L'eau-forte, qui ne dissout pas l'or
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et les équilibrai sur une balance avec tle la poudre d’or. J'immergeai ensuite les deux plateaux dans l’eau, et le poids supérieur de l’or nous édifia à la fois et sur sa nature et sur sa valeur1. »
Nous avons dit que la nature s était servie quelquefois des enfants pour révéler les plus riches raines. Voici comment M. Marcou, qui a fait sur l’Amérique du Nord des études géologiques du plus haut intérêt, nous a raconté la découverte des placers de la Caroline du Nord. 11 tenait ces détails du fils même de l’inventeur :
C’était vers la fin du siècle dernier, pendant la guerre de l’Indépendance. Des troupes allemandes étaient entrées au service de. la Grande-Bretagne, à titre de légion étrangère. Ce régiment fut cantonné à Charlestou (Caroline du Sud). 11 y eut dans ses rangs un certain nombre de désertions. L’un des soldats, du nom de Reid, avait gagné l’fitat voisin, la Caroline du Nord. Là, dans le comté de Cabarrus, aux confins de la civilisation, il s’était emparé d’un lot de terrain, eu qualité de. premier occupant ou squatter. Improvisé colon comme les vétérans d’Auguste, l’ancien soldat défrichait le sol. Il avait
I. Pour bien comprendre cette dernière expérience de Marshall, il faut se rappeler l’énoncé du principe de physique qui porte le nom d’Archimède. En vertu de ce principe, un corps perd dans l’eau une partie de son poids égale au poids-du volume d’eau qu’il déplace. L’or étant resté de plus grand poids dans l’expérience de Marshall, avait doue un plus petit volume que l’argent et pesait plus, par conséquent, sous le même volume. 11 n’y a que l’or et le platine qui jouissent, parmi les métaux usuels, de cette dernière propriété, et le platine est blanc.
Arcliimède fit à peu près la même expérience pour déterminer la quantité d’argent qu’un orfèvre infidèle avait alliée à la couronne d’or d’Hiéron. En pensant à la solution de ce problème, il trouva au bain le principe de physique qui porte son nom, et jeta, en jvarcourant tout nu les rues de Syracuse, le fameux cri si souvent répété depuis: Eurêka, j’ai trouvé ! Ce mot est devenu la devise de la Californie, le nom de baptême d’une des villes du jeune État, le cri de bien des mineurs. Mous l’avons placé nous-même en tète de ce chapitre.
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bâti une calmne avec des troncs d’arbres-, mais il avait peine à vivre, car le pays était presque désert.
Les choses en étaient restées là, lorsque bien des années après, en 1799, trois des enfants de ce pauvre homme (il était marié, et avait eu nombreuse lignée, comme beaucoup de colons), en jouant le long d’un ruisseau, aperçurent une pierre jaune. Leur père, auquel ils firent part de cette trouvaille, ne s’en inquiéta nullement. Pour lui toutes les pierres étaient des cailloux. 11 conclut que ce minéral devait être sans valeur. Mais comme le caillou pesait quinze livres ou sept kilogrammes, on le plaça sur le plancher, près de la porte de la cabane, et l’on s’en servit pour fermer l’huis ou le tenir ouvert. Ces bonnes gens étaient si misérables que la porte n’avait pas de loquet. Cependant Reid montra un jour sa pierre à un habitant de Concord, village voisin, devenu depuis une ville. L’habitant, à qui l’on présentait un caillou roule, jaune il est vrai, pesant, mais sans le moindre éclat, déclara que c’était un métal à lui inconnu. Le caillou reprit donc le chemin de la cabane. On s’eu servit de nouveau pour arrêter la porte, et ou le faisait voir aux amis à titre de roche curieuse.
Trois ans après , Reid allant au marché de Fuyctteville (ainsi nommée parles Américains délivrés et reconnaissants, en l’honneur de la Fayette), emporta de nouveau avec lui le morceau de métal mystérieux, pour le montrer à un orfèvre. « 11 faut s’enquérir de ce que c’est, lui avaient dit les voisins, vous avez peut-être là quelque trésor. » L’orfévre déclara immédiatement que c’était de l’or, et demanda d’en faire l’essai. Reid lui laissa la pépite, revint peu de temps après, et trouva, au lieu de son caillou, un beau lingot dont on lui demanda combien il voulait. Le naïf colon, qui n’avait jamais vu d’or massif, n’en croyait pas scs yeux. 11 pensa fixer une gronde somme en
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proposant trois dollars et demi, dix-huit francs I que l’orfévre lui compta suus se faire prier. Au poids de sept kilogrammes, la pépite valait vingt et un mille francs!
Ainsi, il n’avait pas fallu moins de quatre ans pour reconnaître que les pierres jaunes des ruisseaux de la Caroline étaient de l’or. La montagne au pied de laquelle fut trouvée la première pépite était si riche, qu’elle fut plus tard appelée pur les Américains Bull of gold mines ou le taureau des mines d’or. Nous dirions en français la perle des mines d’or, mais le Gaulois ne parle pas comme John Bull ou frère Jonathan.
Eu Australie, c’est encore au hasard que fut due la découverte du précieux métal ; toutefois la géologie y eut une certaine part.
En 1 839, un savant polonais, le comte Strzclecki, visitant la Nouvelle-Hollande, pensa qu’elle devait renfermer des gîtes aurifères. Il adressa un rapport à ce sujet au gouverneur de la Nouvelle-Galles, qui fit parvenir ce document au ministre des colonies à Londres. Celui-ci communiqua cette pièce à sir Roderick Murchison, que tous les géologues anglais reconnaissent comme leur maître. Sir Roderick demeura frappé de la ressemblance de certaines roches décrites par le comte Strzelecki, et dont ilavait d’ailleurs reçu des échantillons, avec celles qu’il venait lui-mème d 'étudier dans les districts aurifères de l’Oural (1844), en compagnie de deux savants, MM. de VerneuiletKeyserling, représentant l’un la géologie française, l’autre celle de la Russie.
L’identité de direction, qui semblait exister entre les Alpes russes et les montagnes littorales australiennes, inquiétait également sir Roderick. II n’oubliait jamais, quand un de ces rudes mineurs que nous retrouverons dans le Cornouailles émigrait vers la lointaine colonie (dont les
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gîtes de cuivre étaient depuis longtemps en exploitation), de lui recommander d’en bien étudier les pierres, de laver avec soin les sables des cours d’eau, et de voir s’il n’y rencontrerait pas des paillettes d’or. Les mineurs partaient, promettant de se conformer aux prescriptions du vénérable savant; mais il faut croire qu’ils oubliaient leur promesse en route, car ils ne découvraient rien. Et cependant la prescience du géologue n’avait pas trompé M. Murchison, dont le raisonnement par induction était dicté par la plus sévère logique, comme l’expérience le lit voir.
Il est juste de dire qu’un géologue australien, le révérend Clarke de Sidney, avait été poussé, dès 1841, dans les mêmes voies par cette observation de Humboldt, que l’or se trouve presque toujours dans les montagnes alignées sur des méridiens. En 1847, le révérend avait même publié à ce sujet un article dans un journal de Sidney, prédisant qu’on trouverait de l’or près de Bathurst.
M. Murchison et le docteur Clarke avaient ainsi, depuis quelque temps, annoncé à leur pays et au monde savant la découverte qui devait se faire en Australie, quand un berger d’origine écossaise, Mac-Gregor, noble comme tous les descendants des Pietés, vint des montagnes Bleues vendre à des orfèvres de Sidney des paillettes et des pépites d’or. Il refusa d’en indiquer la provenance, et continua de loin en loin son innocent et fructueux commerce. Plus tard, un Australien, Hargraves, qui était allé aux placers de Californie et était retourné dans la Nouvelle-Galles, frappé de la similitude des roches de son pays et de celles de l’Eldorado, trouva aussi des filons aurifères dans les montagnes nu couchant de Sidney. Il vint un jour voir le gouverneur de la colonie une pépite à la main. « Voilà ce que j’ai découvert dans le pays, dit-il; donnez-moi cinq mille livres (cent vingt-cinq mille francs), et je vous
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montrerai l’endroit. Le gouverneur marchanda; le mineur californien tint bon, et l’on se sépara sans rien conclure. Déjà en 1818 on avait refusé pareil marché avec un nommé Smith, qui avait trouvé une pépite enchâssée dans sa gangue. A quelque temps de là, nouvelle apparition de l’ex-mineur californien; nouveau marchandage. Cependant des officiers anglais, excités par l'appàt du gain et le désir d’attacher leur nom à une si grande découverte, étaient partis pour l’intérieur. Ce que voyant, Margraves se décida à s’en rapporter à la générosité du gouverneur, et désigna la place où il avait trouvé l’or. C’était dans les montagnes près de Bathurst, à soixante-dix lieues à l’ouest de Sidney (carte XV). Les chercheurs accoururent, et l’endroit prit le nom poétique d’Ophir. Notons la date, c’était le 9 mai 1851 . Peu de jours après, il y avait plus de mille mineurs sur les lieux. Au bout de quelques mois, ce fut bien autre chose. De nouveaux placers, de nouveaux gîtes de quartz aurifère furent bientôt reconnus de proche en proche dans la Nouvelle-Galles, puis dans la province de Victoria; et comme en Californie, le monde entier, convié à prendre sa part de ces trésors, arriva à la curée. Les noms de quelques-uns des camps de Victoria, qui devint par excellence la province aurifère de l’Australie, Ballarat, Bendigo, traversèrent immédiatement les mers ; et les journaux de l’Europe émurent tous leurs lecteurs par la supputation des énormes richesses retirées des gold Jiclds, ces champs d’or dont la fertilité semble inépuisable.
Quels que soient les inventeurs d’une mine, il est rare qu’ils prolitcnt de leur découverte. Par une loi fatale de lu nature, l’homme qui trouve un filon n’est pas ordinairement celui qui s’y enrichit; il fait la fortuue des autres, non la sienne. A l'époque où je visitais la Californie, en 1859, on avait oublié Marshall; il était redevenu plus pauvre
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qu'avant. Peut-être ce saint du dernier jour (tel est le nom dont se parent ses coreligionnaires) est-il retourné depuis en pèlerin vers le lac Salé, où le pape Brigham Young dirige d’une main si ferme l’étonnante colonie mormone.
M. Domeyko, directeur de l’Institut national du Chili, me racontait un jour à Santiago l’histoire de quelques découvreurs de mines. Les plus riches veines d'argent de ce pays favorisé sont celles de Chanarcillo, reconnues en 1831. Un montagnard, Godoy (qui n’avait aucun lien de parenté avec le trop fameux prince de la Paix), chassait dans les Andes les guanacos. Ces ruminants, de la famille des lamas, des alpagas et des vigognes, remplacent dans l’Amérique du Sud les chameaux et les dromadaires. Aux raines d’argent du Pérou, on les emploie à porterie minerai. La toison des chameaux américains fournit de plus ces excellents tissus fabriqués en Angleterre, et qu’on nomme de leur nom les alpagas.
Godoy chassait donc les guanacos. Un jour que, fatigué, noire homme s’était assis à l’ombre d’un énorme bloc de rocher, il fut frappé de la couleur et de l’éclat que présentait une partie saillante. Il gratta la pierre avec un couteau, et voyant quelle se laissait couper comme du fromage (ce sont ses propres expressions, et elles frapperont tous les minéralogistes), il en empoMa un échantillon à Copiapo. Les praticiens du pays, experts dans l’art de définir les minerais, reconnurent bien vite que c’était de l’argent chloruré. Nous connaissons cette substance que l’on nomme argent corné, parce qu’elle a l’aspect de la corne, mais que les mineurs chiliens, dans leur vocabulaire imagé, désignent sous le nom de plata-plomo ou argent-plomb.
On a dit qu’en vertu des lois espagnoles, l’inventeur était propriétaire du gîte qu’il découvrait. Godoy offrit la moi-
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tié de sa mine à don Miguel Gnllo, un des plus vieux mineurs de la province de Copiapo, et dont les fils, que j’ai rencontrés dans mes voyages en Amérique, suivent dignement les traditions. L’arrangement qui eut lieu fut celui dont on convient presque toujours en pareil cas. Gallo devait fournir tout l’argent nécessaire à l’exploitation, et les deux associés être de moitié dans le profit. La veine fut solennellement baptisée du nom Descubridora ou celle qui s’est découverte. Par une heureuse chance, qui se vérifie sur la plupart des tètes de filons, on tomba sur des amas d’argent, et dès les premiers jours on fit d’énormes bénéfices. Godoy, comme presque tous ceux qui découvrent des mines, ne voulut pas attendre la fin des travaux. Entraîné par l’espérance de rencontrer de plus riches veines, il vendit sa part pour le prix de quatorze mille piastres ', erra quelques années dans les Andes, dissipa son argent, ne trouva plus de mines, et mourut sans un sou.
Cependant la nouvelle de cette brillante découverte avait attiré à Chnfiarcillo quantité de mineurs, venus de tous les points de Chili. Cela se passe toujours ainsi d’un pèle à l’autre. Une mine un peu plus riche que les autres est-elle reconnue? Vite, tous les mineurs abandonnent leurs chantiers pour courir vers le nouveau point. Il se produit un entraînement, une fièvre, auxquels personne ne résiste. Les Américains et les Anglais appellent cela un excitement., et les Espagnols, d’un mot encore plus significatif, elfuror mincro, la fureur minière ’.
Parmi les nombreux mineurs chiliens attirés vers Cha-
1 . 70 000 francs ; la piastre espagnole vaut environ 5 francs.
2. En 1858, la Californie a failli être ainsi abandonnée pour les placera de Fraser-rivor, dans la Colombie britannique, et en 1860, pour les mines d'argent de l'Ulah. J’ai vu revenir bien penauds les premiers déserteurs des iliggings californiens; les seconds ont fait un peu mieux leurs affaires.
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iïnrcillo, ceux sur qui l’aveugle fortune versa d'abord ses dons furent deux frères nommés Bolados. Ils possédaient un maigre îancho (petite ferme) dans la vallée de Copiapo, et un troupeau d'ânes, à défaut de lamas, qui leur servait à porter du bois aux usines où l'on traitait le minerai d’argent. Ils gagnaient ainsi de quoi vivre assez misérablement. A peine arrivés sur les mines, ils découvrirent dans une crevasse, ouverte à la suite, de quelque tremblement de terre, peut-être pendant la formation même du filon, un énorme bloc de minerai d’argent. C’était près de la veine laDeseubridora, et l’endroit porte encore le nom de manto de los Bolados ou filon des frères Bolados. On a extrait seulement de la croûte de cette masse, nous a dit M. Domeyko, qui a recueilli ces détails sur les lieux mêmes, plus de soixante quintaux d’argent. Le noyau qui restait, et qu’on fut obligé do couper au ciseau, pesait plus de trente-trois quintaux, et se composait d'un mélange d’argent natif et chloruré.
L'abatage, le" transport et la fusion de cette masse de minerai étaient tellement aisés, que les Bolados, quoique entièrement dépourvus de connaissances pratiques et de capitaux, parvinrent, en moins de deux ans, à extraire pour plus de sept cent mille piastres d’argent ou trois millions cinq cent mille francs. Éblouis de tant de prospérité, ils ne pensèrent qu’à en jouir, et pendant qu’ils jetaieut l’argent à pleines mains à Copiapo, qui à cette époque n’était qu'un petit village; pendant qu’ils s’oubliaient dans le jeu, la dissipation, l’orgie, leur mine s’épuisa tout à coup*. Ils n’avaient pas songé à ce retour du sort; redevenus plus pauvres que jamais, ils n’avaient même plus leurs ânes!
1 . Il n'est nas rare, au Chili, de voir les allleuremenls seuls des filons être riches, ou, comme on dit, en bénéfice.
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Ne croirait-on pas lire un conte de Mille et une Nuits ? Et c’est l’histoire de tous les jours! D’un bout de l’Amérique à l’autre, dans la Colombie britannique, la Californie, le Mexique, le Nicaragua, le Pérou, la Bolivie, et dans bien des pays d’Europe, je pourrais recueillir de semblables récits de faits arrivés hier, qu’on répète encore sur les mines.
Si la plupart des chercheurs de filons savent d’autant moins profiter de leur bonne fortune, qu’elle est plus inespérée, on peut cependant citer des cas où leur trouvaille les a largement enrichis. Tout le monde parle, en Californie, de la fameuse veine A'sillison-Ranck, près de Grass-Vallev, dans le comté de Nevada (carte XIII). Elle fut reconnue, en 1852, par de pauvres Irlandais qui travaillaient sur un placer voisin. Bien que les échantillons recueillis permissent de voir à l'œil nu le métal, les inventeurs ne s’arrêtèrent pas à cette découverte. A cette époque, l’exploitation des mines de quartz était regardée comme très-peu productive. Les prudents disciples de saint Patrice se bornèrent à cacher soigneusement avec de la terre la tète du filou pour écarter tout concurrent. En pareille circonstance, on ne saurait prendre trop de précautions.
A la fin de 1855, nos iniucurs travaillaient encore sur le même placer, quand leur attention fut de nouveau reportée sur leur veine de quartz. De nombreuses et riches mines venaient d’être trouvées dans les environs. Ils se décidèrent à explorer la leur. A peine eurent-ils avancé de quelques pieds dans la roche, que la richesse du quartz devint manifeste. Dépassant bientôt toutes proportions, elle atteignit jusqu’à trois cent cinquante dollars par tonne.
En octobre 1856, les Irlandais érigèrent un moulin pour broyer leur minerai. La fortune se plaît quelquefois à de singuliers jeux. Ce quartz était non-seulement le plus riche,
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mais encore le plus facile à pulvériser de toutes les innombrables mines environnantes. Le moulin des Irlandais, que j’ai vu à la fin de 1859, avec seulement huit misérables pilons, traitait jusqu’à vingt tonnes de minerai par jour, alors que d’autres moulins n’en passaient que huit à dis. Le rendement du minerai était de deux cent cinq dollars ou plus de mille francs par tonne de mille kilogrammes '! Chaque kilogramme de pierre renfermait donc un franc d’argent. Les Irlandais, au nombre de trois, possédaient douze cents pieds de filon avec cette incroyable richesse ’. On estimait que cette mine avait déjà produit plus de trois millions de dollars ou seize millions de francs, dont les neuf dixièmes au moins formaient un bénéfice net.
Les heureux Irlandais, si simples qu’ils n’étaient pas même capables de signer leur nom, ne savaient que faire de tant d’or. Ils avaient bâti une chapelle pour remercier Dieu de ses faveurs; fait élever, auprès de leur ancien placer, de gracieuses villas; créaient à leurs ouvriers des positions exceptionnelles; enfin, pour se distraire, allaient eux-inemes, à tour de rôle, porter chaque semaine leurs gâteaux d’or à San-Franeisco. Restés modestes avec une liste civile aussi ronde que celle de bien des princes de l’Europe, ils avaient délégué le soin de leurs travaux à un contre-maître, et ils coulaient en paix l’existence, plus favorisés que dans leur verte Ériu, qu’ils ne devaient pas regretter. Récemment j’ai eu de leurs nouvelles; la mine a continué de prospérer, et ils en emploient maintenant les bénéfices à soutenir, dit-on, les fénians.
Dans les mines d’argent de l'État de Nevada, limitrophe
1. La richesse moyenne des minerais quarlieux exploités en Californie, en 1859, n’était que de dix à vingt dollars ou de cinquante à cent francs la tonne.
2. En Californie, les règlements attribuent six cynls pieds de filon à tout inventeur ou premier occupant, et trois cents pieds & chacun de ses associés.
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de celui de Californie (carte XIII), deux Irlandais dont on m’a conté l’histoire, ont été non moins favorisés que leurs compatriotes d’Allisou-Ranch. Accourus avec tant d’autres, je ne sais de quel placer dont ils étaient sans doute mécontents, ces deux mineurs étaient venus chercher à Carson-City une fortune moins contraire. Ils s’appelaient Gould et Curry, et ont donné leur nom à leur mine et à leur société. En 1800, ils étaient pénihlement occupés à fouiller le fdou, et le sort ne semblait pas les regarder d’un œil plus favorable que naguère. Passe M. Laur, l’ingénieur des mines envoyé par le gouvernement français en Amérique, et dont on peut dire, en risquant un jeu de mots par à peu près, qu’il porte un nom promis à la recherche du précieux métal. 11 conseille aux deux mineurs d’abandonner leur travail. Les apparences sont mauvaises, ils se sont égarés sur une veine de quartz qui sera tout au plus aurifère. Les Irlandais persistent; mais l’argent monnayé manque aussi. Cependant il faut vivre; il faut de plus de la poudre, des outils. De temps en temps, ils vont à San-Francisco faire leurs provisions. Un épicier leur vend tout ce dont ils ont besoin. En ce pays les trafiquants cumulent, et font encore plus vite fortune que leurs confrères de Paris; il est vrai qu’ils sont dans le pays de l’or. Toutefois Gould et Curry, avons-nous dit, n’ont pas un denier vaillant. Qu’importe ? le fournisseur a confiance. Il livre tout à crédit, jusqu’à du vin de Champagne ; car il faut boire en travaillant, et le mineur de Nevada, comme celui de Californie, fait volontiers sauter le bouchon. C’est pour rien, cinq dollars ou vingtcinq francs la bouteille, et des meilleures marques. Au lieu d’argent comptant, on abandonne à l’épicier un pied, puis un pied de filon. 11 devient ainsi, peu à peu, propriétaire des deux tiers de la mine.
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a Eh bien, les enfants, quelles nouvelles! Comment vont les travaux?
— Pas trop mal, cela promet. »
Un beau jour, Gonld et Curry mettent la main sur un amas de minerai comme les frères Bolados au Chili. Ils n’ont plus qu'une faible fraction de la mine ; l’heureux marchand possède presque toutes les actions, et cependant nos deux mineurs encaissent encore des millions pour leur part*. Plus heureux que les Chiliens dont j’ai raconté l’histoire, ils n’ont pas vu les mauvais jours succéder aux temps prospères; mais ils sont eux aussi engagés dans le fénianisme et soutiennent leurs compatriotes révoltés. Quand ils se rappellent les conseils de l’ingénieur qui voulait les éloigner de leur mine, ils doivent avoir une bien médiocre idée des géologues. Qu’y faire? On n’est pas sous terre, et les géologues comme les augures se sont trompés plus d’une fois.
Je voudrais clore ces histoires sur les découvertes de mines par un récit qui est devenu légendaire en Toscane, et qui confirmera, en les résumant, tous les faits qui viennent d’être racontés.
La Toscane, à deux époques de son histoire, sous les Étrusques et pendant le moyen âge, a été, nous l’avons vu, le théâtre des exploitations minérales les plus prospères. Vers l’aurore des temps modernes, diverses raisons provoquèrent l’entier abandon de ces entreprises. Ce furent surtout les luttes acharnées des républiques entre elles, les courses et les dévastations des condottieri, les épidé-
1. En 1863, le lilon exploité par la compagnie Gould et Curry sur deux mille pieds, filon célèbre dans le pays sous le nom de Comstock ledgr, a donné à celte seule compagnie un produit brut de vingt millions de francs. Le bénéfice net, de plus de moitié de ce chiffre, a été distribué, è titre de dividende, entre les deux mille quatre cents actions dont se compose la mine.
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mies, les pestes noires, enfin l'abaissement du prix de l’argent, dont la découverte de l’Amérique fut la cause.
Les Médicis, ayant soumis toute la Toscane à leur maison, et après eux les priuces de Lorraine, avaient essayé vainement, et en bien des occasions, de reprendre une partie des travaux si fâcheusement suspendus. Les choses en étaient là, quand, en 1830, un Français, M. Porte, qui avait accompagué en Italie la princesse Ëlisa, alors qu’elle fut nommée grande-duchesse d’Etrurie sous le premier Empire, et qui depuis était resté dans le pays, résolut à sou tour de ranimer toutes ces anciennes mines. Ce qu’il dépensa de temps, d'intelligence, d’habileté pour arriver à ses fins, ceux qui l’ont connu peuvent le dire ; car il a laissé en Toscanne les meilleurs souvenirs. Une mine avait surtout attiré son attention : celle de Monte-Catini. De 1830 à 1837, le résultat des recherches fut peu sastisfaisant. Notre compatriote, dont les ressources s’épuisaient, sentit sa confiance s’ébranler, et bien qu’il eût retrouvé le filon, il vendit cette raine, pour reporter toute son attention sur d’autres, dans lesquelles il avait plus d’espoir. C’étaient notamment celle de l'Accesa, près de Massa, où le moyen âge avait accumulé d’immenses travaux, et celle de Rocca- Tcderighi, dans le Siennois, également fouillée par les anciens (cnrte XI).
A peine M. Porte eut-il vendu Monte-Catini, qu’on tomba sur un bloc de minerai massif qui paya en un an tous les frais, et laissa plus de cent mille francs de bénéfice net. Les années se succédèrent et les bénéfices allèrent en croissant. Us ne tardèrent pas à décupler. Pendant quinze ans, on a tiré annuellement plus d’un million de cette mine, et l’heureuse chance continue. M. Porte, qui avait assisté à ce spectacle navrant de voir les autres réussir en un jour, là où il avait attendu vainement des
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années, ne vit pas cette affaire à son apogée. Il mourut bientôt de chagrin et pauvre.
Les trois heureux propriétaires de Monte-Catini composent un triumvirat devenu célèbre en Toscane. L’un, un Anglais, ancien majordome d’une grande dame et chambellan de l’ex-graud-duc, est resté fidèle au vieux Léopold quand les mauvais jours sont venus. Il n’a du reste aucun besoin d’autrui. Il a acquis entre autres biens la belle villa de Careggi, voisine de Florence, et dont les échos ont retenu le nom de Laurent le Magnifique. L’autre est intéressé dans une grande maison de banque florentine, dont le chef, digne successeur des sages financiers italiens du moyen âge, jeta les hauts cris quand il sut que son associé allait tenter la chance des mines. Le fortuné exploitant est resté ce qu’il a toujours été, simple, bon, modeste, accueillant le sourire sur les lèvres tous les étrangers recommandés à sa puissante maison. Le troisième enfin, qui servit simplement d’intermédiaire dans la cession de cette mine, est depuis devenu administrateur des premiers chemins de fer d’Italie. Heureux trio! Il n’y a eu à plaindre en tout cela que le pauvre inventeur. Son buste en marbre décore l’entrée de la principale galerie de Monte- Catini, mais ses héritiers, qui vivent encore à Florence, ne sont pas devenus millionnaires !
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LES TRÉSORS CACHES
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LES TRESORS CACHÉS
Los paysans et les bergers. — Les sorciers. — La baguette tournante. — Les petits-cousins dos alchimistes. — Los devins étrusque». — Avocat, ah! passons au déluge! — Le pendule cabalistique. — Cosme I et Benvenuto Cellini . — Les mines d’or de Chrysonèse.
Bien que le hasard ou les inspirations de la géologie conduisent seuls à la découverte des filons, la recherche des veines métalliques n’eu a pus moins de tout temps préoccupé bon nombre de personnes, et fait tourner bien des têtes. Cette recherche est sœur de celle des trésors cachés; elle se relie à la poursuite du grand œuvre, qui donna naissance dans l'antiquité a l’école hermétique, au moyen âge, aux alchimistes ; elle se retrouve, de nos jours, dans ce besoin de s’enrichir à tout prix qui caractérise notre époque, et qui permet l’organisation des affaires les plus inconcevables; elle est en un mot dans l’ordre naturel des choses.
Dans nos campagnes, il existe des paysans qui cherchent des mines à leur façon. Une paillette jaune de mica, un cristal étincelant de pyrite de fer ou de cuivre, sont pour eux de l’or. Ils vont consulter eu secret le curé, l'agentvoyer, le maire ; ils out découvert une mine, ils ne veulent pas dire où ; tout d’abord ils essayent de savoir si c’est bien le précieux métal sur lequel ils out mis la main.
LES MINES I)E MÉTAUX
Les bergers sont comme les paysans. Ce que ceux-ci déterrent dans les champs, sur les talus des ruisseaux, ceux-là le trouvent aux flancs des montagnes, dans le lit des torrents, sur les plus hautes crêtes. Le hasard les favorise quelquefois ; nous en avons même cité des exemples fameux. Il n’en est pas moins vrai qu’eux aussi, en dépit du dicton, cherchent la plupart du temps sans trouver. Ces bergers feraient mieux, comme leurs ancêtres de Chaldée, de lire dans le ciel au lieu de regarder à leurs pieds. Mais ils peuvent nous répondre que l’astronomie est faite, et que la géologie ne l'est pas ; que du reste les bergers ont trouvé bien des filous. Et puis la fable est là, de l’astrologue qui se laisse tomber au fond d’un puits. Les chercheurs de mines évitent au moins ce désagrément.
Les paysans et les bergers composent ce qu’on pourrait appeler les enfants perdus du bataillon des chercheurs de mines, dont les braconniers, les chasseurs fontaussi partie. Ceux-ci, qui s’élèvent souvent jusqu’aux plus hautes cimes et foulent les roches éruptives sous leurs pieds, ne sont pas tellement occupés du gibier qu’ils ne s’inquiètent un peu des filons. Enfin dans quelques pays, des mineurs eux-mêmes se rattachent à ces espèces de corps-francs: tels sont les rebuscadores et catcadorcs , chercheurs des mines espagnoles, énergiques aventuriers qui ont plus d’une fois mis la main sur les plus riches veines.
11 nous faut maintenant signaler tout un corps régulier, un vrai régiment, qui a sa discipline, ses lois, ses manœuvres : c’est celui des tourneurs de baguette. Ils se donnent pour mission de révéler les endroits où se cachent les mines, comme d’autres vous diront la bonne aventure ou l’avenir. Ces devins, qui dénichent aussi les cours d’eau souterrains, les sources (d’où est venu, dit-on, le nom de sorcier ou sourcier ) etjusqu’aux trésors enfouis, opèrent par
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le moyen de la baguette divinatoire. En ayant fait manœuvrer quelques-u ns, je puis dire comment ils s’y prennent.
En 1853, je résidais près de Grenoble, à Laffrey, chargé de la direction de mines métalliques. Des filons de plomb et de zinc couraient en différents points des environs. Tous ces gîtes se reliaient entre eux et formaient ce qu’on nomme un faisceau. Par des inductions que la géologie autorise, on connaît en ce cas, avec une approximatiou assez grande, les lignes qui suivent sonterrainement les filons aux endroits où l’on n’a pas encore travaillé. Passe un de ces adeptes de la baguette divinatoire. Il venait d’un village voisin de l’Oisans, où tout le monde, depuis Adam, naît sorcier. On m’amène le sujet. Je n’avais point encore vu de tourneur de baguette, et ne connaissais leur façon de procéder que par les livres. Je propose à celui-ci d'opérer, le prévenant qu’il ne sera payé que s’il devine. Mou homme accepte. Il est indispensable d’employer une baguette de coudrier fraîchement coupée. 11 va en détacher une au bord du torrent voisin qui, s’échappant des lacs de Lallrey, descend en bouillonnant jusqu’à Vizille. Il taille le bois dans les règles voulues, le saisit des deux mains par les extrémités, puis s’avance çà et là. Le terrain est un plateau couvert de verdure ; à gauche, en regardant vers les lacs, est une forêt de sapin ; à droite, un rempart à pic de roches calcaires couronnées de hêtres ou fuyards ; devant soi, le village, puis les lacs; derrière, le coteau en pente roide, au pied duquel est Vizille. C’est, on le voit, un vrai paysage d’opéra-comique, fait à souhait, comme disait Delille, pour le plaisir des yeux, mais non pour l'édification d’un géologue ou d’un mineur, encore moins d’un chercheur de filons. Le quidam va, vient, inquiet, hésitant.
«Allons, bonhomme, il faut parler, n’allez pas dire qu’il n’y a rien , une mine passe sous vos pieds. Vous brûlez !
LES MINES DE MÉTAUX
— Ici?
— Non , plus loin.
— Là, peut-être?
— Vous n’y êtes pas.
— J’ai trouvé !
— Pas encore. »
Et la baguette tournoyait dans ses mains prises d’u mouvement convulsif. Il se passait en lui un phénomène physiologique qu’on ne peut nier, et qui semble se rattachera ceux du magnétisme animal. Mais bien que la science soit loin d’avoir débrouillé ces mystères, on ne saurait prétendre qu’ils impliquent la connaissance certaine de l’avenir, de l’inconnu, ce qu’on nomme en un mot la double vue. Mon chercheur de filons prouva donc une fois de plus que lui et tous ses pareils n’étaient que des sujets impressionnables et nerveux, et peut-être seulement de fins et adroits compères.
La baguette divinatoire, encore employée aujourd’hui dans toutes les campagnes, tant pour la recherche des mines que pour celle des eaux et des trésors cachés, a eu jadis de très-nombreux adeptes. Avant que la géologie eût été érigée à l’état de science, avant que les lois de la formation et de l’allure des gîtes eussent été découvertes, la baguette régnait partout en maîtresse. Au seizième siècle, au temps où Biringuccio en Italie, Agricola en Allemagne, Bernard Palissy en France, établissaient sur des bases expérimentales précises l’étude des formations souterraines, et introduisaient l’observation dans la géologie, des ouvrages spéciaux raisonnaient encore de la divine baguette, et des moyens d’en faire usage. Agricola , dans son livre resté classique : De re metallica, combattit vivement ce procédé; mais on croira toujours nu merveilleux, au surnaturel. En 1678, un ma-
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nuel d’exploitation des mines imprimé à Bologne, la Praticn minérale, traitait minutieusement de la recherche des filons par cette voie, et décrivait les deux méthodes d’opérer'. Par la première, on attache à l’une des extrémités de la baguette un morceau de métal semblable à celui que l’on cherche, on prend la baguette de l’autre bout, et l’extrémité libre s’incline vers le filon. Par la seconde méthode, on tient les extrémités de la baguette entre les mains, les doigts tournés en arrière, les bras près du corps. La baguette est droite ou bifurquée. Quand elle est droite, elle se courbe vers le filon ; quand elle est bifurquée, c’est la pointe restée libre qui indique le lieu où il faut marcher. Toute personne antipathique à l'opérateur doit être sévèrement éloignée, car elle fausserait les résultats de l’expérience !
11 ne faudrait pas s’étonner que l’usage de la baguette fût ainsi rangé, même au dix-septième siècle, au nombre des connaissances indispensables à l’ingénieur des mines. On a vu jusqu'à notre époque des hommes d’expérience attacher à ce moyen de trouver les gîtes une certaine valeur. Quelques-uns de nos meilleurs esprits ne croient-ils pas eux-mêmes aujourd’hui au spiritisme c-t aux tables tournantes? 11 n’est donc pas surprenant que les tourneurs de baguette vivent encore. Il n’y a guère plus de vingt ans (1844) qu’en Saxe, dans ce pays où Ton a cru longtemps que les filons de l’orient ou du matin, étaient plus nobles et plus féconds que ceux du couchant ou du soir, on a fait opérer officiellement les sorciers. Les ingénieurs saxons n’ont renoncé à l’intervention de la baguette dans la recherche des mines, que.
1. L’auteur parle bien de trois méthodes ; mais ne veut pas indiquer la dernière, condamnée, dit-il, par l'Église. Sans doute on y invoquait Belzébutli.
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devant la démonstration péremptoire de son impuissance absolue.
En France, l’abbé Paramelle, ramenant à ses vrais principes l’art de découvrir les sources, a fait également de nos jours pleine justice des sourciers.
C’est des anciens que nous vient cette pratique d'interroger magnétiquement le sol. Les Égyptiens, dont descendent en droite ligne les alchimistes et tous les disciples d’Hermès, dieu de la science occulte, avaient transmis cette science aux Étrusques, de qui la tinrent les Romains. Les Étrusques étaient passés maîtres dans ces tours, et joignaient à l’artde lire dans le ciel et de faire parler la foudre, celui de lire sous terre. C’est même à l'intervention des devius tyrrhénieus que l’on attribue la découverte des célèbres mines de fer de l’ile d’Elbe.
Les historiens disent que, sous le règne d’Ancus Martius, des devins étrusques abordèrent dans l’ile, au lieu où est aujourd’hui Rio. Ces prêtres de l’incounu n’avaient pas oublié leur baguette. A peine débarqués, sans même prendre le temps de se reposer dé leurs fatigues, et peut-être du mal de mer, ils se livrèrent à leurs jeux favoris. Bien leur en prit ; ils découvrirent les mines de fer. Ils n’y eurent pas grand mérite ; car ces gîtes affleurent, et l’on peut dire que sur ce point l'ile d’Elbe n’est qu’une montagne de fer; mais peut-être n’en était-il pas ainsi en ce temps-là. Les mines découvertes, on dut songer à les exploiter. Ancus Martius, qui était lui-même un Étrusque, donna la concession des gîtes ù perpétuité à ses compatriotes, les sorciers tyrrhéniens. Ceux-ci avaient bien quelques droits à cette récompense comme inventeurs. Ils s’établirent à Rio, y fouillèrent les filons et fondèrent la colonie des mineurs qu’on voit encore aujourd’hui à File d’Elbe.
Telle est la tradition, ou, si l’on préfère, la légende.
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Veut-on maintenant lire Je l’histoire, Je l’histoire contem poraine s’entenJ, car celle Je Tite Live, surtout depuis Mommsen et Ampère, est en partie reléguée Jans le Jomaine Jes fables. Voici Jonc ce qui se plaiJait, il y a cinq ou six ans, devant le conseil d’État italien.
Les mines Je fer Je l’ilc d’Elbe ont Je tout temps été un bien domanial. Les Elbnins ont toujours supporté avec peine la prohibition d’exploiter librement ces mines, et à l’époque Je l'annexion, en 1860, ont réclamé plus fort que jamais. Leur cause a été portée devant le conseil d’État italien. Sait-on sur quoi s’est fondé l’avocat Je la commune de Rio pour défendre le droit Je ses clients? Sur un prétendu passage de Tite Live, tout au moins apocryphe, et relatif aux devins étrusques. « Nous sommes, disait le moderne Cicéron, légalement propriétaires des mines depuis le temps d’Ancus Murtius, de qui nos pères les ont reçues en bonne et due forme. Injustement dépossédés, nous réclamons nos droits, Tite Live à la main. » L’humanité sera donc toujours la même, et n’uurait-on pas pu répondre au plaideur, comme Dandin à l’intimé : « Avocat, ah! passons au déluge? »
La baguette divinatoire qui a fourni un si long chemin depuis les Égyptiens et les Étrusques, n’est pas le seul moyen de découverte employé par d’infatigables chercheurs. Dans les mines des Alpes françaises, j’ai vu mettre en usage un procédé non moins curieux. Il était de l’invention d’une dame (Mme Rey), et c’est près de la Motte et du Bourg-d’Oisans, pays chers aux minéralogistes, qu’elle avait établi scs recherches. Elle allait seule par la montagne, tenant attachés au bout d’une (icelle une pièce de cinq francs, un plomb ou un gros sou de cuivre, et prétendait que son pendule déviait au voisinage d’un filon. L’argent attirait l’argent, le cuivre ou le plomb les métaux de même
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nature. C’était le contraire <le l’électricité et du magnétisme en physique, où les fluides de même nom se repoussent. Mme Rey marquait par des tas de pierres les endroits où déviait le pendule, puis elle joignait tous ces points par une ligne idéale et disait : « Voilà la direction de mon filon. »
Au début de ma carrière de mineur, j’ai vu dans mes excursions sur les pittoresques montagnes dauphinoises, ces jalons d’un nouveau genre jetés nu milieu d’abrupts rochers par l’intelligente chercheuse. Le pays est coupé de veines et d’aflleurements métalliques. En certains points les gîtes cuivreux abondent, et le sol est marqué comme nti pinceau de traces vertes et bleues, caractérisant le métal de Vénus. Mme Rey n’avait donc pas de peine à trouver des Blons ; mais la vérité me force à dire qu’elle en a découvert d'inconnus. Elle a fait beaucoup pour le développement de l’industrie minière dans ces pays sauvages, où elle s’est si courageusement établie. C’est elle qui a retrouvé les gîtes de mercure de Saint-Arey. Elle a réveillé quelques-unes des mines de nos Alpes d’un sommeil plus que séculaire, dans lequel elles devaient malheureusement bien vite retomber. Plusieurs fois, dans mon séjour à LafFrey, je la vis passer conduisant elle-même à Vizille où sont des fonderies de plomb, de cuivre et d’argent, sa charrette de minerais. Vigoureuse, de haute taille, sou regard respirait la force; c’était plus qu'une femme, c’était un vaillaut mineur.
A toutes les époques, la recherche des mines a donc préoccupé l’humanité. Les princes, les rois eux-mêmes n’ont pas échappé à cette poursuite du merveilleux, de l’inconnu, dont on les croirait exempts, puisqu’ils semblent trouver dans le rang même où ils sont placés la satisfaction de tous leurs désirs. Le grand-duc de Toscane, Cosrne Ier,
l.t'N Mines île Métaux
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qui fonda la maison princièrc de Médieis el qui était aussi rusé politique qu habile administrateur, fut encore un grand chercheur de mines. Pour reprendre une partie de ces anciennes exploitations de l’Étrurie, dont il a été plusieurs fois parlé, il fit venir d’Allemagne des ingénieurs qu'il demanda à de grands propriétaires de mines, aux riches banquiers d’Augsbourg, les Fugger, ces Rothschild de leur temps. C’étaient à cette époque, comme d’autres le sont devenus depuis, les rois des banquiers et les banquiers des rois. Ils avaient prêté de fortes sommes à Charles-Quint, et un jour que le puissant monarque, en voyage vers les Pays-Bas, s’était arrêté dans un de leurs châteaux, la légende dit que la cheminée où se chauffait l’empereur fut alimentée avec du bois de santal, et que le papier qui servit à allumer le feu, était la traite même souscrite par Charles-Quint aux Fugger'.
L’ingénieur allemand demandé par Cosme Ier à ses banquiers d’Augsbourg ne tarda pas à se mettre en relation avec le grand-duc. J’ai vu à Floreuce, dans les archives des Offices , où le surintendant de ce département, M. Bonaini, avec une obligeance que tous les archéologues ont successivement appréciée, les a mises à ma disposition, j'ai vu les lettres autographes du grand-duc et les réponses des Fugger et de l’ingénieur. Cosme annote en marge, fixe le sujet de ses lettres, quand il ne les écrit pas tout entières.
Après un assez long débat, où toutes les conditions les plus minutieuses du voyage, du séjour, des honoraires, sont fixées par le praticien germanique avec un calme,
1 . Ces mêmes banquiers, qu’en Espagne on appelait les Fuccares, ont longtemps exploité les mines de mercure d’Alraaden, qu’ils ont euesà ferme de la couronne, comme aujourd'hui les ont à leur tour MM. de Rothschild. Le nom des Fugger est resté populaire parmi les Espagnols, et dans les provinces de Grenade et d’Andalousie, en parlant d'un homme qui a une très-grande fortune, on dit: Il est riche comme un Fuccares.
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une minutie particulière aux gens de son pays, l’homme arrive et se met à l’œuvre. On l'envoie dans les anciennes mines de la Maremme toscane, et Cosme, qui a dépêché sur les lieux un contre-maître affidé, est tenu jour par jour nu courant des opérations. Ici sa correspondance est des plus curieuses, et mériterait, non moins que la précédente, d’être entièrement publiée.
La recherche des mines métalliques préoccupait à tel point le grand-duc, qu’il avait établi dans son palais un laboratoire, où il travaillait avec Benvenuto, avant de s’être brouillé avec lui. Si le grand-duc n’était pas d’humeur commode, Cellini ü son tour, et ses curieux mémoires eh font foi, était d’une société peu agréable. Dans ce laboratoire, on fondait les métaux, on soufflait la forge, on mettait en jeu la cornue, l’alambic; c’était encore le beau temps de l’alchimie. Volontiers on eût comparé Cosme Ier au roi Dagobert et Benvenuto à saint Éloi, si l’on n’eût craint que l’un ou l’autre ne prit la comparaison en mauvaise part.
Cependant on ne trouvait pas d’or au fond des mines et des creusets, et un jour qu’un galion portugais revenait d'Amérique porteur de lingots d’argent, Cosme fit acheter tout le chargement à Lisbonne. A la même époque, il accapurait aussi, au moyen de ses correspondants d'Angleterre, l’étain du Cournouailles, métal qui était alors indispensable. Toutes les banques, tous les hôtels des monnaies, tous les fondeurs d’Italie, furent obligés de s’adresser à Cosme, devenu détenteur de l’argent et de l’étain, et il revendit à tous sa marchandise au détail et bien cher. Ce furent là les plus clairs de ses bénéfices, et ses meilleures affaires dans l’exploitation des métaux. Malgré toutes ses recherches, il ne parvint pus à redonner aux mines de la Toscane l’activité florissunte du passé. Ses deux fils, Fran-
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çois’ et Ferdinand, qui lui succédèrent tour à tour sur le troue, ne furent pus plus heureux que lui dans ces essais. Cosine n'en a pas moins sa pluce marquée dans l’originale famille des chercheurs de liions et des disciples du grand Hermès.
L’étude serait longue si l’on voulait comprendre ici tous les types de chercheurs de mines, et passer surtout, par une pente insensible, aux fahricateursde filous. Il y a quelques années, eu France, quand le public apportait dans les affaires industrielles une naïveté qu’il a depuis dépouillée en partie, toute mine, réelle ou imaginuirc, était bonne à mettre en actions. Le spirituel auteur de Jérome Pain rot, en nous racontant l'affaire des bitumes du Maroc, n’a rien inventé; il a esquissé un Irait de mœurs contemporain. J’ai moi-même été appelé à donner mon avis sinon dans la création, au moins dans la poursuite de quelques-unes de ces entreprises souterraines (le mot peut se prendre ici dans les deux sens), et j’ai été frappé de l’aisance avec laquelle les gens de la plus haute raison se laissaient prendre à de telles amorces. Eu voici un exemple curieux :
Dans une île de la mer des Indes que je ne nommerai pas, piton volcanique rejeté un jour au-dessus de l’Océan par les feux sous-marins, s’étendent le long du rivage des sables et des galets. Les vagues, battant contre le roc, le désagrègent; les vents aident à l’effet des eaux, et desdunes ou des plaines mouvantes se sont formées au bord de la mer. La substance dont sont composés les sables ou les galets, est noire, poreuse, lourde ; c’est la roche volcanique qu’on nomme le basalte. Au milieu des grains ou des blocs
I. Le père de Marie de Médicis et l'amant de Tlianca Capello, un prince saingneus ilr l'archemie, prenant ptesir à besoingner lui mesme. (Montaigne.)
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de basalte, on distingue des aiguilles de fer oxydulé, attirables à l’aimant, puis des cristaux d’un jaune d’or ou quelquefois un peu verdâtre, translucides, taillant le verre; c’est la chrysolithe, variété de péridot olivine, employée comme pierre précieuse de bas aloi dans la joaillerie. L’horlogerie s’en sert aussi quelquefois pour les trous eu rubis des montres, ainsi nommés sans doute parce qu'ils sont le plus souvent faits en grenats ou en autres gemmes que le rubis.
La chrysolithe ou pierre d’or, si bieu baptisée par les anciens minéralogistes', produit un heureux effet au milieu des sables volcaniques. Elle étincelle au soleil, elle marie le ton doré de ses cristaux au noir sombre du basalte. C'est ainsi que, pour les partisans des causes finales, tout est pour le mieux eu ce monde ; mais la chrysolithe remplit ici un bien autre rôle.
Quelques années avant la révolution de 1789, le chevalier de P...., parent d’un de nos poètes né dans cette île, était devenu fou. Frappé de l’éclat de ces .petits cailloux, il les prenait pour de l’or, allait les ramasser sur la plage, les faisait chauffer dons un vase et prétendait en tirer des lingots. Sa famille le laissait faire, et comme sa folie n’était pas dangereuse, on lui avait même donné un laboratoire. Au fond d’un jardin, ombragé par les manguiers, ces pêchers des tropiques, était un joli kiosque, ce qu’on appelle là-bas un pavillon. C’était là qu’opérait ce dernier représentant de l’alchimie, au moment même où Lavoisier, par ses mémorables découvertes, donnait le coup de grâce à l’art impuissant des souffleurs.
Tout cela était bien oublié, lorsqu’il y a dix ans, des personnes qui avaient habité cette île lointaine, muis
1 . Le nom vient de /puoôî, chrysos, or, et Xi’O»;, lithos, pierre.
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LES TRÉSORS CACHÉS
non mythologique, ravivèrent de la façon la plus inattendue les essais du chevalier de P...., et adressèrent même au gouvernement français une demande eu règle pour la concession des mines d’or de Chrysanèse. Les actionnaires affluèrent; de grands personnages s’intéressèrent dans l’opération. On avait fait venir des sables par tonneaux, et toujours ou y trouvait de l’or. Avec le produit des analyses, on proposait de frapper des boutons de manchettes pour les membres du conseil de surveillance. Les gîtes d'ailleurs se complétaient, se multipliaient. On trouvait, associés à l’or, l’argent et le platine, et l’on découvrait dans l’intérieur de l'ile, non plus de simples placers, mais de vrais filons aurifères. Un témoin occulaire, qui avait contribué à la trouvaille, s’écriait dans son naïf enthousiasme : « que cent mille hommes, travaillant pendant cent mille ans, effleureraient à peine le gîte, et que désormais Clirysouèse allait produire l’or, non plus le sucre et le café; » et cet homme était de bonne foi ! J’ai vu ces mines. Les placers sont les galets et les sables du littoral ; les filons sont des argiles volcaniques bleuAtres, semées de pyrites de fer jaunes, brillantes, cristallisées, qu’on prendrait volontiers pour de l’or, mais qui n’en renferment pas un atome. Elles gisent d’ailleurs au milieu de montagnes presque inaccessibles, à quinze cents mètres au-dessus du niveau de la mer.
A travers des péripéties sans nombre, l’affaire des mines de Chrysonèse s’est poursuivie et n’est pas encore morte. Les actionnaires n’ont pas perdu confiance. Bien que n’ayant jamais reçu d’autres dividendes que ceux prélevés sur le capital, ainsi que cela se pratique souvent, la plupart ont conservé bon courage, et si la société aurifère ne voit pas encore ses actions cotées à la Bourse, toujours est-il qu’elle est loin d’être entrée en liquidation. Il y a quelques mois, on disait que les métaux précieux étant
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inexploitables poux1 n’exister qu'à l’état microscopique, on allait transformer l’opération, et recueillir le fer magnétique des sables. Malheureusement la mine d’acier n’a pas assez de valeur pour être transportée de la mer des Indes eu Europe. Il faudra donc traiter directement le minerai sur les lieux. Où prendra-t-ou le charbon et les fondeurs? En attendant, les gens de Chrysonèse se moquent des Parisiens crédules. Depuis le dernier des noirs jusqu’aux premiers habitants de l'ile, persouue n’a pris d’actions de la société aurifère. Le pays, sage, économe, laborieux, continue à produire du sucre, du café, des épices; récemment le coton y a été essayé avec succès, et tout le monde rit là-bas des fabricatcurs de filons qui viennent planter si loin le théâtre de leurs exploits.
L'ATTAQUE DU TERRAIN
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L’ATTAQUE DU TERRAIN
Difficultés du travail. — Exploitations sous-marines. — Grandes galeries d’écoulement. — Six lieues de tunnel. — Canaux navigables dans les mines. — Méthodes d'abatage des fdons. — Transports intérieurs. — Echelles mouvantes. — Un mauvais pas. — Outils du mineur. — Emploi dufeu. — Les accidents. — L’arsenic et le mercure. — Huit modèles de lampes. — Les mines de l’Amérique espagnole.
On a dit, en traitant des mines de houille, quelles difficultés avait à surmonter le mineur dans le creusement des puits et des galeries. Dans les mines métalliques, ces difficultés ne sont pas moins grandes. Si par la nature même du sol qu’on traverse, les terrains ébouleux, coulants, submergés, se présentent moins souvent au mineur, en retour, des roches d’une dureté exceptionnelle, le quartz, les schistes cristallins, les granits, les porphyres, doivent être patiemment attaquées. L’acier le mieux trempé n’y résiste guère, et le travail, sur certaines de ces roches, avance à peine de quelques mètres par mois.
Dans le Cornouailles, ou a foncé des puits dans de pareils terrains jusqu’au delà de quatre et six cents mètres, avant de rencontrer le filon. A cette limite, on a approfondi encore les chantiers par le percement de puits intérieurs (fig. 106). Dans ce pays, on attaque les gîtes métallifères même sur le rivage de la mer. Il faut défendre les ouvrages contre
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les irruptions des vagues, contre la marée montante ellemême, et ces obstacles n’ont pas arrêté les travailleurs. Dans la mine, les ouvriers ont poursuivi leurs galeries à un mille et plus sous les eaux; c’est à peine si l’épaisseur des roches qui protègent les mineurs atteint quelques centaines de pieds eu certains endroits. Dans les jours d’orage, on entend mugir l’Océan au-dessus de sa tète; les galçts, nu fond de la mer, roulés les uns sur les autres, imitent le bruit du tonnerre. De galerie en galerie se répercute un effroyable grondement, et les ouvriers épouvantés quittent alors ces sombres abimes que l’Océan menace d’engloutir.
En 1802, j’explorais moi-même ces mines à la pointe extrême du Cornouailles, vers le cap Land’s-End. Jetais descendu dans les tailles les plus profondes. J’avais parcouru diverses galeries, visité jusqu’aux puits intérieurs. Je remontais au jour par les fatigantes échelles. Le trajet était des plus rudes. Protégé par ces vêtements de laine en usage dans les mines anglaises, les lourdes bottes de mineur aux jambes, la chandelle collée au chapeau, j'avais peine à me mouvoir au milieu d’un air échauffé. Sur un point de parcours débouchait dans le puits une galerie. Le capitaine ou ingénieur de la mine qui m’accompagnait me dit de goûter à l’eau suintant de la roche; cette eau était salée. Nous gravîmes encore quelques rangs d’échelles, puis nous entrâmes dans nnc nouvelle galerie. Elle débouchait au niveau de la mer (fig. 100). 11 n’y avait donc aucun doute à conserver, les travaux que je venais de visiter étaient en partie ouverts sous les eaux mêmes de l’Océan.
Eu Allemagne, surtout dans le Harz et en Saxe, les mineurs se sont toujours distingués, comme dans le Cornouailles, par le caractère aussi patient que grandiose de
L’ATTAQUK DU TERRAIN.
certains de leurs travaux. Les mines du Ilarz supérieur ou Ober-Harz (ex-royaume du lluuovrc), exploitées depuis la liu du douzième siècle, et sans discontinuité depuis le corn-
Fig. lOti. — Un puits intérieur des mines du Cornouailles.
meucemeut du seizième’, sont citées pour l’énorme développement des galeries et le bon aménagemeut des tailles
1. Ces mines, au nombre de vingt-quatre, concentrées autour de Zellerfeld et Clausllial, occupent cinq mille ouvriers, mineurs, fondeurs, bûcherons, etc. Elles produisent annuellement cent mille tonnes de mine-
LES MINES DE METAUX
intérieures (fig. 107 et 108). Dans ces mines, on a eu toujours à lutter contre l’affluence des eaux, que l’on a combattue soit par d’ingénieuses machines hydrauliques installées
Fig. 107. — Le puits aux échelles dans les raines du Harz.
sur les puits, soit par des canaux souterrains destinés à uu gigantesque drainage. A mesure que les travaux ont
rais de diverses nature, contenant principalement du plomb et de l'argent pour une valeur de près de cinq millions de francs. Tout le pays vit de celte industrie.
L’ATTAQUE OU TERRAIN
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gagné en profondeur, et que le niveau des galeries d’écoulement a été dépassé, il en a été creusé de nouvelles, et l'on devine au prix de quelles dépenses, de quels elforts
Fig. 108. — Les mineurs du Harz sur le filon.
et de combien de temps. Quatre de ces tunnels, qui fonctionnent encore, ont été ouverts dans le courant du seizième siècle; le cinquième date de 1777. On l’appelle Gcorg-Stollen (galerie de Georges), du nom du roi
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Georges III, qui occupait alors les deux trônes de Hanovre et d’Angleterre. Jusqu’en 1 85 1 , pendant trois quarts de siècle, cetle galerie a été suffisante pour le service qu’on exigeait d'elle. A cette époque, la profondeur et le développement des travaux ont nécessité le creusement d'un nouveau canal souterrain, et la galerie dite Ernest-Auguste (eu l'honneur du roi de Hanovre, père du ci-devant roi) a été presque aussitôt ouverte que projetée.
La galerie Ernest-Auguste est peut-être l’œuvre la plus remarquable qui ait jamais été exécutée dans Uexploitation des mines métalliques. L’orifice de ce long tunnel se trouve à Gittelde, dans le duché de Brunswick. La galerie a près de trois mètres de haut, deux mètres de large, et une pente de dix-sept millièmes par mètre de longueur. Comme un tunnel de chemin de fer, elle a été entreprise à la fois sur plusieurs points différents. On a ouvert jusqu’à dix attaques simultanées. Le travail, conduit avec la plus grande vigueur, a duré treize ans : il a été achevé et solennellement inauguré en 1864’. La galerie a onze kilomètres de développement, le double des plus longs tunnels de voies ferrées jusqu’ici construits’; mais, si l'on y comprend les traverses latérales qui y débouchent, et une galerie souterraine navigable, portant bateaux, à laquelle elle se relie à l’extrémité opposée à son embouchure, la galerie Ernest-Auguste n'a pas moins de vingt-quatre kilomètres, six lieues !
Bien n’a été négligé pour que ce magnifique travail restât à la hauteur où les Allemands ont porté l’art des mines.
1 . Nous avons emprunté la plupart de ces données aux renseignements recueillis par un de nos confrères, M. l'ingénieur GralT, qui lui-même s’est inspiré d’une brochure publiée 4 Clausthal sous ce titre: Der Ernsl-Augusl- Slollen nrn Harze.
S. Sur ce parcours, plus du quart de la galerie, c'est-à-dire trois kilomètres, ont dû être revêtus d'une solide voûte en maçonnerie.
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Grâce n une levée de plans sévère et continuellement contrôlée, toutes les jonctions partielles se sont faites sans écart latéral, sans erreur de pente. Un aimant de cent kilogrammes, agissant sur la boussole à travers une épaisseur de roche de vingt mètres, et apporté dans un des chantiers pendant qu’on installait l’aiguille aimantée dans l’autre, a concouru à l’admirable précision des résultats obtenus. Toutes les difficultés d’aérage ont été victorieusement surmontées au moyen de tuyaux en tôle de zinc, qui ont permis de conduire 4’air dans ces labyrinthes sur un parcours de plusieurs kilomètres. En un mot, dans une œuvre souterraine pleine de tant de difficultés, l’ingénieur n’a jamais failli à sa mission, jamais n’a été pris au dépourvu.
Le coût de la galerie Ernest-Auguste et de ses annexes, en y comprenant la galerie navigable, atteint presque trois millions et demi de francs. C’est lu dernière grande galerie d’écoulement que le relief du sol de l’Ober-Harz permette d'établir. La plus grande profondeur qu’elle assèche est environ de quatre cents mètres; mais on projette déjà une nouvelle galerie tout intérieure, c’est-à-dire sans embouchure, à deux cent quarante mètres au-dessous de celle-ci. On eu élèvera les eaux au niveau de l’Ernest-Auguste au moyen d’une muchine hydraulique spéciale. La machine sera placée dans un puits vertical construit exprès, et qui servira eu même temps de puits d’extraction pour le minerai. Le devis de ces nouveaux travaux, auxquels on vient de mettre la main, s’élève à près d’un million et demi de francs. Les mineurs du llarz, on le voit, ont confiance dans la continuité et la richesse de leurs filons, et assurent définitivement, par ces installations grandioses, l’exploitation à venir pour une durée de plusieurs siècles.
Les travaux du Harz supérieur ne sont pas les seuls qu’il
LES MINES DE MÉTAUX
faille mentionner. Dans ces mêmes régions de l’Allemagne, à Andreasberg (Unter-Harz) , il est des puits de mines qui descendent à plus de huit cents mètres sous le sol : on n’en connaît nulle part d’aussi profonds. Ces puits sont rectangulaires, de huit mètres de long sur trois de large, ce qui donne vingt-quatre mètres carrés de section. On les revêt sur toute la hauteur d’un solide boisage de sapins écorces, et ils concentrent tous les services : extraction des minerais, épuisement des eaux, conduites d’air, échelles pour la descente et la sortie des ouvriers, etc.
Dans la Saxe, la Hongrie, la Prusse rhénane, on pourrait citer aussi de magnifiques ouvrages de mines, qui n’ont pas des développements moindres que ceux du Harz et ont coûté également des millions. Sous ce rapport toutes les mines métalliques se ressemblent, et vont de pair avec les houillères. Mais là ne se borne pas la comparaison entre ces deux classes de mines.
L’ubatagc des matières métalliques se fait par des méthodes qui rappellent celles que nous connaissons déjà. Quand c’est une couche qu’on exploite, et ce cas se présente dans la plupart des mines de fer, l’attaque a lieu comme pour la bouille, en divisant d’abord le gîte en piliers. Sur les filons proprement dits, d'une inclinaison toujours assez forte, s’emploient les méthodes en gradins droits ou renversés (lig. 109 et 1 10), dont la première a dû' être proscrite des houillères, car le mineur y travaillerait sur le charbon qu'il désagrégerait en le piétinant. Cette méthode estait contraire d’un emploi fréquent pour les minerais métalliques, qu’il faut presque toujours pulvériser pour les enrichir et les rendre propres à la fusion ou à la vente. Enfin sur les gradins droits, l’ouvrier fait aisément un premier tirage du minerai et de la roche, et l’ecueille les poussières métalliques; tandis que les gradins
Googli
Fig. 109. — Traiail en gradin» droits à Stahlberg (Prusse rhénane).
L’ATTAQUE DU TERRAIN
renversés ne lui offrent pas le même avantage : il perd même par ce procédé une partie du minerai dans les remblais.
Dans lés filons puissants, dans les amas épais, on a recours aux méthodes par grandes tadles (fig. 111) ou par attaques transversales. Enfin dans les dépôts superficiels,
Fig. 110. — Travail en gradins renversés.
comme ceux des minerais d'alluvion, on dans de vastes concentrations métallifères qui s’épanouissent à la surface en gigantesques affleurements, comme les gîtes de fer de l’ile d'Elbe ou les gîtes cuivreux du Rammelsberg, le travail est conduit par des méthodes spéciales (fig. 1 12). Ces méthodes sont dites à ciel ouvert, parce qu’on ne marche plus en souterrain; elles rappellent les procédés d’attaque en usage dans les carrières ou dans les grands travaux de terrassement.
LES MINES DE MÉTAUX
En adoptant l’une des méthodes d’ubalagc que l’on vient de décrire, l’ouvrier ne laisse plus dans la mine que des remblais à la place dm minerai. Cependant la théorie et la pratique diffèrent ici comme en toutes choses, et la méthode classique doit être souvent modifiée. Les occasions les plus fréquentes qui forcent le mineur d’enfreindre la règle, sont les accidents qui dérangent le fdon, les cassures, les rejets, dont on connaît généralement la loi, les renflements, les rétrécissements, et quelquefois des disparitions subites échappant il tous les principes de la géologie appliquée. Mais le mineur ne se rebute ni ne s’émeut, et la patience, la réflexion, le flair aidant, il arrive presque toujours à retrouver la veine métallique.
Les procédés et les appareils que nous avons vus usités pour le transport souterrain et l'extraction de la houille, s’appliquent également aux minerais. Les chemins de fer, les wagons, les chevaux se retrouvent ici dans les tailles, dans les galeries. L’exploitation est conduite d’après les mêmes principes; les appareils d’aérage ne sont pas différents, et l’art délicat de la levée des plans (fig. 1 13) est également en honneur. Les dispositions des puits sont aussi les mêmes. Il u’y a pas jusqu’aux édifices de la surface qui n’aient un certain air de ressemblance. Les houillères cependant offrent aux abords des puits une plus grande animation, cor il est rare que les mines métalliques, à moins de cas particuliers, arrivent, même mensuellement, à un chiffre d'extraction que certains charbonnages obtiennent dans une seule journée, soit de cinq cents à mille tonnes. Sur beaucoup de mines, c’est une machine à vapeur qui extrait le minerai et manœuvre les échelles mobiles. C’est aussi une machine à vapeur qui fait mouvoir les pompes, dont quelques-unes, comme dans le Cornouailles, présentent de formidables modèles. En pays de montagne,
osle
Fig. III. — Travail en grandes tailles à Campiglia (Toscane).
L’ATTAQUE DU TERRAIN
c’est plutôt une machine hydraulique qui anime les engins d’extraction . llnns les entreprises modestes, ù leurs débuts, l’eau intérieure et le minerai sont amenés au jour au moyen d’un manège conduit par des chevaux, ou bien encore par un treuil que mettent en jeu les ouvriers. Dans ce cas, les mineurs entrent dans la mine par les galeries
Fig. 11?. — Travail à ciel ouvert au Hammelsberg (Harz.).
débouchant nu jour, ou par des échelles lixées dans les puits, et quelquefois par le moyen du câble, en enjambant la tonne.
Dans les mines très-profondes, les échelles mobiles sont presque partout employées. Nous connaissons, par les houillères, ces fnhrkunst ou men-engines, qui ont pris naissance dans les mines métalliques du Harz, et sont passées de là dans celles du Cornouailles. Comme on l’a
déjà fait observer, il faut une certaine habitude et une grande vigilance pour y circuler sans danger. Tout d'abord, on ne se fait pas à ce mouvement alternatif des échelles, réglé, calculé comme celui d'une horloge; si l’on a peur, si l’on hésite, si l'on ne passe pus à temps d’un échelon à l’autre, un effroyable accident peut avoir lieu, lin jour que, dans le Cornouailles, nous descendions ainsi avec un ami par le puits, il manqua l’échelon et faillit être broyé par le retour de l’énorme poutrelle. Heureusement que le capitaine qui nous accompagnait, et qui veillait sur ce novice, prévint le danger, saisit l’imprudent par ses habits et le sauva. Ou arrêta le mouvement, et nous dûmes continuer notre route par les échelles fixes. Elles descendaie nt jusqu’à six cents mètres de profondeur!
Les ouvriers des mines métalliques emploient , pour l’attaque du terrain, quelques-uns des outils déjà décrits. Le pic, qui est de divers modèles (üg. 1 1 1), sert à désagréger les roches tendres ou fissurées, contre lesquelles on fait aussi usage des coins et de la pince (fig. 1 15 et 1 16). On charge le minerai et la roche abattue dans des paniers ou des sacs, des tonnes, des wagons. Quelques pelles, eu Allemagne, ont conservé des formes bizarres (fig. 117).
A cause de lu dureté particulière des roches, presque tout le travail se fait à la poudre. Ici réapparaissent la masse, le fleuret et les outils accessoires (fig. 118). On cherche à obtenir des trous de fortes dimensions, et à faire éclater à la fois de très-gros blocs, lin mineur et deux frappeurs travaillent presque toujours ensemble, ou au moins un mineur et un frappeur ; rarement un homme seul. Le travail à trois hommes mérite detre vu. Les deux frappeurs, debout, laissent tomber en cadence leurs lourds marteaux sur la tête du fleuret, qui rend un son métallique, taudis que le mineur accroupi, tenant la barre entre
Di
Fig. 113. — La levée du plan à la boussole dans les mines de la Vieille-Montagne.
L'ATTAQUE DU TERRAIN. 459
les mains, lui fait faire ù chaque fois une fraction de tour (fig. 1 19). Dans des ouvrages délicats, auxquels il faut réserver îles contours réguliers, on emploie des pics de forme spéciale, ou la pointerolle qui était en usage dans toutes les iniucs avant l'adoption de la poudre. C’est une sorte de ciseau d’acier monté sur un petit manche (fig. 1 1 1, A),
Fig. 114. — Pics et pointerolles.
S. II. Tous les outils sont à l'échelle de 1/10.
et sur la tête duquel frappe l’ouvrier avec la massette de fer. Il eu emporte une douzaine, une trousse, pour sa journée, enfilées six par six à une chaîne. Quand une pointe est émoussée, on la renvoie à la forge*.
Il existait autrefois, avant l’application de la poudre au
1 . La pointerolle n'eit pas seulement en usage dans les mines de métaux, on l’emploie également dans les carrières de marbre, de granit, pour dégager les masses que l'on doit abattre, etque le tirage à la poudre pourrait endommager.
travail souterrain, une méthode d’attaque fort curieuse, employée de tout temps dans les mines, dont on retrouve partout les traces , et dont l’usage s’est conservé dans quelques pays, eu Saxe, en Hongrie, au Harz : c’est l’attaque des roches siliceuses par le feu. Dans une caisse en tôle de fer, de forme particulière, on empile des rondins de bois qu’on allume (fig. 120). La flamme lèche lu paroi de la roche, étonne , comme on dit, le quartz, qui se fendille, et refroidi, se laisse enta-
Fig. 115. — Masse, massette et coin. Fig. 116. — Pince* (tarefa des
mines liispano américaines).
mer pur le pic avec la plus grande facilité. Auparavant les outils de l’acier le plus dur, de très-fortes charges de poudre, pouvaient seuls en venir à bout'.
1. En projetant de l'eau sur la roche encore chaude, on en augmente le fendillement, et l’industrie a su tirer parti de ce phénomène pour la pulvé-
L’ATTAQUE I)U TERRAIN
Au Rammclsberg, dans le Ilarz, cette vieille méthode d'attaque s’est, dit-on, religieusement maintenue. On allume les bûchers le samedi soir et on les laisse brûler jusqu’au lundi malin. Les ouvriers rentrent alors dans la mine, et y poursuivent leurs travaux ordinaires. Tant que
Fig. 1 17. — Pelles allemandes. Fig. 118. — Outils pour le tirage
à la poudre.
F, fleuret; C, curette; B, bourroir; E, épingletle.
les bûchers sont en feu, le séjour dans les galeries est impraticable : une fumée épaisse remplit tous les chantiers, c’est un véritable incendie souterrain.
risalion du quartz. N’y aurait-il pas là une explication plausible de la fameuse attaque que fit Annibal des roches des Alpes par le vinaigre, sujet qui a tant agité les commentateurs?
462 LES MINES PE MÉTAUX
Les ouvriers des mines métalliques ont moins de dangers à courir que ceux des houillères. Les accidents causés par le tirage des mines, les éboulements et les inon-
dations, la circulation dans les puits, sont les seuls qu’ils aient a redouter. Ils échappent, sauf des eus tout exceptionnels, aux explosions du grisou et de l’oxyde de carbone, enfin aux incendies qui ne se développent guère que
Fig. 119.
— Forage d’un trou de mine à trois hommes.
Fig. 120. — Attaque des roches par le feu.
L’ATTAQUE DU TERRAIN
dans les couches de charbon'. Et quant au mauvais air, aux asphyxies par l’acide carbonique, ils ont moins à les redouter aussi, tant par suite de la nature différente des roches qu’ils exploitent, que de l’étendue presque toujours moins considérable des vides qu’offrent les mines de métal, d’où il résulte, dans les deux cas, un meilleur aérage des galeries. Ils sont de même à peu près exempts d’une cause de dangers fréquente dans les houillères, celle d’anciennes exploitations très-vastes, la plupart du temps inconnues, pleines d’eau et de gaz méphitiques ou explosifs. Enfin la compacité des roches les met à couvert des chutes subites de ces cloches ou fonds de chaudron , qui se détachent soudainement des schistes carbonifères, au plafond des galeries, et écrasent tant de houilleurs.
Le mineur des filons est aussi plus favorisé, au point de vue hygiénique du travail souterrain, que celui des houillères. Nous ne devons pas oublier néanmoins que certaines miues métalliques, par exemple celles qui renferment des pyrites arsenicales ou des minerais de mercure, font courir de réels dangers aux ouvriers. Dans les mines de mercure, les mineurs sont pris, au bout de peu de temps, de salivations, de tremblements convulsifs. C’est pis encore dans les usines où l’on fond le minerai. Une pâleur, une maigreur affreuse trahit tout de suite les pauvres travailleurs du mercure : ce ne sont plus des hommes, ce sont des cadavres.
1. On cite cependant quelque* cas d’incendies de mines métalliques. La mine d'Almaden, en Espagne, a brûlé pendant deux ans et demi, vers le milien du siècle dernier (1755). Au Mexique, des mines d'argent ont été détruites par l’incendie. A Encino, près Pachuca, le feu consuma la charpente qui étayait le faite des galeries, et le plus grand nombre des mineurs périt suffoqué, avant de pouvoir atteindre le puits. Un incendie semblable fit abandonner, en 1787, l’exploitation des mines de Bolaiios, que les eaux envahirent après le feu, et qui ne furent reprises que cinq ans après.
LES MINES DE MÉTAUX
N’ayant pas à redouter le grisou, ui aucun gaz explosif, les mineurs des filons métalliques s’éclairent avec des lampes ouvertes, de forme particulière. C’est d’abord la lampe ovoïde en fer, mobile autourd’un étrier, et terminée par un crochet (lig. 121). Nous avons déjà fait connaissance avec elle dans les houillères. C’est, en France, la plus commune des lampes de mineur. Un modèle que l’on pourrait recommander est celui de la figure 122, qui a la faculté de pouvoir se planter facilement contre les boisages, au moyen d’une pointe en fer qui termine l’étrier.
La lampe saxonne (fig. 123), renfermée dans une cage en bois de châtaignier munie d’un verre sur le devant, est d’un excellent usage. Sur le
Fig. 121. — Lampe française. Fig. 122. — Lampe française modifiée.
JV. H. Toutes 1er lampes sont à l'échelle de 1/5.
derrière est un crochet au moyen duquel le mineur passe la lampe à sa ceinture.
Les mineurs du Cornouailles s’éclairent, nous l’avons dit, en fichant une chandelle à leur chapeau dans un tampon d’argile (fig. 106). Ils rappellent ainsi les Cyclopes, ces anciens mineurs et forgerons de la Sicile, ces lieutenants de Vulcaiu, que le bon Homère nous dépeint comme n’ayant qu’un œil au milieu du front.
Dans la Prusse rhénane, dans le Mansfeld, le Harz, le
L’ATTAQUE DU TERRAIN
Tyrol les lampes obéissent chacune à un modèle spécial, presque toujours élégant, et rappelant quelquefois les lampes grecques et romaines (fig. 1 2-t et 126).
La lampe de mineur caractérise souvent toute une contrée; bien plus, quand des mineurs émigrent sur des exploitations étrangères, ils emportent presque toujours leur lampe avec eux. C’est ainsi qu’en Itulic, on retrouve les lampes de la Saxe ou du Tyrol, sur des mines où des capo-
Fig. 123. — Lampe saxonne.
raux saxons et tyroliens sont venus avec des ouvriers leurs compatriotes, installer les premiers travaux.
Dans la plupart des mines de l’Amérique espagnole, les lampes sont fort originales. Une mince baguette est fendue à l’une des extrémités pour recevoir la chandelle, que l’on fixe verticalement, tenant cette lampe par le bout resté libre (Gg. 127). Mais ce ne sont pas senlement les lampes, ce sont les travaux eux-mêmes qui partout, dans ces mines, ont conservé comme un cachet étrange, primitif. Il
Fig. 124. — Lampe prussienne.
Fig. 125. — Lampe du Mansfcld,
la Grande, pour se rendre compte de tout ce qu’on y voit.
Le long des puits sont des échelons informes, taillés dans un tronc d’arbre, comme d’énormes encoches. Il est dangereux et d’ailleurs impossible de gravir ces curieuses échelles, si l’on n’y est pas habitué ; le mineur indigène y circule comme par enchantement (fig. 127).
Quand les puits sont profonds, ce système n’est plus possible. Alors les ouvriers se suspendent au câble, par un moyen à peu près analogue à celui dont il a été fait mention au sujet des salines de la Gallicie ou de certaines liouil-
Fig. 126.— Lampe du Harz.
468 LES MINES DE MÉTAUX
faut remonter aux Indiens ou au moins à l’époque d’Isabelle
Fig. 127. — Mineurs de Chili uahua (Mexique).
I/ATTAQUE DU TERRAIN
lères anglaises. Retenus par une courroie de cuir sur laquelle ils sont assis, munis d’un bâton, qui leur permet de rester à égale distance des parois du puits, les mineurs s’abandonnent au mouvement d’ascension ou de descente, pendant que l’éclaireur qui précède cette grappe humaine, armé d’une torche, ouvre la voie. La bouche du puits se montre comme dans un lointain brumeux. Quelquefois, quand le cheval fatigué s’arrête un instant, le câble lui-même s'arrête et s’allonge comme s’il allait se casser, ou bien il tourne sur son axe. Enfin on arrive au jour ou au fond, le plus souvent sans aucun accident.
Des systèmes aussi primitifs se retrouvent dans les diverses branches de l’exploitation, sur presque toutes les raines de l’Amérique latine. Ainsi dans quelques localités ou n’emploie pas la poudre pour l’abatage des roches, on se contente de la longue pince d’acier, la baréta (fig. 1 IG et 127). Le mineur du Nicaragua fuit merveille avec cet outil. C’est comme le mineur mexicain un barétera accompli.
Pour extraire les eaux, on fait usage d’uu manège tourne par trois ou quatre paires de chevaux. Des sacs, d’une contenance de plus de mille litres, tirent le liquide de lamine. On fait remonter aussi le minerai par le même moyen, mais plus souvent c’est Yapire ou porteur qui, dans une atmosphère étouffante, extrait la lourde charge sur son dos, dans un sac de cuir, le long de galeries interminables, à pente roidc, munies d’escaliers malaisés. Au Pérou, au Chili, l’apire est le second, le manœuvre du mineur. Au Mexique, il s’appelle le tenatero, et a excité, au commencement du siècle, l'admiration de Humboldt. L’entrain et la vigueur avec laquelle le tenatero accomplit son service exténuant, montaut huit ou dix fois de suite dans su journée, et saus se reposer, des escaliers de dix-huit cents gradius, nu jusqu’à la ceinture, appuyé sur un petit
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bâton et chargé d’un poids qui peut aller ù plus de ceut kilogrammes, ce spectacle d’un travail à la fois si barbare et d’un résultut si étonnant, avait frappé de stupéfaction l’illustre voyageur. 11 y avait là des hommes de soixante ans, et des enfants de douze ans à peine1.
Si dans la plupart des cas, les mines de l’Amérique espagnole sont exploitées d’une façon toute primitive, il faut reconnaître que les travaux grandioses, gigantesques ne manquent pas dans quelques localités, surtout nu Mexique, témoin le Socobon del lier ou galerie du roi, dans les mines de Guannjuato, que l’on peut parcourir à cheval sur une longueur de cent mètres, et qui a plus de six cents mètres de développement ; et ce puits octogone de la mine de Valenciana, qu’a vu commencer Flumboldt en 1803, qui a onze mètres de large, et descend à quatre cents mètres sous le sol. Ou pourrait citer aussi la galerie d’écoulement de la Biscaina , à Real-del-monte, qui a deux kilomètres et demi de long. Mais ce sont là, il faut bien le dire, de brillantes exceptions, qui viennent seulement prouver que l’Amérique latine, si elle le voulait fermement, pourrait rivaliser, dans les chefs-d’œuvre de l’exploitation des raines, avec la classique Allemagne, taudis que dans la plupart des cas tout y marche un peu à l’antique et même à l’avenant.
1. En Provence, sur les charbonnages du bassin d'Aix, nous avons consisté la même coutume en usage chez les mendils (page 116).
LES SŒURS DES CATACOMBES
LES SŒURS DES CATACOMBES
Les raines dans l’antiquité. — Les condamnés, ouvriers mineurs. — Opinion de Tacite sur l’exploitation souterraine. — Travaux du moyen âge. — Naissance de la géologie pratique. — Première application de la boussole.
— Visites d’anciennes mines des Etrusques et de la république de Massa.
— Crâne vitriolisé, marteaux de pierre, en Espagne, au lac Supérieur.
— Haches de pierre et de bronze, en France. — Le mineur momifié de Fahlun. — Savon fossile. — Les lampes de Gar-Rouban. — L’orfévrc de Chiriqui. — L’arcl éologie minérale.
Avant que la géologie fût devenue une science, quand l’exploitation des mines métalliques se transmettait encore comme une sorte de tradition mystérieuse, les travaux étaient conduits par des méthodes douteuses, hésitantes, particulières à chaque localité. On ne savait pas si le filou s’étendait en profondeur; on le prenait pourainsi dire aux cheveux, à l’affleurement, au lieu d’aller l’attaquer au cœur. On ignorait également s’ilse prolongcaitcn direction, et l’on ouvrait des puits partout où il se montrait, jamais ailleurs. Les ouvrages étaient voisins les uns des autres, et de plus très-étroits, peu profonds. A peine un homme pouvait-il se glisser en rampant dans les galeries basses et sinueuses. Les chantiers étaient non moins restreints. C’était le temps des condamnés aux mines, et l’on comprend que de pareils labeurs n’aient pu être réservés qu’a des esclaves ou à des prisonniers de guerre. Aussi les an-
LES MINES DE MÉTAUX
ciens réputaicnt-ils le travail des milles infamant, et Tacite n’a-t-il pas assez de dédain pour les Gotlis qui s’y adonnaient librement1.
Dans le moyen âge, quand un peu de calme succède au tumulte de l’invasion, et permet de rouvrir les mines, le travail souterrain commence à se perfectionner. Chez les anciens, il n’y avait pas, à proprement parler, d’engins ni de machines, tout se faisait par la main de l’homme; le minerai était extrait à dos. De plus ou battait en retraite au moindre éboulemeut, à la moindre apparition de l’eau, et les mouvements de terrain, les inondations étaient fréquents dans des travaux tous voisins de la surface. Dans les temps moyens, les machines naissent. La roue hydraulique, la pompe, extraient le minerai et l’eau ; les étais de bois sont opposés avec un certain ordre, un certain calcul, à la pression des roches. De plus la géologie pratique fait su première apparition, et c’est même dans l’exploitation des mines, qui va sonder le sol en profondeur, qu’elle prend naissance. On commence à se rendre compte de la direction, de l’inclinaison des veines, on comprend que les gîtes n'ont pas été disséminés au hasard, qu’ils obéissent à cei'taines lois. Dès le douzième siècle, eu Italie, l’emploi de la boussole se répand dans l’exploitation des mines en même temps que dans la navigation. Le vieux code de Massa-Murittima, qui mentionne spécialement la calamita ou pierre d’aimhnt dans la levée des plans souterrains, ne laisse à ce sujet aucun doute. Enfin les ouvriers sont généralement libres, travaillent presque tous de leur plein gré. Dans beaucoup de pays, en Toscane, en Bohême, des lois spéciales, dictées par un es-
l. Les Gotlis, dit-il, poussent la honte jusqu'à fouiller les mines de fer : Gothini, quô magis pudeal, et ferrum r/foiliunl.
(Tacite, De Mor. Germ ., lib. XLIII.)
Cartf XV
'■ Les Mmes de Métaux
austral?»