‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 37 sur 70 · COUPE DU FILON DALMACRCRA · texte numérisé non relu

COUPE DU FILON DALMACRCRA

Mlll DAN» IA Mini OftltftvACION

l*rm*T dr Muwip |K|.Aÿnr| ■IprMrrparM ‘'mwiiin A ApiT« Pr • •••nlrt

Fig. 2

COUPe DU FILON D

PMIU DANt LAMINt VIAC

IVov*f dr Murrir ( dr«Mvr par 3i. S

il'Aprr*

ploite ces filons comme ceux des minerais métalliques. Le quartz est employé dans les verreries, les cristalleries, et lu baryte -(il est triste de le dire), sert à falsifier quantité de substunces, comme les blancs de plomb et de zinc, le sucre, l'amidon. Le grand poids, la couleur blanche et la faible valeur de cette pierre, la rendent malheureusement très-propre à toutes ces sophistications.

Mais les gangues sont souvent recueillies dans un but beaucoup plus louable, pour intervenir comme fondants dans le traitement métallurgique, c’est-à-dire faciliter la fusion. La fluorine est le fondant par excellence des minerais qui ont déjà une gangue quartzeuse; la silice, celui des minerais à gangue calcaire. 11 n’est pas jusqu’aux schistes eux-mêmes que traversent les filons, et qui sont des roches réfractaires, résistant parfaitement au feu, que l’on ne puisse utiliser, par exemple pour le revêtement intérieur, ce qu’on appelle la chemise, des foyers métallurgiques. Curieux assemblage que celui de toutes ces substances diverses qui semblent accumulées sur un même point pour s’eutr’aider un jour l’une l’autre. Est-ce une prévision de la nature, est-ce un pur effet du hasard? Et quant à l’existence même de ces filons, de ces minerais, qui présentent une composition si complexe, des allures si variées, et peuvent renfermer à la fois plusieurs produits utiles, qui donc soulèvera le voile? Qui nous dira si ces fentes profondes dont l'exploitation importe tant nu bonheur des sociétés, mais fait aussi tout leur malheur, ont été remplies à dessein au temps des grands cataclysmes géologiques, ou s’il n’y a là qu’un de ces phénomènes naturels si nombreux dont le but suprême nous est à jamais caché?

LES MINES DE MÉTAUX

LE MONDE MÉTALLIFÈRE.

l’europe et l’asie.

La Grande-Bretagne. — Mines erploi'ées dès le temps des Phéniciens. — La Suède et la Norvège. — La Belgique. — Les provinces Rhénanes. — La Prusse, le Harz, le Mansteld, la Saxe. — Les Germains, les Huns, mineurs et fondeurs. — La Gaule. — L’industrie du fer en France ; parallèle avec l’Angleterre. — L’Espagne. — Exploitation des Tyriens, des Carthaginois. — Le puits d'Annibal. — Les Romains, les Mores, les Espagnols. — Le Portugal. — L’Italie: Piémont, Modenais, Toscane, Etats de l’Eglise, Cdahre, Sicile, Ile d’Elbe, Corse, Sardaigne — Balzac et les Marseillais, fondeurs de scories. Les Étrusques, les Romains, les PLans, les Génois, les Anglais et les Allemands. — La Grèce et la Macédoine. — Chypre, l'Asie Mineure, la Judée, l’Arabie, la Perse, l’Inde, la Cochinchine, la Chine, le Japon. — Le pays des Scythes, la Sibérie, la Daourie, les gîtes de l’Oural. — Les Demidoff.

Maintenant que nous connaissons l’origine et l’aspect des gîtes presque aussi bien que les vieux mineurs, partons pour les pays de filons. Le voyage ne sera peut-être pas dénué d’intérêt. Dans la vieille Europe, par laquelle il convient de commencer, nous visiterons d’abord la Grande- Bretagne, non moins favorisée en gîtes métalliques qu’en mines de charbon. Partout les filons y sillonnent le sol. Voyez plutôt. On rencontre des mines de plomb argentifère en Irlande, en Écosse, dans Pile de Man, le Cornouailles, le pays de Galles, et la plupart des comtés du

LE MONDE MÉTALLIFÈRE. 349

centre et du nord, ceux d’York, de Derby, de Cumberland, de Durham et de Northumberland. Le minerai s’y montre dans le calcaire carbonifère lui-même. On trouve des mines d’étain, de cuivre, de zinc dans le Cornouailles et le Devonshire (carte V, fig. 2 et carte VII), les deux comtés métallifères par excellence, dont les exploitations n’ont jamais été suspendues et se poursuivent même sous la mer (fig. 100). Aussi les poètes ont-ils appelé le Cornouailles, auquel sa forme a valu son nom ( Cornu Galliæ ), une corne d'abondance. Le Derbyshire, le Cumberland, le pays de Galles, l’ile de Man, l’Irlande, renferment aussi du zinc. Le fer, à l’état d’oxyde, se trouve dans presque tous les comtés, notamment celui de Lancastre, et à l’état de carbonate dans toutes les houillères, au milieu même du charbon et du calcaire, qui sert de fondant au minerai. Je passe sur l’arsenic ou le manganèse et d’autres produits, comme le graphite, qui se rapprochent des minerais. L’or même ne manque pas à l’appel. Il a été récemment découvert dans le pays de Galles au milieu de filons de quartz, comme en Australie et eu Californie.

L’ancienneté de quelques-unes de ces mines se perd dans la nuit des siècles. Les gîtes du Coruuailles ont été fouillés dès les premiers temps de l’histoire, et c’est là, on le sait, que les marins de Tyr et de Sidon, et plus tard ceux de Carthage, venaient chercher le cuivre et l’étain. Le fer de la Bretagne était également renommé. César nous dit que les Anglais de son temps en faisaient même des monnaies; plus habiles, les Romains surent en forger des épées trempées avec art, et qui jouirent longtemps d’une sorte de célébrité.

L’industrie métallurgique de la Grande-Bretagne est loin d’avoir diminué depuis le temps des Phéniciens ou de

LES MINES DE MÉTAUX

César; elle n’a fait que progresser. Aujourd’hui, grâce à la houille, l’Angleterre est devenue la plus grande productrice de métaux du inonde entier. Les minerais dont elle n’a pas suffisamment, elle les achète, principalement ceux de cuivre. Pour elle la distance n’est rien; elle fera, s’il le faut, le tour du globe. Les minerais cuprifères du Maroc, du Gabon, du Congo, du Cap, de l'Australie, de la Bolivie, du Chili, de la Californie, du lac Supérieur, de l’ile de Cuba, de tout le bassin méditerranéen, sont exportés et l’on pourrait même dire exploités par l’Angleterre. A peine arrachés aux entrailles du sol, ils prenuentla voie de Swanson, 1a cité des grandes usines. S’ils ne sont pas assez riches, on les sépare par le triage et le lavage, on les purifie par une première fusion. A Coquimbo, sur la côte chilienne, j’ai vu ainsi les Anglais importer les procédés de leur pays. En traitant de la houille, on a montré que tous ces grands résultats étaient dus presque entièrement au charbon; il faut le répéter ici.

Aux mêmes latitudes que la Grande-Bretagne, la Suède et la Norvège méritent d’attirer nos regards, bien qu’à des titres différents. Là, au milieu de roches granitiques et schisteuses qui forment tous les reliefs du pays, sont les mines de cuivre de Fahlun, d’argent de Sala et de Kougsberg, de fer de Dannemora, puis des mines de nickel et de zinc. Fahlun, Kougsberg, Dannemora, sont toutes trois également renommées et visitées par de nombreux touristes. Sur quelques points, la profondeur, l’immensité des vides donnent le vertige; autour des mines, le paysage présente un caractère de rudesse et d’originalité saisissaut. Les gîtes de fer de la Suède sont surtout célèbres. Ici encore c’est pour l’Angleterre que travaillent les mineurs, et l’acier renommé de Scheffield ne doit toutes ses qualités qu’au minerai de fer magnétique Scandinave. Les Iles-britanni-

Fig. 100. Mme de cuivre cl d’êlain de la Providence, dans le Cornouailles, exploité sous la mer.

LE MONDE METALLIFERE.

ques, si abondamment pourvues de minerais de fer, n’ont pas cette variété précieuse.

Sur un point opposé de la mer du Nord se présente l’industrieuse Belgique, pays également métallifère. On y rencontre des mines de plomb à Vedrin, entre Namur et Charleroi, à Iluy, à Engis sur la Meuse, à Bleyberg sur la limite avec la Prusse rhénane; des mines de zinc à Iluy, à Engis, à Moresnet, à Corphalie, dans toute la province de Liège; c'est là qu’est la Vieille-Montagne. Enliu les minerais de fer se montrent en quantités considérables. La Belgique est avant l'Angleterre le pays qui proportionellemcnt produit le plus de fer. Elle exporte une grande partie de son minerai, et surtout celui du Luxembourg et d’Entre-Sambre et Meuse. La France, pour sa part, lui en emprunte plus de deux cent cinquante mille tonnes par an.

Le passage est naturel de la Belgique aux provinces Rhénanes (carte VIII). Tout le long de la fracture du Rhin, et aux flancs des montagnes qui limitent ses eaux ou celles de ses affluents, le prolongement des Vosges, le Tau nu s, le Hundrusk, l’Eifel, les monts de Wcstphalie, on rencontre différents gîtes métallifères. Les plus renommés sont ceux de mercure des Deux-Ponts, ceux de cuivre, de plomb et d’argent de Ilolzappel et Obcrnhof dans le Nassau 1 (carte II, fig. 1 et 2; carte III, fîg. 2), de l’Eifel, d’Eschweiller et Stolberg, près Aix-la-Chapelle, enfin ceux de cuivre, fer, plomb et zinc de Ramsbeck, en Westphalie, dans la Ruhr supérieure. Les sables du Rhin sont eux-mêmes aurifères et donnaient lieu jadis à de fructueuses exploitations, surtout dans les plaines de l’Alsace.

Avant de quitter la Prusse, disons qu’on y trouve uussi du zinc en abondance en Silésie, et du fer sur différents

1 . Exploités par les Romains, et repris sans interruption depuis le seizième siècle.

LES MINES DE MÉTAUX

points du royaume, entre autres dans le pays de Siegen (province Rhénane). C’est en partie avec ce fer que Krupp, le grand fournisseur de canons de toutes les tètes couronnées, fabrique ses aciers réputés. Il a établi sa fonderie mystérieuse, sévèrement fermée aux profanes, à Essen, sur le bord du bassin houiller de la Ruhr. C’est encore avec le fer de Siegen que se font les fumeuses lames de Solingen, dont les maîtres d’escrime et les officiers de cavalerie apprécient toutes les qualités.

La Prusse et l’Allemagne se donnent la main, au moins sur la carte, l’Allemagne aux provinces métallifères, la Saxe, le Mansfeld, le Rrunswick, le Hanovre (carte VIII). C’est dans ce dernier royaume que s’étend principalement le Ilnrz, l’ancienne forêt hercynienne [IJcrcynia silva), d'où ce district tire son nom1 , le Harz, aux monts élancés dont l'un des sommets, le Itrocken, rappelle aussi le pays des sorcières. Là se rencontrent Klausthal, Zellerfeld, Goslar, centres des mines et des fonderies. Les autres cimes du Harz, le Rammelsbcrg, l’Andreasberg, désignent de nouveaux districts métallurgiques, dont quelques-uns, comme celui du Rammelsberg, ont été ouverts dès le dixième siècle. Le fer, le cuivre, le zinc, le plomb, l’or, l’argent. l’arsenic sont exploités dans le Harz.

Dans le Mansfeld, au milieu de la Thuringe ou si l’on veut de la Saxe prusienne, sont des schistes cuivreux, argentifères, à empreintes de poissons, appartenant au terrain ancien. Ces curieuses mines sont travaillées depuis l’an 1200.

En Saxe, la chaîne de l’Erzgebirge, la montagne des mines, présente sur son liane septentrional les gîtes renommés de Freyberg (carte III, fig. 1), de Chemnitz, d’Al-

1. D'autres disent que le nom de Harz vient du vieil ullemand Hart, hauteur boisée.

FIIONS OC CUIVRE ETOE PLOMB ARGENTIFERE à Ubrmhof f.\

fU titkmi-Vo.io Librairie dr I.. HACHETTE et Cr à hn.

LE MONDE MÉTALLIFÈRE.

tcnberg. C’est là, comme dans le Hnrzet le Mansfeld, que l’art difficile des exploitations souterraines reprit naissance en Europe , dès le onzième siècle. Quelque temps avant la chute de l’Empire les traditions du métier s’étaient perdues. Les Germains, à qui était échue la mission de régénérer le vieux monde romain eu l’envahissant d’abord, remplirent leur rôle jusqu’au bout. Ils enseignèrent aux fils des Latins ce que ceux-ci avaient oublié, la pratique des excavations souterraines et la fusion des minerais. Comme au temps de Tncite, les Germains étaient restés mineurs. Une première fois les Romains avaient appris des Etrusques l’art d’interroger le sol et d’extraire par le feu le métal de la gangue. Les fils de Tyrrhénus, en émigrant en Italie, avaient emporté la connaissance de cet art de l’Orient, qui l’avait aussi transmis aux Égyptiens, aux Grecs, aux Phéniciens, aux Carthaginois. L’Orient, à son tour, l’avait tiré de l’Inde, ce berceau de tout savoir humain. C’est de ce point lumineux qu’ont rayonné toutes les sciences et tous les arts, soit que le premier homme les ait découverts de lui-même, soit qu’il en ait reçu le don en naissant. Le secret, une fois trouvé, ne se perd pas. On dirait que le vaincu le transmet au vainqueur, la nation qui tombe à celle qui la remplace ; ou bien, c’est le conquérant qui l’apporte du peuple conquis. Ainsi est-il des belles-lettres et des beaux-arts, des sciences pures et appliquées. Le progrès jamais ne s’arrête et l’essor de l’esprit humain est éternel.

Ce fut donc des Germains que l’Europe méridionale réapprit l’art de fouiller les mines; mais cet art s’étendit d’abord dans toute la Germanie, comme on vient de le voir, surtout dans le Mansfeld, le Ilarz et l’Erzgebirge. Les vieilles provinces de l’Autriche, la Bohême, la Hongrie, lcTvrol, l’Istrie, la Styrie, la Carinthie, étaient alors fa-

LES MINES DE MÉTAUX

meuses par leurs richesses minérales, et c’est même de là que l'impulsion a commencé dès le huitième siècle. La Styrie et la Carinthie, qu’on appelait la Norique, produisaient l'acier dès les premiers temps du monde romain. L’istrie avait des gites de mercure qui sont encore excavés à Idria. La Bohême et la Hongrie, avec leurs filons d’étain, de cuivre, d’or, tentèrent les Huns, qui ouvrirent dans ces pays de vastes exploitations toujours béantes, toujours activées par les descendants des (ils d’Attila. Enfin le Tyrol devint de bonne heure célèbre par ses mines et ses mineurs, et de nos jours, les Tyroliens forment encore bien des élèves en Espagne, en France, en Italie.

La Gaule, voisine de la Germanie, sut tirer parti comme elle de ses richesses minérales. En Germanie, c’était surtout le fer, au dire de Tacite ; en Gaule, c’était non-seulement ce métal, mais aussi le cuivre, l’or, l’étain, le plomb et l’argent qu’exploitaient les tribus indigènes. César, dans plusieurs passages de ses Commentaires, meutionue l’adresse des Gaulois à creuser des galeries souterraines pour attaquer ou se défendre, et celte adresse il l’attribue à l’habitude qu'ils ont du travail des mines. César cite les gîtes de cuivre et de fer de la Gaule. II aurait pu nommer aussi les gites d’or et d’étain, dont les anciennes excavations n’ont pas cessé d’être visibles, au pied des Cévennes et des Pyrénées pour l’or; sur les plateaux du Morbihan et du Limousin, pour ce métal et pour l’étain.

Tout autour de ce massif de basalte et de granit qui forme comme le cœur de la France, d’où descendent tous nos grands fleuves et qu’on nomme le plateau central (carte IX), les Gaulois exploitaient aussi des mines de plomb et d’argent dont les ruines existent encore. Les métaux, surtout l'étain, étaient portés aux embouchures de la Loire, où les Phéniciens, dans leur voyage vers

LE MONDE MÉTALLIFÈRE. 357

lu Brctague et les rivages de la Baltique, les chargeaient eu passant. Qui sait môme si les fameuses Cassitérides ne sont pas aussi bien les îles à l’embouchure de la Loire, l’Ile-Dieu, Noirmoutiers, Belle -lie, que les Scilly, appelées par nous les Sorlingues, perdues en plein Océan, vis-àvis le Cornouailles anglais fertile en naufrages? Plus tard, quand le commerce de Tyr et de Carthage passa aux mains des Grecs, surtout des Phocéens de Massilie, l’étain traversa la Gaule pour gagner Marseille, qui était devenue le grand marché des métaux de la Méditerranée.

Au moyen âge, au commencement des temps modernes, l’exploitation de nos mines fut continuée avec non moins d'ardeur que dans l’antiquité. Les seigneurs suzerains, les ordres religieux de l’époque féodale, entreprirent à leurs frais de grands travaux dont ils retirèrent d’énormes bénéfices. Au pied des Pyrénées, sur le versant français des Alpes, dans les Vosges, la Bretagne, tout autour du plateau central, notamment dans les montagnes du Lyonnais, du Forez, du Vivarais, dans les Cévennes, les monts Lozère, des exploitations s’ouvrirent qui récompensèrent amplement les chercheurs. L’argentier du roi Charles VII, Jacques Cœur, trouva dans cette industrie l’origine de l’immense fortune qui devait lui susciter tant de jaloux, et le perdre dans l’esprit de son maître.

Les noms de quelques-uns de ces anciens travaux sont restés significatifs: c’est Sainte-Marie-aux-Mines, Plancheraux-Mines, la Croix-aux-Mines, dans les Vosges, fouillées dès le temps de Dagobert et de l’orfévrc saint Éloi; ce sont les Coffres (du patois cobre, cuivre) dans l'Aveyron. Les lieux baptisés l’Argentière, Aurière, Ferrière, existent dans plusieurs départements. Enfin, les Pyrénées ont mérité des écrivains de la Renaissance, par l’abondance et la richesse de leurs gîtes, le surnom d’Indes françaises. L’exploitation

LES MINES DE MÉTAUX

«les mines «1e l’Amérique, qui fit baisser le prix «les métaux et entraîna les mineurs au loin ; la mauvaise administration de nos derniers rois, qui abandonnèrent la propriété des mines à des favoris iucapables ; une foule d’autres raisons, les guerres, la révocation de l’édit de Nantes, amenèrent peu à peu l’entier abandon de nos mines. Depuis une quarantaine d’années elles se relèvent de leurs ruines, et retournent insensiblement, une à une, vers cette période de prospérité qui caractérisait le passé. Les mines de cuivre de Chessy (carte III, lig. 4) et Saiubcl, près de Lyon ; celles de plomb et d’argent de Poullooueu et d’Huelgoët, dans le Finistère ; de Poutgibaud, dans le Puy-de-Dôme ; de Vialas, dans la Lozère; de l’Argentière, dans les Hautes-Alpes, sont entrées les premières dans ce mouvement, dont les résultats seront si glorieux pour notre industrie nationale.

Le plomb et l’argent ne sont pas les seuls métaux que nous extrayions aujourd'hui de notre sol. U y a encore, bien que sur une petite échelle, le ziuc, l’étain, le cuivre, l’antimoine, l’or. Quant au plus commun, mais au plus nécessaire de tous, le fer, la France le fournit heureusement en quantités si considérables, «jue l’Augleterre seule la devance dans cette production. On peut voir sur lu carte sidérurgique de France (X) combien notre pays est heureusement doté des mines de fer. Aucune variété ne man«iue, mines d’alluvion dans le Périgord, le Berry (dont les gites étaient déjà célèbres du temps de César), les Laudes, la Champagne; mines stratifiées dans la Comté, les Ardennes, la Bretagne; mines eu liions dans l’Isère, les Pyrénées. Certains de nos gites ont joui longtemps d’une grande réputation, ainsi les minerais de l’Ariége, de l’Isère, du Périgord , pour leurs aciers naturels ou leurs fers à fabritpier l’acier. Aujourd’hui que l’on produit à outrance l’indispensable rnétul, on ne s’en tient plus aux qualités

Los .Mmes (lr .Métaux

Cai'U'Ill

COUPES ()E GITES MÉTALLIFÈRES .

ASPECT OE Ç*U E LÇMJ E S FILONS RUBANES OC CAL I NC ARGENT l FC RC CT AUTRES MINERAIS

a - JV|/|A>«N. ( F-Wmt .Ifywft/É'1' ./<- i*UI«ec

• A-, A »<//L<v «*• fi*A e/c y b. ftw^/ic É/.Vmot* /h.ic/j, Ai»ye/

Fiç I

VUE tTUN CROISEMENT DE FILONS OE PLOMB ET OARCEMT •i I îj*r/<Taj>rc» Mr iwrwtxAll Hui-nt .

rg 4

COUPE DU CITE CUIVREUX DE CHESSY (RHONE) (f»|irr* Rlif ilr Rrjumonl

esiui» jar EA Thitru- Ven—.

Librairir dp I..I1AI HKTTF, rt ('***» P.tims,

'•!«*< j'iî

LE MONDE MÉTALLIFÈRE.

exceptionnelles de minerai, et toute pierre est bonne à traiter, dès qu’elle donne vingt-cinq pour cent de fer; muis nous n’avons pas, comme l’Angleterre, le combustible, le minerai, le fondant, réunis dans le même gîte et au pied môme des fourneaux. Nos usines doivent aller chercher au loin toutes les matières premières, et c’est là la seule cause d'une infériorité qui n’est qu’apparente. Dans nos fonderies, dans nos forges, comme dans nos houillères, nous sommes mieux outillés que nos voisins, nous ne sommes entachés d’aucuu vice originel, et si nous ne soutenons pas mieux la lutte, ou plutôt si nous n’avons pas la première place, c’est qu’il est impossible qu’il en soit autrement. L’Angleterre a tout reçu de la nature, qui s’est montrée fort peu prodigue pour nous.

De la France à l’Espagne, les Pyrénées, quand il s’agit de mines, ménagent la transition. C’est surtout pour les relations réciproques des gîtes métallifères, plus encore que pour celles des Français et des Espagnols, que le grand roi aurait pu dire qu’il n’y avait pas de Pyrénées. Les liions de fer qui se montrent sur le flanc septentrional de la chaîne, réapparaissent sur le flanc méridional et se continuent dans la sierra canlabrique, prolongement des Pyrénées dans les Asturies, le long du golfe de Gascogne. La Catalogne, la Biscaye, sont surtout célèbres par le travail de fer qui s’y exerce de temps immémorial. C’est là que se pratique encore la méthode dite catalane, aussi vieille que le monde, car elle doit dater du temps de Tubalcaîn, le grand forgeron de la Bible. Le soufflet qu’on emploie n’est pas ici une pompe ou une outre, c’est une trompe ou tronc d’arbre évidé, dan3 lequel descend un courant d’eau entraînant l’air dans son passage, et l’injectant dans la fournaise en travail.

Les monts des Asturies, non moins riches en fer que leurs

LES MINES DE MÉTAUX

frères pyrénéens, présentent aussi des amas considérables de zinc, à l’état de calamine et de blende, qui traversent la chaîne comme les gîtes de 1er les Pyrénées. J’ai vu ces mines, sur le versant méridional des monts Cantabres, dans la Vieille-Castille, fouillées à des hauteurs de plus de mille mètres. Là, au milieu d’un pays à moitié sauvage, sciné de prairies naturelles comme les flancs des Alpes, et comme eux visité de bonne heure par les neiges, des pointes ardues, déchiquetées, portent des noms sonores, orgueilleux, entre autres le pico d’Europa, qui marque sinon le point culminant de l’Europe, au moins celui de ces districts. La difficulté de l’accès, l'éloignement des centres populeux, ont retardé l’exploitation des gîtes sur ce versant des Asturies; mais de l’autre côté, celui qui regarde la mer, le travail s’est un moment poursuivi avec une véritable fureur et se continue encore avec beaucoup d’entrain. 11 y a dix ans, chacun avait sa mine de zinc dans les Asturies. En Espagne, en Angleterre, en Belgique, eu France, on ne parlait dans le monde industriel que des calamines espagnoles. Les minerais, chargés surtout à Santauder, sont dirigés sur la Vieille et la Nouvelle-Montagne, qui ont trouvé là un appoint que les gîtes de la Belgique et de la Prusse rhénane étaient insuffisants à leur donner.

Sur une autre partie de l’Espagne, dans les monts de la Sierra-Nevada qui recoupent les provinces de Grenade et de Murcie, et descendent à la mer vers Adra, Alméria, Carthagène, sont des mines de plomb et d’argent (carte I). Déjà célèbres au temps des Phéniciens et des Carthaginois, elles furent exploitées par Annibal lui-même qui en tira d’énormes richesses. Pline cite, et l’on montre encore le puits d’Anuibal. Les Romains, après les Carthaginois, les Arabes après les Romains, exploitèrent ces mines

LE MONDE MÉTALLIFÈRE. 361

avec ardeur. Le sol, à la surface, est criblé de vieux puits et parsemé de monticules de scories et de restes de fourneaux, témoins de ces antiques exploitations, dont quelques-unes sont plus de trente fois séculaires. L’Espagne, définitivement victorieuse des Mores, et découvrant presque aussitôt après l’Amérique, arrêta ces travaux. Le roi Ferdinand et ses successeurs, pour favoriser l'émigration vers leslointains pays que Colomb, Cortex et Pizarre venaient de découvrir, et pour donner tout leur essor aux mines des deux Amériques, firent fermer les exploitations ibériennes. L’économie politique obéissait alors à de singulières aberrations. Il n'y a qu’une quarantaine d’années que les mines de la Sierra-Nevada ont été reprises par de courageux chercheurs, et dès le premier jour elles ont donné, comme dans le passé, des résultats inattendus. Elles fournissent aujourd’hui encore le tiers du plomb consommé dans le monde, et une notable partie d’argent. Si ces deux métaux n’attiraient pas sur ces points presque uniquement l’attention, on pourrait citer aussi les mines de zinc, de fer, de manganèse, notamment celles du Cabczo de la mena ou curnp de la mine, dont les riches minerais alimentent les fonderies de Marseille.

Parallèlement à la Sierra-Nevada court la Sierra-Moreua qui traverse le nord de l’Andalousie et la province de la Manche, célèbre pour avoir donné le jour à don Quichotte. Sur le versant septentrional git la plus fameuse mine de mercure connue, Almadeu ou la mine, comme l’appelaient les Arabes, Almaden-del-azogue, comme disent les Espagnols1. Depuis trois mille ans cette mine n’a jamais cessé d’être en activité. Sous l’ancienne Rome un édit spé-

Page 1