, surtout les plus anciennes (carte X).

L’intervention de sources ferrugineuses suffit à expliquer l’origine de presque tous les minerais de fer, quel que soit le terrain où on les rencontre. Dans le terrain jurassique, qui occupe le cœur de la formation secondaire, et qu'on a ainsi nommé parce que le type en est surtout développé dans le Jura, les bancs stratifiés de minerais ferrugineux sont très-répandus. Là dominent les variétés dites oolitiques et pisolitiques, qui ressemblent à des amas d’œufs de poisson ou à des pois agglutinés. On dirait que dans l’itge jurassique, les eaux des fleuves, des lacs et des mers ont été, à de certains moments, toutes saturées de fer. Dans la formation des minerais d’alluvion, les sources ferrugineuses n’ont plus rempli que des bassins très-limités, des lacs très-peu profonds, -mais le phénomène. a été encore le même; et les variétés que, d'après le mode de gisement, on nomme minerais des marais, des lacs ou des prairies, n’ont pas aujourd’hui une outre origine.

La formation du manganèse oxydé noir que l’on rencontre quelquefois nu voisinage de la surface, en véritables boules çà et là disséminées, ressemblant à des amas de truffes, est due aux memes causes que celle des minerais de fer. Ces tubercules minéraux ont évidemment été déposés par des sources chargées de principes manganésifères qui ont sillonné le terrain. C’est une des espèces les plus curieuses des minerais d’alluvion.

Nous venons de passer en revue les différents moyens (pie la nature a mis en jeu dans la formation des dépôts métallifères. Depuis la naissance même du globe, jusqu’à l’époque géologique que nous traversons actuellement, le travail est allé se modifiant, mais il a été en quelque sorte

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continu. On a pu voir combien les gîtes sont variés et multiples, et combien en même temps la loi de formation eu est simple. L’origine de ces dépôts n'ofl're plus rien d’anomal dans le domaine des faits physiques ; elle obéit à un petit nombre de règles que la science semble avoir définitivement établies. En outre, les filons sont comme les grandes réserves métalliques où viennent s’approvisionner les sociétés depuis les premiers temps de l’histoire. Ces réserves, malgré tout ce qu’on en a tiré, sont loin d’ètrc épuisées, et c’est ici surtout que se vérifient à la lettre ces vers du poète :

Le globe est un vaisseau frété pour l’avenir.

Et richement chargé....

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Lta minerai?. — Pépites d’or et de platine. — L’argent, le mercure, le cuivre, l'étain. — La famille du plomb, du zinc, de l'antimoine. — Les minerais d'arsenic, de cobalt, do nickel, de bismuth. — Le 1er et le manganèse. — Association des minerais. — Le gangues. — Mystère à expliquer.

Les minerais que renferment les filons sont des métaux natifs, et des combinaisons de ces métaux avec quelques corps simples ou composés, toujours en petit nombre, tels que l’oxygène, l’acide carbonique, le soufre, etc. Tous ces minerais ont ensemble un air de famille qui frappe dès la première vue. Ils ont un éclnt métallique prononcé, de vives couleurs, un poids spécifique très-grand, cristallisent en formes distinctes, toujours les mêmes pour chuquc espèce. Ce sont là autant de caractères qui contribuent à en trahir la nature et quelquefois la composition. Eu égard à l’importance qu’ils ont dans l’industrie, ils occupent le premier rang parmi les matières minérales; la beauté, l’éclat, leur donnent aussi la première place dans les collections, où ils vont de pair avec les pierres précieuses dont ils usurpent quelquefois le titre. Ce sont, on peut le dire, les véritables princes du règne minéral. Le fondateur de la minéralogie française, Haüy, les avait réunis eu une seule et brillante famille dans su classifica-

LA FAMILLE DU FER [Suite), LE MANGANÈSE.

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tion des corps inorganiques. Les gangues dans lesquelles ils sont contenus , enchâssés , sont elles-mêmes souvent cristallisées, et par des couleurs plus ternes, plus modestes, rehaussent la richesse de tons de leurs superbes alliés. Vouloir se livrer ici à une étude minutieuse de toutes ces substances métalliques, de ces joyaux de la nature, serait hors de propos; disons quelques mots seulement sur les plus utiles et les plus répandues.

Les métaux que l’on trouve à l’état natif sont ceux qui sont le plus inaltérables, tels que l’or, l'argent, le platine, le mercure, le cuivre. Les minerais d’or et de platine ne se rencontrent guère qu’à cet état, en pépites, en paillettes (pl. I, fig. 1,2, 4 et h). L’or est trop répandu et trop apprécié de chacun pour qu’il soit nécessaire de s’y arrêter. Le platine est moins exactement connu. Découvert pour la première fois sur les placers de l’Amérique, par les Espagnols, qui d’abord h; rejetaient comme inutile, introduit en Europe il y a un siècle à peine, il tire son nom de sa couleur1. C’est le plus inaltérable de tous les métaux; c’est aussi le plus lourd, car il pèse deux fois plus que l’argent. Nul acide ne peut l’attaquer, nulle température le fondre, hors celle du blanc éblouissant qui est de deux mille degrés.

Le platine se trouve associé, mais non ullié à l’or dans les placers, et ces deux métaux se rencontrent souvent en pépites, allant du plus petit volume, celui d’une tête d’épingle, à la grosseur du poing. Il est même des pépites aurifères, conservées dans les muséums, dont le poids atteint de quinze à trente kilogrammes, et qui par conséquent ont une valeur de quarante-cinq à quatre-vingt-dix mille francs, en comptaut l’or à trois francs le gramme.

1. Plalina, en espagnol, petit argent. Les mineurs l’appelaient aussi or blanc ou or femelle.

Quelle aubaine, quand on fait une pareille trouvaille ! Mais les cas en sont rares, et l’on cite les heureux chercheurs , les orpailleurs favorisés , auxquels leur bonne étoile a fait découvrir de si lourds et si riches lingots.

L’argent se rencontre, comme l’or et le platine, à l’état natif. Les variétés fibreuses et foliacées, dites filiformes et filiciformes (en fils, en feuilles de fougères), sont très-répandues dans les collections (pl. I, fig. 3). Plus souvent le minerai est une combinaison du métal avec le soufre, le chlore, l’iode, le brome, etc. L’argent a une grande affinité pour tous ces corps. Les minerais d’argent sulfuré, chloruré, ioduré, bromuré, sont simples ou combinés entre eux. L’argent à l'état de sulfure, porte le nom d'argent vitreux; quand il renferme de l’antimoine, sa couleur offre le rouge de l’orseille : c’est Y argent rouge. Le sulfure d'argent est aussi mêlé au plomb sulfuré ou galène (pl. III, fig. 1) dans des proportions assez grandes pour constituer un véritable minerai de plomb et d’argent. On en a toujours extrait, surtout en Europe, une très-grande quantité du précieux métal. L’argent chloruré porte, à cause de son aspect et de la façon avec laquelle il se laisse couper au couteau, le nom d’argent corné.

Eu Amérique, les tètes des veines d’argent sout souvent formées de matières ferrugineuses pulvérulentes, décomposées, noires ou rougeâtres, les colorados, les pacos, les negrvs ou negrillos, comme on les nomme au Pérou, nu Mexique, au Chili. Ces terrres contiennent généralement des accumulations d'argent énormes, à l’étal de chlorures, sulfures, etc.

Le mercure existe quelquefois à l’état natif, en petits globules. Son véritable minerai est le sulfure ou cinabre, vermillon naturel, d’une belle couleur rouge, souvent cristallisé (pl. I, fig. 6). Allié à l’argent, le mercure consli-

lue un amalgame natif dit mercure argentai, qu’on trouve dans quelques mines.

Le cuivre à l’état natif (pl. II, fig. 1) est répandu dans beaucoup de gîtes; surtout aux affleurements. 11 occupe aussi dans les filons des poches, des cavités, ce qu’on appelle des géodes, où il est ramifié en cristaux et en fils délicats. Les oxydules de cuivre, roses, irisées (pl. II, fig. 2), et les oxydes noirs, les carbonates bleus et verts, l’nzurite, la malachite (pl. II, fig. 3 et 4), sont des compagnons du cuivre natif. En profondeur, ils cèdent la place à la pyrite jaune ou panachée (sulfures doubles de cuivre et de fer) (pl. II, fig. 5 et 6). La première a la couleur du cuivre jaune ou laiton; lu seconde présente les teintes éclatantes et bariolées d’une plume de paon, d’où le nom de pavonazzo que les Italiens donnent à ce minerai. La pyrite panachée est moins répandue que la jaune. Il en est de même du cuivre sulfuré pur, simple combinaison de cuivre et de soufre, qui contient jusqu’à quatre-vingts pour cent de métal. Ce sulfure, d’un gris terne, est assez tendre pour se laisser rayer au couteau.

Un minerai de cuivre qu’il faut encore citer, est le cuivre gris, que les Allemands nomment fahlerz'. Outre le fer et le cuivre, il contient aussi de l’antimoine, de l’arsenic et de l’argent. On le fond pour en retirer le cuivre et ce dernier métal. Il est très-difficile à traiter, à cause même de sa composition multiple, et fait le désespoir des fondeurs.

L’étain, ce fidèle allié du cuivre dans le bronze, ne marche jamais de pair avec lui en minéralogie. Il ne se rencontre jamais non plus à l’état natif, et n’existe guère qu’à l’état d’oxyde cristallisé, d’un brun-chocolat (pl. IV,

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