‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 39 sur 70 · FILONS DE CUIVRE DU TERRICIO (TOSCANE · texte numérisé non relu

FILONS DE CUIVRE DU TERRICIO (TOSCANE

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LE MONDE MÉTALLIFÈRE.

inities de cuivre, de plomb, d’étain, de fer, d’antimoine, pourraient y titre non moins heureusement ouverts.

En regard de l’Espagne se profile l’Italie. Les gîtes du versant français des Alpes traversent l’énorme massif de schiste et de granit qui nous sépare de la péninsule, comme nous avons vu nos gîtes des Pyrénées réapparaître dans les mines ibériques. Ainsi les filons de plomb et d’argent du col de Tende sont sans doute en relation avec ceux de l’Argentière dans les Hautes-Alpes, ou ceux de Pezey en Savoie. Le Piémont (celte dénomination, bannie par la politique, peut se conserver quand il s’agit de mines), le Piémont, couché au pied des Alpes, comme l'indique son nom, est un pays fertile en gîtes de métaux. Le Val-Anzasca est renommé pour ses pyrites aurifères; la vallée d’Aoste pour ses pyrites de cuivre. Quelques-unes des mines des versants piémontaisse retrouvent en Suisse, par exemple dans le Valais, où l’on exploite le plomb argentifère. Les montagnes serpentineuses qui bordent le golfe de Gènes sont riches en minerais de cuivre, en ce moment trop négligés. Les montagnes du Modénois, contenant déjà les marbres de Carrare, présentent jusque sur le sommet de leurs pics les plus inaccessibles, des mines de fer, de plomb, de cuivre, d’urgent.

Les Alpes apuancs, voisines du Modénois, et formant la frontière nord de la Toscane, sont à leur tour parcourues par des veines de mercure, de fer maguétique, de plomb et de cuivre argentifères. L’argent surtout a été exploité par les anciens. Lu cité étrusque de Luna, dont les ruines existent dans le voisinage, au bord de lu mer, avait pour emblème un croissant, symbole de l’argent dédié à Diane. Le poète lutin Stace l'appelle Luna la métallifère. Au moyen Age, les mines de ce district furent le sujet de violentes disputes entre les seigneurs de la

LES MINES DE MÉTAUX

localité et la république voisine de Lucques. Celle-ci fiait par s’emparer des gîtes, et battit monnaie avec l’argent qu’elle en tirait. On voit, sur les crêtes qui couronnent les hauteurs, les restes de vieilles tours, refuges des combattants. Sous les Médicis, la plupart de ces mines furent de nouveau ouvertes. Quelques-unes, celle entre autres du Bottino, au nom caractéristique ( bottino , puits de mine), sont encore aujourd’hui en pleine exploitation.

Dans le centre et le sud de la Toscane, comme daus le nord, ou ne rencontre que districts métallifères. 11 faut surtout signaler, dans le centre, les mines de cuivre du Terricio, de la Castellina, et celle de Monte-Catini, près Vollerre (carte IV). Cette dernière a été connue dès l’époque étrusque; les propriétaires actuels en ont retiré des millions. Plus loin sont les mines de Campiglia. (carte V, fig. 3 et 4), sondées aussi par les Tyrrhéniens, et qui fournirent la plus grande partie du bronze employé par l'antique Étrurie; puis les mines si variées de la république de Massa-Maritima (carte XI), où le fer, le plomb, le cuivre, l’argent, l’alun, le soufre, furent exploités avec tant de suite au moyen âge, que ce petit Étal, dès le douzième siècle, eut la gloire d’être le premier pays de l’Europe pourvu d'un code de mines régulier. On l'appelait Massa metallorum ou Massa-les-mines pour le distinguer de son homonyme du nord, Massa-Carrara. En parcourant le pays, couvert aujourd’hui de maquis et ravagé par les fièvres, j’y ai compté les anciens puits par centaines et signalé partout les restes de vieilles fonderies '. Dans le Siennois, le G rosse tan , réapparaissaient les mines d’argent et de cuivre; enfin, avec les métaux déjà signalés, se montrent,

1. C’est dans ces mêmes districts, entre Massa et Monte-Catini, quo sont les fameux sof/ioni ou soulüards d’acide borique, dont un Français, M. Larderel, a le premier entrepris l’exploitation si avantageuse.

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dans le sud de la Toscane, le mercure à Selvcna, Pinn- Castagnajo, Castellazzara, et l’antimoine à Montauto et Pereta. Tous ces gites sont attachas au flanc occidental de l’Apennin, ou plutôt dépendent d’une chaîne littorale qui n’est que la continuation de celle du golfe de Gènes, et que les géologues de Pise, MM. Savi et Mcneghini, ont nommée avec raison la chaîne métallifère.

Les pays se suivent et ne se ressemblent guère. Alors que la Toscane est si riche, les États- Romains sont pauvres en mines métalliques. Ils ont au moins des solfatares et des mines d’alun renommées. Les Calabres sont plus favorisées et renferment des filons de fer et d’anciennes mines d’argent. Peut-être qu’une partie du métal qui a servi à frapper les médailles syracusaines, les plus belles monnaies grecques que l'on connaisse avec celles de Marseille, venaient des gîtes calabrais. Eu Sicile, il y avait aussi autrefois d’anciennes mines de métaux. Le pays ne vit plus aujourd’hui que de ses soufrières. Au reste, là où sont les brigands, là où manquent les routes, l’industrie ne saurait prospérer.

En face de l’Italie s’étendent trois autres îles que l’on ne saurait oublier : la Corse, française par la politique, et l’on peut dire par le cœur, mais italienne par la langue et la géologie; la Sardaigne, continuation de la Corse sur la mer, et l’ile d’Elbe, la plus petite des trois (carte XI). Elle n’est qu’un point à côté des deux autres, mais c’est la plus célèbre, au moins par ses puissantes mines de fer, exploitées sans interruption depuis trois mille ans. C’est toujours comme au temps de Virgile, et c’était déjà bien avant lui, le gisement inépuisable du métal :

Insula inethauslisChalybum generosa metallis1.

En Corse, en Sardaigne, le long de la chaîne qui des- I. Æntid., lili. X.

LES MINES DE METAUX

sine l’axe de ces deux îles et en arrête jusqu’aux contours, apparaissent des mines métalliques nombreuses. Au cap Corse, à Ersa, c'est l’antimoine; vers Ttastia, le plomb et le fer; vers Corte, le fer, le cuivre; près Calvi, l’argent. En Sardaigne, du nord au sud, et principalement dans la province d’Iglesias, voisine de celle de Cagliari, existent aussi de nombreux filons. C’est le fer, le cuivre, le manganèse, l’antimoine, mais surtout le plomb argentifère qu’on rencontre. A Correboy, Ingurtusu, Gennamare, Monteponi, Montcvecchio , — où passe un énorme filon courant sur une étendue de trois lieues, entre le granit et les schistes anciens, — les fonderies de Marseille ont trouvé un aliment inépuisable. Des industriels massaliotes ou génois, reprenant les vieilles scories qu’on trouvait cà et là dans l’ile en tas gigantesques, en ont aussi retiré l’argent par millions. Aujourd’hui cette industrie dure encore. Moins heureux que ces fondeurs improvisés, Balzac, notre fécond romancier, qui avait eu la même idée il y a trente ans, gagna inutilement la Sardaigne. A bord, il fit la confidence au capitaine de l’objet de son voyage. Le marin, un rusé génois, s’empara de l’affaire, mais ne réussit pas. Balzac était rentré avant lui les mains vides, désillusionné une fois de plus dans ces rêves de fortune qu’il devait poursuivre vainement toute sa vie. Des marchands, des industriels, reprenant, il y a dix ans, l’idée qu’un poète et un marin n’avaient pas su rendre pratique, devaient seuls la mener à bien.

Ces scories de plomb argentifère qu’on retrouve en tant de points de la Sardaigne, notamment dans le sud, à Villacidro et Domus-Novas, près des antiques fonderies, proviennent, dit-on, des Pisans et des Génois qui ont possédé l’ile au moyen âge. Avaut eux, les Phéniciens, les Carthaginois, les Romains y ont dominé et ont également

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