d’). Autres preuves de la vigueur des animaux A
Personne n’a remarqué que les animaux des hauteurs étaient plus
1 Bert. Pression Barométrique, page 58.
2 Mathieu de Fossey. Loc. cit. , page 297.
3 Loc. cit., page 15.
4 Le Dr. Dugès nous dit qu’un Coléoptère de Guanajuato (Stratégies julianus) peut traîner un poids 135 fois supérieur à celui de son corps: il vit à 2000 mètres.
faibles dans les parties hautes de l’Anahuac que daus les parties basses. Quand ou a besoiu d’une machine vivante pour n’importe quel travail, ou ne la cherche point chez les habitants des régions qui jouissent d’uue forte pression atmosphérique, mais plutôt daus les montagnes; pour les taureaux surtout, ou observe qu’ils acquièrent le maximum de vigueur et de férocité sur les hauteurs de l’Etat de Mexico , à Ateneo , où cependant la vie doit être une vie d’agonisants, de créatures anoxyhémiques, eudormies, qui ne peuvent pas s’agiter beaucoup sans se voir exposées aux convulsions de l'asphyxie, à la syncope, aux épistaxis, et qui par conséquent se déplacent avec la lenteur de qui porte sur ses épaules le fardeau accablant de tout un univers.
403. Quelle étrange contradiction! Sottise bien digne de figurer au premier rang dans les annales, déjà si riches, de la bêtise humaine! Comment conduit-on à l’arène des animaux nés à plus de 2400 mètres, incapables même d’allonger le cou pour prendre l’aliment qui doit apaiser une faim occasionnée par quatre jours de jeûne! Comment présente-t-on des animaux anoxyhémiques, lesquels, au cas où ils ne rempliront pas leur triste rôle et ne montreront pas le summum de la férocité, provoqueront à coup sûr l’exaltation frénétique d’un public intransigeant capable de détruire l’amphithéatre et d’occasionner, en une demi-heure, la ruine de l’entrepreneur! Pourquoi ne pas présenter des animaux des endroits bas?
Cette erreur serait encore pardonnable chez des personnalités vulgaires alors même qu’elles auraient employé leur vie dans de semblables entreprises et partant posséderaient des connaissances pratiques assez solides. Mais si cette même erreur émane d’une intelligence aussi éclairée que celle de Geoffroy St. Hilaire et de plusieurs autres savants, alors, elle est sans excuse. Pourquoi s’efforce-t-on d’acclimater en France, le Lama, le Guanaco, le Yack et tant d’autres animaux des grandes altitudes, qui sont incapables de donner des produits en force? (nous faisons allusion pour le moment au Yack).
404. A ces reflexions on doit en ajouter une autre que nous avons déjà faite: comment se fait-il que les hommes des premiers âges aient choisi comme auxiliaires dans leurs entreprises agricoles ou commerciales les grands quadrupèdes des plateaux de l’Himalaya? Comment se fait-il que de ces faibles progéniteurs ait pu descendre l’innombrable multitude de certains animaux domestiques, qui, même de nos jours, manifestent une vigueur caractéristique et, comme l’homme ou grâce à l’homme, se partagent l’immense empire du monde?
Nous allons donner quelques preuves de la vigueur des animaux des altitudes; elles sont choisies parmi un grand nombre que nous pourrions présenter.
405. Singes. Les Hylobates existent même à 4000 pieds; ce sont des sauteurs infatigables, ils grimpent aussi, sans jamais se fatiguer, avec une
rapidité incroyable. Aucun autre singe ne peut leur être comparé pour l’agilité: ce sont les rois des acrobates. Le Colobics guereza (6000 à 8000 pieds) est extrêmement agile (Brehm), Les Cynocephalus des liantes montagnes de l’Afrique sont remarquables aussi par leur force, dont ils semblent faire ostentation dans les combats avec les chiens et les léopards. Quant aux Ateles que l’on retient souvent captifs, au Mexique, nous pouvons assurer qu’ils ne perdent rien de leur agilité et de la force de leurs membres.
Tigre. — Quelque soit l’espèce que l’on ait trouvée au Tliibet ou sur le plateau de Pamir, son agilité et sa force ne sont pas inférieures à celles du Felis tigris. Nous pouvons en dire autant du Leopardus antiquorum et du Loup de l’Asie Centrale.
406. Chiens. — Les anciens ont célébré avec admiration les luttes du Chien du Tliibet avec l’Auroclis, le Sanglier et le Lion. Le Chien du Saint- Bernard se fait remarquer par sa force; il entreprend de longues courses à travers des chemins couverts de neige et s’il rencontre un voyageur surpris par le froid et enseveli sous la neige, il retourne au couvent en courant avec une rapidité extraordinaire. L’activité et la vigueur que révèle cet animal au milieu des tourmentes et dans une région plus froide que le Cap Nord,, sont proverbiales et démontrent jusqu’à l’évidence qu’il a échappé aux conditions anoxyhémiantes bien qu’il habite à une hauteur de 2400 mètres. Par contre, le Chien de Chihuahua est faible, insignifiant, incapable de supporter les fatigues du Chien du Saint-Bernard et du Chien du Tliibet, quoiqu’il habite presque à la même hauteur que le premier et bien plus bas que le second: c’est un habitant des boudoirs. Selon Capus, 1 le Chien des Kirghiss ou tazi s’est très bien adapté à son milieu.
407. “Nous en avons vu un qui, à la hauteur de 4500 mètres, a poursuivi pendant une demi-heure une chèvre sauvage (Ibex) sur une pente escarpée; au même endroit, une course de 60 pas sur un terrain plan épuisait les forces et la respiration de rhoinme.” — Boulin assure que les chiens furent ensuite employés dans la conquête des différentes parties de la terre ferme, surtout au Mexique, à la Nouvelle Grenade, et dans quelques autres contrées où la résistance des Indiens fut de quelque durée. Leur race s’est conservée sans altération apparente sur le Plateau de Santa Fé de Bogota, où l’on s’en sert pour la chasse du cerf. Ils y déploient une ardeur extrême et y usent encore du même mode d’attaque qui les rendait jadis si redoutables aux indigènes. Ce mode consiste à saisir l’animal par le bas-ventre et à le renverser par une brusque secousse, en profitant du moment où son corps porte seulement sur les jambes de devant; le poids de l’animal renversé est souvent sextuple du celui du chien. (Recherches sur quelques changements observés dans les animaux domestiques trans-
1 Association Française pour l’avancement des sciences. lère- session, page 539.
portés de V Ancien dans le Nouveau Continent. Extrait des Mémoires des Savants étrangers. T. 6, page 19).
Marmotte et Chinchilla. — La Marmotte court avec une grande rapidité et fait des sauts prodigieux; les Chinchillas sont rapides dans leurs mouvements, ils courent sur les rochers, grimpent sur les murs qui semblent n’offrir aucun point d’appui, et s’élèvent ainsi de 6 à 9 mètres avec une telle agilité qu’on les perd de vue. Ces animaux vivent entre 2600 et 3600 mètres.
Plusieurs autres Rongeurs conservent la vigueur de leurs mouvements, sur le Plateau de l’Anahuac, où la vie n’est possible qu’autant que la combustion ne soit pas trop active et que l’oxygène ne soit pas gaspillé, on les voit sauter, grimper, s’agiter comme des énergumènes pendant des heures entières.
408. Musc, Oreotragus, Rupicapra. — Le musc court avec l’agilité de l’Antilope sur les versants escarpés de l’Himalaya; ses mouvements sont
• aussi rapides qué sûrs, il saute avec la légèreté de Ylbex ; il grimpe avec l’intrépidité du Chamois. A l’époque de l’amour les mâles luttent entre eux avec acharnement et pendant plusieurs heures. U Oreotragus saute de rocher en rocher, grimpe avec agilité les pentes les plus escarpées. Ses mouvements sont toujours sûrs et il court avec une rapidité incroyable. C’est surtout lorsqu’il grimpe que l’on peut juger de sa force. Tous ses muscles se mettent en mouvement, son corps paraît encore plus vigoureux; ses jarrets ressemblent à des ressorts d’acier (Brehm).
La Rupicapra n’est pas moins agile ni moins forte. Elle habite toujours dans la partie la plus haute des montagnes, ce qui ne lui empêche pas de faire des bonds de 7 mètres. Même lorsqu’elle est blessée, elle sait passer par les endroits les plus périlleux. A l’éjDoque du rut les mâles se livrent des combats terribles qui durent des heures entières.
Taureaux. — A ce que nous avons dit plus haut nous ajouterons, comme étant opinion unanime des auteurs, que les vaches des montagnes sont plus vigoureuses que celles des plaines; elles sont aussi plus intelligentes et plus agiles dans leurs mouvements.
Le pas du Yack est assez rapide ainsi que son galop; ce taureau est doué d’une force et d’une vigueur remarquable et il se défend avec un courage extraordinaire; il porte facilement 1000 à 1220 kilogs. et avec cette charge il s’aventure dans les sentiers les plus dangereux, à 3000 et à 5000 mètres. Geoffroy St. Hilaire a démontré jusqu’à l’évidence qu’en vue de sa force le Yack devrait s’acclimater en Erance où il pourrait prêter de grands services, surtout comme bête de somme.
409. Chevaux. — Selon Godron, les chevaux des hauteurs sont les plus vigoureux. 1
Les chevaux Tartan habitent, selon Brehm, à 6000 mètres. A l’époque
1 L’espèce et les races. II, page 24.
de la reproduction, les mâles luttent entre eux avec acharnement et ce n’est que par leur force et leur courage que les jeunes individus revendiquent leurs droits sur les femelles. Leur vivacité et leur force rendent leur domestication très difficile.
Hill nous dit que les animaux domestiques conduits sur les grandes altitudes des Andes, s’ils sont bien soignés, parviennent à s’acclimater à la plupart des circonstances; au bout de quelques mois ils sont aussi aptes que les animaux du pays pour n’importe quels travaux. 1
410. Asinus hemionus. — Les Thibétaius lui donneut le nom de “monture du dieu du feu et de la guerre.” Le meilleur coursier ne peut l’atteindre. Un de ses congénères, Y Asinus polyodon qui habite les plus hauts sommets de l’Himalaya, est fameux aussi par la rapidité de ses mouvements.
Lama , Vigogne, Guanaco. — Selon M. Wagner, le premier porte 20 à 35 kilogs. et peut faire journellement 20 à 30 kilomètres; selon Pedro de Cieza, il peut porter 2 ou 3 “arrobas” espagnoles, à peu près la charge indiquée par Wagner; Brehm admet qu’il peut porter 8 “arrobas” et faire 8 ou 10 lieues par jour. Boy assure que, pour l’indien et son lama, le chemin le plus court d’un point à un autre est la ligne droite; ils ne fait guère attention ni aux côtes ni aux vallées, fussent elles des plus abruptes. 2
411. Tous les mouvements du Guanaco sont vifs et rapides; les mâles se disputent les femelles avec une grande furie. Les Yigognes courent et grimpent mieux que n importe quel cheval. Comme le Lama et le Guanaco, les mâles se disputent avec ardeur les femelles. Au mois de Février la femelle met bas un petit qui montre une résistance extraordinaire à la fatigue et qui court avec une légèreté remarquable.
Des voyageurs surprirent, une fois, au sommet du Chacapalca, une Vigogne accompagnée de son petit: s’étant lancés à sa poursuite, montés sur des chevaux excellents, ce ne fut qu’après une course de 3 heures qu’ils parvinrent à saisir le petit qui portait encore pendant et plein de sang le cordon ombilical: il devait être né la nuit précédente. (Brehm)!
412. Thylacinus cynoceplialus. — Môme dans l’ordre inférieur des Marsupiaux nous trouvons cette espèce qui habite à 1000 mètres en Tasmanie. C’est le plus fort des Marsupiaux carnassiers.
Condor. — Humboldt nous dit avoir été témoin d’une expérience cruelle qui avait pour objet de démontrer la résistance de cet oiseau de proie aux traumatismes. On prit donc un Condor que l’on pendit en le tirant par les pattes pendant plusieurs minutes. Lorsqu’on lui enleva les lacets il commença à se promener comme si rien ne lui était arrivé. Ou lui tira alors à une distance de quatre pas trois coups de pistolet chargé avec des balles, celles-ci pénétrèrent toutes dans le corps de l’animal qui portait trois blessures: au cou, à la poitrine et au ventre: il resta debout. Une cinquième
1 P. Bert. Pression Barométrique, page 245.
2 Ibid, page 333.
balle (?) le toucha au fémur et rebondit sur le sol. Il survécut une demiheure à ces nombreuses blessures (Brehm). Les animaux anoxyhémiques ne sont probablement pas aussi vaillants
413. Aigle. UAquila fulva , selon Brehm, est l'espèce la plus forte du genre: elle habite à une très grande hauteur.
Colibris. — Il n’existe pas d’oiseau dont le vol soit plus rapide et qui dépense tant de force. Saussure affirme qu’il est très difficile de les suivre des yeux dans leur translation en ligne horizontale. Lorsque le Colibri se soutient dans l’air et sans changer de place le mouvement de ses ailes est excessivement rapide: il est naturel que ses organes vibrent alors avec une plus grande violence; l’immobilité du corps, en effet, exige un coup d’aile moins ample, en outre afin de maintenir le corps en équilibre, les ailes doivent frapper l’air à peu près également de haut en bas et de bas en haut, de manière que nous avons une force considérable employée exclusivement à produire l’immobilité, force qui doit se perdre toute entière, à cause de l’effet neutralisant de la pesanteur. Grould croyait voir des étoiles filantes qui tombaient des arbres, dans les forêts de l’Amérique du Sud: ces étoiles étaient des Colibris. Selon Salvin, les combats sont la principale occupation de ces petits êtres qui attaquent les oiseaux même les plus grands.
414. Gallinacés. — Ceux qui habitent les hauteurs, surtout celles de l’Himalaya manifestent le tempérament querelleur qui caractérise toute la famille. Mountaineer assure que Y Evplocomus albocristatus est toujours en lutte avec ses semblables. Un mâle de cette espèce blessé à mort par M. Mountaineer se débattait dans les angoisses de l’agonie, quand soudain un autre mâle sortit du fourré et se précipita avec rage sur ce rival moribond. Un exemple comme celui-ci est suffisant.
Eudromias morinëllus. — Il s’élève jusqu’à 3000 mètres. Sa marche est légère, vive, facile et rapide; son vol très léger, et rapide comme une flèche* (Brehm).