‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 41 sur 70 · I. HUt. nat.. lib. III, XXIII, XXVII · texte numérisé non relu

I. HUt. nat.. lib. III, XXIII, XXVII

LE MONDE MÉTALLIFÈRE,

daigne. Les disciples de Platon et d’Aristote étaient, il faut le croire, plus habiles dans la philosophie et la rhétorique que dans la métallurgie. Ces las de scories de la Grèce, comme ceux de la Sardaigne, renferment l'argent par millions. Ces minerais provenaient de mines indigènes, et c’est avec cet argent, comme avec le bronze de Chalcis', de Corinthe ou de Chypre, qu’ont été faits la plupart des objets d’art, médailles, monnaies, coupes, vases, statues, de l’ancienne Hellénie.

A l’égal de la Grèce, la Macédoine fut longtemps célèbre par ses mines. L’aimant naturel, en grec magnés , tirait sou nom de la province de Magnésie. Cette variété de minerai de fer mit la première sur la voie du magnétisme minéral, dont les propriétés mystérieuses devaient étonner si fort Thalès et ses disciples, et ne se révéler entièrement qu’aux physiciens de notre époque. Le moyen âge, il est vrai, trouva la boussole dans l’aimant naturel, mais borna là ses découvertes.

Les mines d’argent de la Macédoine étaient non moins réputées que les mines de fer. Quand Paul Émile conquit le pays, les Romains acclamèrent deux fois le triomphateur, pour l’annexion d’une nouvelle province à l’empire et pour la richesse des mines qu’elle renfermait. Peut-être que les gîtes d’argent sur lesquels mit la main Paul Émile, étaient ceux mêmes qui furent plus tard exploités nu moyen âge, à Siderocapso.

Aujourd’hui la Grèce et la Macédoine, mal gouvernées, ne produisent plus de métaux; il en est de même des îles à l’extrémité de lu Méditerranée, comme Chypre, l’ile du cuivre, qui ne sait peut-être plus où se cachent ses anciens filons. On peut encore en dire autant de toutes les

1 . D’où l’on a lait en grec le nom du cuivre, /a Xx<St, chalcos.

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mines autrefois fameuses de l’Asie Mineure. Le Pactole, qui arrosait ces contrées et traversait les États du roi Midas, est maintenant tari ou du moins ne roule plus de l'or. Les Turcs, qui exploitent quelques-unes des mines de l’Anatolie de même façon que leurs houillères (page 113), en tirent surtout du cuivre, notamment à Tokat, dans le Taurus. Le métal prend la voie de Trébizonde, d’où ou l'exporte à Marseille. Trop impur pour être employé directement, on l’y purifie, on l’y raffine, dans des usines de seconde fusion. La Judée, l'Arabie, furent de même autrefois le théâtre de vastes exploitations. Au pied du mont Siuuï on retrouve d’énormes tas d’anciennes scories cuivreuses. Aujourd’hui, devant les incursions des Bédouins, le désert s’est partout étendu, tous ces pays sont retournés à l’état presque sauvage; les habitants ignorent l’art d’en exploiter les mines, d’en fondre les minerais, et ne connaissent même plus les lieux qui furent témoins de la plupart des entreprises jadis si florissantes. On peut dire qu’ils ont perdu jusqu’à la trace des liions. Sur quelques points de la Syrie, on continue cependant à travailler le fer ainsi que le cuivre. On connaît l’acier de Damas. Dans l’antiquité, les Assyriens, les Babyloniens, surent eux-mêmes forger le métal. On a déterré, dans les ruines de Ninivc, un certain nombre d'objets en fer à moitié détruits par la rouille.

La Perse, l’Inde, la Cochincbine, la Chine, le Japon, ont aussi de tout temps fondu le fer, cuivre et d’autres métaux. L’acier de l'Inde est renommé. Les éclatantes et solides couleurs qui ornent les vieilles porcelaines des pays de l'extrême Orient, sont presque toutes métalliques. Comme alliages, on connaît les bronzes chinois et japonais, les gongs et les tam-tam sonores. Ces contrées emploient aussi le mercure et le zinc, qui sert de monnaie en Co-

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Fig. 101. — Intérieur de la mine de graphite de Balougol, dans les munts Sayan (Sibérie orientale).

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chinchine. Enfin l’or y est exploité, mais les mines d’argent y sont très-rares.

Terminons par le pays des Scythes cette rapide revue des mines de l’ancien monde. On dit qu’il y a au pied de l'Altaï les gîtes les plus anciennement connus. C’est aujourd’hui sur ces points que sont les mines de la Sibérie et de la Daourie, vers le fleuve Amour. Elles fournissent à la fois le cuivre, le fer, le plomb, l’argent et l’or. Les Kirghiz, les Kalmouks, les Tatars, ces descendants des anciens Scythes, continuent les exploitations ouvertes par leurs aïeux. C’est chez eux que le czar, par un reste d’habitudes barbares, envoie les malheureux condamnés politiques. C’est là aussi, à l’ouest du lac Baikal et de la ville d’irkoutsk, vers les frontières de la Chine, au pied des monts Sayan, que sont les célèbres mines de graphite de Batougol (fig. 101). Elles ont été découvertes et exploitées dès 1847, par un Français, M. Alibert, dont tout le monde a vu les élégants trophées aux diverses expositions industrielles, et dont les crayons, adoptés par tous les artistes, ont rétabli la réputation oubliée du graphite naturel.

A l’ouest de la Sibérie se dresse l’Oural, la chaîne aux flancs métallifères. Que l’on regarde l'orient ou le couchant, l’Asie ou l’Europe, l’Oural montre les mines par centaines; c'est le Pérou de la Bussie. Fertile en or, en fer, en cuivre, en platine, il est riche aussi en pierres gemmes. Autour d’Ekatherinebourg, vers le milieu de la chaîne, se trouvent concentrées quelques-unes des exploitations. C’est de l’Oural que la Bussie tire un fer si renommé, qu’il n’y a pas encore soixante ans, c’était le seul estimé eu Europe avec les fers de Suède; c’est de là qu’elle extrait le platine, caché dans dessables d’alluvion avec l’or. C’est dans l’Oural que la Russie trouve également ces fa-

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meuses malachites employées par la métallurgie pour eu extraire le cuivre, quand elles sont brutes, et dont les plus beaux échantillons ont été si heureurement adoptés par tous les arts décoratifs, la bijouterie, la joaillerie, l’architecture. H y a un siècle, de simples forgerons, les Demidolf, découvrirent ces gîtes. Le czar, en récompense, les leur abandonna. On sait ce qu’ils sont devenus, des princes cent fois millionnaires. Si l’exploitation des mines métalliques est souvent une loterie, il faut reconnaître qu’elle réserve parfois de bien gros lots aux heureux gagnants.

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l’amérique, i.’ocf.anie, l’afrique.

Les Glons et les montagnes. — Mines des Andes. — Le Chili. — La Bolivie.

— Le Pérou et le Cerro de Pasco. — Voyages du cuivre et de l'argent.

— Les États de Colombie — L’Amérique centrale. — Le Mexique. — Les Apaclics et les Comanches. — La Sonora et Raousset-Boulbon. — La région des placera. — Richesses de la Californie. — L’argent de la Nevada. — Le cuivre du lac Supérieur. — Les États de l’Atlantique. — La Cité impériale. — Le Canada. — Le Groenland. — L’ile de Cuba. — La Guyane. — Le Brésil. — Le Paraguay, l’Uruguay, la Plata. — Les mines au temps des Incas. — Du détroit de Magellan en Australie. — Les champs d’or. — Les métaux et la colonisation. — La Nouve'le-Zélandc et la Nouvelle-Guinée. — Banca et Malacca; l'étain des Détroits.

— Bornéo, les Philippines. — Le continent africain. — Mines littorales.

— Le Cap, Angola, Benguela, le Gabon, le Sénégal, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte, l’Abyssinie, le Mozambique. — Où est Ophir? — Madagascar. — Le code des mines malgache. — L’équateur métallifère.

Dans notre course à travers le vieux monde, il nous a été facile de reconnaître que les filons aiment les lieux élevés, et que c’est toujours aux flancs des hautes montagnes que s’attachent les veines métalliques. En France, c’est dans les Pyrénées, les Cévcnnes, les Alpes, que nous avons surtout rencontré les gîtes; en Espagne, dans les sierras ardues ; en Italie, sur les revers des Apennins et de la chaîne littorale ; en Angleterre, à travers les rocs dénudés du Cornouailles; en Allemagne, dans les monts du Ilarz, de la

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Saxe, de la Hongrie, du Tyrol ; en Russie, dans la chaîne ouralienne et ses contre-forts. Là se cachent, là gisent les richesses minérales naturelles, et ce, conformément à la théorie aujourd’hui presque partout admise, qui rend solidaires les unes des autres l’apparition des roches éruptives, les soulèvements des chaînes de montagnes et les émanations métallifères. La nature semble avoir voulu faire payer à l’homme le prix de ses faveurs, en rejetant presque toujours les fdons vers les lieux abrupts et déserts.

Eu Amérique ces principes se confirment avec éclat, et ressortent de toute évidence sur une échelle grandiose. C’est autour de la ligne des Andes (carte VI), de la Terrede-Feu au détroit de Behring, et jusqu’à cinq mille mètres de hauteur, que courent les mines de métaux. Toute la chaîne est métallifère. La composition seule des filons varie suivant les lieux qu’on examine, les émanations ayant elles-mêmes varié avec le point du foyer central d’où elles sont parties, et l’époque où elles ont .eu lieu. Mais partout la présence des métaux a donné lieu à de vastes exploitations, et presque toujours à une colonisation des plus rapides.

Au Chili, l’or, le cuivre, l’argent ont amené les populations vers des districts jusque-là abandonnés et sauvages. Sur le Pacifique, Copiapo, lluasco, Coquimbo (carte XII), doivent leur naissance aux mines, qui ont contribué aussi à leur développement commercial. L’argent a créé les deux premières de ces villes, le cuivre la dernière. Au cœur même du désert d’Atacama, — une plaine de sables brûlants, le Sahara de ces contrées, qui sépare le Chili de la Bolivie, — se sont avancés les chercheurs. Ces hardis catcai/ores ' regrettent aujourd'hui le temps légendaire où les

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