Chateaubriand, Voyage en Amérique
2. Ce voyageur était un Français, A. Michaux, le célèbre botaniste, au-
teur de l'ouvrage resté classique sur les forêts américaines, N orlh- American
Sylva. Michaux revenait d’une tournée aux bords des lacs Erié et Ontario,
quand on lui annonça à Alliany l’essai du bateau à vapeur de Fulton. 11 ne trouva personne à bord que l’équipage et le capitaine, avec qui il se lia. 11 a peut-être lancé en plaisantant le trait qu'a recueilli la légende.
LES MINES DE CHARBON
Les bassins houillère. — Découverte des mines de la Sarlhe , d'Anzin , du Pas-de-Calais. — Emploi de la sonde. — Découverte de la houille dans la Moselle. — Un sondage arrêté. — Trait de courage d’un sondeur. — Existe-t-il du charbon sous Paris?
Nous avons désigné, avec les mineurs et les géologues, sous le nom de bassins houillers les étendues souvent considérables qu’occupe le combustible fossile. Les faits justifient cette dénomination; car le charbon et les roches tiu milieu desquelles il se trouve, remplissent d’ordinaire le fond d’anciens lacs ou de vallées et de mers disparues. Les couches, descendant sous le sol , se relèvent ensuite pour venir réapparaître sur le flanc de ces vallées, sur le bord de ces lacs', sur les rivages de ces mers d'autrefois. Elles affectent ainsi la disposition que la langue imagée des mines 'appelle en fond de bateau (fig. 21).
A la base du terrain, servant d’appui aux strates carbonifères, sont les brèches, les poudingues, les conglomérats, les grès, composés de morceaux de schistes, de granits, de porphyres, de gros noyaux de quartz, liés et cimentés entre eux (cartes V et VI). Détachés des roches plus anciennes, ces dépôts fragmentaires renferment comme les débris du vase qui forme le bassin, pour employer l’expres-
.es Mines de Charbon
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sion pittoresque d’un vieil ingénieur. Ils dessinent un horizon géologique précieux pour la recherche de la houille. Souvent même celle-ci affleure, c’est-à-dire que la tête des couches vient se montrer au jour. La houille alors est toute découverte. Sans doute les couches à la surface sont terreuses, pourries; mais à une faible profondeur, elles sont vierges de toute altération, protégées par un manteau de roches solides contre les atteintes de l’eau , de l’air, de la lumière. En ce cas elles présentent cette couleur, cet éclat, cette compacité qui sont particu-
Fig. 21. — Coupe transversale du bassin houiller de Rive-de*Gier, d’après Êlie de Beaumont.
liers à la houille (planche I). La reconnaissance s’achève par des tranchées, des galeries, des puits peu profonds, et l’exploitation peut immédiatement commencer. Sur certains points favorisés on la poursuit même à ciel ouvert, et le gîte est fouillé comme une véritable carrière.
La plupart des bassins ont été ainsi de tout temps découverts et connus. Mais quand la houille est cachée sous terre, quand rien ne la révèle aux yeux, c’est le hasard ou la géologie qui la dévoilent, et alors commence dans l’exploitation toute une longue odyssée.
En 1813, on creusait un puits dans la Sarthe, aux environs de Sablé, pour le service d’une propriété. On remarqua parmi les déblais une terre noirâtre dont un spécimen fut envoyé à la Société des arts du Mans. Les
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membres se réunirent en session extraordinaire. Quelques-uns furent d’avis que cette matière pourrait bien être du charbon. Elle fut immédiatement essayée dans le poêle de la salle des séances. La terre brilla, aux acclamations des spectateurs. La société donna dans ses bulletins une grande publicité à ce résultat, et cet exemple prouve au moins que les académies de province, dont la malice du public s’est si souvent égayée, sont parfois bonnes à quelque chose.
Celui que cette découverte aurait dù enrichir confia les travaux de recherches à des ouvriers inexpérimentés, qui dépassèrent, sans s’en apercevoir, la couche de charbon, probablement brouillée ou altérée. Ce ne fut que trois ans après, en 181 ti, dans des travaux de percement de route, que la couche fut mise de nouveau à découvert, et cette fois sans plus de doute. Les propriétaires voisins commencèrent immédiatement des exploitations, et l’État leur accorda bientôt des concessious qui depuis n’ont cessé de prospérer.
Le hasard ne sert pas toujours aussi bien le mineur que dans la découverte du bassin houiller du Maine. Le vieil adage aide-toi, le ciel t'aidera, est applicable à la recherche des mines, plus peut-être qu’à aucune des entreprises d’ici-bas. Ce n’est généralement qu’en appelant la géologie à son aide, et qu’après les plus pénibles recherches, que l’on arrive à la constatation certaine d'un terrain houiller nouveau ; témoin ce qui s’est passé en France pour le bassiu du Nord. Que de patience, de courage et d’argent ont été nécessaires, unis à tant d’intelligence, pour doter le pays de cet inépuisable gisement. Le bassiu est entièrement souterrain, rien ne le révèle aux regards, et il a fallu toute une perspicacité de géologue, alors que lu géologie était encore à naître, pour arriver à la découverte du gîte.
En 1710, un Belge, le vicomte Jacques Désandrouin, habile exploitant de houille dans la province de Charleroy, avait remarqué que les couches du terrain houiller de Belgique suivaient la direction constante de l’est à l’ouest, et pénétraient dans le Hainaut français sous les terrains de craie (cartes II et XI). Il eut l’idée de traverser ces terrains par des puits, et de rechercher la houille au-dessous. En moins de quatre ans, ses recherches furent couronnées de succès; mais des nappes d’eau très-abondantes inondèrent les travaux. Il y a dans ces contrées une véritable mer qui court sous le sol, et il fallut inventer, pour la refouler, ces merveilleuses digues en bois qu’on a nommées des cuvelages. Le nom en est emprunté à la forme même. Les pièces du cuvelage pressent contre les parois du puits comme les douves d’un immense tonneau ; seulement l’eau doit se tenir ici hors de la cuve, et ne jamais pénétrer en dedans.
C’est aussi sur ces mines que fut pour la première fois appliquée en France la machine à vapeur qui venait d’être découverte en Angleterre par Savery et Newcomen. Du reste, on ne rencontra d’abord que des houilles maigres, de mauvaise qualité, et ce ne fut qu’en 1734 , après dixhuit années d’efforts continus, que les recherches aboutirent entièrement. Il était temps, les mines d’Anzin étaient trouvées, mais le vicomte Désandrouin et ses courageux associés y avaient dépensé presque toute leur fortune.
Je ne veux pas m’appesantir sur les diverses péripéties par lesquelles dut passer encore cette exploitation avant de devenir la brillante affaire que chacun connaît. Je ne ferai pas non plus l’historique de toutes les eutrcpriscs rivales dont elle provoqua la formation. C’est le propre de presque toutes les opérations de ce genre de susciter la concurrence, et de ne récompenser que la deuxième et
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souvent la troisième génération de hardis mineurs qui s’attachent à les poursuivre.
Dans ces dernières années, des recherches analogues à celles que le vicomte Désandrouin avait le premier commencées autour de Valenciennes ont été reprises au voisinage de Douai, continuées vers Lens et Béthune, et là encore le plus éclatant succès est venu couronner de longs et courageux efforts. Cette réussite a été la source, pour le département du Pas-de-Calais, de fortunes subites, inespérées, et d’une prospérité industrielle presque sans limites. Le hasard et la géologie ont contribué à cette heureuse transformation, le hasard même en a fait presque tous les frais, car la géologie, prise en défaut pour vouloir raisonner trop juste, était allée chercher en vain autour d’Arras la continuation du bassin deValeuciennes (carte XI). Le prolongement normal des couches conduisait en effet sur ce point; mais ce que les géologues ne pouvaient voir, c’était comme une falaise de terrains anciens qui courait souterraineraent, faisant un retour brusque vers Douai. Le long de ce rivage avait dû s’étendre la mer houillère. Les couches qui s’y étaient déposées devaient obéir à cette inflexion en sortant de Valenciennes, et la direction du terrain houiller faisait un coude au lieu de se prolonger en ligne droite. Cet important détail ne pouvait être deviné des chercheurs. Après vingt ans d’efforts infructueux, ils avaient partout désespéré de trouver la houille, quand un heureux hasard vint à propos réveiller leur courage, et redonner à ces travaux la plus vive impulsion.
On était en 1847 ; on faisait une recherche d’eaux artésiennes dans le Pas-de-Calais, près de Carvin. Tout à coup la sonde signale inopinément le terrain houiller. La nouvelle à peine connue, tout le monde se remit à l’œuvre et l’outil n’alla plus chercher l’eau, mais le charbon. Un si
grand nombre de trous de sonde fut à la fois exécuté, sur une longueur de vingt lieues et une largeur moyenne de quatre, que le sol en est percé comme une écumoire, et que les orifices des sondages rapportés sur un plan, même à une assez grande échelle, rappellent ces constellations d’étoiles que l’on voit figurées sur les cartes du ciel (carte XI). Le succès dépassa les espérances. Les nappes aquifères souterraines, si abondantes en ces endroits, créèrent aux mineurs les plus sérieux embarras ; mais ils surmontèrent tous les obstacles. La richesse minérale de la France s’augmenta de cinquante mille hectares de terrain houiller. Dix-sept compagnies sc formèrent pour exploiter les concessions. En dix ans la production de ce bassin a sextuplé. D’un million d’hectolitres (quatre-vingt mille tonnes) qu’elle atteignait en 1854, elle est arrivée, en 1864, à seize millions d’hectolitres ou douze cent mille tonnes1 : le dixième de la production générale de la France I Et tout cela a eu pour origine une recherche d’eau. La sonde, qui des sources souterraines de l’Artois était passée dans les houillères, a trouvé à son tour des houillères dans l’Artois.
11 faut s’arrêter sur la recherche de la houille par le sondage, le moyen . pratique le plus sûr qui vienne aujourd’hui en aide aux spéculations des géologues dans la découverte des terrains houillers. Cette méthode ingénieuse démontre en même temps à quels résultats merveilleux peuvent atteindre la patience et l’adresse de l’homme. On franchit difficilement, lentement, la distance quelquefois énorme qui sépare de la surface les bancs carbonifères. Le sol est foré, creusé avec des outils d’acier, jusqu’aux plus lointaines profondeurs. Quand on ren-