‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 42 sur 70 · De l’espagnol calear, chercher · texte numérisé non relu

De l’espagnol calear, chercher

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placers produisaient dos pépites si grosses, qu’on pesait l’or à la romaine. Sur les plateaux où s’égarent les mineurs, et où bien des gîtes restent encore en partie inconnus, la plupart des exploitations fournissent depuis longues années les plus riches produits. On en a tiré aussi et l’on en tire encore, à la grande joie des savants, toute une série d’espèces nouvelles dans la famille des minerais.

En Bolivie, sur les plus hauts sommets des Andes, sont des mines fameuses. Près de Chuquisaqua ou la Plata est Potosi, dont le nom est resté proverbial, et qui, depuis l’époque de la conquête jusqu’à celle de l’émancipation, c’est-à-dire pendant deux siècles, a fourni en argent massif six milliards de francs à l’Espugne. Eu Bolivie, les entrailles des Andes recèlent partout le blanc métal, de là le nom de la Plata ou l’Argent que les Espagnols avaient donné à cette province et à sa capitale, et qu’elles conservaient encore , quand elles empruntèrent l’une au grand Bolivar, le héros libérateur, l’autre au général Sucre, les noms qu’elles portent maintenant. La république voisine dont la capitale est Buenos- Ayres, détachée comme la Bolivie de la vice-royauté du Pérou, ne voulut pas laisser perdre un baptême de lion augure et le garda pour elle. Elle a aussi des mines d’argent et nous les retrouverons dans notre grand périple autour des deux Amériques.

La plupart des mines de la Bolivie, travaillées jadis si ardemment, sont aujourd’hui abandonnées. Nous aurons à déplorer le même fait au Pérou, dans l’Amérique centrale, au Mexique. L’approfondissement des travaux, l’affluence des eaux souterraines, et il faut bien le dire aussi, la fréquence des luttes intestines, ont fait déserter une partie des mines de l’Amérique espagnole. Le mal s’est fait sentir dès les premières années de ce siècle, c’est-à-dire dès l’époque où ont commencé les guerres de l’Indépen-

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dance. L’appauvrissement des gîtes en profondeur a été quelquefois invoqué comme cause de ces abandons successifs; il l'a été presque toujours sans raison.

La Bolivie ne renferme pas seulement l’argent, l’or y existe sur de nombreux placers ou veneros , par exemple dans la vallée de Tipuani, l’un des affluents de l’Amazone (fi g. 102). L’étain se rencontre aussi en abondance dans des sables d’alluvion, enfin le cuivre, en grains, en rognons, en plaques métalliques, dans des grès rouges, à Corocoro, près la Paz. Le minerai provenant de ce gîte, la baril/a, comme on le nomme, est bien connu des fondeurs, et le métal bolivien apprécié sur tous les marchés. On l'a trouvé quelquefois mêlé d’argent natif.

Avançons. Voici le Pérou, la terre chérie des Incas, qui nous offre ses trésors. Dans le sud est Huantajayo avec ses vieilles mines d’argent. Non loin, Iquique, dont les exploitations des nitricres naturelles ont fait vivre ce pays, quand les mines de métaux ont été abandonnées. Au centre est Iluancavelica, où de riches mines de mercure ont été longtemps fouillées. Le vif-argent est indispensable nu traitement des métaux précieux , et la nature semble avoir comme à dessein réparti sur plus d’un point les mines de mercure à cùté de celles d'or et d’argent1.

A la latitude de Lima, la ville des rois, l’ancienne capitale des fils du soleil, se dresse Cerro de Pasco, le pays des mines d'argent, sur un plateau élevé des Andes, à près de quatre mille cinq cents mètres d’élévation. Ces gîtes ont été non moins activement exploités que ceux du Mexique

l. Le traitement métallurgique que l'on fait subir aux minerais d’or et d’argent se résume presque toujours dans la formation d’un amalgame, combinaison solide de mercure et des métaux précieux. Le départ du mercure s'obtient par distillation dans une cornue; les métaux précieux restent en un gâteau au fond de 1 appareil.

Die

Fig. 102. — Placera aurifères de la vallée de Tipuani (Bolivie) , d’après une aquarelle de Deherrypon.

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et de la Bolivie ; ils le sont encore aujourd’hui. Mais les guerres civiles ont été aussi funestes mi Pérou qu’à toutes les républiques espagnoles. Cerro de Pasco est loin do présenter l’animation du passé. Une partie de ses mines est inondée ; on n’en exploite plus que les déblais ( los desmontes). Ces déblais, à peine tachés de particules métalliques que les anciens n’avaient pus daigné recueillir, qu’ils avaient rejetées autour de la mine avec la matière tout à fait stérile, sont aujourd’hui soigneusement triés. Les Anglais , qui sont partout où il y a un shilling à gagner, sont venus vers ces mines avec leurs procédés, leurs machines, et ils ont réussi à redonner à quelques-unes des exploitations la vie et la splendeur d’autrefois.

Le voyage de Lima à Pasco est long et pénible. 11 faut franchir les Andes, à pied ou à dos de mules, ou bien porté par les Indiens, s’élever à des hauteurs telles qu’on y perd le souffle par la raréfaction de l’air'. Les tempêtes y sont redoutables. Le trajet dure plusieurs jours. On traverse les puncis, plateaux glacés ; on couche dans les tambos , sorte d’abris communs ou caravansérails, qui remontent au temps des Incas. A Cerro de Pasco, voisin de l’Équateur (environ 11“ de latitude sud), les vêtements de laine sont indispensables. La moyenne de la température annuelle est de six à huit degrés centigrades ; le thermomètre monte jusqu’à douze. Comme sur nos plus hautes cimes des Alpes, la végétation est rabougrie. Les oraugers, les dattiers, les caféiers, les bananiers, tous les

1. Le malaise particulier qu’on éprouve alors porte, dans toute l’Amérique espagnole, le nom de soroche. Les Indiens l’attribuent à des émanations de filons antimonifères (antimonios) à travers les roches des Andes. Il n’est pas besoin d’aller chercher des raisons si loin ; c’est le même phénomène physiologique que celui auquel on est sujet dans une ascension en ballon au délit de quatre à cinq mille mètres.

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arbres luxuriants des tropiques, couverts de feuilles, de tleurs et de fruits, et «pii embellissent les jardins autour de Piscoet de Lima, ont disparu bien avant le Cerro. Quelques pauvres graminées sont les seules plantes naturelles de ees sites élevés'. A l’horizon se dressent les dernières cimes des Andes, couvertes de leur éternel manteau de neige et de glaciers (fig. 103).

Descendons sur les rivages du Pacifique, où l’on jouit d’un climat plus heureux. Là se dressent les îles Chincha, au guuuo fertilisant, mais non inépuisable. Les oiseuux marins, les cormorans, les pélicans, les pingouins, qui se gorgent de poissons dans ces parages, comme leurs frères antédiluviens, fabriquent encore quelques bancs de ce précieux fumier. Le Pérou néanmoins, qui tire de l'exploitation de ces étranges gîtes la plupart de scs ressources en argent, fera bien de songer pour l’avenir à d’autres moyens de revenus. En attendant, c’est toujours le guano, et à Iquique le sel-uitre, que les'uavires à voile du commerce vont chercher dans ces eaux. Les steamers anglais, qui font régulièrement le trajet entre les derniers ports du Chili et Panama, chargent eu passant, à Pisco, quelques sacs de sucre, et à Callao, le port de Lima, récemment bombardé par l’Espagne, les lingots d’argent, la plata piha, comme on les appelle de leur nom castillan. Ou les descend religieusement, un à un, à fond de cale, devant les passagers curieux. Quelques lingots portent inscrits le lieu de la provenance, un nom d’usine ou de simples lettres initiales. La couleur est d’un blanc grisâtre,

1. La ville renferme quinze mille habitants, presque tous mineurs et fondeurs. On se chautfe avec de la fiente de lama (le chameau de l’Amérique australe), des mottes de gazon tourbeux, ou du charbon de terre extrait des mines avoisinantes. Les fonderies d’argent emploient presque exclusivement le combustible fossile.

Fig. 103. — Le Cerro de Pa*co (Pérou), ou soûl les mmes d’argent.

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terne, sale; l’aspect, grenu, poreux; mais nul ne s’y méprend, et les soins dont on entoure les lingots, la ponctualité avec laquelle le purser ou comptable du boni les inscrit sur sou registre, suffiraient au besoin pour témoigner de leur valeur. Le chargement terminé, métal et voyageurs, continuant leur route vers l’Isthme, prennent la voie de l’Angleterre, ce grand centre vers lequel converge tout le monde colonial.

Comme le Pérou, la Bolivie et le Chili expédient leurs métaux précieux à Southamptou, Liverpool et Londres, par la route rapide de Panama. Le cuivre prend celle du cap Ilorn. Moins noble, de moindre prix que l’argent, il ne voyage pas à la vapeur, mais à la voile ; les traversées trop coûteuses lui sont interdites. El puis les fondeurs seuls l’attendent, et non les financiers, les banquiers, les Etats; s’il est en retard ou en avance, c'est un peu de hausse ou de baisse sur le cuivre seulement; il n’y a que les chaudronniers qui s’en émeuvent. Si l’argent manque au contraire, c’est souvent une crise qui en résulte; et s’il arrive à temps, c’est comme une rosée bienfaisante qui vient ranimer les affaires.

De Callao à Panama, nous saluons l’Équateur et sa belle rivière de Guayaquil, puis la Nouvelle-Grenade, naguère réunie à la République équatoriale avec celle de Vénézuela. Le nom de Colombie que portait la Confédération des trois États, outre celui de les réunir fraternellement, avait l'avantage de rappeler le nom du grand découvreur de l’Amérique. Dans les États-Unis de Colombie nous ne trouvons aucun gîte remarquable, hors celui de platine de Choco, sur le Pacifique, près du port de Buenaventura (Nouvelle-Grenade). 11 fut un temps où les placers [lavaderos) de ce pays donnaient aussi de l’or en abondance. Dans la province de Panama, se rencontrent partout

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dos mines aurifères, jadis fouillées par les Indiens. Ceux-ci travaillaient même le métal comme orfèvres et bijoutiers. Aujourd’hui ces mines ont été reprises par quelques hardis exploitants. Les gîtes sont surtout disséminés autour de Chiriqui, à la limite de la provincede Panama et de l’État de Costa-Rica (Amérique centrale). Dans cette dernière région, les États de Nicaragua, de Honduras, nous offrent des mines d’or et d’argent intéressantes, qui tentèrent les Espagnols lors de la conquête, et qui ont récemment fixé l’attention de puissantes compagnies européennes.

Nous voici maintenant au Mexique dont les sierras, courant du sud-est au nord-ouest, recèlent les métaux. Les États de Cuanajuato, Gnadalajara, Zaeatecns, sont les plus riches en argent de tout l’empire, dont ce métal a créé les grandes capitales. Les célèbres mines de Valeuciana, Realdel-monte, Pachuca, lteal-del-oro, et tant d’autres, ont fourni des milliards. A Guanajuato, passe la V eta-madre ou veine-mère, à Zaeatecns, la V eta -grande ou grandeveine, deux des plus puissants filons du monde, que l’on peut suivre chacun sur une longueur de quatre lieues. Ce sont comme d’immenses murailles de quartz, de six à quinze mètres d’épaisseur à la surface, de trente à soixante en profondeur, enfoncés dans les calcaires, les porphyres et les schistes, et qui servent de gangue à de nombreux minerais. Le Mexique, malgré ses troubles continuels, a toujours été celle de toutes les républiques espagnoles qui a produit la plus grande quantité de métaux précieux. Le mercure, l’étain, le fer, le plomb, le cuivre, le graphite, le charbon, se trouvent non moins abondamment répandus dans ce vaste pays, que sa position heureuse et les richesses de son sol avaient fait nommer par Cortez la Nouvelle-Espagne.

A la limite nord de l'empire mexicain est la province de

Les .Mines de Métaux

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Chilitiahun, où abonde aussi l’argent, mais où le désordre domine. Les Apaches, les Comanches, tribus sauvages, ennemies entre elles, mêlent leurs dévastations à colles des bandits et des guerrillas. L'industrie ne prospère guère au milieu de tous ces troubles sans cesse renaissants, et cependant on revient toujours à l’exploitation des mines, tant elles sont riches et payent avec usure les mineurs. Les placers eux-mêmes abondent, et les Indiens, à défaut de plomb, usent les pépites sur une pierre pour les arrondir, eten faire des chevrotines ou des grenailles qu’ils chargent dans leurs carabines. Indiens et Mexicains se font continuellement la guerre. Les Mexicains, presque toujours vainqueurs, condamment les prisonniers aux mines, du moins au cassage du minerai (lig. 104).

Entre le Chihuahua et la mer Vermeille (golfe de Californie), est la Sonora, où l’on trouve l’or, l’argent, le mercure, mais où dominent presque purtout dans l’intérieur les Apaches cruels qui scalpent sans pitié les mineurs. La Sonora! c’est ce pays qui avait fixé les regards du brave Raousset-Boulbon, dans scs expéditions aventureuses, quand il voulait opposer une barrière française, latine, à l’envahissement anglo-saxon des Yankees. 11 ignorait, le noble cœur, que l’on ne saurait aller contre les lois de ce monde. La Sonora l’attirait. On lui disait qu’il y avait là des mines d’argent massif, et qu’elles étaient si abondantes, que les Indiens faisaient des balles de ce métal, non moins qu!avec les pépites aurifères; que le mercure s’étendait partout eu lacs; que les ruisseaux roulaient des pierres d'or. Quels appâts pour les futurs colons ! Lui, qui ne rêvait que la conquête et la civilisation du pays, s’était avancé hardi, confiant. Après des succès militaires et des aventures qui tiennent du roman, il fut pris les armes à la main. Son idée, que depuis une haute

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personnalité a voulu sans plus de succès remettre à exécution, n’était point approuvée du Mexique. 11 fut lui aussi condamné à être fusillé ; sa fin fut celle d’un héros.

Au nord de la Sonora s’étendent la Californie, l’Orégon, le territoire de Washington, enfin la Colombie britannique. Tous ces pays forment le vaste domaine des placées, les régions préférées des chercheurs d’or. Depuis Cortez qui découvrit la Basse-Californie, et dont les navires mouillèrent leurs flancs aux eaux de la mer Vermeille, l’Espagne avait appelé Y Eldorado ou le pays doré ces lointains rivages du Pacifique. Le nom venait des Aztèques euxmêmes, comme s’ils avaient deviné ce que ces contrées devaient être un jour. L’heure venue, cil 1 848, quand les États-Unis, par un trait de plume, eurent obtenu de la république du Mexique, désormais incapable de les coloniser, ses provinces les plus éloignées, la Haute- Californie, le Nouveau-Mexique, le Texas, l’or fut tout à coup trouvé. C’était en Californie, sur un affluent du Sacramenlo. On sait ce qui advint, et comment le monde entier, appelé libéralement à profiter de cette grande découverte, envoya vers le pays de l’or tout un peuple de hardis émigrants.

Les commencements de la colonisation furent des plus tumultueux, des plus difficiles. Ce n’étaient pas toujours d’honnêtes travailleurs qui étaient accourus. Les convicfs échappés d’Australie, les farouches squatters venus des derniers États américains du Far-tV \ est, les rowdics vomis par New- York, l’écume des populations rejetée par le monde entier, semèrent partout l’alarme. Le revolver et le couteau décidèrent souvent toutes les querelles. Les comités de vigilance et la loi de Lynch durent s’établir en permanence contre les assassins, les voleurs et les incendiaires. Alors seulement le calme se fit. Les bandits,

»>g. 104. — Prisonniers apartés condamnés aui mines dans le Chihuahua (Mexique).

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frappés de terreur, s’enfuirent, et le travail, le dur travail des mines, devint comme une salutaire épreuve pour tous. C’est ainsi que le pays de l’or s’est bien vite transformé en un pays modèle, et que la culture des champs et des forêts s’y est développée de la façon la plus heureuse et lu plus inattendue, en même temps que l’exploitation du sous-sol.

Parcourons cette belle Californie. Le long de l’océan Pacifique s’étend une côte semée de havres que visitent les navires de commerce de toutes les parties du monde et jusqu’aux baleiniers (carte XIII). 'La ligne du rivage se déroule sur les eaux, presque droite, en coupant les méridiens sous un angle nord-ouest. Vers le milieu de cette ligne s’ouvre la baie de San-Francisco, si vaste que toutes les flottes du monde y tiendraient à l’aise. Elle ne communique avec la mer que par un étroit goulet, poétiquement nommé le Golden-Gate ou la porte d’or. Les comtés du littoral, outre la pêche et le commerce, se livrent aussi à l’agriculture. Dans le sud, on produit des vins renommés, frères de ceux de Champagne et de Bordeaux, mais dont la rivalité n’est point à craindre pour nous, à cause de la distance. Dans le nord, on cultive le blé, le maïs. La terre a partout récompensé avec usure les efforts des colons, et ces pays vierges ont rendu la semence au centuple. Le jardinage a fourni aussi les produits les plus variés et les plus abondants. Eutin les forêts renferment des essences appréciées, surtout ce beau sapin rouge de Californie, si recherché dans tout le Pacifique.

Une chaîne, le Coast-Range, de même direction que la côte, parcourt les comtés agricoles. Les comtés miniers sont traversés par le Sucramento et le San-Joaquin, deux fleuves qui offrent le singulier phénomène d’être de cours opposé, symétrique, et de jouir de la même embouchure.

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L’un, le Sacramento, vient du nord, l’autre, le San-Joaquin, du sud. Ces fleuves et tous leurs affluents, échappés aux flancs de la Sierra Nevada, qui limite à l’est l’État de Californie, sont de véritables Pactoles; ici le mot peut se dire sans figure de rhétorique. C’est sur l’un des affluents du Sacramento, la rivière Américaine {American Hiver), que l’dr a été la première fois découvert, dans le mois de janvier 1848 (carte XIII). La pépite fut trouvée àColoma, sur la scierie d’un colon helvétien, M. Sutter, ancien capitaine d’un régiment suisse de Charles X. Eu 1830, il avait émigré de France aux États-Unis, puis s'était définitivement fixé en Californie, sur les bords du Sacramento, aux lieux mêmes où est aujourd’hui la ville qui porte ce nom.

On suit ce qu’a été pour le pays de l’Eldorado l’exploitation de l’or, la cause d’une colonisation brillante, complète, si bien que plus d’un grand État de l’Europe trouverait maintenant de quoi envier à ce pays. Les placers s’étalent partout dans le bassin du Sacramento et du San- Joaquin. Les filons sillonnent tous les contre-forts de la Sierra. L’or qu’on a retiré de ces gites, répandu dans la contrée, a permis d’entreprendre sur la plus large échelle la culture des champs, de préluder à l'ouverture de routes, de voies ferrées et navigables, de lignes télégraphiques. La canalisation pour l’arrosage des campagnes et l’alimentation des placers, a partout été réalisée avec une audace inouïe. Les villes sont sorties du sol comme par enchantement, d’abord simples camps de mineurs, aujourd’hui cités opulentes; et la Californie s’est faite, loin des regards distraits de l’Europe, qui ne voit encore dans ce lointain État que le pays si terriblement agité de la primitive immigration.

Favorisée outre mesure au point de vue de la variété des richesses souterraines, comme à celui des produits

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agricoles, la Californie ne renferme pas seulement de l’or. Quand les mineurs, éloignés des placers qui s’épuisaient, ont voulu discipliner leurs recherches, ils n’ont pas tardé à découvrir le charbon, le mercure, le cuivre. Ce dernier métal existe en quantités si abondantes du sud au nord de l’État, que les mines, découvertes en 1802, donnent déjà d’importants produits. Dans le voisinage des gîtes les plus riches, dans l’État de Calaveras, a été fondée une ville qu’on a heureusement baptisée du nom de Coppcropolis ou la ville du cuivre. Le charbon, qu’on soupçonnait à peine en 1801, a fourni son contingent comme le cuivre. Enfin, le mercure, à New-Idria, New-Almaden, surtout dans cette dernière mine, a étonné également les colons. Tandis qu’eu général les minerais de vif-argent sont pauvres, et renferment au plus dix à douze pour cent de mercure, ici les teneurs moyennes ont dépassé cinquante pour cent. Le prix du métal a baissé de douze francs à six fruncs le kilogramme, et plusieurs mines d’Europe, surtout celles de Toscane, ont dû suspendre à tout jamais leurs travaux. Le mercure de New-Almaden a chassé de tous les marchés américains le mercure d’Almaden d’Espagne. Aussi avec quelle avidité les Américains ont disputé cette mine à leurs premiers possesseurs. En 1800, quand je quittai le pays, un procès était depuis longues années pendant, qui a fini par être jugé en dernier ressort par la cour suprême de Washington. A cette époque, les chantiers, mis sous le séquestre, chômaient. L’exploitation en a été bientôt reprise; puis des mines rivales, celles de New-ldria, d’Euriquetta, etc., ont fait concurrence à New-Almaden, sans qu’aucune de ces entreprises ait gêné l’autre. C'est là aujourd’hui la première, la plus importante source de mercure du globe. Les temps sont loin où les Indiens, ouvrant d’étroites galeries dans les montagnes schisteuses

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de San-Josc, pénétraient en rampant dans les filons, pour en extraire un peu de terre rouge dont ils se peignaient le visage. (Tétaient eux qui, avant même lu découverte de l’or, avaient conduit sur ce précieux gisement les premiers colons mexicains.

Est-ce tout? et le mercure, le cuivre, l’or, le charbon composent-ils toutes les richesses minérales du pays? Loin de là. Le fer, le plomb et l’argent y ont été aussi découverts ; plus tard viendra leur tour d’être régulièrement exploités. En attendant, le platine, semé au milieu des sables des placées et, avec lui, les pierres précieuses, les rubis, les diamants, qui n'avaient pas d’abord attiré l’attention (il n’y a rien de si peu tentant que les gemmes et les métaux natifs), sont aujourd’hui partout recherchés avec soin. Le bois agatisé, l’opale, le pétrole, le borax, le soufre, ont été aussi rencontrés en gîtes étendus. Le pétrole de Californie fait désormais concurrence à l’huile de pierre des États de l’Atlantique; le soufre et le borax rivalisent avec les produits analogues de Sicile et de Toscane, dont ces contrées avaient le monopole. Aucune substance minérale ne devait d’ailleurs manquer au pays de l’or : on y a trouvé un marbre onyx qui égale celui d’Algérie.

Séparé de lu Californie par la chaîne neigeuse de la Sierra, l’État de Nevada se distingue depuis 1 800 par l’exploitation de l’argent. Je me trouvais à San-Fraucisco , quand la nouvelle se confirma de la découverte de mines argentifères près du lac de Washoe. C’était en novembre 18;i9, et déjà les neiges précoces empêchaient de faire ce voyage. Au printemps suivant, j’avais rendez-vous au Chili; je dis adieu au pays de l’or, le cœur serré. Quand je rentrai à Paris au mois de juin 1860, les mines de Washoe avuient déjà envoyé en France de si riches produits, que deux de nos ministres, celui des finances et celui

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du commerce, députaient un ingénieur des mines vers la Nevada pour étudier de près ees gîtes merveilleux. Le monde allait— il être inondé par l’argent, comme il l’était par l’or depuis dix nus, et <|u'allaient penser celte fois les économistes, qui demandaient hier encore qu’on abaissât le titre des monnaies pour rétablir l’équilibre entre les métaux-étalons? Pendant que l’ingénieur des mines envoyé par le gouvernement français visitait la Nevada et dressait son rapport, les mineurs de Washoe continuaient d’interroger leurs veines. Aujourd’hui les mines autour de Victoria et de Carson-City et celles de la Nevada orientale produisent une valeur de trois cents millions d’argent par an, autant que la Californie produit d’or, et beaucoup plus que tous les États de l'Amérique espagnole ensemble ne produisent d’or et d’argent.

Après avoir constaté de si étonnants résultats dont l’industrie minérale 11’avait plus été témoin depuis les premiers temps de l’histoire, franchirons-nous les montagnes Rocheuses, pour dresser l’inventaire des richesses souterraines des États-Unis, entre le bassin du Mississipi et l’Atlantique? Nous rencontrons tout d’abord le territoire du Colorado, ignoré hier, aujourd'hui partout cité pour ses mines d’or, de cuivre et d’argent; mais c’est surtout au delà du Mississipi que sont les gîtes les plus connus. Sur ces points, le minerai de fer, voisin du charbon, a contribué au développement de la plupart des États, surtout ceux de Pensylvanie, Ohio, Kentucky, Tennessee, Virginie et Michigan. Dans l’État de Pensylvanie est Pittsburg, la grande ville du charbon et du fer, la cité des fonderies de cuivre. Dans l’État du Michigan, sur les bords du lac Supérieur, est Marquette (carte XIV) qui , depuis dix ans, exploite un minerai de fer magnétique analogue à celui de Suède et de l’ile d’Elbe, et qui en fournit déjà trois cent

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mille tonnes par an, le triple de l’ilc d'Elbe. 11 y a là des montagnes tout entières de fer.

L’Etat de New-York doit également au fer une partie de sa fortune. Sa capitale a été orgueilleusement buptisée du nom de Cité impériale, Impérial City. C’est la ville la plus peuplée des États-Unis; elle renferme près d’un million et demi d’habitants, avec son annexe Brooklyn; elle est le premier port des Américains sur l’Atlantique; mais c’est aussi le grand entrepôt de fer de tous les Etats- Unis, le fer sans lequel il n’y a pas de machines et partant pas de grand pays industriel’.

Dans d’autres Étals de l’Union, autour du haut Mississipi, dans le Missouri, l’Illinois, le Iowa, le Wisconsin, on rencontre le plomb. Galena, centre d’importantes mines et d’immenses fonderies, doit son nom au minerai qu’elle exploite, la galène ou sulfure de plomb. Ces gîtcte étaient compris dans les concessions de la fameuse banque de Law. Aussi riches qu’inépuisables, ils ont fait trembler un moment en Europe, il y a vingt ans, les exploitations espagnoles elles-mêmes.

Le cuivre découvert sur différents points de l’immense république, mais surtout autour du rivage sud du lac Supérieur (carte XIV), doit être aussi mentionné. Ces gites avaient déjà été fouillés de temps immémorial parles Indiens, et révélés, dès le dix-septième siècle, par les missionnaires jésuites. 11 y a quinze ans, quand les Américains les reprirent avec activité, les qualités mêmes du métal natif, malléable, élastique, furent la cause de difficultés sérieuses dans l’exploitation’. Mais, comme l’a dit Tocqueville, « nulle

1 . Les États-Unis viennent immédiatement après l’Angleterre dans la production de l’indispensable mêlai; parallèlement à eus marche la France; au-dessous He classent la Belgique, la Prusse, etc.

2. Le cuivre du lao Supérieur se rencontre presque toujours en masses

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part l’Américain n’aperçoit la borne que la nature peut avoir mise aux efforts de l’homme; » et le cuivre fut tout à coup produit en quantité si grande, que le monde métallurgique s’émut. La valeur du cuivre a buissé depuis lors d’un quart, et n’a plus atteint les prix du passé1. Pittsburg a concentré dans de vastes usines la fusion de la plupart de ces minerais du lac Supérieur ; Boston a imité Pittsburg. Dans le voisinage de la capitale de Massachusetts se sont érigées des fonderies, qu’on a aussi alimentées avec les minerais du Chili, du Canada, et sur l’Atlantique s’est dressée une nouvelle Swansea à mille lieues en regard de la première.

Parlerai-je maintenant d’autres minerais également travaillés aux États-Unis? Ceux de zinc, de nickel et d’or. Avqnl la découverte des placées de Californie, une partie des États de l’Union était renommée pour l’exploitation du précieux métal. Les deux Carolines marchaient à la tète de cette industrie ; mais depuis elles sont passées au dernier rang; qui même s’occupe d’elles dans le monde des orpailleurs, quand la Californie et l’Australie n’ont pas encore vu se tarir leurs placers? Les mines de zinc et de nickel sont plus florissantes et pourraient même alimenter l’Europe.

Le Canada, frère des États-Unis, nu moins par la constitution politique et la mitoyenneté, comme dirait un procureur, a été également doté par la nature d’une partie des richesses minérales de ses puissants voisins. Le cuivre et l’or y.sont surtout exploités. L’élévation en latitude n’est pas une cause de stérilité minérale complète. Si les froids

partais énormes, entremêlées de veines blanches d'argent pur. Il faut scier ces amag métalliques ou les tailler au ciseau, et l'outil résonne sur le cuivre comme sur une masse do bronze, sans produire souvent beaucoup d’effet utile.

] . Le prix est maintenant, au maximum, do deux francs et demi le kilogramme, alors qu'il était naguère de trois francs et demi.

des pôles ne nous effrayaient pas, nous trouverions des métaux jusque dons le Groëland, où le cuivre, le plomb, et récemment le minorai d'aluminium ont été fouillés par de courageux travailleurs.

Descendons maintenant l’Atlantique, cette mer qui sépare, comme un large fleuve, le vieux monde du nouveau ; mais tenons-nous vers le bord américain : nous arrivons ainsi dans les Antilles, à Cuba. Cette île n’est pas seulement célèbre par son tabac de la Havane ( de. la V uelta abajo ) , le premier en grade dans la famille des nicotianées, et par ses belles plantations de cannes, de cafés, par ses fabriques de rhum ; elle est encore renommée par ses mines de cuivre. Des roches vertes se profilent non loin de Santiago, la capitale de l’ile, dont la Havane n’est que le premier port commercial; c’est dans ces roches qu’est répandu le minerai cuivreux. Les gites, découverts depuis plusieurs années, ont immédiatement attiré l’attention de l'Angleterre. Ils sont très-riches, donnent d’abondants produits et rappellent, par les conditions géologiques de la formation, les mines de Toscane et de Californie.

Poursuivons notre grand périple, plus sûr que celui d’Ilannon; aussi bien le navire sur lequel nous sommes montés ne fera pas naufrage, et nous n’avons pas à craindre le mal de mer eu chemin. Nous voici dans la Guyane française, le pays des placers. Que l’Approuague, aux sables métalliques, relève notre pauvre colonie, ruinée depuis 1848 par l’émancipation des esclaves, ou moralise au moins nos forçats, comme les gites de Californie ont retrempé quelques-uns des couvicts australiens.

De la Guyanne, une simple frontière, bien difficile il est vrai à déterminer, puisque le tracé en est en litige depuis des siècles, nous sépare du Brésil. Ici les provinces, les localités portent des noms harmonieux, chers aux mi-

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neurs, c’est Minas-Geracs, les mines universelles, l’endroit où se cachent les gemmes; Ouro-preto, la ville de l’or noir; puis ce sont les serras de Dinmantina et d’Esmeraldas. Mais si le Brésil est le pays des diamants, des topazes et de l’or, c’est aussi le pays du charbon et du fer. Les premiers de ces minéraux n’ont, pu donner à ce vaste empire tous les développements dont il est digue; les seconds, dont nous avons bien des fois signalé toute l’importance à notre époque, rempliront peut-être mieux ce rôle. Ce jour-là les amis des races latines, dans l’Amérique du Sud, auront lieu d’être satisfaits. Jusqu’ici ils u’ont eu à applaudir, dans tout cet immense continent, qu’aux efforts marqués d’intermittence de deux généreux États, le Brésil et le Chili. On sait où en sont les autres!

Dans les provinces qu’il nous reste à parcourir, le Paraguay, l’Uruguay, la république Argentine, c’est le même spectacle que dans le Pérou, la Bolivie, la Colombie, l’Amérique centrale, le Mexique, c’est-à-dire des pays de promission, bénis du ciel, mais ruinés par les hommes, et où régnent d’éternels désordres, de perpétuelles dissensions! Au Paraguay, la domination absorbante des jésuites, puis les étranges dictatures des docteurs Francia et Lopez ne pouvaient rien produire de fécond. A son tour, l’Uruguay se déchire dans sa rivalité hargneuse avec la Plata. Il n’y a là plus d’industrie; seule la république Argentine ofTrc encore quelques traces de travaux souterrains. Le nom qu’elle porte aujourd’hui et celui de la Plata que lui avaient donné les Espagnols, rappellent l’exploitation de l’argent. Au pied des Andes, vers Mandoza, séparée du Chili par les Alpes américaines, on trouve en effet d’anciennes mines, dont quelques-unes ont été reprises il y a peu d’années. Celles d’Uspallata sont surtout célèbres. Sur divers points, les scories remontent au temps des Incas,

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et l’on dit que certains des gîtes n’ont plus été retrouvés, même parles Espagnols. Le plomb, le cuivre, le fer se rencontrent avec l’argent dans plusieurs provinces de la Plata.

Les fils du Soleil avaient étendu jusque vers ces lieux reculés, l’autorité de leur sceptre, les limites de leur magnifique empire. Quand Pizarre conquit le Pérou, il trouva le pays civilisé, comme Cortez avait déjà rencontré le Mexique. Les Péruviens, les Aztèques étaient des races policées, pratiquant de nombreuses industries; celle des métaux précieux leur était familière. Ils savaient fondre les minerais d’argent en les alliant au plomb, et purifier le précieux métal. Pour souffler les fourneaux, on employait les courants d’air naturels. On allumait les feux sur le sommet des Andes, et le spectacle magique qu’offraient la nuit tous ces foyers en travail, frappa d’étonnement les conquérants la première fois qu’ils en furent témoins. On raffinait l’argent à demeure, dans un grand creuset, et alors une troupe d’individus groupés en rond, munis chacun d’une sarbacane, insufflait l’air dans le fourneau.

Au Pérou, les indigènes n’étaient pas seulement mineurs et fondeurs, ils cultivaient aussi le sol. Des campagnes bien arrosées, des routes partout ouvertes, s’étendaient sur l’un et l’autre côté des Andes. Dans ces régions heureuses, qui ont pour elles la lumière, la chaleur et l’eau, tout ce que la terre demande pour produire, le sol récompensait le travailleur avec largesse ; mais aussi le travailleur intelligent ne négligeait aucun soin. La propriété fertilisante du guano, à peine retrouvée à notre époque, n’avait pas échappé aux Incas, et des lois sévères réglementaient à la fois la production 1 et l’exploitation de ce singulier engrais.

1. II était défendu, sou» peine de mort, de tuer les oiseaux marins qui

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Mois le voyage est long, il ne faut pas nous oublier eu roHto. Franchissons le détroit de Magellan et mettons le cap sur l’Australie. Nous voici au pied des montagnes Bleues et des Alpes australiennes, qui courent de Melbourne à Sidney. C’est là encore le pays de l'or, la Nouvelle-Galles du sud, la province de Victoria (carte XV). Ici Bathurst et la rivière Maquarie, là Bullurat et Beudigo, au pied du mont Alexandre, dons ce pays aimé du mineur et si bien nommé l’ Australie heureuse! Depuis 1 8 a 1 , époque de la découverte de l’or, les placers australiens de Victoria se montrent non moins inépuisables que leurs aînés de Californie, et produisent toujours comme eux trois cents millions de francs chaque année. L’analogie est complète. Comme la Californie, l’Australie a été non-seulement favorisée pour lu production de l’or, mais encore pour celle d’autres substances minérales, par exemple le cuivre. Avant même qu’on eût aussi retrouvé ce métal dans le jeune État du Pacilique, l’Australie exploitait ses riches malachites. Cette industrie a précédé chez elle celle de l’or, et tout le monde a vu à Londres et à Paris, aux expositions universelles que, depuis 1851, ont inaugurées ces deux grandes capitales, les splendides échantillons des minerais de cuivre australiens. Le gîte de Borabora (Australie du sud), non loin d’Adélaïde et de la rivière Murray, le dispute aux plus célèbres, et scs produits sont en grande faveur près des fondeurs de Swansea.

Le plomb, l’argent, l'étain, l’antimoine, le fer, le charbon, ne manquent pas non plus sur la terre australienne, qui, par un dernier point de ressemblance avec la Californie, a vu également se développer, et toujours grâce au travail de l’or, ses exploitations agricoles et son industrie

travaillent religieusement tous lea jours, après s’f-tre rassasiés de poissons, à la confection du moderne guano.

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pastorale. Les pépites peuvent maintenant manquer, la colonisation est faite. Les laines, les bois, mille autres produits du sol, ont assuré la vie des provinces littorales de ce grand continent ; l’intérieur seul reste a défricher. Des villes comme Melbourne, Sidney, Victoria, Adélaïde, sœurs des cités californiennes de San-Fruncisco, Stockton, Sacramento, Marysville, et quelques-unes leurs aînées, le disputent désormais pour la plupart aux plus grandes métropoles commerciales du monde. Les reines du Pacifique vont maintenant de pair avec celles de l’Atlantique. Il faut bénir l'or, il faut glorifier le travail des mines, puisqu’ils produisent de ces merveilles.

Quittons l’Australie, pour aller saluer des placers frères des siens dans la terre de Van-Diemcn, dans la Nouvelle- Zélande, la Nouvelle-Guinée, puis dans les îles de la Sonde. Les mines ou plutôt les placers d’étain de cette dernière région sont les plus renommés, les plus féconds du monde entier. Là gisent Bauca et Malacca, qui produisent l’étain des Détroits, comme l’appelle le commerce. Ces colonies ont fait la fortune de l’industrieuse et sage Hollande et le doux métal y a contribué pour une large part. Au delà du détroit de la Sonde se dresseut Bornéo, puis les Philippines espagnoles, dont les gîtes aurifères devaient tenter de patients travailleurs, les coolies chinois, avant que la Californie et l’Australie n’eussent attiré tous les chercheurs. A Bornéo on trouve aussi les gîtes antimonifères les plus riches que l’on connaisse.

Dans notre course à travers le globe, nous n’avons pas encore salué l’Afrique. Si c'est la patrie des races déshéritées, des fils de Chain, il faut reconnaître que la nature lui a cependant départi, avec autant de faveur qu’aux autres

1 . La cote d’Amsterdam règle aujourd’hui le prix de l'étain sur tous les marchés du globe.

Lfttrairir de L U.U'IICTTE et C’aPuii îauuijutiT- a.' V.r:*'

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contrées, les veines de riches minerais. Le géographe Malte-Brun a dit avec raison que si la mer montait autour de l’Afrique, ou si ce continent s’enfoncait un peu sous la mer, les eaux y dessineraient les mômes contours qu’aujourd’hui. On aurait l’Afrique de nos cartes, seulement lu ligure en serait réduite, pour ainsi dire géométriquement. Qu'indique cette remarque do notre judicieux auteur? Qu’une chaîne coutiuuc de montagnes fait le tour de l’Afrique (carte VI). Nous avons donc des chances, conformément aux théories aujourd’hui admises dans la géologie, de rencontrer des minerais partout, non loin du littoral africain. Et si le centre de ce graud continent n’est pas encore très-connu, malgré tant de courageux voyageurs qui ont sacrifié jusqu’à leur vie pour traverser, pour découvrir ces pays sauvages, les mineurs pourront au moins, en se tenant près des côtes, être certains de voir leurs peines amplement rémunérées.

Le Cap, le Gabon, le Maroc, sont connus par leurs mines de cuivre (carte VI). Au sud du Congo, les provinces d’Angola et de Benguela, ces fleurons de la couronne portugaise, renferment des montagnes de malachite. Les gîtes semblent en relation avec ceux du Cap et du Maroc, et seraient ainsi jalonnés sur une ligne métallifère immense allant du sud au nord de l’Afrique, le long de la côte occidentale.

Au Sénégal, les mines de fer et d’or ont attiré de préférence les indigènes, puis les colons. Ici encore il faut faire des vœux pour que le plus précieux des métaux devienne un jour, pour cette colonie somnolente, un agent fécond d’immigration et de progrès.

En Algérie, malgré la présence du plomb, de l’argent, du cuivre, du mercure, de l’antimoine et du fer, sinon de l’or, la colonisation ne se développe guère mieux qu’au

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Sénégal. Qu’est-ce à dire? Cela viendrait-il des lenteurs que met l’administration à autoriser l’exploitation des gîtes? Mais la plupart sont déjà concédés. Serait-ce insuffisance de notre part, incapacité de notre nation pour de tels travaux? Mais les Français, sur ce point comme sur tant d’autres, sont les dignes fils des Gaulois. Ils montrent sur le sol indigène, ils ont moutré et montrent encore, au nombre de plus de quinze mille, en Californie, qu’ils sont aptes au travail souterrain. Serait-ce alors l’effet du sabre et d’un régime plus militaire que civil? Toujours est-il que nos mines d’Afrique prospèrent peu. Ou exploite toutefois le plomb argentifère àGar-Rouban ', près de la frontière du Maroc, et à la Galle, à l’autre bout de l’Algérie, près de la limite avec la Tunisie. Sur l’un et l’autre endroit des blockhaus, des fortins défendent les mineurs contre les incursions des Arabes et des Kabyles. Cette crainte incessante de l’ennemi est peu favorable au développement des travaux.

Le cuivre algérien s’extrait à Tenez, et sur la trop fameuse Mouzaïa (carte II, fig, 3 et 4). L’Angleterre reçoit aujourd’hui de ce dernier gîte des minerais de cuivre argentifères, complexes, mêlés d’arsenic, dont nulle autre usine que celles de Swansea ne sait tirer parti. Près de Roue, il y a des mines de fer magnétique , celles de Mokta et Haddid5, qui menacent de faire la plus sérieuse concurrence à celles de l’ile d'Elbe. Le gîte est un immense filon dont les travaux peuvent être conduits à ciel ouvert, ce qui explique le nom que les Arabes ont donné à ces miucs. Enfin, daus lu province de Constuntine, on rencontre des filons de mercure et d’antimoine, naguère

1. Car, en arabe, signifie caverne, Rouban est le nom d'une tribu; Gar- Ronban est donc, h proprement parler, la caverno des Roubans. On voit en effet, sur ce gîte, les traces d'anciennes excavations remontant au temps des Mores, et creusées dans le sol comme autant de cavernes.

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