Littéralement la tranchée, la carrière de fer
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heureusement fouillés. Une substance particulière, l’oxyde d’antimoine, y a été trouvée en masses considérables, formant la tète des gîtes. Elle était compacte ou cristallisée. 11 y a quinze ans, j’ai vu jeter le minerai, à ces deux états, dans les fours d’une usine métallurgique située près de Marseille. L’industriel qui exploitait à la fois les mines d’Afrique et la fonderie provençale gagna une rapide fortune. Les gîtes algériens firent baisser le prix de l’antimoine de moitié, comme ceux de Californie faisaient alors tomber le prix du mercure, et ceux du lac Supérieur le prix du cuivre. Un certain nombre de petites exploitations, notamment en France, au pied des Cévennes, où les paysans, de temps immémorial, fondaient l’antimoine dans des pots, s’arrêtèrent à tout jamais. Le métal n’est plus remonté au cours du passé. Avant 1848, il valait trois cents francs les cent kilogrammes, il ne vaut plus depuis que cent vingt-cinq à cent cinquante francs.
Terminons par la Tunisie, l’Égypte, l’Abyssinie et la côte occidentale d’Afrique notre grande exploration minérale.
En Tunisie, le bcy, il y a quelques années, garda longtemps près de lui un ingénieur des mines français. Le pays est riche en fer, cuivre, plomb, argent, soufre, etc.; mais les habitudes orientales n’ont rien à démêler avec l’industrie moderne.
En Egypte, le long des chaînes qui bordent le haut Nil, on rencontre, des gîtes cuivreux exploités au temps des Pharaons et depuis arrêtés. Que de dieux, que d’amulettes ont dû être fabriqués avec le bronze tiré de ces mines; que d'Isis et d’Osiris, que de petits Horus! Les Égyptiens fouillaient également leurs placers aurifères, et le père de l'histoire, Hérodote, n’oublie pas de mentionner ce fait'.
1. Hérodote, dans un fameux passage qui a mis à la torture tous les com-
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C’est avec cet or qu’ont été fabriqués tous ces élégants bijoux que portent encore les momies, et dont on les dépouille pour enrichir les musées de l’Europe.
En Abyssinie, il y a également des filons de cuivre et des mines d’or, de fer, d’argent. Mais nous avons dit, à propos du charbon, comment le négus Théodore entendait l’exploitation des mines.
Dans le Mozambique, il existe, comme au Cap et sur toute la côte occidentale d’Afrique, des mines de cuivre. 11 y a aussi des mines d’étain et de fer travaillées par les indigènes1, enfin des placera aurifères, par exemple, àSofala. Certains archéologues voient dans cette ville l’Ophir de la Bible, où la reine de Saba, l'amie de Salomon , envoyait ses navires charger l’or et les gemmes. Mais où n’a-t-ou pas logé Ophir, et les antiquaires parviendront-ils jamais à s'entendre ?
En regard de la côte de Mozambique est Madagascar. On y rencontre des mines de fer exploitées depuis des siècles. Les Hovas, maîtres aujourd'hui de File, tirent de ce minerai un acier excellent, en font des couteaux, des outils et des armes, et avant tout, les pointes de leurs lances ou sagayes2. Le minerai est généralement magnétique, ce qui explique ses qualités aciéreuscs. A Tamatave, le long du rivage,
menlateurs, parle aussi des placers de l’Inde, qui d’après lui étaient exploitas par les fourmis.
1 . Les indigènes de l’Afrique traitent le minerai par des méthodes qui rappellent les procédés primitifs encore usités en Italie et en Espagne. Dans un foyer de forge très-bas, souvent A fleur de sol et découvert, ils jettent le minerai et le combustible. Le soufflet est une outre, un cylindre à dème de cuir, ou un tronc d’arbre évidé en forme de pompe. Dans chaque système, le soufflet est double et le mouvement alternatif. L’outre caractérise les races africaines pures, et se trouve aussi dans l’Inde.
2. Les llovas, d'origine malaise, emploient la pompe, particulière aussi aux races jaunes, pour souffler leurs fours. Les Malais ont émigré vers la grande lie africaine à une époque dont la tradition n'a pas conservé le souvenir.
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sur une plage de sable incessamment lavée par le flux et le reflux, l’oxyde ferrugineux brille en grains noirâtres, mêlé à des paillettes de mica et à du quartz. 11 y a là un véritable placer ferrifère. Les filons ou gîtes eu place traversent les montagnes granitiques de l’intérieur.
On voit aussi, à Madagascar, des mines de plomb et d’argent, de cuivre, d’or, de graphite, de pétrole, etc. En 1863, faisant partie de la mission scientifique que la mort violente de Radama II devait sitôt disperser, je reçus de quelques traitants des lingots de plomb et de cuivre fondus par les indigènes. Rasoahcrina manjaka1, portée sur le trône par le parti conservateur, au lieu et place de son mari assassiné, remettait alors en vigueur les vieilles lois de l’empire, abrogées par Radama II. L’article premier du code malgache est formel : « Il y a peine de mort contre quiconque découvre, fouille ou dénonce des mines d’or ou d’argent. » Les Hovas auraient-ils deviné, en transformant ainsi leur code politique en un code des mines des plus étranges, que c’est surtout à l’existence de ces deux métaux, l’or et l’argent, que l'Amérique, et plus récemment lu Californie, l’Australie, la Nevada, ont dû leur brillante et rapide colonisation? Quoi qu'il en soit, quand le moment propice sera venu, quand l’heure marquée dans l’horloge des siècles aura sonné, la première pépite apparaîtra dans la grande île africaine. La nouvelle s’eu répandra dans le monde instantanément, et là encore de hardis pionniers accourront des quatre coins du globe à la colonisation des chumps d’or. Fasse le destin que ce jour-là les blancs de la grande terre (c’est le nom que les Malgaches donnent aux Français) soient les premiers à se présenter, que d’imprescriptibles droits soient remis en vigueur, et que l’ile
1. En malgache, Ra est la particule de noblesse, soa veut dire belle, hcrina forte, manjaka roi, reine, régnant.
mndécassc reçoive enlin le nom que lui avait donné Colbert, celui de France orientale.
Notre course est finie, et nous pouvons envoyer à la terre partout féconde en métaux, le salut que le poète adressait à l’Italie:
Salve, magna parens frugum....
La nature a partout répandu les filons d’un pôle à l’autre, et nul pays n’a été déshérité. On peut même dire que la moitié à peine des richesses minérales du globe est connue. Mais y a-t-il dans la distribution de ces trésors cachés une loi apparente? Pour le charbon, il nous a paru reconnaître qu’il avait été rassemblé comme à dessein dans les climats tempérés, sous lesquels devait s’abriter la civilisation à l’époque de l’exploitation des houillères. Pour les métaux, au moins les métaux précieux, une loi contraire semble exister. On dirait que l’accumulation s’en est faite surtout vers les contrées tropicales. Ce n’est pas, comme le prétendent certains géologues, que le mouvement de rotation de la terre ait rejeté au début, du centre à la surface, les matières les plus lourdes vers les points animés de la plus grande vitesse. Non certes, et nous savons que d’autres lois que celle de la force centrifuge ont présidé à la naissance des filons. Mais ne semble-t-il pas que l’or et l’argent ont été comme à dessein répartis sous les tropiques, autour d’une sorte d’équateur métallifère, comme pour attirer irrésistiblement l’homme civilisé à une colonisation qu’il ne tenterait point sans cela? Nous livrons cette hypothèse à la méditation des philosophes, et de tous ceux que préoccupe l’examen des grands secrets de la nature.
Les Mines de Métaux Carte X.
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EUREKA
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La sonde. — Le hasard et les savants. — Le berger péruvien. — Découverte de l’or en Californie, dans la Caroline du Nord, en Australie. — Les Chiliens Godoy et Balados. — Les Irlandais d’Allison-Rancli. — Les mineurs de Nevada. — M. Porte et la mine de Monte-Catini.
Le moment est venu de faire connaître la manière dont on découvre les mines métalliques. La sonde, qui rend tant de services dans la recherche de la houille, n’est plus ici d’aucune utilité, à cause même de la disposition des gîtes. On a vu comment ont été formés les Clons. Le sondeur qui voudrait aller les rencontrer sous le sol, perdrait le plus souvent sa peine. Plus de nappes continues, plus de bancs épais comme dans la houille, mais d’irrégulières disséminations. L’outil passerait donc le plus souvent à côté des veines de métal, sans en ramener la plus petite parcelle, et à moins de tomber sur un amas puissant, ou un filon tout à fait normal, ce qui est l’exception, c’est en vain qu’on aurait fait descendre la sonde sous le sol.
Les terrains au milieu desquels sont distribuées les formations métalliques, éloignent aussi toute idée de recherche par des sondages. N’avons-nous pas dit qu’une roche éruptive avait presque toujours présidé à la naissance des gîtes, qui se trouvaient souvent déposés à son con-
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tact et même la traversaient? Or, les dépôts éruptifs sont composés de substances non-seulement cristallines, mais encore très-dures, et la sonde fatiguerait inutilement, sans les rompre, les granits, les porphyres, les schistes compactes. Ainsi , à moins qu’il ne soit question de gîtes en couches, comme sont la plupart des minerais de fer, le merveilleux outil qui va trouver sous le sol les eaux artésiennes, le charbon, le sel, le pétrole, et jusqu’à ces vapeurs qui renferment l’acide borique, doit être sévèrement proscrit dans la recherche des mines de métaux.
A quoi donc est due la découverte de ces mines, quand des afllcuremcnts puissants, significatifs, courant à la surface du sol, n’ont pas éveillé dès le premier jour l’attention? Au hasard seul et à la science. La science, née d’hier, a fait encore fort peu de découvertes; le hasard est resté le grand inventeur des filons. Ici, contrairement au principe de l’Gvnngile, ceux qui trouvent sont ceux qui ne cherchent pas. Un berger, un pauvre ouvrier, souvent même des enfauts, comme nous allons en donner des exemples, sont les élus que la nature désigne pour révéler au monde les trésors métalliques qu’elle a cachés sous le sol. Elle prend les plus humbles pour ce rôle si élevé. Qui a découvert la plupart des mines de l’Amérique? Ce n’est pas Colomb, Cortez ou Pizarre, ni aucun Espagnol. Quand les mines n’étaient pas déjà connues de tout temps, quandles indigènes n’en avaient pas appris l’existence aux conquérants, c’est un pâtre, un chasseur, un Indien qui a trouvé les gîtes. Les plus fameuses mines d’argent du Pérou ont été ainsi découvertes. Un berger, qui menait paître scs troupeaux aux flancs des Andes, allume un jour quelques broussailles pour préparer son maigre repas. Un caillou, léché par la flamme, se fond un peu sur les bords, en affectant un éclat argentin. La pierre est massive, pesante. Le berger l’apporte à la Monnaie de Lima.
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On l’essaye ; c’est de l’argent. Comme les lois espagnoles, en Amérique, pour favoriser la découverte des mines, en accordent la propriété à l’inventeur, le berger exploite son gîte, et devient bientôt millionnaire. L’histoire n’est pas inventée à plaisir. 11 s’agit de la découverte des mines de Cerro dePasco, qui eut lieu en 1G30, et de la façon qui vient d’être racontée.
Sur presque toutes les mines ou peut glaner des récits
Fig. 105. — La scierie de Coloma (Californie) telle qu’elle était à l’époque où fut découverte la première pépite.
analogues. Veut-on par exemple savoir, pour rappeler un fait voisin de nous, comme ont été trouvées les miues d’or de la Californie? On va lire la narration de l’inventeur luimême, un ouvrier mormon, Marshall. Il était alors employé à la scierie de bois que le capitaine Sutter avait établie sur la rivière Américaine, à Coloma (fig. 10b). La
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scierie était distante de quinze lieues du fortin de Nouvelle-Hclvétie bâti sur le Sacramento.
Je traduis textuellement ' :
«t Comme nous avions l’habitude de détourner tous les soirs l’eau de la scierie dans le canal de fuite, je descendais d’ordinaire le matin pour voir si quelques dégâts s’étaient produits pendant la nuit. Vers sept heures et demie, et, je crois, le 10 de janvier 1818, — car je ne suis pas bien certain du jour, mais c’était du 18 au 20, — je descendis comme de coutume. Après avoir fermé la vanne, j’entrai dans le canal de fuite, vers l’extrémité inférieure. Là, sur la roche, à environ six pouces au-dessous de la surface que l’eau venait d’occuper, je découvris l’or. J 'étais tout à fait seul en ce moment. Je détachai un ou deux échantillons, et je les examinai attentivement. Ayant quelque connaissance générale des minéraux, je ne m’en rappelais que deux ressemblant de quelque façon à celui que je tenais : la pyrite de fer, trcs-brillante et cassante, et l’or, brillant mais malléable. J’essayai donc mon échantillon entre deux pierres. Je m’aperçus ou’il pouvait recevoir par le battage différentes formes sans se briser. Quatre jours après, j’allais au fort pour des provisions". J’emportai environ trois onces d’or3, que le capitaine Sutter et moi essayâmes avec de l’acide nitrique4. Je fis ensuite un autre essai en présence de Sutter ; je pris trois dollars d’argent,
1. Les lignes qui suivent forment comme l’entrée en matière du Mi ner'sovn boolc ou Livre des mineurs, une brochure imprimée à San-Francisco en 1858.
2. Marshall ne dit pas qu’il partit à pied par une pluie épouvantable, comme il en tombe à cette époque en Californie, et n’arriva que le troisième jour au fort. Effaré, inquiet, il demanda à parler à Sutter en particulier. Tout cela commença à donner l'éveil et à faire transpirer un secret qui ne put être gardé longtemps.