METAUX PRÉCIEUX
Or
Argent
Eu comparant entre eux les différents chiffres de ce tableau, pour en tirer l’expression de quelques lois économiques, on trouve : 1° que la quantité de zinc est la moitié, et la quantité de cuivre le quart de celle du plomb produite annuellement ; 2° que la quantité de l’étain est le tiers de celle du cuivre ; 3° que la valeur des petits métaux égale à peine le dixième de celle des métaux usuels communs; 4° enfin, que tous les métaux usuels représentent à peine eu valeur le tiers des métaux précieux ou le
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quart du fer extraits chaque année, et en poids, le vingtième de la quantité de fer. Pour les métaux précieux, il ressort aussi une loi particulière, c’est que la quantité d'or produite annuellement est à peu près le double de celle de la quantité d’argent; c’était le contraire qui avait lieu avant la découverte des placers californiens et australiens.
Si nous avions donné des tableaux statistiques minutieusement détaillés, on aurait pu en tirer d’autres conséquences économiques et môme sociales. On aurait vu, par exeniple, l’Europe garder le premier rang pour la production des métaux usuels, ce qui assure sa supériorité, aussi bien au point de vue commercial et industriel, qu’au point de vue intellectuel et moral ; et à leur tour, les colonies américaines rester les grandes pourvoyeuses de l’or et de l’argent, ce qui continue à attirer vers elles le flot des colons.
Dans la fabrication des métaux communs, les îles Britanniques ont la prééminence, qui leur est assurée par une extraction considérable de houille, et par l’application économique qu'elles ont su faire du combustible minéral à toutes les opérations métallurgiques. Quelles raisons veut-on de plus de la prospérité matérielle du Royaume- Uni? Le mercure et le platine sont les seuls métaux qu’il ne produise pas, et quelques pays seulement marchent avant lui dans certaines fabrications : le Chili pour le cuivre, les Indes-Néerlandaises pour l'étain, l’Espagne pour le plomb, la Prusse et la Belgique pour le zinc. La Californie et l’Espagne sont les grandes pourvoyeuses du mercure; et la Russie fournit les huit dixièmes du platine produit annuellement sur le globe.
Les États asiatiques, compris dans nos tableaux, y eussent fait bien triste figure. Us ne produisent pas môme pour leur consommation propre, non-seulement l’or et l’argent,
mais les métaux les plus vils. Les cuivres du Chili vont jusqu’en Chine faire concurrence aux cuivres du Japon ; le fer de l’Angleterre retient dans l’IIimaluya l’acier indien.
Quand on considère la progression croissante à laquelle obéit l’extraction des métaux, on est naturellement conduit à se demander, comme pour la houille, si les gîtes auront une fin, et quel métal emploiera l’humanité alors que ceux que la nature semble avoir mis pour elle en réserve seront complètement épuisés.
Ici la question est moins pressante que pour le combustible fossile, et offre plus d’une solution.
D’abord la fin ou, si l’on veut, l’épuisement entier des gîtes ne sauraient être prévus. Si quelques mines deviennent stériles à partir d’uue certaine profondeur, dans d’autres au contraire la productivité du gîte ne s’est jamais démentie, quelque loin que l’on soit descendu. Dans le Harz, nous savons qu’il est des mines attaquées utilement à des profondeurs dépassant aujourd’hui huit cents mètres. En Saxe, eu Cornouailles, on a atteint six cents mètres, et toujours trouvé le métal. Nous n’avons plus affaire ici à des bassins limités, circonscrits, comme pour la houille, mais à des gisements en quelque sorte indéfinis, puisqu’ils s’enfoncent perpendiculairement sous le sol. Les gîtes métallifères sont en outre partout répandus, et le nombre de ceux qu’il reste à découvrir est plus grand que celui de ceux que l’ou connaît. Les mêmes faits n’existent pas, à beaucoup près, pour la houille. De plus, la quantité de métaux annuellement consommés n’atteint pas douze millions de tonnes, moins que la France seule produit de charbon. Enfin les métaux se retrouvent, se réemploient, ne s’évanouissent pas en fumée comme la houille. Sans doute ils s’usent, ils s’égarent; mais ces éléments de disparition peuvent être comparés aux quan-
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tités infinitésimales des algébristes. Toutes ces raisons et bien d’autres, que chacun devine, assurent l'avenir. On peut dire que les métaux ne s’épuisent pas, et qu’il ne saurait en être d’eux comme du combustible fossile, exploité à peine d’hier, et dont on calcule désormais avec une certitude mathématique l’époque de la complète disparition. Les métaux, au contraire, ont déjà fourni plusieurs étapes brillantes. La Syrie, la Phénicie, l'Égypte, la Judée, la Grèce, l’Étrurie, sans parler de l’extrême Orient, leur ont dû tour à tour une partie de leur civilisation raffinée, et les gîtes, souvent les mêmes, fournissent toujours, après trois et quatre mille ans d'exploitation, aux recherches des mineurs. Quelques-unes des veines y sont à peine effleurées.
Veut-on pousser les choses au delà de toute prévision , et spéculer sur ce qu’il adviendrait dans la suite des âges, sur notre petite terre, si les métaux venaient à manquer. 11 faut d’abord supposer qu’à ce moment l’espèce humaine sera toujours dominatrice de l’univers, et que les êtres supérieurs qui doivent un jour la remplacer, et qui probablement n’auront besoin ni de métaux ni de houille, n’auront pas fait déjà leur apparition. Admettons que l’homme règne toujours, et qu’il s’agisse de lui trouver un métal, toutes les mines étant épuisées. La chimie n’est- elle pas là pour nous tranquilliser? D’abord ln chimie des alchimistes, qui étaient moins fous peut-être qu’on ne le suppose, et qui n’auront eu que le tort de n’être pas venus en leur temps. Si tous les corps sortent de la même monade , si tous ne sont que des modifications du même atome, et les plus sévères expérimentations de la science semblent aujourd’hui nous amener à cette conclusion , on pourra changer un jour les pierres eu métaux, ou seulemeut les métaux entre eux. Dès ce moment le secret de la transmu-
tation, le grand œuvre sera trouvé) et l'approvisionnement métallique du globe assuré pour l’éternité.
Baissons d’un ton, car l’on pourrait prendre tout cela pour des paradoxes ou des utopies. La chimie moderne, si précise dans ses opérations, ne nous a-t-elle pus démontré récemment, par les belles expériences de M. Henry Sainte- Claire Deville, que les métaux les plus inaltérables peuvent être retirés de matières communes comme l’argile, et ce, en telle quantité que l’on veut ? Des usines se sont même fondées dans ce but, j’entends de véritables usines métallurgiques, à Nanterre près de Paris, à Salindres près d'Alais (Gard), et en Angleterre. L’aluminiuin, en s’alliant au cuivre, donne un bronze destiné à de nombreux emplois. Il est lui-même, par son étonnante légèreté et par son inaltérabilité, susceptible d’être appliqué aux usages communs de la vie. Déjà le magnésium, possesseur à son tour de quelques propriétés curieuses, suit son aîné. Le calcium, le sodium, le potassium, ne vont-ils pas être aussi retirés de leurs combinaisons? Ne vont-ils pas, comme le magnésium et l'aluminium, se présentera nous sous un aspect jusque-là ignoré, et non sous cette forme que la chimie, hier encore, croyait irrévocable, de mélaux si avides d'oxygène qu’ils brûlent spontanément et dans l'air et dans l’eau? Ces prémisses posées, comme les minerais de ces nouveaux métaux sont partout, qu’ils composent ce que nous uommons vulgairement les terres et les pierres, et non plus ces substances rares qu’on ne trouve d’habitude que dans les filons, on voit combien le champ de nos ressources métalliques s’agrandit, et combien l’épuisement des métaux est loin de pouvoir être prévu.
N’y a-t-il pas encore les métaux récemment découverts dans le soleil par la plus étonnante invention que les hommes aient peut-être jamais faite, celle de l'analyse
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spectrale, ou des rayons du prisme ou spectre solaire? Ces métaux, qu’on ne saurait songer à aller exploiter si loin, ont été retrouvés dans les minerais terrestres. Enfin le laboratoire central du globe, toujours en activité, ne tientil pas en réserve, en magasin, les métaux de l’avenir? Un de nos ingénieurs des mines, dont ou retrouve le nom partout où une recherche originale est à faire, M. Daubrée, n’a-t-il pas démontré récemmcut, en étudiant les pierres tombées du ciel, les météorites, que ces corps révélaient la structure souterraine du globe, et eu quelque sorte la nature des masses éruptives que le foyer intérieur de notre planète prépare pour l’avenir? Ces masses seront de fer pur, comme celles que les mondes nos frères nous envoient à titre d’échantillons, pour initier les géologues à ce grand phénomène que verront leurs petits-fils. Ce jour-là, si l’or, donuaut raison à un poète d’opéra, est devenu une chimère, si les autres métaux ont disparu, le fer les remplacera tous. Un nouvel âge de fer, plus complet que les précédents, se lèvera sur l’humanité, et de nouveau, comme en des temps déjà bien loin, le métal aidera même aux échanges, àtitrede monnaie, line perdra aucun des emplois qu’on lui donne aujourd’hui; mais il faut croire que la guerre aura enfin disparu, et que le métal de Mars ne servira plus qu’aux arts de la paix : ce dernier âge de fer sera ainsi le véritable âge d'or.
L’avenir s’annonce donc pour la métallurgie sous des auspices rassurants, et nos petits-neveux, condamnés à aller chercher le combustible dans le soleil, ne devront pas au moins recourir à cet astre pour l’exploitation des métaux.