‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 46 sur 70 · ANALYSES DE QUELQUES ÉCHANTILLONS D-OR DES MINES · texte numérisé non relu

ANALYSES DE QUELQUES ÉCHANTILLONS D-OR DES MINES

Composition en millièmes.

Lieiu do provonance.

Sibérie. .

I Allai .

(Oural.

Austra'ir.

Californie

Mines du nord .

Mines du cen're

Or.

Argent.

Ser, cimro, etc.

On voit combien le titre de l’or est caractéristique suivant les contrées, et combien il diffère souvent de celui de l’or monnnyé ou travaillé, qui est, en France, de neuf cents millièmes d’or et cent millièmes de cuivre pour l’or monnayé, et sept cent cinquante millièmes d'or et deux cent cinquante millièmes de cuivre pour l’or employé dans la bijouterie ou l’orfèvrerie. L'alliage du cuivre avec l’or a pour but, comme on sait, de donner au métal précieux plus de dureté, et de lui permettre de résister plus facilement à l’usure.

LES MINES DE MÉTAUX

Ce n’est pas seulement dans le traitement des minerais d'or, c’est encore dans celui des minerais d’argent que le mercure joue un rôle indispensable. La méthode d’amalgamation à froid, inventée par un pauvre mineur mexicain, Bartolomé Médina, en 1bo7, a donné à toutes les mines d’argent des Amériques, où le combustible manque, une impulsion féconde, et Médina peut être rangé au nombre des bienfaiteurs de l’humanité. M. Michel Chevalier n’hésite pas à le comparer à Triptolème, qui trouva le blé.

La production des mines américaines a été encore augmentée quand on a imaginé au Mexique, au siècle dernier, de faire piétiner la matière par des chevaux au lieu d’employer des hommes. Le minerai est préalablement pulvérisé sous la pierre volante de XArastra, cette meule antédiluvienne avec laquelle nous avons déjà fait connaissance à propos du traitement de l’or (tîg. 149). La mouture opérée, on compose avec la poudre minérale des turtas ou tourteaux. Enfin dans une cour dallée, le patio, des mules foulent ces tortus mêlées nu sel marin, au mercure et à la pyrite de fer ou de cuivre, qu’on nomme, en ce cas, le magistral. Le mélange, laissé à l’air, fermente; il se produit des’ réactions complexes, que les chimistes n’ont pas encore tout à fait débrouillées, mais qui ont pour but définitif la formation d’un amalgame d’argent. Après quarante jours, on sépare cet amalgame, par le lavage, des matières pierreuses, au milieu desquelles il est contenu, puis on le distille dans une cornue de fer. Au Mexique, on emploie de préférence une cloche de bronze, la cape! tina, qu’on entoure de charbons allumés, et qui recouvre les boules d’amalgame. Le mercure se volatilise et se condense dans un courant d’eau froide an bas de l’appareil. C’est là le mode de distillation que les alchimistes avaient appelé per dcscensttiu ou en descendant. Par contre

LE MOULIN ET LE LAVOI1I. 5U9

ils nommaient per ascensum celui <jue nous avons d’abord indiqué.

Il y u trois cents ans que la méthode d'amalgamation qui vient d’ètre décrite est pratiquée eu Amérique, et jamais on n'y a fait de changement. A notre époque même, les chimistes, les métallurgistes, les ingénieurs, venus d’Europe en ces lointains pays avec la prétention de tout y changer, ou du moins de modifier, de perfectionner les méthodes de traitement en usage, out toujours dû revenir à l’invention primitive de Médina.

La distillation terminée, le gâteau d’urgent qui reste dans la cornue est refondu et coulé en lingots, et ce sont ces lingots que nous avons vus, sous le nom de pl ata pi/ia, chargés sur les steamers du Pacifique, prendre la voie de l’Angleterre par l’isthme de Panama.

Ce serait peut-être ici le lieu de décrire en entier la métallurgie de l’argent et de dire par quels autres procédés que ceux de l'amalgamation américaine, on extrait ce métal de ses minerais. Nous verrions passer sous nos yeux la méthode d’amalgamation allemande à chaud, inventée en Saxe à peu près à la même époque que l'amalgamation espagnole, puis la coupellation, pratiquée de temps immémorial, enfin la liquidation et le pattinsonnage. Pur ces derniers procédés, dont l’un est en usage eu Allemagne depuis le seizième siècle, et dont l’autre a été imaginé récemment eu Angleterre par M. Pattinson, et de là est passé sur le continent, on arrive à retirer jusqu'aux plus minces traces d’argent contenues dans les minerais de cuivre et de plomb.

Continuant ces études sur la métallurgie, science aussi vieille que le moude, et dont certaines méthodes out acquis du premier jour le degré de perfection qui les distingue, notre admiration eût été sans cesse augmentant.

LES MINES DE MÉTAUX

Ici, nous eussions vu des inventions compliquées, savantes, où sont mises en jeu les théories les plus élevées de la chimie, venir en aide au fondeur; là rien ne suppléer à une longue expérience, et les ouvriers se transmettre de l’un ii l’autre le secret de leur art, pratiquant des tours de main qui défient la théorie. Bien des fois le savant reste émerveillé, confondu, devant les résultats qu’ils obtiennent, et dont quelques-uns restent encore inexpliqués, mystérieux. Mais entrer dans tous ces détails ne serait-ce pas franchir la limite imposée à ce livre, qui doit traiter du mineur, non du fondeur, de mines et non d’usines? Le lavage des minerais, l’amalgamation américaine, étaient encore de notre domaine ; les fonderies n’en sont déjà plus.

Nous sommes donc condamné à laisser irrévocablement fermée la porte des usines métallurgiques, et à taire les procédés, aussi variés qu’ingénieux, au moyen desquels nonseulement l'argent, mais encore tous les autres métaux, sont retirés de leurs minerais. Il ne nous est pas interdit cependant de nous demander quelle est la limite inférieure de rendement à laquelle l’élaboration des minerais métalliques cesse d’être tout à fait profitable. Il est évident que ce chiffre minimum existe, et qu’il dépend d’une foule d’éléments, comme la variété minéralogique et le plus ou moins de pureté du minerai, la nature des gangues, les difficultés d’exploitation, de préparation mécanique, de traitement métallurgique, l’éloignement des usines, le prix des transports, des matières premières, des journées, enfin la valeur commerciale ou le cours du métal à fondre. Ce dernier élément prime quelquefois tous les autres. Nous avons cité des mines de mercure, d'antimoine, peut-être n jamais arrêtées par la baisse des métaux qu’on y exploitait auparavant avec bénéfice. 11 est certain que moins un métal a de valeur, et plus le titre

LE MOULIN ET LE LAVOIR

du minerai doit en être élevé. Tenant compte de tous ces éléments, nous avons essayé de dresser le tableau qui suit, des rendements minimum où les minerais cessent aujourd'hui d’être traitables. Les chiffres changeraient, si le prix des métaux venait à varier d’une manière sensible.

TABLEAU DU RENDEMENT MINIMUM QUE DOIVENT DONNER LES MINERAIS MÉTALLIQUES.

Nature de. minerais. 1“ri, J* ,2frUl Pur Observation.,

de rendement. en 1866.

métaux onmsAirr.3.

Minerais de fer. . . 25 à 30 centièmes 20 fr. les 100 kit . La fonte, 14 fr.

IUne partie du métal se volatilise au traitement métallurgique.

{Pour des minerais qui ne sont pas argentifères.

— d’antimoine 20 — 125 à 150 — j Très-volatil à la

( iusion.

— de plomb . 20

— d’antimoine 20

— de cuivre. . 2

— d’étain. . . 1 à 1/2

— de mercure 1 à 2

j D’une réduction j très-facile.

Très-volatil.

KÉTAVX PRÉCIEUX.

Minerais d’argent. . 1/2 millième

ILa moyenne des minerais d’Amérique ne dépasse pas 2 millièmes.

— de platine . 1 dix-millième 1000 —

— d’or . . .

1 cent-millième 3‘i00

1 millionième —

IPour les mines de quartz.

J Pour les sables | des placers.

Ce tableau porte avec lui un euseiguement. Il démontre que l’on est parvenu à retirer des minerais jusqu’aux atomes

LES MINES DE METAUX

métalliques, tuut les méthodes de traitement aujourd’hui eu usage sout perfectionnées. En deçà de vingt pour cent de fer, un minerai u’est plus qu’une terre ferrugineuse, bonne au plus pour lu peinture, sous les noms de terre de Cologne , de Sieanc, terre <C ombre, etc. I.c minerai de plomb rcuferme-t-il quelques particules d’argent, ce n'est plus à vingt centièmes, c’est à moins de cinq centièmes de plomb «pie l’élaboration peut utilement commencer; les anciennes scories refondues en Sardaigne contiennent rarement plus de dix pour cent de plomb. On lit dans nos colonnes combien est faible le titre moyen des minerais d’argent traités en Amérique, qu'on est ordinairement porté à croire si élevé. Mais que dire des limites infinitésimales auxquelles on peut désormais exploiter les minerais d’or? Les méthodes californiennes ont fait là des miracles; et c’est avec raison qu’en 1802, M. Michel Chevalier, présidant la section française du jury international à l’Exposition de Londres, signalait les inveutions des orpailleurs de l’Eldorado comme une des plus brillantes conquêtes de l’industrie moderne. La nature s’est divertie quelquefois aux proportions microscopiques; l’homme a vaincu la nature en réunissant, par la force de son génie, ces atomes invisibles, dispersés, et en tirant des lingots de métal.

Le mineur et le houilleur. — Les Allemands. — Le bon et le mauvais génie : Nickel et Kobolt. — Vieilles coutumes. — Les Anglais. — Le liard de Pharaon. — Tyroliens, Piémontais, Toscans. — Antonio, Niccolino, Mariani, le père Rualta, Salvestroni. — Les Espagnols. — Les Péruviens, les Mexicains, les Chiliens. — La coca. — La mita. — Les Indiens. — Les Kirghiz. — L’ouvrier des placera. — Le Chinois et le Français. — Rôle social du mineur.

Aussi bien que celui des houillères, l’ouvrier des iniues métalliques occupe une place distincte, se présente avec un caractère particulier dans la grande famille des travailleurs. C’est ici le vrai type du mineur, une sorte de pionnier du sous-sol, et ce type est plus varié, plus original encore que celui du houilleur. Dans les mines de charbon, une certaine iessemblance de tous les gites, et la même discipline qui règne dans les travaux, la sévérité des règlements eu vigueur dans chaque district, enlèvent à l’ouvrier une partie de scs habitudes locales. Dans les mines, métalliques au contraire, les gîtes sont si dissemblables que chacun d’eux a une allure spéciale, et nécessite des travaux différents; la discipline aussi y est moins inexorable. Eniin, tandis que l’exploitation régulière du charbon est née il y a cent ans à peine, quelques-unes des mines de métaux sont

LES MINES DE MÉTAUX

fouillées depuis des siècles. Sur chacune d’elles, l’ouvrier a gardé comme le cachet du terroir, des mœurs et des coutumes propres.

Daus toute l’Allemagne, dans le Ilarz, la Saxe, la Prusse, la Bohème, la Hongrie, le Tyrol, les mineurs se font remarquer par une sorte d'attachement invincible à des usages tout primitifs. Le costume est resté le même, bien que les méthodes de travail se soient, pour la plupart, perfectionnées. Tablier de cuir porté par derrière 1 et tampons de cuir aux genoux, pour garantir les membres dans le voyage souterrain, les protéger contre les atteintes des eaux vitrioliques; ceinture de cuir serrée à la taille pour recevoir le marteau, le pic et la lampe ; veste courte, à manches étroites, à bouffantes vers les épaules, comme les jacquettes à crevés, du temps de Charles-Quint; béret de feutre dur, remontant sur lui-mème, rond, élevé, pouvant résister aux chocs, voilà l’uniforme que l’on rencontre dans la plupart des anciennes mines germaniques, tel est l’invariable accoutrement dont on ne manque jamais d’affubler le visiteur qui vient se perdre dans ce monde d’un autre âge. Depuis le premier jour de l’exploitation, le costume n’a pas changé. Sainte fidélité aux antiques usages, souvenirs religieux du passé, auxquels il faut peutêtre applaudir, aujourd’hui que tout s’eu va, et les anciens us et les vieilles croyances !

Dans quelques exploitations, l’on n’oublie jamais de faire la prière avant la descente dans lamine. C’est souveut l’ingénieur lui-même qui récite pieusement l’oraison composée dans ce but. Les ouvriers sont groupés autour de lui, à l’orifice du puits. Suspendues à la charpente, les lampes éclairent cette réunion austère, recueillie, tandis que la main au

]. Les mineurs Je l’Amérique espagnole, qui l'ont aussi adopté, l'appellent spirituellement le culcro.

béret, le caporal qui va installer le poste, a déjà enjambé l’échelle (fig. loi).

L’ouvrier allemand a sa place à part dans le monde des mineurs. 11 a conservé non-seulement les habitudes et le costume, mais encore les superstitions naïves de ses aïeux. 11 croit aux gnomes, aux génies des mines, aux dieux bienfaisants et malfaisants des souteiTains, qui ne sont pas ici Ormuzd et Ahriman, mais Nickel et Kobolt. Pour se les rendre propices, il a donné leur nom à deux métaux, le nickel et le cobalt, trouvés pour la première fois dans les mines de Saxe. Ce sont ces gnomes qui remplissent ou vident le tilon, qui reproduisent le minerai à mesure qu’on l’exploite. Ce sont eux qui, dans leurs moments de colère, brisent et cachent la veine, et empêchent le mineur de la retrouver. Ils rôdent dans les anciennes galeries, dans les chantiers abandonnés, et plus d’un les y a rencontrés. Ils soufflent sur les lampes pour les éteindre, et tirent par le nez ou les cheveux l’ouvrier qu’ils rencontrent seul. Quand il les a trop mécoutentés, ils jettent des sorts sur lui, le précipitent à bas des échelles, ou l’écrasent d’un débris de la roche. Aussi que ne fait-on pas pour se les rendre favorables. Ou laisse pour eux des provisions dans la mine; dan3 des niches secrètes, on met du pain, des gâteaux, des pièces de monnaie. « Saints Nickel et Kobolt, préservez-nous des coups de mine, des éboulcmeuts, des inondations, des chutes dans le puits. Soyeznous propices. Faites-nous retrouver le filon, quand nous l’aurons perdu, surtout couduisez-nous vers les parties riches de la veine. Enfin, intercédez Dieu ou Belzébuth pour nous : Sancti Nickel et Kobolt, orate pro nobis! »

Cet attachement vivace aux pratiques des anciens jours u'a rien fait perdre au mineur allemand de ses qualités viriles, et n’a ajouté qu’un trait de plus à sa personnalité

LES MINES DE MÉTAUX

déjà si saisissante. N'oublions pas que c’est dans la Ilougrie, la Saxe elle Harz que le travail des mines a été pour ainsi dire retrouvé aussitôt après le tumulte de l’invasion barbare, et que c’est de ces pays que l’art s’est peu à peu répandu dans toutes les autres mines d’Europe. A leur tour, celles-ci ont fait de nouveaux progrès et donné aux exploitations un cachet d’activité, sinon de grandeur, qui manque quelquefois aux mines germaniques. Ainsi l'on aimerait à voir, dans les vieux établissements saxons ou barzois, quelques pratiques surannées disparaître. Déjà l’emploi de la baguette divinatoire a été proscrit; mais pourquoi, quand le filon est riche, murer les chantiers pour y revenir aux jours de disette? Une mine n’est-elle pas un capital sous terre, comme disent les Anglais, et les exploitants ne doivent-ils pas extraire le plus de produits dans le moins de temps possible, pour que le capital rapporte les plus grands intérêts? Il est vrai que les mines forment, dans le Harz et la Saxe, une propriété domaniale. Mais s’il faut repousser, dans tous les cas, des méthodes économiques dictées par l’esprit étroit et avare du passé, l’on ne peut s’empêcher d’applaudir à cette division du travail si sagement maintenue dans les mines allemandes. 11 y a là des ingénieurs, des contre-maîtres pour le dedans et le dehors. Celui auquel sont dévolues les études géologiques, n’a rien à voir avec le lavage ou la fusion des minerais. A l’un, les travaux de mine proprement dits : abatage, remblais, transports intérieurs; à l’autre, les travaux d’art : charpentes, maçonneries. A celui-ci, toute la partie mécanique : les machines à vapeur, les roues hydrauliques ; à celui-là la topographie souterraine, la levée des plans superficiels, ou bien encore les essais de laboratoire. Nul n’empiète sur les attributions de son voisin, et de la sorte, ingénieurs et ouvriers font

iqle

Fig. 151 . — La prière, aux mines de la Vieille-Montagne, avant la descente dans le puits.

bien ce qu'ils font, parce qu’ils font toujours la même chose, ou parce qu’ils n’ont pas trop à faire.

Non contents d’établir dans les exploitations cette division si méthodique, si tranchée des attributions de chacun, les Allemands ont introduit aussi dans leurs mines une véritable discipline militaire. Dans cette légion du travail, les ouvriers sont les soldats; les maîtres-mineurs, les caporaux ; les ingénieurs, les capitaines. Tous ont un uniforme dessiné depuis des siècles. Les Hongrois, les Saxons, les Harzois sont fiers de ces vieux costumes, que rehaussent les galons et les brandebourgs pour les caporaux, et pour les chefs, les épaulettes et les broderies d’or (fig. 152). Ces chefs sortent eux-mêmes d’écoles des mines célèbres, parmi lesquelles celles de Freyberg en Saxe et de Schemnitz en Hongrie tiennent le premier rang. Les dimanches ou dans les occasions solennelles, les soldats de la pacifique armée se montrent avec tous leurs insignes, toutes leurs médailles, leurs décorations, bannières au vent, musique en tête; et les capitaines, avec le sabre ou l’épée au côté et le bâton de commandement à la main’. Applaudissons encore une fois à ce régiment des soldats qui produisent; qu’ils défilent devant nous ces braves et intrépides mineurs; trop souvent les soldats de la guerre ont le pas sur ceux de la paix !

En Angleterre, où tout marche dans l’industrie par l'impulsion des efforts privés, les ingénieurs ont aussi le titre de capitaines sur toutes les exploitations métalliques; mais ici plus d'uniformes, de décorations, ni de sabres. J’ai rencontré, dans le Cornouailles, quelques-uns de ces vieux

1 . En Russie, la parade des mines n’est plus un jeu. On a renchéri sur les Allemands, au moins pour les grades élevés, et les ingénieurs en cher et inspecteurs des mines de l'État sont de véritables colonels et généraux, ayant officiellement le titre et le traitement de leurs collègues de l'armée.

LES MINES DE MÉTAUX

loups de mines, nés dans les souterrains, destinés à y mourir, durs à eux-mêmes, simples, modestes, d’allures restées grossières. Ayant conquis tous leurs grades dans

Fig. 1ô2. — Capitaine des mines de Saxe, en tenue de parade, avec le bâton de commandement.

la pratique du métier, de soldats ils sont devenus caporaux, puis officiers. Ils composent un type qu’on 11e retrouve pas ailleurs, où les examens et les diplômes envoient d’emblée un jeune aspirant-ingénieur commander à de

vieux ouvriers. Tous les capilaiues anglais vous accueillent sur leurs mines avec les marques de la plus grande bienveillance. Ils vous montrent leurs travaux, leurs machines, leurs plans, disant : « Nous n’avons rien de caché pour personne. » « Ce qui est caché, c’est ce que nous cherchons, » ajoutait l’un d’eux, et il me montrait l'adage gravé en grosses lettres dans le cabinet de la mine, où les mineurs font leur toilette avant de descendre: fP'eseek hidden treasures , nous cherchons des trésors cachés. Admirable définition du travail des mines métalliques, qui ne sont en effet que des trésors enfouis et qu’il s’agit de retrouver; c'est là le véritable Ha ni do Pharaon dont parlpnt les carriers de Paris1.

Un antre capitaine anglais, un jour que j’étais en extase devant la magnifique tenue de ses plans, qu'il me montrait avec un certain orgueil: « Un bon mineur fait toujours de bons plans, good man makes good maps, » me répondit-il avec un gros rire, en lançant un de ces calembours mal réussis que les Anglais se permettent quelquefois.

Dans ces intéressantes mines du Cornouailles (carte VII), les soldats sont dignes de leurs chefs, et partout le mineur de ce pays, à Penzance, à Saint-Just, à Saint-Yves (fig. Ib3), et à Tavistock, dans le comté Devon, limitrophe du Cornouailles, mérite la réputation qu’on lui a faite d’être l’un

1 . Il y a une légende qui a cours chez les ouvriers parisiens, c’est que le roi Pharaon a caché un trésor dans les vieilles carrières, et que celui qui le trouvera s’enrichira du coup. Un carrier me montrait un jour des monnaies, des sous tournois et parisis, rencontrés dans de vieilles excavations à Ivry, où les travaux datent du temps des fondations de Notre-Damo. Et comme je le félicitais du soin qu'il avait pris de mettre à part cette mitraille : c Ali! monsieur, vous me complimenterez quand j’aurai trouvé le liard de Pharaon. » C’est le nom que les carriers donnent à ce trésor légendaire, sur lequel aucun d'eux n’a eacore mis la main.

LES MINES DE MÉTAUX

des premiers mineurs du monde'. Comme le mineur allemand, il est resté fidèle a de vieilles eroyanccs; il a ses légendes, et il invoque, avec non moins de ferveur que les

Kir. 153. — Ouvriers des mines de StmL-Yves (l’ornouiilles)

ouvriers teutoniques, les gnomes souterrains, les génies des filons, gardiens éternels des mines.

I. J'ai retrouvé en Californie, maintenant les traditions nationales, qnelrpies-uns de ces mineurs du Cornouailles, qui, sous le nom de CoraOAmm, ont émigré dans l’Eldorado. Don nombre d’entre eux ont gagné aussi l’Australie, où ils ont également importé l'art difficile des exploitations minérales.

Les Alpes italiennes fournissent des types de mineurs qui, sans se rapprocher des types allemands ou anglais, se distinguent aussi par des traits fort curieux. Le Tyrolien du versant péninsulaire est à la foi germain et latin. Froid, réservé, fidèle à sa parole, solide travailleur, naguère plus voyageur qu’aujourd’hui, il a peuplé bien des mines étrangères, sur lesquelles il a émigré et planté définitivement sa tente. Le Piémontais, émigrant aussi, mais à l'esprit plus aventureux que le Tyrolien, est venu à son tour sur nos mines où il a jeté quelquefois le désordre. Les Allemands y ont mieux prospéré, et sur quelques-uns de nos gîtes, à Vialas, à Pontgihaud, ont même fait souche durable.

De formes athlétiques, habile à manier le fleuret, l’aiguille, comme il l'appelle, le Piémontais a peu de rivaux pour forer un trou de mine; mais il est terrible quand il a bu; il joue aussi volontiers du couteau, à l’italienne. J’ai hâte de dire que j’ai connu, dans les montagnes de l'Isère, d’excellents mineurs piémontais. L'ouverture de nos galeries était élevée de plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la vallée. Les braves ouvriers, abrités dans une étroite cabane, trop souvent visités l’hiver parla neige, accomplissaient leur besogne avec ponctualité. Ils se contentaient pour tout aliment de celte pâtée ou bouillie de farine de maïs que l’Italien appelle la polenta; pour toute boisson , d’eau fraîche. Ils ne descendaient à la ville, à Vizillc, qu’un dimanche chaque quinzaine, pour régler ce qui leur était dû d’après l’avancement des travaux. Les comptes établis et déduction faite du coût des fournitures, huile, poudre, etc., qui restait à leur charge; on leur payait leur avoir. Jamais aucune discussion. L’argent reçu, caporaux et soldats, compatriotes et même parents, nlluient trinquer fraternellement à l’auberge. Ce jour-là

LES MINES DE MÉTAUX

seulement on buvait du vin. L’après-midi on devisait à l’ombre sur le bord de la Romanche, ou dans le parc de l’ancien château de Lesdiguières, bâti par le grand connétable et trausformé en fabrique de foulards par les Périer*. Le soir venu, on reprenait le chemin de la montagne, pour recommencer à travailler le lendemain : on avait pris du bon temps pour quinze jours.

Je tenais en affection le chef de ces braves Piémontais, un hercule, doux comme presque tous les hommes forts, et qui obéissait militairement, sans réplique, aux ordres de son jeune ingénieur. Un jour que je le complimentais sur la bonne conduite de ses hommes, et que je lui demandais comment il pouvait se faire qu'ailleurs les ouvriers du Piémont donnassent sujet à tant de plaintes : « C’est, que nous sommes de la province d’ivrée ; dans notre pays il n'y a que de braves gens. Ivrée, voyez-vous, monsieur, c’est la fleur du Piémont. »

Dans le Modénois, dans le nord de la Toscane, au milieu des Alpes apuanes, le caractère du mineur italien semble revêtir quelque chose de la rudesse des sites qui l’environnent. Plus vers le sud, à Monte-Catini et dans la Maremmo, l’ouvrier est plus svelte, en un mot moins loin— barda (Lombard, synonyme ici de lourdaud), et plus tosco (Étrusque, spirituel, léger), que dans les mines du nord. Que de bons tj'pes dans tons ces districts, que de braves et courageux caporaux ! A Monte-Catini, c’est Antonio, un caporal tyrrhénien, que sou ingénieur, M. Schneider, formé à l’école de Freyberg, a rendu tedcsco, a complètement germanisé, nu moins dans l’art de l’exploitatidn. Sur cette mine les visiteurs afllucnt, attirés par la richesse fabuleuse du gîte, et les magnifiques installations dont on a

I. C'est dans ca château que s'assemblèrent les fameux États du Dauphiné, en 1788.

doté cet établissement sans rival. Antonio présente respectueusement aux touristes le chapeau, le tablier, la ceinture de cuir, usités dans les mines saxonnes, il leur passe l’étroit pantalon et la veste à boulfelles dont le collet est marqué aux armes du mineur, le pic et la masse en sautoir, puis il arme leurs mains d’une lampe et d’un marteau. Ainsi accoutré, le visiteur suit son guide. On marche vers la galerie inclinée par laquelle on entre dans la mine. Antonio en ouvre solennellement les battants, vous fait saluer en passant le buste en marbre de M. Porte qui, le premier, a repris cette exploitation, le buste de Victor-Emmanuel, Yittorio, comme on l’appelle familièrement, qui même ici c est venu détrôner Leopoldo , et l’on descend les degrés. Le tunnel est vaste, bien aéré. Une rampe sert à appuyer les mains, et je doute qu’il existe une mine que l’on aborde si aisément. «Ici les dames mêmes peuvent descendre, » vous dit Antonio. Dans les chantiers, il ne vous fait grâce de rien. 11 vous ouvre la chapelle souterraine où l’on célèbre la messe le jour de Sainte-Barbe ; mais surtout il vous montre ces fdons massifs, où le minerai pur se détache dans la roche en bandes jaunes, grises ou panachées : « Voilà la veine, eccola qui ; cela vaut mieux qu’une mine d’argent. » 11 vous conduit enliu dans les endroits mal aérés, où la température dépasse celle du Sénégal au soleil, et comme vous tombez de sueur, « Si "noria, Seigneurie, tout n’est pas rose dans les mines, » s’écrie Antonio qui, habitué de longue date à tous ces manèges, ne sue point. Jamais je n’ai vu un mineur plus glorieux de sa demeure de taupe, et la montrant plus volontiers aux touristes; rarement aussi, il faut le dire, une mine a récompensé l’exploitant comme celle de Moute-Calini.

A Campiglia, à Massn-Maritima, à Rocca-Tederighi, on rencontre plus d’un chef mineur pouvant marcher de pair

LES MINES I)E MÉTAUX

avec maître Aatonio. A Campiglia, c’est Niccolino, infatigable et hardi chasseur hors des chantiers, mineur svelte et courageux devant le filon. L’exploitation de la mine ayant été arrêtée, il est passé au service d’un chemin de fer. C’est encore ce pauvre Mariani, emporté récemment par la fièvre, fidèle, dévoué, resté le dernier sur cette mine, après que bien des propriétaires et bien des ingénieurs s’y étaient succédé. Que de fois j’ai vu ce brave homme, attentif comme un vieux serviteur, dans les pas difficiles des antiques travaux de Campiglia, donner lu main au visiteur uovice pour l’encourager, l’enhardir. Le passage devenait-il tout à fait dangereux, Mariani appuyait son bras contre le roc : « Mettez là votre pied, disait-il, et ■> ne craignez rien; c’est solide, je ne broncherai pas. » Et lentement ou se luissait glisser contre cet appui inébranlable. Les gigantesques cavernes du Temperino sont les vides les plus formidables qui existent. Si tout à coup le courage vous manquait, si vous étiez pris d’un de ces vertiges, d’un de ces tremblements involontaires qui saisissent quelquefois dans l’abime ceux mêmes qui sont le plus aguerris, Mariani, resté de sang-froid, vous emportàit sur sou dos vers un endroit moins incommode. Jamais sous une aussi frêle apparence, dans ce corps lentement miné par la malaria, on n’aurait cru trouver tant de vigueur et de courage. Que l’âme repose en paix de ce brave et digne mineur!

Les caporaux des mines de Massa, quelques-uns Allemands, mériteraient aussi d’être en quelque sorte photographiés. L’un d’eux montrait un jour ses travaux à l’ex-grand-duc Léopold, vrai coureur de mines au temps où il régnait encore en Toscane, amateur forcené de visites souterraines. Lu galerie était basse, étroite, et le prince se cognait la tète aux parois. « Je n’osais pas lui

dire : « Altczzn, si abassi, Altesse, baissez-vous! — me disait le caporal qui me racontait celte histoire, — à cause du vilain jeu de mots que j’aurais fait. Il faut respecter les altesses. » Celle-ci prenait le nom d’impériale et royale, et ce jour-là elle se cogna royalement, grâce au mutisme du maître mineur mussétan.

Parmi tuul de caporaux intelligents qui honorent les mines italiennes, oublierons-nous le père Ituulta, un vieux Tyrolien, embauché sur les mines d'Agordo parM. Porte, en 1830? Depuis lors, il a servi dans tous les etablissements de Toscane; il en a levé les plans, a dirigé de nombreux travaux, a bâti même des usines, tour à tour géomètre, mineur, laveur, fondeur. Ses fils ont suivi cette voie, ses frères, ses neveux y sont aussi engagés; et c’est merveille de voir toute cette famille vouée aux travaux souterrains, de père en fils. Pietro Rualta (ser Pietro, comme l’appellent les ouvriers) est le digne chef et reste de beaucoup supérieur à tous les autres membres de cette illustre dynastie. A ses moments de loisir, il cumule les fonctions de maître mineur avec celles d'architecte de village, et lait bâtir au plus bas prix, pour les conseils municipaux de la Maremme, des fontaines et des églises.

Un autre caporal, celui-ci vrai Tyrrbénien, esprit prudent, observateur, Salvcstroni , des mines de Rocca- Tederigbi, a droit aussi à quelques ligues de souvenir. 11 connaît l’histoire de sa mine, année par année, depuis trente-six ans qu’elle a été reprise après plusieurs siècles de chômage, et tous les ingénieurs savent de quel secours sont les traditions certaines dans les travaux qui ont le sous-sol pour théâtre. Salvestroni est toujours resté attaché à ces mômes mines, pendant qu'elles changeaient plusieurs fois de propriétaires. Chacun a gardé le caporal, comprenant tout le profit que l’on pouvait tirer d’un

LES MINES DE MÉTAUX

homme aussi intelligent et réfléchi. On lui demanderait bien un peu plus d’initiative, un peu plus de fermeté visà-vis des ouvriers, mais le Toscan est trop politique pour se compromettre eu rien. Salvestroni a d’autres qualités; il est même uu peu géologue, et il a cherché tout un jour à 1 ' Argentiera, mais vainement, une mine d'argent qu’il croyait y exister sous ce titre menteur. Et puis il avait lu dans de vieux manuscrits qu’une certaine comtesse, au moyen Age, avait vendu ces mines à la république de Sienne; il apprit à ses dépens que les manuscrits mentent quelquefois comme les journaux.

En Espagne, des Asturies à la Sierrn-Morena, des Pyrénées à la Sierra-Nevada, dans les mines de fer, de zinc, de plomb, d’argent, de mercure, de cuivre, le mineur se distingue, plus encore qu’en Italie, par des allures qui lui sont personnelles. L’Asturien est dur, un peu sombre, point familier ni causeur , comme tous les Espagnols du Nord. L’habitant des sierras de Gador, d’Almagrera et des Alpujarras, ces contre-forts de la Sierra-Nevada, qui recèlent le plomb et l’argent en quantités inépuisables; le mineur de Carthagène et d’Almeria; mais surtout le mineur undalous, de Iluelva ou de Séville, sont plus gais, plus expansifs quel’Asturien. Leur caractère subit comme l’heureuse influence du beau ciel de leur patrie, celte terre des genêts et des lauriers-roses, ce beau pays des K s pagnes que célèbre la romance. Seul le mineur d’Almaden, empoisonné par les vapeurs du mercure, en subit l'effet lent, mais fatal, et marche tristement à la mort, victime du travail souterrain '.

1. Le travail des mines de mercure est si dangereux que, jusqu’au commencement de ce siècle, l'Espagne n’y employait que des condamnés. Almaden était le siège d'un presidio ou prison correctionnelle, et une galerie communiquait de la prison à la mine. Aujourd'hui tous les ouvriers

Revenons sur tous ces types de courageux ouvriers. Dans les Asturies et nu pied des Pyrénées, le mineur et le fondeur espagnols sont restés sobres. Un peu de pniu, du vin épais conservé dans l'outre et sentant le goudron, les garbanzos ou pois chiches, ces lupins farineux que dédaigne Caron lui-même dans les Dialogues de Lucien, composent ici le festin national. Le tout est arrosé d’une huile rance dont nous ne voudrions pas pour nos quinquets. Ce frugal repas n’est pris souvent qu'une fois par vingt-quatre heures, à midi. Le matin et le soir on mange ce qu’on a sous la main. La cigarette est humée plusieurs fois par jour, même en tirant la mine. Au sortir du chantier, on revêt le manteau couleur d’amadou, le sombrero aux larges bords, et l’on regagne silencieusement sa cahute, Galiciens, Castillans, Basques, Navarrais, Catalans, Arngouais, peuvent tous se reconnaître à ces tfnits principaux.

Au midi de la péninsule, dans la Sierra-Almagrera ou la Sierra-de-Gador, loin de tout centre habité, la vie est encore plus dure et plus remplie de privations ; mais qui songe au confort en Espague ? Un large pantalon de toile s’arrêtant aux genoux ; une ceinture serrée à la

sont libres. On les attire par de nombreuses immunités: concessions de terrains, exemption du service militaire. Ils ne travaillent que de deux jours l'un, et reçoivent gratuitement tous les soins médicaux. Bien peu résistent aux effets du mercure. Hâves, étiques, leurs gencives sont attaquées par la salivation et ils perdent toutes leurs dents. Ils sont sujets à des tremblements, à des convulsions, et (missent par mourir phthisiques ou idiots. Dans ce pays de désolation, les végétaux eux-mèmes sont empoisonnés parle métal, la terre est stérile, et l’industria du mercure est la seule qui s’exerce h Almaden. Elle lait vivre près de quatre mille ouvriers.

Le vif-argent, retiré de son minerai par distillation, est enfermé dans des bouteilles en fer dont le bouchon est vissé. Des muletiers, escortés par un peloton de soldats, pour le cas où des brigands, aux aguets du métal, voudraient faire miin basse sur le convoi, transportent los précieux flacons à Cordoue. De là le mercure gagne Séville en chemin de fer.

LES MINES DE MÉTAUX

taille, où l’on met le tabac, le couteau, l’argent ; en guise de chapeau, un foulard noué autour de la tète; enfin, la partie du vêtement que les pudiques Anglais nomment l'inexprimable, ou, comme ils disent, l 'inexpressible, une chemise, pour l’appeler par son nom, résument tout l'accoutrement du mineur. J’oubliais les sandales de spart1 et le manteau, la monta, couverture bariolée, aux tons vifs, et non plus couleur chocolat. La mania, c’est pour l'ouvrier du midi de la péninsule ce qu’est le poncho pour le mineur chilien , le sarape pour le Mexicain : c’est un manteau, une couverture, lin lit au besoin. Un bon mineur d’Almeria liait et meurt avec sa manta, et la transmet à ses descendants. En Andalousie, la mauta, le chapeau à pompons, font aussi partie du vêtement du mineur. Le dimanche, on met la veste de velours étroite et brodée, les culottes courtes s’arrêtant aux genoux, et l’on a presque l’air d’un mayo ou fils aîné de bonne maison. *

L’habitation, chez ces rudes montagnards de la Sierra- Nevada et de la Sierra-Morena, est au niveau du vêtement : une mauvaise cabane bâtie de pierres et de boue. Çà et là quelques ustensiles de cuisine en fer ou eu cuivre, la gargoulette ou l’alcaraza en terre poreuse pour tenir l’eau fraîche, et des paniers en spart ou en jonc. Le foyer est au milieu : le lit nulle part : on se couche par terre, où l’on est, roulé dans la mauta luiucusc (fig. I b 1).

Le vivre vaut le couvert et l’habit. Au déjeuner, la soupe d’eau eliuude, d’huile (et quelle huile !) où nagent l’ail, la tomate, les tranches de pain. Au dîner, la gamelle de riz avec la morue, les lupins, les haricots ou les pois, le

1 . Le spart est une graminée sauvage qui croît dans tout le midi de l’Espagne, et dont on tresse tes fibres, flexibles et résistantes, pour en faire non-seulement des sandales, mais encore des nattes, des paniers, des cordages, des bâts pour les bâtes de somme, et même du papier.

tout encore relevé d'huile et de piment. Au souper, même mixture; lu formule en est aussi invariable que crfles du Codex. Les trois repas coûtent soixante-quinze centimes par jour de notre monnaie, y compris le pain. Avec tout cela, une race aguerrie, disciplinée, courageuse, intelli—

Fig. IS4. — Chambrée de mineurs espagnols des Alpujarras (promue de Grenade) .

gente, où tout le monde, mineurs, muletiers, fondeurs, fait son devoir sans bruit, docile à la voix des chefs.

Les mineurs de l’Amérique espagnole ont gardé quelque chose du caractère de leurs aïeux audalous ou castillans : la sobriété, la fierté et une apparente indolence. Au Chili, au Pérou, au Mexique, ils composent une famille intéressante, vigoureuse, rompue aux fatigues ; c’est le barelero ou mineur (Dg. loo), Xapirc ou porteur de ini-

que les premiers produisent nssez peu ; ils mangent moins eneore. Quelle frappante opposition enti’e les deux races ! Les Cornishmen n’ont pas leurs pareils pour attaquer à la pondre un filon de quartz et gagnent, à l’entreprise.

Page 1