L'AUSTRALIE
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LES SŒURS DES CATACOMBES
prit éclairé, libéral, réglementent les travaux. Une certaine superstition règne encore. La baguette divinatoire prononce en maîtresse et continuera à rendre longtemps ses arrêts, puisqu’on y croit toujours dans quelques contrées. Une sorte de désordre préside aussi aux travaux souterrains. La propriété des filons, lorsqu’elle n’est pas dépendante de celle de la surface, se divise à l’infini. Chaque découvreur s’attribue, en vertu des ordonnances en vigueur, la partie qu’il a le premier reconnue, et descend bravement sous le sol. A la rencontre avec un concurrent, ce sont des batailles terribles qu’on se livre dans les galeries.
Il est peut-être intéressant de visiter quelques-uns de ces anciens travaux, exécutés sur les mines métalliques à des époques dont souvent l’histoire n’a pas conservé la date précise. Ce sont là les sœurs des catacombes, moins connues, mais certainement plus curieuses que les anciennes carrières tant vantées de Rome ou de Paris. Quand la roche est assez consistante, les vides sont parfois énormes, comme on le voit aux anciennes mines de cuivre de Campiglia, en Toscane, ouvertes dès l’époque étrusque. Il y a là des excavations assez grandes pour qu’une maison à six étages pût y tenir à l’aise. Ces vastes chambres communiquent entre elles par d’étroites galeries, ou plutôt par de véritables boyaux où l'on a peine à se glisser. Les roches stériles, laissées comme remblais dans les excavations, ont fait prise, cimentées par la pression des assises supérieures et par les débris terreux de la mine. La poudre seule peut maintenant diviser ces masses artificielles, qui rappellent ces blocs de béton qu’on précipite à la mer dans la construction des jetées. Les étançons de bois sont encore en place, pourris, ou plutôt carbonisés par une sorte de décomposition lente du tissu végétal. On peut reconnaître les essences dont ils proviennent: c’est
le chêne vert et le châtaignier, toujours cultivés dans le pays. Des débris de vases, de lampes, d’amphores, trouvés dans les déblais, se rattachent à l’art étrusque. On a également rencontré dans la mine des coins et des pics en bronze; cette exploitation date donc d’une époque où le 1er n'était pas encore entré dans les usages quotidiens. A l’extérieur, on a trouvé des monnaies tyrrhéuiennes, la plupart frappées ou type de Vulcaiu, et présentant sur le revers les emblèmes du dieu des mineurs, des forgerons et des fondeurs, le marteau et les tenailles (Gg. 1 28). Des
Fig. 128. — Triens ou tiers d’as, monnaie étrusque do Pupluna (Populonia), frappée à l’effigie do Vulcain avec lo cuivre des mines de Campiglia. — Grand, nat.
agates, des cornalines gravées en creux, taillées en scarabées et désiguant par là clairement l’origine égyptienne ou asiatique des Tyrrhènes, ont été aussi ça et là déterrées. Des masses énormes de déblais couvrent les flancs des montagnes où ont été ouverts les anciens puits. Sur plusieurs kilomètres on suit deux traînées parallèles, jalonnant les affleurements des filons. Dans la vallée sont encore d’énormes tas de scories, aux lieux mêmes où s’étaient établis les fondeurs. Là aussi on a trouvé divers objets qui permettent de rattacher ces travaux aux Étrusques.
Il y a trois mille ans que ces mines furent pour la première fois fouillées. C'était alors, dans la péninsule, l’aurore de la métallurgie et avec elle de la civilisation. Et cependant, tant est resté complet le calme de ces sombres
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abîmes, que la trace tle l’outil est encore visible sur la roche comme si le travail datait d’hier. La pointerolle a signalé son passage par une série de sillons obliques, parallèles, de peu d’étendue ; au-dessous s’étend une nouvelle série de sillons, puis une autre, et ainsi de suite. Quand on avait entaillé la roche sur trois faces, celle de devant et d’en haut étant naturellement dégagées, on la soulevait sur sa base avec des coins, des pinces, des leviers; puis ou recommençait ce dur et patient labeur. Le fdon était pauvre; mais le cuivre valait alors beaucoup plus qu’aujourd’hui , et sans doute l’ouvrier coûtait moins. En retour, les machines perfectionnées n’existaient pas, non plus que la vapeur, la poudre, l’acier. Enfin la physique et la chimie n’étaient point encore venues en aide aux mineurs.
Dans les vieilles galeries de Campiglia, des minerais nouveaux se sont formés. La nature s’est emparée de cette mine comme d'un de ses laboratoires. Elle y a trouvé le calme profond qu’exige la cristallisation pour se produire, et les eaux et l'air aidant, elle a peu à peu métamorphosé les pyrites jaunes de cuivre, les blendes poisseuses, et la roche siliceuse elle-même, en slulactites bleues ou vertes. L’espèce minérale contenue dans ces échantillons, déterminée pour la première fois il y a vingt ans, a reçu des minéralogistes le nom de buratite, en l’honneur de l’ingénieur qui a le premier présidé à la reprise des anciens travaux de Campiglia. Chimiquement, ces minerais accidentels sont des silicates d’alumine, de cuivre et de zinc, dont on a constaté depuis la présence dans d’autres mines.
Dans ce même district de Campiglia, aux mines de fer de Monte-Valerio, situées en face de l’îlc d’Elbe, et exploitées aussi par les Etrusques en même temps que l’ile d’Elbe elle-même, on a trouvé parmi les déblais divers
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objets intéressants. Nous reproduisons (fig. 1 29) une lampe en terre, dont on peut comparer la forme à celle de quelques-unes des lampes de mine modernes (fig. 124 et 126). Ce type se retrouve aussi en Toscane dans les lampes à bec employées par les paysans dans toute la Marcmme.
Près de la même mine de Monte-Valerio, on rencontre une série d’anciennes cavernes où les Tyrrhéniens ont aussi exploité le fer. Elles sont désignées sous des noms poétiques, tels que le Ccnto Camerellc ou les cent petites chambres Les chauves-souris seules habitent aujour-
Fig. 159. — Lampe en terre trouvée dans les exploitations des Etrusques, à Monte-Valerio (Toscane). Edi. 3 4.
d hui les Ccnto Canicrclle de Campiglia et y déposent des lits de guano, que les gens de la localité feraient bien d’exploiter à défaut du minerai de fer.
Sur un autre point de la Toscane, à Volterre, on a trouvé des as étrusques à l’effigie de Janus bifrons ou plutôt d’Herntès, le patron des mineurs pélasges (fig. 130). Hermès, au double visage, connaissait les secrets de l’avenir et ceux de la géologie. Le cuivre qui a servi à fondre ces as provenait très-certainement des exploitations voisines, qui sont actuellement celles de Monte-Catini.
K Ce nom rappelle celui que les Napolitains ont donné aux celliers de la villa de César sur le bord du golfe de Haïes.
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Dons la plupart dos anciennes mines de Toscane, on retrouve des formations chimiques analogues à celles qui se sont produites à Campiglia. De véritables stalactites calcaires barrent quelquefois complètement le parcours de certaines galeries. Ces colonnes de marbre cristallin se sont dressées là de la même façon que dans les cavernes naturelles. L’eau qui suinte par le toit des galeries sillonne un terrain calcaire, elle emporte avec elle quelques molécules de carbonate de chaux. Le liquide s’évapore; le sel solide reste en place, ou plutôt la goutte, en tombant, en
Fig. 130. — Semissis ou demi-as, monnaie étrusque de Felathri (Volterra), fondue à l’effigie de Janus ou d'Hermès, arec le cuivre des mines de Monle-Catini. — Grand, nat.
entraîne une partie qui, à son tour, se fixe au sol; et la colonne va se formant, par la base et par le sommet, jusqu’à ce que les deux points se rejoignent. Alors le travail se continue sur le pourtour. Combien de temps pour tout cela? Des siècles et puis des siècles. Mais la nature regarde-t-elle aux années dans ses œuvres? Nous seuls, pauvres passagers ici-bas , sommes obligés de tenir compte du temps.
C’est dans les vieilles mines de Massa-Marittima, voisines de celles de Campiglia, et remontant pour la plupart au moyen âge, que l’on trouve surtout ces merveilleuses sta-
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ladites. Aux parois des galeries, on peut suivre aussi la trace de l’outil, et de loin en loin des marques différentes, laissées sans doute par les contre-maîtres pour indiquer l'avancement successif. Ici l’on voit encore la niche où l’ouvrier mettait sa lampe fumeuse ; plus loin la place où l’on avait allumé les bûchers pour désagréger et fissurer la roche. Les outils rencontrés dans les déblais sont en fer (fig. 131); depuis longtemps l’âge de bronze a disparu. Des restes de sacs en cuir où l’on mettait le minerai, des débris provenant des cordes qui servaient à l’extraire.
Fig. 131. — Pics provenant des anciennes mines de Massa-Maritlima (Toscane). Êch. 1/5.
ont aussi été retrouvés. Sur quelques points, le passage répété des câbles a laissé de profonds sillons sur la pierre. Eu beaucoup d’endroits, les déblais, les bois n’ont subi aucune déformation. Enfin, au lieu d’un dédale confus, on reconnaît une disposition des galeries en différents étages. Une direction, une pente mathématiques sont observées dans tout travail de quelque importance. Les parois des puits sont alignées sur le fil à plomb. Le gîte a été découpé en massifs réguliers pour l’attaque, et les vides ont été très-soigneusement étançouués, muraillés ou remblayés. Encore un peu de temps, et l’art des mines et la géologie vont naître '.
1. Il est juste de dire que dans les exploitations romaines du midi de l'Espagne, on rencontre aussi quelques ouvrages remarquables par leur régularité. Les Romains étaient de si grands maîtres dans l’art de construire I
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A défaut d’histoire écrite ou de traditions orales sûres, il est difficile, daus la plupart des cas, de remonter à la date précise de certaines excavations souterraines. En Espagne , nous savons que les Phéniciens , les Carthaginois, les Romains, les Arabes, se sont succédé sur les mines, par exemple dans celles de plomb et d’argent de la Sierra de Gador. Les puits sont rapprochés, étroits, peu profonds ; les galeries, basses, tortueuses. Ces travaux ont un caractère très-ancien ; mais quelle part y ont eue les différents peuples dont on vient de citer les noms? C’est en ce cas qu’une monnaie, une lampe, viennent sûrement éclairer l’urchéologue mineur. Daus certaines mines d’Espagne on a trouvé, au milieu des déblais, des pics eu fer et des monnaies carthaginoises. Les travaux y remontent donc au temps de la domination punique, et dès cette époque le fer était employé daus les exploitations ibé — riennes. Le type, le caractère d’une médaille valent presque toujours une date tout à fait précise, à quelques années près. Quelques lingots de plomb portant des inscriptions latines', des amphores non vernissées, à fond pointu, les mêmes que celles qu’on emploie encore dans tout le midi de l’Espagne, des lampes, le squelette entier d’un esclave enchaîné, une noria ou chaîne à godets pour élever l’eau, enfin des boisages polygonaux assemblés à tenons, ont été également retrouvés dans les vieilles mines de Carthagènc , et datent cette fois des Romains.
Dans une autre mine d’Espagne, au pied des Asturies, sur un gîte de cuivre, on a trouvé récemment des outils
1 . A Londres, au Geologicnl-Uuseum, nous avons vu de même un lingot ou saumon de plomb, de la forme de ceux qu'on fond encore aujourd'hui, portant inscrit le nom de l’empereur Hadrien. Il provenait des anciennes fonderies romaines de la Bretagne.
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de pierre et un bois de cerf transformé en ciseau. La primitive exploitation de cette mine appartient donc aux plus anciens âges de l’humanité, à l’époque où l’outil de bronze va remplacer celui de bois et de silex ; mais avant de fondre le métal, il faut exploiter le filon. De là l’existence de ces marteaux de pierre, de ces ciseaux de bois de cerf qu’on employait à la place du cuivre, trop cher aussi au début pour en faire des outils, et non allié eucore à l’étain. Les parties supérieures des gîtes cuivreux, terreuses, pulvérulentes, décomposées, cédaient à la pierre et au bois. Les objets que nous venons de rappeler sont restés comme d’irrécusables témoins dans cette mine, qui est peut-être le premier en date des gîtes de cuivre exploités en Europe. Et l’on y a trouvé non-seulement des outils, mais encore trois crânes humains verdis par le carbonate de cuivre qui, avec le temps, s’est formé par l’altération du minerai. Les anthropologistes, qui voient l’homme tout entier dans sa boite osseuse parce qu’elle contient le cerveau, ont étudié ces crânes avec soin, et prononcé que ces hommes étaient Basques et de plus brachycéphales, c’est-à-dire au crâne rond. C’est là le vrai type de l'homme primitif européen. Saluons donc, dans ces restes authentiques, les débris de nos plus vieux mineurs.
Dans les anciennes mines de cuivre de la province de Cordoue, on a également trouvé un marteau de pierre (fig. 132). La façon dont il devait s’emmancher se devine, quand on le rapproche des marteaux analogues provenant des antiques exploitations de cuivre du lac Supérieur (fig. 133), et de ceux dont font encore usage aujourd'hui les Indiens du Texas. Ces indigènes emploient comme manche un nerf de bison, enveloppé lui-même d’une large bande de la peau de l’animal cousue fraîche. Cette bande fuit le tour du marteau par une rainure ménagée sur la
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partit* centrale. La peau, en se desséchant, se contracte, et la pierre, «tout les extrémités seules demeurent libres, est serrée dans le manche comme dans une gaine trop étroite, d’où elle 11e peut plus s’échapper (lîg. 1 3 1) .
Nos anciens gîtes de la < laide ont eux-mêmes présenté quelques restes intéressants de la primitive industrie
Fig. 132. — Marteau de pierre des anciennes mines de cuivre de la province de Cordoue. Êch. 1/2.
Fig. 133. — Marteau de pierre des anciennes Fig. 134. — Marteau de pierre emmanché exploitations de cuivre du lac Supérieur. des Indiens Kayoways, tribu des Co- Ech. 1/4. manches (Amérique du Nord). Ech. 1/4.
de nos pères. A la Villedcr, près Ploërmel (Morbihan), sur les anciens placers d’étain exploités par les Celles, on a trouvé une hache de pierre et une hache de bronze (fig. 135 et 136), comme si les deux âges que caractérisent ces deux outils avaient dû continuer à se donner la main sur la
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mine même dout l’exploitation allait hâter la disparition du premier.
Aux mines de cuivre de Falilun, en Suède, ce n’est plus un crâne de mineur , comme dans les Asturies, c’est un mineur tout entier qui fut retrouvé un jour, eu 1719, dans un chantier depuis fort longtemps abandonné. Le corps avait été conservé intact par le vitriol bleu ou sulfate de cuivre engendré dans la mine en présence de l’air et de l’eau1. Or les ouvriers des mines sont par leur nature superstitieux. On sortit solennellement le corps, ou l’exposa, ou fit même une procession. Grand fut l'émoi dans le pays. On vint de plusieurs lieues à la ronde ; tout le monde voulut voir de ses yeux, toucher de ses mains le mineur vée .la,,, les „„c,L pLrs vitnohse. Une bonne femme, plus btoanf ï* VlUcdor (Mor‘ qu’octogénaire , était accourue comme les autres pour être témoin du miracle. Tout à coup elle jette un cri et tombe sans* connaissance. Ou l’entoure, on lui fait respirer des sels.
— Qu’y a-t-il, bonne vieille?
— C’est lui! lui! dit-elle, en montrant le corps.
— Qui, lui?
1. Ce sel jouit de propriétés conservatrices très-curieuses. M. le docteur Boucherie a su les mettre en usage dans la préparation des bois employés en industrie, et surtout des traverses de chemins de fer, qui ont été ainsi rendues incorruptibles.
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— Lui, Gustave ! que j’ai tant pleuré. Et moi qui l’avais accusé d’oubli, d’ingratitude!
On presse cette femme de questions, et l’on apprend que le mineur dont on venait de retrouver le corps était précisément sou fiancé d’autrefois, son amoureux du beau temps, celui qu’elle appelait encore Gustave. Uu jour, il y avait de cela soixante ans, il avait disparu. Où donc? Nul ne le savait. Il n’était pas employé aux mines, on n’avait pas eu l’idée de faire une battue dans les gouffres de Fahlun. A la surface, ces mines s’ouvrent par d’immenses crevasses, et les chantiers s’étendent sous le sol en vides
Fig. I3C- — Hache celtique en bronze provenant des anciens placera stanniferes de la Villeder (Morbihan). £ch. 3/4.
gigantesques. Poussé par la curiosité, Gustave (donnons ù ce Suédois son nom de fiancé) se pencha-t-il trop en avant dans l’abîme et fut-il entraîné par le vertige, ou bien fut-ce un rival jaloux qui le précipita au fond de ce nouveau Ténare ? Nul ne put éclaircir ce mystère. Seule la science constata que la momie, bien différente en cela de celles de l’Égypte, avait conservé sa jeunesse et sa beauté, et pour la première fois, deux anciens amants se retrouvèrent en présence, après plus d’un demi-siècle, celui-ci avec ses vingt ans, cette autre avec près de vingt lustres. N’y a-t-il pas là le sujet d’un roman fantastique, qui rappellerait celui de Y Homme à l’oreille cassée?
Le crâne bleui des Asturies, le squelette encore enchaîné
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des mines de Carthagène et le mineur vitriolisé de Fahlun, sont les j)lus curieux des restes humains rencontrés dans les vieilles mines; mais on a fait d’autres trouvailles intéressantes, et du genre de celles que nous avons d’abord mentionnées. M. Fournet nous a dit avoir retiré des mines de plomb et d’argent de Pontgibaud (Puy-de-Dôme), fouillées peut-être dès l’époque gauloise et romaine, non-seulement des pics et des marteaux en fer, mais une lampe contenant encore un morceau de suif. Cette substance, dont les mineurs se servaient jadis pour s’éclairer, et qu’on emploie encore dans beaucoup de mines, avait pris avec le
Fig. 137. — Lampe moresque trouvée dans les mines de Gtr-Rouban (Algérie). Êch. 1/^.
temps un aspect étrange, et s’était en quelque sorte saponifiée. Le suif était deveuu un véritable savon fossile.
Nous avons dit que lu forme des outils, des appareils, édifiait quelque fois le mineur sur- la date d’une exploitation. En Algérie, dans les mines de Gar-Houban, des restes de lampes en argije, de vases à renfermer l’eau ou l’huile, à fond pointu comme certains alcarazas, trouvés dans les anciens vides, permettent d’assigner l’origine de ces travaux aux Mores. Les lampes (fig. 137 et 138) ont une forme inconnue ailleurs; elles rappellent le type du soulier dit à la pouloinc. Une d’elles est vernissée en noir et présente des traces d'arabesques. On a rencontré aussi dans cetle mine des têtes de marteaux en fer, enfin des étais de bois. Les Arabes soutenaient leurs galeries avec
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un soin minutieux, et le bois qu’ils employaient pour cela était le thuya résineux, retrouvé de nos jours dans les forêts d'Algérie, et non plus destiné à de grossiers usages, mais aux ornements les plus délicats de l’ébénisterie.
Les outils de luge de pierre que nous avons signalés, ne sont pas les seuls qui soient venus a notre connaissance. A Chiriqui, dans la province de Panama, sont des placers aurifères de tous temps fouillés par les Indiens. . Notre confrère, M. J. Thévenet (de qui nous tenons également communication des détails donnés sur (îar-Itouban), était de passage en ces curieux pays, en 1IS39. Il eut l’idée,
Fig. 138. — Débris de lampe moresque trouvé dans les mines de Gar-Houban (Algérie). £ch. 1/2.
comme c’était alors la coutume, d’exploiter, à défaut des placers appauvris, les tombes des anciens orpailleurs. Qu’a — t— il trouvé dans l’une d’elles, à côté des bijoux et des pépites du passé? Un ciseau pour tailler le métal, un poinçon pour le travailler, des brunissoirs pour le polir, tous outils en silex (fig. 139 à 141). Le poinçon porte latéralement, en quelques endroits, des traces laissées par l’or, comme s’il avait dô servir aussi de pierre de touche. Cet orfèvre indigène, dont on venait, après tant de siècles, troubler le dernier sommeil, était très-certainement aussi orpailleur, laveur d’or. Il se rattache par conséquent aux types d’ouvriers que nous étudions. Le temps où il opérait se rapporte à l’âge de pierre dans l'Amérique centrale, et si l’époque n’en est pas anté-
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diluvienne, elle est certainement de beaucoup antérieure à l’arrivée des Espagnols en Amérique. Les soldats de Corlez dotèrent ces pays du fer, et l’on y connaissait depuis bien des siècles le bronze, que l’on savait même tremper et
forger, de manière à suppléer à l’absence du métal de Mars.
Les outils de pierre que nous venons de citer peuvent donc se rattacher aux plus an-
Fig. 139. — Ciseau. Fig. 140 — Poinçon. Fig. 141.— Polissoirs.
Outils eu silex retirés du tombeau d'un orfèvre indien de Chiriqui (province de Panama). Grand, nat.
cienncs époques de l’exploitation des mines dans l’Amérique du Nord.
On pourrait pousser plus loin ces études, et dresser le catalogue de tous les objets curieux retirés de vieilles galeries. Mais nous n’avons aucune prétention au titre d’antiquaire, et ce n’est peut-être pas non plus ici le cas
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d’étaler complaisamment tous les restes provenant des civilisations éteintes que recèlent les anciennes excavations. Qu’il nous suffise d’avoir montré la voie, et indiqué à de plus lmbiles le chemin de quelques-uns des plus vieux travaux de mineurs qui soient encore accessibles. 11 y a plus d’une inspiration à puiser dans ces visites souterraines, et une branche nouvelle et féconde à ouvrir dans l’étude de l’antiquité. Les vieilles mines sont de véritables Hercu- * lauum, des Pompei en miniature. On peut donc, en les étudiant à ce point de vue, augmenter considérablement le domaine de l’archéologie, et l’enrichir de ce que l’on pourrait appeler l’archéologie minérale.
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Triage et cassage des minerais. — La Traviala et les ladies. — Les trois paris. — Les meules, les cribles et les tables. — Traitement des sables aurifères : la corne, la batéo, le berceau, le long-lom, le sluice et le punie.
— Démolition des collines par l'eau. — Traitement des quartz aurifères.
— La toison des Argonautes. — L’amalgame. — Titres de l’or des mines. — Traitement des minerais d’argent. — La méthode américaine.
— Les usines métallurgiques. — Limites de rendement des minerais.
Les minerais extraits contiennent toujours une partie de la roche stérile ou gangue dans laquelle ils sont enchâssés. A part de très-rares exceptions, comme celle de certains minerais de fer homogènes et compactes, les substances métalliques sont irrégulièrement répandues dans la gangue, et quelquefois eu particules à peine visibles. Rien souvent le titre ou rendement des minerais n’atteint pas un millième, et même un dix-millième, pour les métaux précieux ; un centième, pour les métaux communs. Le premier traitement à faire subir aux matières sorties de la mine, est donc de les enrichir. C’est le but de ce qu’on appelle la préparation mécanique. Alors commence toute une série d’opérations délicates, où des meules d’une part, et l’eau de l’autre, jouent le rôle capital : de là les noms de moulin et de lavoir donnés aux ateliers où se fait cette concentration des minerais.
En premier lieu s’opère le triage, et cassage à la main.
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exécuté au marteau par des enfants ou des jeunes fdles. Dans la mine, on n’y voit guère pour effectuer cette séparation, et ce n’est pas là du reste l’ouvrage du mineur. Au jour, sous un abri ou en plein air, les enfants font cette besogne en chantant, et j’ai vu, dans bien des mines d’Italie, ces gais travailleurs accompagner par des airs en cadence, tels que le brindisi de la Travinta, le mouvement de leurs marteaux. Que de fois je me suis arrêté au son de ces voix • fraîches, juvéniles, de cette symphonie du travail, qui semble retentir encore à mes oreilles nu moment même où j’écris ces lignes! Chacun a sa partie dans ces chœurs, la voix des garçons s’y mêle agréablement à celle des jeunes filles; les solistes ne manquent point, et tout ce monde observe instinctivement un accord merveilleux. On voit bien qu'ou est en Italie, chez un peuple né pour lu musique. En Angleterre, sur les mêmes ateliers, les femmes, les filles ne chantent pas ou chantent faux. En revanche, elles sont mises coquettement comme de véritables ladies, portent sur la tête ou dans les cheveux la cornette ou la résille, aux pieds les élégants brodequins (fig. 142).
Le minerai, cassé et trié à la main, est séparé eu trois lots : le minerai pauvre ou stérile qu’on rejette, le riche qu’on met de côté pour la vente ou pour la fusion, l’ordinaire ou moyen qu’ou destine à de nouvelles préparations. C’est alors que commencent le broyage et la classification mécaniques. Sous des meules droites, couchées, entre des cylindres, tournant l’un vers l’autre, ou enfin par le choc de lourds pilous de fonte, le minerai est pulvérisé, puis séparé, au moyen de tamis fort ingénieux, en morceaux d’égale grosseur. On procède ensuite au lavage. Sur des cribles ou sur des tables inclinées, fixes ou mobiles, un courant d’eau agite ou entraîne les graviers, les sables, les poussières métalliques. Le principe de l’opération est
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bien simple. Les morceaux, sur chaque appareil spécial, étant tous d’égale grosseur, les matières lourdes, dans le mouvement qui s’opère, animées d’une moins grande vitesse
Fig. 142. — Laveuses de minerai du Cornouailles.
que les matières légères, s’en séparent peu à peu, et là encore on retrouve trois catégories : le minerai stérile, le riche et le moyen. Sur celui-ci ou peut recommencer les mêmes opérations de broyage, classification et enrichissement.
LE MOULIN LT LE LAVOIR
Les mines métalliques sont d'habitude en pays de montagnes; c’est le ruisseau, le torrent de la localité qui alimente le lavoir; c’est une roue hydraulique qui anime tous les mécanismes. Celle-ci est souvent remplacée par une machine à vapeur. Quand l’eau est rare, l’usine chôme une partie de l’année, l’été. Dans ce cas, comme on ne peut distribuer l’eau à tous les appareils de lavage, qui en consomment chacun beaucoup, on a essayé de faire usage de l’air en mouvement pour la concentration des minerais. Dans bien des ateliers les essais ont réussi. L’air est injecté dans un tube dont les dispositions ont été calculées pour ce travail. 11 entraîne dans sa course les matières finement pulvérisées, et porte les plus légères le plus loin. Une séparation tranchée s’établit ainsi entre la poudre métallique et la stérile, entre le minerai et la gangue. Dans l’agriculture on emploie de même les vans pour séparer la paille du grain, et en minoterie le blutoir pour isoler le sou de la farine.
Le moulin et le lavoir sont aussi près que possible de la mine. Ils offrent un aspect animé ; les femmes, les jeunes filles, les garçons sont en majorité dans le lavoir; les hommes ne travaillent guère qu’au moulin. Ce sont les appareils eux-mêmes qui font automatiquement presque tout le travail. C’est plaisir à voir ces mécanismes en quelque sorte intelligents, charrier, distribuer le minerai partout où il est nécessaire, et dans les tables coniques tournantes, classer même les sables lavés, en lançant, au moyen d’une brosse mobile, chaque catégorie dans la case qui lui est destinée.
Le lavage des minerais est la grande opération préliminaire de toute métallurgie. C’est dans le lavage que réside le travail des placers. Ceux-ci sont transformés alors en véritables lavoirs en plein vent, si bien que les Espagnols
d’Amérique les appellent en ce cas des lavaileros. Les opérations reposent toujours sur les mêmes principes : séparation par l’eau «les matières de poids différent et d’à peu près même volume, et concentration de la substance métallique. Sur les placers, en Californie, en Australie, dans l’Oural, que fait-on au début de toute exploitation? On lave les sables. Avant l’arrivée des Européens, les Indiens employaient en Amérique la corne ou poruna. C’est une corne de bœuf coupée longitudinalement par le milieu, et façonnée dans l’eau chaude eu forme de sébile allongée (fig. 143). Les indigènes faisaient
Fig. 143. —Corne ou sébile à laver l’or des placcrs d'Amérique, Ëch. 1/2.
usage aussi de la batcc de bois, taillée dans un tronc d’arbre, évidée comme une énorme coupe, ayant jusqu’à deux pieds de diamètre, mais très-peu profonde. En Californie, les Européens ont remplacé la corne ou la bâtée par le plat en fer étamé et plus tard en tôle de fer, rappelant, sauf les dimensions, celui qui sert dans les ménages.
Que l’on use de la corne, de la bâtée ou du plat, l’opération est la môme. On jette dans l’appareil une poignée de sables, et on les lave à grande eau, en agitant, faisant tourner l’instrument, puis l’inclinant peu à peu. Les matières les plus lourdes gagnent insensiblement le fond ; les plus légères s’échappent. On enlève à lu main tous les gros cailloux et galets. A lu tin, l’or se retrouve au fond de la
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bâtée, avec quelques compagnons invariablement fidèles : le platine, qu'on recueille avec lui; le fer magnétique, dont on se débarrasse avec une aiguille aimantée; eulin certaines gemmes, nu nombre desquelles peut se trouver le diamant.
Le lavage de l’or, tel qu’on vient de le décrire, est suffisant pour un essai, et même pour un petit travail, à
Fig. 14V — Chinois lavaul lis sables aurifères avec le berceau sur les placers d’Australie
condition que le placer soit très-riche ; dans la plupart des cas il ne saurait convenir à une sérieuse exploitation. Les Chinois ont inventé le berceau ( cradle ou rocker des Anglais), qui a la forme d'une caisse allongée, ouverte sur le devant, à laquelle on imprime un mouvement oscillatoire (fig. 144). L'n tamis est disposé à la partie supérieure, un châssis incliné, recouvert d’une toile, sous le tamis. Ou
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jette sur celui-ci les sables, les graviers, les terres à laver, et l’on berce d’une main, en arrosant de l’autre. Les matières fines, ténues, les sables, les aiguilles et les pail-
Fig. 145. — Chiliens travaillant sur les placera par la méthode de leur pays.
lettes d’or, les petites pépites, passent avec l’eau à travers les ouvertures du crible. Elles descendent sur la toile inclinée, et de là sur le fond du berceau, d'où l’eau et les matières légères s’échappent. Dans ce voyage, les corps
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les plus lourds vont le moins loin, et l’or se retrouve presque tout entier à la Lite de la toile, sous le tamis.
Le long—tom , sorte de berceau à grandes dimensions et fixe, que les mineurs ont nommé la boite à surprise; le sluice ou canal de bois, dans lequel passent l’eau et les sables: enfin le Jlume, canal de dimensions plus fortes, sont tons établis sur le même principe que le berceau. Ce sont là les grandes inventions californiennes dont l’Australie s’est aussi emparée. Avant, on aimait à citer le procédé chilien, par lequel ou désagrégé sur place les terres aurifères au moyen d’un courant d’eau (fig. I 45). Dans cette dernière méthode, les galets, les gros blocs, interposés sur le parcours de l’eau, tendent à retenir l’or. On voit de même, au milieu des ruisseaux aurifères, les paillettes, les pépites s’accumuler derrière tout obstacle transversal au fil de l’eau.
Eu Californie, les mineurs, non contents de fouiller les placées, ont sondé aussi le lit des rivières en les détournant (fig. 1 IG). Ils ont même abattu des plateaux d’al- 1 avions, des collines tout entières, nu moyen d’une méthode hardie qui a pris naissauce dans le pays, et qu’on nomme la méthode hydraulique (fig. 147). Armé d’une lance comme celle des pompes à incendie, et où l’eau arrive à une très-forte pression, le mineur fouille la base du terrain. Bientôt la partie supérieure surplombe, et comme le sol est formé de galets, comme les terres sont naturellement meubles, désagrégées, la montagne s’écroule avec fracas. Les mineurs s’échappent pour n’ètre pas saisis dans l’éboulement, et retournent au travail dès que le calme s’est rétabli. Alors on casse avec le pic les plus gros blocs, et avec la pelle, la brouette, on jette les terres dans un grand canal, un Hume, établi au pied du plateau ou de la colline qu’on démolit. On arrive ainsi à laver utilement
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des terrains qui ne renferment pas plus d’un gramme ou trois francs d'or aux mille kilogrammes, c’est-à-dire dont le rendement en or ne dépasse pas un millionième!
Les minerais de quartz aurifère se traitent par des procédés différents de ceux des minerais d’alluvion. D’abord il faut pulvériser la roche abattue et extraite. Pour cela on a employé au début, dans les colonies espagnoles, des appareils naïfs légués par les indigènes (fig. 148). En Californie, en Australie, on fait usage des mécanismes perfectionnés qui servent aujourd’hui pour tous les minerais indistinctement : les meules, les cylindres ou les pilons. La farine ou poussière miuérale obtenue n’est pas lavée, mais mise directement en contact avec le mercure. Ce corps jouit d’une singulière propriété, celle de dissoudre certains métaux, entre autres l'argent et l’or, comme l’eau dissout le sucre. La combinaison porte le nom d’amalgame. On l’effectue en Amérique, dans le traitement de l’or, sous les pilons ou dans les appareils particuliers naguère encore très-primitifs, comme les moulins mexicains ou chiliens les ara stras , les trapiches (fig. 1 40 et 150), que les Californiens ont bien modifiés. Les tables de cuivre amalgamé, sur lesquelles l'or rencontrant le mercure s’arrête, sont aussi d’invention californienne. Les moulins hongrois ou tyroliens, qui ont pour but d’agiter le minerai pulvérisé dans un bain de vif-argent, sont en usage dans les pays dont ils portent le nom, et se sont de là répandus sur toutes les mines du monde. On peut en dire autant des amalgamateurs russes, employés d'abord dans l’Oural. Dans ces derniers appareils, une auge inclinée est divisée en compartiments pleins de mercure. Une série de fourchettes, animées d’un mouvement oscillatoire, met les sables eu contact avec le métal liquide à mesure qu’ils traversent les auges. Les couvertures de laine, les toisons
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Fig. UT. — Méthode hydraulique inventée en Californie pour démolir les al.uv.on* aurifères.
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de mouton, qu’on emploie en Californie et dans tous les pays aurifères, ont pour but de retenir, dans le dédale de leurs filaments, les dernières parcelles d’or ou d’amalgame échappées à tous les appareils précédents. L'emploi des toisons pour recueillir l’or, usité très-probablement dès
Fig. 148. — Cassage des minerais par le vieux procédé mexicain.
l’époque de Jason dans la Colchide, la Californie des temps mythologiques, nous permet de mettre la réalité à la place de la fable, et de regarder le récit de la toison d’or et de l’expédition des Argonautes, que nous ont légué les anciens, non plus comme un conte fuit à plaisir, mais bien comme une histoire vraie.
On a vu que, dans le travail des placers, le mineur
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traitait utilement des sables qui ne contenaient qu’un millionième d’or, c'est-à-dire trois francs de métal pour mille kilogrammes de matière. Dans les mines de quartz, le titre du minerai doit être naturellement beaucoup plus élevé, puisqu’il faut faire tout le travail accompli dans les placers
Fig l V.t. — Araslra ou moulut mexicain pour le traitement des minerais d’or et d’argent.
par la nature, c’est-à-dire abattre, transporter, pulvériser, enrichir le minerai, enfin l’amalgamer. En Californie, les quarlz les moins durs ne commencent à être utilement traités que lorsqu’ils rendent trente francs d’or à la tonne, ou sont au titre d'un cent-millième. Ce titre est dix fois plus élevé que le minimum admis pour les sables des placers, mais encore si faible, que la grande valeur de l’or et la simplicité des méthodes métallurgiques qu’on emploie
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dons le traitement de son minerai, permettent seules de retirer ces quantités infinitésimales.
Le mercure n’est pas seulement employé dans le traitement des minerais quartzeux aurifères. Quand l'or des placées est très-fin, invisible, ou qu’on travaille sur les loups canaux, on interpose, sur le parcours de l’eau et des
Fig. 150. — Trapiche ou moulin chilien pour le traitement des minerais.
sables, des godets remplis de mercure, qui fout justice de toutes les parcelles d’or (pii passent, quelque microscopiques qu'elles soient. Les paillettes elles-méines, rencontrant dans leur chemin ce bassin de vif-argent, s’y noient, et sont mieux saisies par les godets que par d’autres obstacles plus ou moins ingénieux imaginés aussi dans ce but.
L'amalgame obtenu est généralement liquide. Pour le solidifier, on le comprime à travers une peau de chamois,
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que l'on plie en forme de soc et tord entre les mains, comme un linge humide dont on voudrait exprimer l’eau. Le mercure, privé d’or, traverse eu larmes argentées les pores de la peau; c’est une expérience curieuse qu’on invoque dans les cours de physique pour démontrer la porosité des corps. L’amalgame solide reste, et prend la forme et l’aspect d’une boule d’étain. 11 s’agit d’en séparer l'or. Quel moyen va-t-on employer? J'ai dit que le mercure dissolvait l’or comme l’eau le sucre; mais le mercure est volatil. On distillera donc l’amalgame pour en retirer l’or, comme on distille l’eau sucrée pour en retirer le sucre candi. Ici l’or, s’il est permis d’user de cette comparaison, sera le sucre candi du mercure'.
On jette toutes les boules au fond d’une cornue de fer que l’on approche du feu. A la température de trois cent soixante degrés centigrades, le mercure entre en ébullition et monte à l’état de vapeur vers le col de l’appareil. On condense ces vapeurs en entourant le col de la cornue d'un linge humecté d’eau fraîche, et en les recevant dans une bassine pleine d’eau. L’opération terminée, au fond de la bassine est tout le mercure redevenu liquide, au fond de la cornue, un gâteau d’or. Le métal est poreux, d'un jaune mat, çà et là un peu terne et semé de taches noirâtres. On le refond avec du borax qui en lessive les dernières impuretés, et on le coule dans une lingotière. En cet état, il est livré aux essayeurs.
Le titre de l’or des mines est généralement, en Californie, de huit à neuf cents millièmes ; c’est-à-dire que sur mille parties, il n’y en a que huit à neuf cents d’or pur. Le reste est composé surtout d’argent, quelquefois d’un peu
1. Les anciens connaissaient cette propriété du mercure de dissoudre les métaux précieux, et de les restituer par l'évaporation. Ils l’avaient mise à profit pour recueillir l’or des vieilles étoffes et pour dorer le cuivre.
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de cuivre, de fer, enfin de quelques substances pierreuses entraînées accidentellement, comme la silice. On peut souvent, d'après la composition chimique, connaître le pays d’où provient l’or. L’or de l’Australie ou de l’Oural n’a pas la même composition que celui de lu Californie. Parfois, dans le même pays, la composition varie d’une mine à une autre. L’or aujourd’hui le plus pur est celui de l’Altaï; après viennent celui de l’Oural et celui de l’Australie, qui ont l’un et l’autre sensiblement la même composition. En Californie, l’or contient une grande quantité d’argent, et l’or des mines du nord est plus pur que celui des mines du centre.
Voici, comme exemple et pour résumer toutes ces «Ionnées, quelques résultats d’analyse de l’or des mines de ces divers pays :