I.F.S MINES DE MÉTALX
nerai (Gg lîiO). En comparant le travail de ces hispanoamérieftins nvec celui des ouvriers anglo-saxons, que l’on a souvent introduits dans Ips mines d’Amdriqne, on trouve
Mg. loi. — Hat eieio uu aiji.eur de Cerro de Pasco (Pérou).
LA PHALANGE DES MINEüItS.
(les journées de quinze à vingt francs, quand celles des mineurs espagnols, chiliens ou mexicains, ne dépassent guère cinq à dix francs. Les premiers, travailleurs ro-
Fig. 150. — A; ire ou mouleur de miuerai de Ccrro de l'asco (Krou,.
bustes, hardis, grands mangeurs de roast-berf m t buveurs de gin et de wisky; après l’ouvrage, portés à l’intempérance, et devenant alors querelleurs, batailleurs; les autres toujours calmes, modérés, impassibles, au travail
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comme à la récréation, grands fumeurs de papelitos , joueurs forcenés, mais vivant de rien, de quelques figues sèches et d’un peu de c/iarrjui, chair étirée en lanière, bretelle de fibrine cuite au soleil, ne travaillant que pour assurer ce manger de cénobites, la comlda, comme ils 1 disent, se reposant dès qu’ils ont quelques piastres, et les jouant jusqu’au dernier sou, nu monte, le baccarat des Amériques; en un mot, les artistes des mines, comme nous les appelions en Culiforuie. Ils aiment tout ce qui est à effet : le pistolet, le revolver passé à la ceinture, le couteau ou machctc planté dans les bottes, le sarapc, le poncho, manteaux bariolés, jetés autour des épaules, les rangées de boutons d’argent au gilet et le long des pantalons, le large chapeau de vigogne aux galons d’or, les broderies, les fioritures partout (fig. 157).
Quelque sobre que soit le mineur des colonies, le cliarqui et les figues sèches lui sont indispensables dans toute l’Amérique du Sud. Chez les mineurs du Chili (fig. 158) cette nourriture est forcée, et l’exploitant doit y pourvoir.
Ce n’est pas tout. Il est un arbuste du genre thé, que l’on cultive dans ces contrées, mais surtout au Pérou : la coca.
Le mineur en mêle les feuilles avec de la chaux vive et les mâche sans cesse, de telle sorte qu'elles font aussi partie intégrante de la nourriture habituelle. De même que l'Hindou ne saurait se passer de bétel, le Chinois d’opium, le marin de tabac à chiquer, de même l'Indien de l'Amérique du Sud ne saurait se priver de coca. Les mineurs chiliens et péruviens ont emprunté cette coutume aux indigènes, et mâchent aussi la feuille du thé américain. Ils prétendent qu'alors ils travaillent mieux, et n’éprouvent ni fatigue, ni soif, ni faim. On cite des exemples curieux. L’Indien qui traverse les Andes, chargé souvent comme un mulet, peut rester plusieurs jours sans manger, pourvu qu’il mâche la
coca. Est-ce un effet des matières alcalines que renferme le végétal, et qui tannent, qui endorment pour ainsi dire les parois de l’estomac? Les physiologistes sont loin d’avoir
Fig. 15”. — Mineurs de l'Amérique espagnole en grande toi’ette.
convenablement expliqué ce phénomène; mais ce qu’on ne peut nier, c’est qu’il existe, tout surprenant qu’il nous paraisse
1. La consommation de cette feuille est telle au Pérou, même chez les
J'ai nommé l'Indien d’Amérique. Lui aussi a travaillé aux mines avant la guerre de l’Indépendance, et les vainqueurs l'y ont contraint avec une cruauté, une âpreté, dont les anciens n’avaient peut-être jamais donné l’exemple visà-vis de leurs esclaves ou de leurs prisonniers de guerre condamnés à un'semblable travuil. On appelait cette capitation exigée du sauvage, la mita. Au Pérou, en Bolivie, les Indiens se soulevèrent plusieurs lois pour échapper à cette espèce d’enrôlement forcé, mais toujours les désordres furent réprimés1, et des troupeaux d'esclaves furent chaque année expédiés sur les mines tic Pasco, de Potosi, de Iluancavelica, île Huntacajo. Ils y mouraient par milliers à la suite d’1111 travail excessif, et de traitements barbares. Au Mexique la mita n’était guère plus douce que dans l’Amérique du Sud. Partout elle ne fut entièrement supprimée qu’à l’époque où les colonies se détachèrent de la métropole. Depuis lors, dans toute l’Amérique, les Indiens n'ont plus travaillé aux mines. Ils ont repris la vie des bois et des champs, qui seule convient à leur nature. Ce n’est pas qu’on ne rencontre encore quelquefois les indigènes dons les chantiers souterrains, mais ils y sont alors librement. Eu cas de guerre, on les y fait aussi travailler malgré eux. On les emploie surtout à la préparation du minerai d’argent, eu plein air.
seuls Indiens, que Inculture et le commerce de la coca )' forment une branche d’industrie très-importante. L’Indien qui mâche la coca porte à sa ceinture une calebasse remplie de chaux, où il puise avec un petit bâton. L'habitude devient telle chez quelques consommateurs, qu'ils ne cessent de mâcher la feuille, même pendant leur sommeil. Cette substance agit à la longue sur le cerveau et altère les facultés intellectuelles, comme le tabac chez les fumeurs qui en abusent.
1. La révolte de ce genre la plus célèbre est celle de 1780. Le cacique Tupac-Amaru, descendant des Incas, arma les Indiens et tint deux ans le vice-roi du Pérou en échec. A la lin il fut pris, et périt avec sa femme Micaela dans les plus atroces supplices. Les membres des deux victimes turent coupés en morceaux et exposés dans différentes villes; les corps brûlés et les cendres jetées au vent.
Mineurs chiliens.
Au Mexique, dans la Sonora, le Chihuahua, nous avons vu ainsi les Indiens révoltés et vnincus, condamnés à casser le minerai. La bouche d’un canon, dirigée sur eux, est destinée à comprimer toute plainte (fig. 101).
Dans la Nevada, lu Californie, l’Indien ne travaille pas davantage aux mines; c’est là œuvre de barbare, selon lui. Je ine rappelle que dans le comté de Mariposa, les Indiens qui passaient sur nos établissements, regardaient avec une sorte de dédain l’usine d’amalgamation. Eux n’avaient pas à se donner autant de peine. Un are, des flèches, une plume aux cheveux, un os passé dans l’oreille ou le nez ', une cahute sous les arbres, n’étaient-ce pas là leurs armes, leurs ornements, leur demeure? Qu’était-il besoin de plus? Et qu’importaient les pépites? A quoi pouvaient-elles leur servir?
Vers le lac Supérieur, les tribus indigènes, les Chipeways manifestent pour le travail des mines de cuivre une aussi profonde iudifl’érence que ceux de Californie pour les mines d’or. Ce sont cependant les aïeux de ces Chipeways qui ont ouvert les premiers les gîtes du lac Supérieur, et qui les ont même fouillés avec ces marteaux de pierre qu’on retrouve aujourd'hui dans les vieilles excavations (fig. 133 et 139). Au Mexique, les Aztèques connaissaient également le cuivre, et de plus l’alliaient à l’étain pour en obtenir le bronze, qu’ils savaient même tremper et durcir. Aujourd’hui les Indiens sont partout en décadence, et ne sont plus capables de tirer aucun parti des richesses naturelles de leur sol. L’homme civilisé est venu, prédit par toutes leurs légendes, qui colonise le pays. Quoi d’étonnant si la race aborigène disparaît devant l’Européen? N’est-il pas juste que celui-là s’en aille et s’éteigne, qui
1. C’est pour cela que d’anciens voyageurs donnent le nom de Nt:-ptrcïs à ces tribus indiennes de l’Amérique du Nord.
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n’a pas su mettre à profit les trésors que la nature lui avait si largement dispensés?
Si, franchissant un moment l’espace, nous allons des mines de l’Amérique du Nord dans celles de l’Asie centrale, nous voyons dans l’Oural, la Sibérie, les races indigènes se plier un peu moins difficilement qu’en Amérique au travail pénible des mines. Les kirghiz, surtout ceux des steppes au sud et à l’est de l’Oural, à la fois pasteurs et mineurs, sont occupés à la garde des troupeaux et à l'exploitation des placers. Mineurs nomades, lavant les sables par intermittence, campant sous la tente, ils font contraste non-seulement avec nos mineurs européens si sévèrement enrégimentés, mais encore avec les Lusses condamnés aux mines. Ceux-ci forment comme un bataillon de discipline qui travaille par punition. Il n’y a parmi eux aucun type spécial. On ne tient pas à faire souche en Sibérie; on ue demande qu’à .en partir le plus tôt possible. Dans les plat-ers de l’Altaï, dans les mines de graphite du mont Sayan (Sibérie orientale), quelques-uns des indigènes nomades se sont assez volontiers assujettis, comme les Kirgbiz, à la pratique des travaux souterrains.
Ces exemples de populations indigènes restées à moitié barbares et se pliant au travail des mines, sont malheureusement isolés. A moins qu’il ne soit question de gites facilement exploitables, surtout de placers, c’est toujours l’Européen, avec ses méthodes savantes, hardies, jamais le peuple autochthoue, qui féconde un pays par la mise en valeur du sous-sol.
Le travail des placers nous conduit à parler de toute une classe de mineurs qui s’est formée de nos jours eu Californie, en Australie. Recrutés dans tous les pays du monde, les laveurs d’or ont bien vite composé comme une même famille, dont chaque rameau a conservé cependant
son caractère distinct. Eu tète se présentent les Chinois, travailleurs patients, industrieux. Ce sont eux qui ont porté le rocker ou berceau sur les placer*; ce sont eux qui, con-
Fig. 159. — Mineur in lien du lac Supérieur (tribu des Cbipeways ou Sauteurs) armé du marteau et en tenue de travail.
tents du plus minime profit, lavent les sables qui ne pa yent pas assez les autres mineurs. Mais les Chinois sont de race jaune, vivent ensemble, et ue consomment guère que des
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produits de leur pays. En Californie, en Australie, on a voulu les expulser pour raison de couleur. Ou les accusait aussi, eux qui sont satisfaits de si peu, de faire partout baisser les salaires. Enfin on s’imaginait, vu leur nombre toujours croissant, qu’ils allaient envahir la contrée. Comme ils ont la pieuse hubitudc de renvoyer leurs morts dans le pays natal, un journal yankee de San- Francisco, le Dailjr-Cali/brnia, prit leur défense en ces termes : « Nous avons tort de repousser les Chinois ; c’est notre meilleure marchandise. Nous les importons à l'état brut, vivants, et nous les réexportons, manufacturés, raffinés, quand ils sont morts. » Il faut que ce journal ait eu gain de cause, eu égard à ces bonnes raisons, car à cette heure ou compte quarante-six mille Chinois eu Californie.
Fn Australie, les Cclestials se sont défendus eux-mêmes par la bouche éloquente d’un des leurs : « Quaug-Chew, homme sain de raison, cinquième cousin du mandarin Ta-Quang-Tsing-Loo, qui possède plusieurs jardins près de Macao, » et ils ont obtenu aussi la victoire. « Le bon peuple de la région attrayante de l’or, le maître de la plage hospitalière des champs jaunes, » l’Anglais, a été pour la première fois ému. Le gouverneur de la colonie et ses conseillers, « les mandarins d’écorce d’orange ; » ont écouté « d’une oreille attentive et la tête penchée sur une épaule » le discours de John-Chinaman; ils y ont fait une réponse favorable, « couleur de vermillon, » comme le demandait l'orateur avec tant d'art et de finesse.1.
Ce ne sont pas seulement les Chinois, ce sont encore les Espagnols d’Amérique, surtout les Mexicains et les Chiliens, puis l’armée des chercheurs d’or venus d’Europe, des Italiens, des Allemands, des Français, qui se font
1. Voir Us Chinois hors de la Chine, Revue des Deux-Mondes, 1858.
remarquer sur les plaecrs. Les Français étuient encore au nombre de quinze mille en Californie, lorsqu’en 18üî> je visitai le pays. Tous ces mineurs ont gardé une physionomie spéciale : le Mexicain et le Chilien, amis du jeu et de la cigarette, sobres, souvent taciturnes; les Italiens, devenus peu à peu marchands, marins, pêcheurs; les Allemands, unis entre eux par les liens germaniques et le besoin des symphonies musicales; les Français, légère, inquiets, courant d’un placer à l’autre, se plaignant toujours, jetunt sans cesse un regard en arrière sur celte belle France qu'ils voudraient bien revoir, où ils espèrent enfin revenir, au demeurant les meilleurs fils du monde, joyeux viveurs, travailleurs pleins d’entrain, n’ayant pas leurs égaux, sur le daim, pour la manœuvre du pic et de la pelle, dans la cuisine, pour la confection d’un mets, saus rivaux aussi quand il s’agit d’entouner une chanson, ou de lancer un calembour aux échos retentissants du placer.
La cabane réunit les mineurs le soir, à moins que le ram/) ne soit voisin. De temps eu temps on se déplace, on porte ailleurs ses outils, eu quête d’une terre plus riche. Où êtes-vous, compatriotes que j'ai connus là-bas, Aubert, Veruemouze, Barbet? Vous aviez fait plusieurs métiers avuut d’aller en Californie; l’un de vous avait été boulanger, cet autre maçon ou marchand. Vous avez pratiqué bien d’autres industries sur la terre de l'Eldorado, tour à tour cafetière, muletiers, aubergistes, agriculteurs ; mais toujours vous êtes revenus aux placers, comme si cette vie eu plein champ, où l’homme est inaitre de lui, où il ne gagne que ce qu’il trouve avec peine, à la sueur de sou front, avait son charme, sa poésie. Avec quel plaisir vous alliez à la découverte, cherchant les meilleurs endroits, flairant le terrain (tig. 160), toujours à la poursuite de
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l’imprévu, de l'inconnu, jamais riches, mais non plus jamais pauvres, tant est fécond le pays de l’or !
Le moraliste qui s’enquiert du rôle social que remplit le mineur, surtout le mineur des placers, reconnaît bien vite en lui le premier colou de notre époque, ('.'est le pion-
nier par excellence, dont la nature se sert pour fertiliser les pays vierges qu’elle veut livrer à l’industrie de l’homme civilisé. Eu Californie, en Australie, la famille des mineurs de l’or, rassemblée de tous les coins du momie, composée d’éléments en partie mauvais, impurs môme, s’est peu à peu purifiée, régénérée par le travail, sans lequel ou
H;,'. 160. — Mineur des placer;- de Californie flairant le terraiu.
no fonde rien. Dans notre course à travers le monde métallifère, n’avons-nous pas salué dans ces colonies des Etats prospères, puissants, qui n'ont rien à envier aux contrées les plus policées de l'Europe, et qui se sont fondés par enchantement, comme sous le coup d’une baguette de fée? Cette fée a été le travail, avant tout le travail des mines, qui le premier a permis à ces lointains pays de sortir de leur état sauvage. Glorifions donc le mineur des métaux à qui est due cette heureuse transformation, et reconnaissons dans cet énergique pionnier, non moins que dans celui des houillères, un de ces instruments cachés dont se sert quelquefois la nature pour le développement, le progrès et le bien-être de l'humanité. Au reste, ce n’est pas seulement dans la fondation des colonies que le mineur joue ici-bas un rôle des plus importants, il concourt encore pour la part la plus large, ainsi que nous l’avons démontré, à la marche même de la civilisation. Sans les métaux qu’extrait lo mineur, il n’est pas d’industrie possible ; sans l’or et l’argent, une partie des arts décoratifs disparait, et la base des valeurs, où le commerce prend véritablement son essor, n’existe plus. A ce titre, le mineur est le premier, le plus méritant tics travailleurs; c’est aussi le plus ancien en date, celui dont on peut dire qu’il est de plus vieille roche. Sans lui, ni l'agriculture ni la marine n’auraient pu se développer; le pic u'est-il pas venu avant la charrue et le navire?
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Progrès continus. — Le métal de la paix et de la guerre. — Féodalité industrielle. — La fabrication du fer en 1866. — L’or et l'argent. — Évolution des métaux précieux, — Tableaux statistiques. — Lois économiques et sociales. — De l’épuisement des métaux. — Découverte de l’aluminium. — L’analyse spectrale. — Les pierres tombées du ciel. — Le métal de l’avenir.
La production des métaux intéresse à un si haut degré la prospérité matérielle, et Ton pourrait dire artistique, intellectuelle et morale des peuples à notre époque, que nous devons nous y arrêter un moment. Cette production détermine, on le comprend, la véritable richesse des nations. Comme celle de la houille, elle fait chaque année des progrès si rapides, que ces progrès étonnent ceux même qui sont le plus au courant des phénomènes industriels et économiques de notre temps.
L’introduction partout exigée de la machine à vapeur et des railways, a nécessité une telle consommation de fer, de fonte, d’acier et même de cuivre, de zinc, d’étain, de plomb', que sur bien des pays la production de ces métaux
1. Le plomb sert à faire la plupart des tuyaux, des joints de machines. Le cuivre, soit pur, soit allié au zinc et à l’étain, et formant alors le cuivre jaune ou laiton et le bronze, se prête, dans les arts mécaniques, aux emplois les plus variés.
n double, et cela, comme pour la houille, eu moins de quinze ans. L’adoption du combustible minéral est venue, du reste, singulièrement faciliter les fabrications métallurgiques. La confection des outils de toutes les professions, les plus humbles comme les plus délicates, les constructions civiles et navales, une foule d’autres industries ont absorbé des masses considérables de fer. A Londres, en 1851, c’est au fer qu’on s’est adressé pour édifier le palais de l’Exposition universelle, devenu depuis le palais de Sydenham. A Paris, on n également adopté la fonte et le fer pour la construction des Halles centrales, et c’est encore le fer qui n fait les frais du palais de l’Exposition internationale de 1807. Un nouveau genre d’architecture, inconnu à nos devanciers et provoqué par les exigences de la vie moderne, a pris naissance, grâce au fer.
Le métal de Mars n’a pas borné là les services qu’il est destiné à rendre; il a tenu à mériter son nom de tous points. L’art de la guerre, sur terre comme sur mer, avec une audace que des luttes récentes ont justifiée, s’est luiméme emparé du fer et de l’acier, et eu a réclamé des quantités énormes. Le fer joue désormais le premier rôle dans la défense militaire d’un pays. Dans la dernière guerre d’Amérique, les États du Nord ont fini par l’emporter sur les Etats du Sud; dans les guerres récentes d’Allemagne, la Prusse a si vite abuttu l’Autriche, et toutes deux, au début d’une lutte où elles étaient d’abord unies, ont eu si facilement raison du Danemark, parce que les vainqueurs avaient pour eux la supériorité métallurgique. Dans les mêlées qui longtemps encore ensanglanteront malheureusement les champs de butuille, la victoire est désormais à peu près acquise à celui des combattants qui produira l’acier en plus grande masse et de meilleure qualité.
Veut-on des chiffres à l’appui de cette assertion, qui
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pourmit au premier «bord paraître paradoxale? Un vaisseau blindé possède une machine et des chaudières de mille chevaux de force, une cuirasse de quinze centimètres d’épaisseur, une quarantaine de cauons d’acier avec un magasin de projectiles, un éperon métallique de vingt mille kilogrammes, un lest énorme de gueuses de fonte, bref, un poids au moins de trois mille tonneaux ou trois millions de kilogrammes de fonte, de fer et d’acier.
A leur tour les vaisseaux de la paix ne demandent pas moins de métal que les navires de guerre. La carène seule du Great-Eastern a réclamé dix mille tonnes de fonte et de fer. Suit-on ce que ce chiffre représente? Vingt mille tonnes de minerai au titre de cinquante pour cent de métal, et quarante à cinquante mille tonnes de charbon, c’està-dire le rendement de toute une année d’une très-riche mine de fer et de houille.
Avant que la métallurgie ne se fut transformée par l’emploi du combustible fossile, de tels chiffres auraient représenté la production annuelle de bien des mines et des usines. Aujourd’hui les petites fonderies, aux allures indépendantes, aux habitudes séculaires, dont les produits jouissaient d’une réputation méritée, dont les marques meme étaient célèbres, disparaissent peu à peu. A leur place s’élèvent d’immenses usines, fournissant jusqu’à deux cent mille tonnes de fonte et de fer chaque aunée, comme Dowlais, Cyfarlhfa, dans le pays de Galles, ou la moitié de ce chiffre formidable, comme les établissements du Crcuzot et de la Moselle eu France. Cette production de cent mille tonnes par an à laquelle sont arrivées quelques-unes de nos usines, qui eût jamais osé y penser, il y a quinze ans à peine? La concentration, la centralisation, dont les gouvernements semblent ne plus vouloir pour eux-mêmes, passent aux individus, et les affaires métallurgiques et minières vont se
mener comme naguère les affaires politiques ou administratives. Une sorte de féodalité industrielle commence, qui rassemblera dans quelques mains puissantes la production de houille et de fer de tout un pays.
A mesure que ce phénomène écouomique se produit, les quantités augmentent outre mesure, mais les qualités baissent. Les fers les plus estimés sont encore aujourd’hui ceux de Suède, de Russie, de Styric, de Carinthie, de AVestphalie, des Pyréuées. C’est avec ces fers de qualités exceptionnelles qu’on fabrique surtout l’acier. L’Angleterre, qui produit plus de fer que tout le monde entier réuni, n’a aucune marque indigène renommée, car ses fameux aciers de Shefhcld, nous le savons, sont fabriqués avec les fers de Suède.
La France, possédant de nombreuses et riches mines de fer, occupe un rang digne d’elle dans la sidérurgie, comme dans l’exploitation de la houille. En un demi-siècle, de 1815 à 1865, le chiffre de sa production en fer a plus que décuplé; en dix ans, de 1851 à 1861, il a doublé. Aujourd’hui la France consomme annuellement cinq millions de tonnes de minerai, dont elle extrait les neuf dixièmes de son sol, empruntant le reste à la Belgique, l’Afrique, l’ile d’Elbe. Elle retire de tous ces minerais douze cent mille tonnes de fonte. Ce chiffre égale la production des États- Unis. Les îles Britanniques fournissent à elles seules cinq millions de tonnes, c’est-à-dire deux fois plus que la France et l’Amérique du Nord ensemble. La Belgique et la Prusse, produisent la première un demi-million de tonnes, ou le dixième des îles Britanniques, la seconde, huit cent mille tonnes: l’Autriche produit trois cent cinquante mille tounes; l’Uuion-Allemnnde, moins la Prusse, trois cent mille; la Russie et la Suède, chacune deux cent mille; Pilai ie et l’Espagne, cinquante mille séparément; enfin tous
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les autres pays producteurs, l’Inde, l'Afrique, etc., centcinquante mille tonnes au plus. Le total s’élève à dix millions de tonnes, comme on le voit par le tableau suivant :