‹ La Vie souterraine, ou les Mines et les mineursChapitre 7 sur 70 · Sivan-Xea, la mer du Cygne · texte numérisé non relu

Sivan-Xea, la mer du Cygne

2. Ou Revue britannique trimestrielle (livraison du I" janvier 1857).

LES MINES DE CHARBON

Faut-il maintenant s’étendre sur les autres bassins houillers du Royaume-Uni? Ceux du centre, dans les comtés de Stafford, Derby, Lancastre, York, etc., celui du nord ou de l’Écosse, allant d'Edimbourg à Glascow, et même de l’une à l’autre mer, comme celui de Newcastle et de Cumberland (carte VIII)? Il y a de la bouille jusqu’en Irlande, et le terrain carbonifère y est même fort étendu ; mais il est presque stérile. La pauvre Crin, toujours sacrifiée, n’a contribué que pour cent vingt-cinq milles tonnes au chiffre de quatre-vingt-dix-huit millions afférent en 1865 à tout le Royaume-Uni.

J’ai eu l’heureuse chance de visiter à plusieurs reprises une partie des houillères anglaises. C’est une animation, une vie que rien n’égale. Les chemins de fer, les canaux se croisent; souvent même deux lignes ferrées, établies à des niveaux différents, suivent la môme direction, tant est grand le mouvement auquel le combustible donne lieu. Partout des usines, des manufactures. Ici c’est Sbeffield, le pays de l'acier; là Birmingham, où les ateliers métallurgiques et mécaniques, les fabriques de tous genres, s’entassent, se pressent, produisant les machines, les outils, le métal anglais, les plumes de fer, les épingles, les aiguilles, les lits métalliques, etc. ; plus loin, ce sont les villes du Stafforshire où l’on fabrique la faïence et la porceluiuc, et qui occupent dans ce comté le district que les Anglais appellent Poteries, comme ils nomment Pays noir celui des mines de charbon; puis c'est Manchester, la première ville industrielle du monde, la cité des filatures, où le roicoton occupe, ainsi qu’à Livcrpool, presque toutes les têtes et tous les bras. Enfin c’est le pays de Galles, la patrie des grandes forges, où le minerai se trouve au milieu même du combustible et souvent avec le calcaire lui-même. Ce calcaire facilite la fusion. Jeté dans le four associé au mine-

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rai, il sert, comme on dit, de fondant. Les trois substances indispensables à tout travail métallurgique, le combustible, le minerai et le fondant, se trouvent ainsi rassemblées dans le même gîte par une singulière prodigalité de la nature.

Dans l’Europe centrale, on rencontre en quelques pays favorisés, en Prusse, par exemple, des bassins houillers comparables sinon à ceux d’Angleterre, du moins à ceux de France et de Belgique (cartes II et XII). La Prusse possède auprès de Sarrebruck, d’Aix-la-Chapelle, ainsi qu’en Westphalie , en Silésie, des gîtes importants dont la production totale, un tiers plus élevée que celle de la Fronce ou de la Belgique, atteignait dix-huit millions de tonnes en 180b, et dépassait même vingt millions, en y comprenant tous les genres de combustibles fossiles. Le bassin de la Rhur (Westphalie), extrayait seul près de dix millions de tonnes et occupait quarante-cinq mille ouvriers. La Bavière, la Saxe, l’Autriche, avec ses mines de Bohême, viennent après la Prusse.

La Suisse possède quelques lambeaux de houillères autour de contre-forts de Alpes, surtout dans les cantons de Snint-Gall et de Fribourg. La Russie est dotée de bassins carbonifères immenses, s’étendant de la mer Blanche à la mer d’Azov, et le long de l'Oural. Les uns sont malheureusement peu fertiles en houille, les autres u’ont pas encore reçu tout le développement qu'ils comportent; mais l’industrie ne s’improvise pas. On cite un mot de Pierre le Grand au sujet des houillères de son vuste empire : « ces mines feront la fortune de nos descendants.» Est-il bien vrai qu’il l’ait dit? De son temps on ne soupçonnait pas encore les nombreuses applications de la houille, et n’est-ce pas là une de ces phrases toutes faites que l’histoire invente après coup?

L’Europe méridionale est pauvre en mines de charbon.

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En Espagne, nous trouvons au nord les bassins des Asturies, de la Vieille -Castille et de la province de Léon, qui, sur l'un et l’autre flanc de la chaîne cantabrique, montrent les couches de houille par centaines et redressées presque debout. La qualité est excellente. Malheureusement les débouchés manquent; les chemins sont d’ailleurs fort défectueux. D’autres bassins, par exemple celui de San Juan (de las Abadessas) en Catalogne, ou celui d’Espiel et Belmez, en Andalousie, sont aussi exploités d’une façon restreinte. Ce sont là des réserves pour l’avenir.

En Italie, quelques îlots de terrain carbonifère, le long du golfe de la Spezzia, dans la Maremme toscane, dans les Calabres, sont également exploités. Le vrai terrain houiller manque, hormis en Sardaigne et au pied des Alpes. On n’extrait le plus souvent qu’un combustible imparfait ; toutefois à Monte-Bamboli, dans la Maremme, ou a trouvé d’excellente houille dans les terrains tertiaires.

Le reste de l’Europe méridionale est encore moins bien partagé. En Grèce , dans quelques îles de l’Archipel, sur les côtes de la mer Noire, à Héraclée (Asie Mineure), nous ne constatons que des lambeaux de terrain houiller.

En Afrique , on a trouvé plusieurs centres carbonifères (carte I). En Algérie, on n’a toutefois signalé que des affleurements insignifiants de lignite; mais dans le Choa et en Abyssinie il y a d’assez bonnes houilles. Par malheur le grand négus Théodore n’est pas un prince ami de l’industrie. 11 veut bien qu’on exploite les mines, mais pour le compte de la couronne. Qu’attendre du reste de ce Tibère éthiopien qui prétend descendre de Salomon? Sous les plus futiles prétextes, ne retient-il pas aujourd’hui prisonnier le consul d’Angleterre, et n’a-t-il pas menacé un jour la reine Victoria de lui faire la guerre, si elle n'acceptait pas sa main ?

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A la parti»' opposée <lu continent africain, on a signalé aussi des houillères , par exemple au cap de Bonne- Espérance, il Natal et sur la côte de Mozambique, le long des rives du Zambèze. Les Anglais exploitent les premières de ces mines; les Portugais, les secondes, et l’infortuné Livingstone, dans ses voyages, chauffa plusieurs fois son bateau à vapeur avec la houille mozambhpie.

Dans la grande ile de Madagascar il y a également des mines de charbon. Sur la côte occidentale, vers les baies de Passandava et Bavatou-bé , on suit les couches sur une très-longue étendue; mais elles s’enfoncent sous la mer, communiquant probablement avec les houillères de la côte d'Afrique, et formant uinsi un bassin presque entièrement sous-marin. Nos officiers de vaisseaux ont tour à tour appelé l’attention sur ccs mines. J’ai eu occasion moi-même, en 1801, d’essayer ce combustible à l’ile de la Réunion, où des échantillons en avaient été déposés nu Muséum d’histoire naturelle de Saint-Denis. C’est un charbon de qualité assez bonne, appartenant à la variété des lignites. Depuis on paraît avoir découvert aussi la véritable houille à Madagascar.

Un Français, M. J. Lambert, le frère à la mode malgache de feu Radama II, avait eu, en 1857, l’idée de faire exploiter ces mines, alors qu’il était négociant à l’île Maurice. M. d'Arvoy, ancien consul de France à Port-Louis, fut chargé de la direction des travaux. La reine Ranavalo vit de mauvais œil que les vazas, comme on appelle en ce pays les étrangers, les blancs, s’introduisissent ainsi dans son empire; elle excita les Ilovas et les Saklaves contre les exploitants. Une nuit les mineurs, traîtreusement surpris, furent massacrés. M. d’Arvoy lui-même fut tué à coups de lance et indignement torturé. Il ne reste aujourd’hui à cette place que des galeries ou des tranchées ébou-

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lées, et lin petit fortin en ruine que les ouvriers avaient élevé pour se défendre et qui ne les protégea guère.

Dans l’Inde, la Birmanie, la Cochinchine, la Chine, le Japon, et même l'Asie Centrale (la Sibérie, la Perse, etc.), la nature s'est montrée plus prodigue qu’eu Afrique (carte I). Il y a là des bassins très-importants, quelques-uns activement fouillés. On a déjà dit un mot de ceux de la Chine. Ceux de l’Inde, sous l’énergique impulsion des Anglais, sont mieux exploités. Il est probable qu’en Cochinchine il en sera bientôt de même, grâce à nos établissements.

Dans les îles de la Sonde, Sumatra, Bornéo, Java; en Australie; dans la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie , le charbon existe également , souvent sur une immense étendue; mais la qualité n’en est pas toujours supérieure, ou bien ce sont les moyens de transport qui font défaut. Cependant les houillères d'Australie sont exploitées avec assez d’ardeur par les Anglais, comme celles de l’Inde. Notre station de la Nouvelle-Calédonie a aussi envoyé un moment de la houille à l’ilc de la Réunion.

Traversant le Pacifique, nous arrivons à l’Amérique du Sud (carte I). Là sur les côtes du Chili, nous rencontrons les mines de charbon de Concepcion, Lota, Valdivia, etc. Klles traversent l’Araucunie, ce royaume éphémère du bon M. de Tonneins, l'avoué de Périgueux; elles vont même jusqu’en Patagonie. Au Pérou, sur les plateaux des Andes; au Brésil, dans différentes provinces; au Véuézuela; à l'ile de la Trinité, etc., on extrait aussi du charbon, mais la qualité s’en montre souvent inférieure; en outre la houille anglaise fait à ces combustibles indigènes une terrible concurrence. Les difficultés d’exploitation et de vente sont d’ailleurs presque insurmontables dans ces pays où les chemins manquent, et où l’industrie est à peu près nulle, sauf celle des métaux précieux et du cuivre.

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Terminons notre course par l’Amérique du Nord. 11 y a là des houillères jusqu’au pôle, au Groenland, dans l’archipel de la mer de Baffin; mais elles sont sous la glace, le charbon ne s’y dégèle pas, alors que les pauvres habitants de ces régions désolées en auraient si grand besoin. Descendons de quelques parallèles. Du côté du Pacifique sont les gîtes carbonifères de la Californie et de l’Orégon, ceux-ci encore dans l’enfance, ceux-là activement exploités et dans une position exceptionnelle, au bord même de la baie de San-Francisco. Le wagon qui sort des galeries vient se vider dans les soutes des navires. Quel avenir est réservé à ces mines, le jour où le chemin de fer achevé entre l’Atlantique et le Pacifique, San-Francisco sera devenu avec New-York la grande étape entre Londres et Pékin ! Après les gîtes californiens viennent ceux de l’Utnh qu’exploitent d’étranges sectaires, les Mormons polygames, au voisinage du grand lac Salé. Enfin au nord de l'Orégon sont les houillères de Vancouver plus fécondes encore que celles de Californie.

Du côté de l’Atlantique, nous saluons d’abord les houillières de l’Amérique Anglaise, au cap Breton et dans les provinces qui bordent au sud le golfe Saint-Laurent. Ces gîtes sont très-étendus et fertiles. Dans les États-Unis nous trouvons les plus puissantes mines du globe. Elles se développent au pied des Alleghanys, sur l’un et l’autre versant de la chaîne, mais surtout sur le versant occidental, et de là jusqu’au Missouri et l’Arkansas pour réapparaître au pied des montagnes Boeheuscs (carte X). Les États de Pensylvanie, de Virginie, du Tcnnesee, leur doivent une partie de leur prospérité. Pittsburg dans la Pensylvanie a été souvent appelé le Birmiuglmm ou le Sheffield de l’Amérique du Nord. En Pensylvanie les charbons, durs, anthracitenx, ont été appliqués avec le plus grand succès

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au traitement du fer, et entrent pour la moitié dans le chiffre de l’extraction totale des États-Unis. Plus avant dans l’ouest, nous rencontrons les bassins de l’Illinois, de l’Indiana et du Missouri ; enfin autour des grands lacs, le bassin du Michigan.

Huit fois plus étendues que toutes celles que nous venons de parcourir, fouillées depuis quarante ans à peine, ces mines égalent déjà par la production, sinon celles de la Grande-Bretagne, du moins celles de la France et de la Belgique ensemble. Le terrain bouiller occupe aux États- Unis des surfaces immenses, le quart, souvent le tiers de la superficie des États. Ce grenier d’abondance est la grande réserve de l’avenir.

L’ensemble de ces bassins confirme une loi qui n’est peut-être qu’apparente dans la distribution géographique de la houille, mais qu’il est bon de faire connaître. Le combustible minéral est concentré dans l’hémisphère nord, dans les climats tempérés, comme si les peuples aujourd'hui les plus policés avaient dù naturellement se grouper autour du charbon de terre, le plus merveilleux agent de la civilisation et du progrès.

Dans l’Amérique du Nord, à des conditions géologiques déjà si favorables, s’en ajoutent d’exceptionnelles. C’est dans les États houillers qu'ont été découverts la plupart des lacs et des fleuves souterrains de pétrole, exploités depuis 1858 (fig. 20). Les Américains ont inondé le monde de cette huile de pierre , et la Pétrolie est devenue pour les aventuriers Yankees une seconde Californie. 11 y a eu la fièvre du pétrole, comme il y avait eu celle de l’or. Au point de vue des phénomènes souterrains, le nouveau minéral a révélé aussi des conditions toutes nouvelles dans la formation et l’alignement des gîtes, et la science, comme l’industrie, a profité de cette étonnante découverte. Les

Exploitation des sources de pétrole à Tarr-fariu, près Oil*Crcek (Pensylvanie),

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amis des grands spectacles y ont même trouvé matière à des sensations dramatiques. Dans quelques-uns des puits, le pétrole s’est enflammé, et un incendie immense a ravagé les gîtes, montant jusqu’à la surface. En Pensylvanie la Rivière de l'huile ( Oil-Creck ) a roulé du feu sur plusieurs milles d’étendue.

En 1859, je parcourais moi-même ces contrées. Descendant le fleuve Hudson, au retour d’une excursion à Philadelphie et aux chutes du Niagara , je inc prenais à admirer partout l’industrie de la vigoureuse république, et je comparais l’état florissant de ces jeunes pays , à celui d’abandon et de misère de la plupart des républiques de l’Amérique espagnole, a Les héritiers de Pizarre et de Fernand Cortez ressemblent-ils aux enfants des frères de Penn et aux fils des Indépendants 1 2 * * ? » Sur l’une et l’autre rive de l’Hudson sc dressaient les hauts fourneaux, devant lesquels venaient s’amonceler les produits des mines de fer et des houillères. Alors je songeais qu’il y avait un demisiècle à peine, c’était sur celte même rivière que descendait le premier bateau à vapeur. Fulton, dont l’invention était restée incomprise en France, n’avait également trouvé dans son pays que la froide indifférence. Le jour où il fil l’essai de son navire, un passager seul s’était présenté, assez hardi pour partir avec lui. Et comme l’inventeur le remerciait: « C’est inutile, monsieur, répondit le touriste, je suis décidé à me détruire, j’espère que nous sauterons en route 5. »

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