‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 172 sur 268 · Nous allons donner la moyenne de 49 mensurations · texte numérisé non relu

Nous allons donner la moyenne de 49 mensurations

Inspiration. Expiration.

Surface de l’hémisection droite 342 cent. car. 286 pent. car.

,, de ,, gauche 326 ,, ,, 276 ,,

,, totale...' » 668 ,, ,, 562 ,, ,,

Moyenne de la surface totale • 615 cent. car.

Indice de cette moyenne avec la taille: 3.61. 1

1 Voir ci-joiut le tableau des observations du docteur Cardenas. La série de tracés cyrtométriques qui suit correspond selon le numéro d’ordre aux observations du tableau inséré à la fin de ce chapitre. — Tableau N° 1 1.

Planche nam. 7.

Mesures du thorax, prises sur 102 hommes du 21e Bataillon par le Dr. E. Cárdenas.

Numéro d’ordre.

Bataillon.

Compagnie.

NOMS

hC

Taille-

Nombre de respirations.

Surface totale.

Id. de l’hémisection droite.

| Id. id. gauche.

ft

Semi-diamètre transverse droit.

Id. id. gauche.

Indice carré.

Margarilo Paredes .

Valeriano Barcenas.

Agustín Luna

Marciano Valerio. .

Víctor Torres

Julio Sánchez

Mauro Espinosa . . .

Julio Cabrera

Fidencio Villareal. .

Guadalupe Molina. .

Toribio Pérez

Pedro Reyes

Esteban Bal deras. .

Pablo de Anda . . . .

Ignacio Nogola

Antonio Miranda . .

José M. Bernai

Valentín Galván. . .

Antonio Sánchez . .

Fernando Guerrero

Otilio Reyes

Francisco Gómez . .

Epifanio Coronado

Vicente Quevedo . .

Angel Medina

Daniel Castillo . . . .

Ramón Lara

Francisco Contreras

Marcos Esquivel . . .

Ignacio Morales . . .

Dolores Lara

Félix Picón

Braulio Flores . . . .

Petronilo Balleza . .

Ricardo Moreno. . .

Octaviano García . .

Julio González

Bonifacio Haro

Catarino García

Luis Solís

Manuel Aguirre. . .

Casiano Martínez . .

SalvadorValenzuela

Nicolás Hernández

Jesús Gil

Alejandro Rodrígz.

Andrés Hernández.

Numéro d’ordre.

eô

PQ

NOMS

te

Taille.

Nombre de respirations. !

Surface totale.

Id. de l’hémisection droite.

Id. id. gauche.

Diamètre antéro-postérieur.

Semi-diamètre transverse droit.

Id. id. gauche. i

Indice carré.

Vicente Gonzalez

Isidro Rojas

Francisco López

Anastasio Delgado

Manuel Lazcano

Porfirio Vargas

Joaquín Gutiérrez

Guadalupe Lara

Kstanislao Maclas

Gabino Segura

Francisco Martínez

Vicente Villa

Gumesindo Berruecos

Petronilo Oliva

Cipriano Rojas

Agustín Martínez

Leopoldo Rodríguez

Antonio Aguilar

Donaciano A randa

Isabel Veracruz

Lorenzo Rodríguez

HA

Pedro La ndëro

Miguel Hurtado

Ramón Santa María

Juan Rodríguez l.°

Antonio Martínez

Manuel Balcázar

Leandro Sánchez

Dionisio Martínez

Ruperto Gutiérrez

José Florencio

Lu gardo Pérez

Martín Balderas

Gorgunio Cerezo

Manuel García

Máximo Muñoz

Higinio López.

Victoriano de los Santos..

Juan Ruiz

Porfirio Rodríguez

Germán Valenzuela

Antonio Chávez

Rafael Díaz

Tiburcio Díaz

José Vázquez.

Santiago Hernández

Ricardo Vázquez

Manuel Martínez

Lorenzo Salinas

Luis Tovar

Conrado de León

Pedro Estrada

Bernardo Rea

Sixto Rosiles

Francisco Amador

804. Nous terminerons cette partie qui se rapporte aux mesures du thorax, en faisant l’application de ces résultats au canon de proportions choisi par un certain nombre de médecins et d’artistes pour leur servir dé guide dans leurs études et dans leurs ouvrages d’art. Cette comparaison, très utile à l’artiste, est d’un grand intérêt scientifique pour l’anthropologiste: il suffit de se rappeler combien Darwin fait cas des notes que d’Orbigny et Forbes nous ont laissées sur les proportions du thorax et des membres.

Il est presque oiseux de répéter que les proportions du thorax varient. Cette variation ne constitue point une difformité. La disproportion n’est guère remarquable que chez un certain nombre d’indigènes de petite taille et à la poitrine très large.

805. Pour établir notre comparaison nous choisirons le canon que nous indiquions pour la mensuration de la tête; il réunit en effet l’exactitude des mesures de l’anthropologiste Topinard et les conditions de beauté que peut exiger l’artiste de meilleur goût et le plus scrupuleux pour ce qui se rapporte à la proportion dans toutes les parties de ses figures. Nous emprunterons ce canon à l’excellent ouvrage d 'Anatomie Artistique du Dr. Paul Richer; voir la planche 82, dans laquelle nous reproduisons quelques unes de ses figures: le numéro IX est celui qui nous intéresse, pour le moment.

806. Nous avons déjà indiqué ailleurs que l’unité de comparaison, dans ce canon, est le diamètre que les professeurs d’anatomie artistique connaissent sous le nom vulgaire de tête et que nous avons désigné avec celui de diamètre vertical du bregma au plan horizontal qui passe sous le menton, pour lequel nous avons trouvé chez les individus que nous avons mesurés une longueur de 0.230 millimètres. Comme nous considérons la tête égale à 0.230 milliin.,.si nous remplaçons cette valeur dans les figures du canon, nous voyons que dans la figure indiquée, le diamètre bi-brachial, c’est-à-dire la séparation des deux faces externes des bras, est égal à deux têtes, soit 0.460 millim. Dans cette figure, les points a, a, indiquent l’-endroit occupé par l’acromiou; si nous nous rappelons que le diamètre bi-acromial est, d’après Richer et plusieurs autres anatomistes égal à 0.320 millim. les points de repère pour la proportion que nous allons établir seront parfaitement bien déterminés. Si nous augmentons maintenant le diamètre bi-acromial avec les proportions déjà indiquées jusqu’à obtenir la dimension que nous avons tronvée nous mêmes pour ce même diamètre (0,370 millim., c’est-à-dire une augmentation de 0.025 millim. pour chaque côte) et si nous calculons en même temps, pour le sternum jusqu’à la base de l’appendice, 19 cent, au lieu de 16, (Richer) nous pomTons indiquer le périmètre de la nouvelle figure, dont le diamètre bi-acromial est indiqué par la seconde ligne qui joint a’ a’: le diamètre bi-brachial aura 51 cent, au lien de 46. Telle serait, sans rien changer du reste de la figure du tronc, la modification de proportions dans le thorax des gendarmes que nous avons mesurés nous-mêmes et dont la taille moyenne est de lm70

et dont la tête mesure 23 cent. L’augmentation tôut-à-fait insignifiante de la longueur verticale du tliorax se fait aux dépens de l’espace occupé par le ventre: comme lions le verrons pins loin, les membres inférieurs ne se trouvent aucunement en dehors des proportions que leur donnent Topinard et Riclier.

807. Nous le répétons, cette disproportion n’est pas suffisante pour constituer nue difformité, n’en déplaise à ceux qui veulent croire Jourdanet.

Nous insérons ici les portraits du Professeur de gymnastique, Lobato. Quiconque les examinera, verra un thorax d’athlète, mais jamais un thorax difforme.1

808. Nous voici à la fin de nos études comparatives- et d’application sur les mesures du thorax. Nous avons considéré cette action si bien marquée des climats torrides sur la diminution des proportions du thorax et par conséquent de l’activité respiratoire; nous avons constaté cette action dans l’étude laborieuse de Jousset qui la démontre réellement et en suivant une méthode rigoureusement scientifique; nous avons vu qu’elle communique ses caractères aussi bien au chinois qu’à l’hindou, au nègre, air mulâtre et à l’européen (puisque Jousset appelle l’attention sur la variation des formes du créole des Antilles d’origine française),2 nous avons vu enfin que Topinard, appuyé sur les chiffres recueillis par Gould, Thompson, Shortt, etc., arrive aux mêmes conclusions que Jousset.3 R’avons-nous pas raison de mettre en doute le savoir et la bonne foi de Jourdanet lorsqu’il nous dit qu’ayant mesuré le thorax de l’indien mexicain des côtes chaudes il lui a trouvé un développement tout à fait égal à celui de l’indien des plateaux?4 Il est très probable, sinon certain, que l’habitant des côtes doit avoir un thorax moins développé.

(c). Circonférence de l’abdomen ou mesure de la ceinture.

809. C’est une mesure d’une certaine utilité, comme nous le verrons, et si nous la plaçons à la suite de celle du thorax c’est pour faire remarquer le rapport qu’il peut y avoir entre l’une ët l’antre.

La mesure de la ceinture doit en effet être en rapport avec le développement des viscères contenus dans la cavité splanchnique abdominale;

1 Voir le § 919.

2 Jousset. Op. cit., page 248.

3 Jousset. Op. cit., page 251.

.4 Jourdanet. Influence de la pression, page 316.

c’est là son intérêt principal et le motif pour lequel lions devrons eu tenir compte lorsqne nous nous occuperons de racclimatation chez les habitants des hauteurs.

Yoici ce que nous dit Jousset dans son étude sur les races tropicales: “Même lorsqu’ils sont maigres ils ont un ventre saillant, dont le développement ne permet pas de déterminer la ceinture. Primer Bey dans son '^Mémoire sur les nègres a attiré l’attention sur ce point: il trouve les pa- "rois abdominales plus flasques et plus molles que chez l’européen. M. de "Rochas adhère à cette opinion et fait remarquer dans son article “Nègre” “ du Dictionnaire encyclopédique ,” la prédominance des viscères abdoini- "naux sur ceux que contient la cavité thoracique.1 Nous avons pu dé- “ montrer la même disposition du ventre chez les Hindous; ces hommes “qui, selon Clavel, ont le ventre ballonné et la poitrine étroite. Chez un “grand nombre, la projection de l’abdomen en avant se trouve encore "augmentée par la courbure lombo -sacrée, qui est très prononcée.”

810. Si nous avons copié ce passage de l’ouvrage “L’acclimatation” de Jousset, c’est parce que cette description convient quant à la forme, avec ce qui s’observe chez les indiens du Mexique, surtout chez les jeunes indiens. La figure qui nous sert pour la comparaison des types respiratoires chez l’européen, le nègre et l’indien et qui se trouve dans le paragraphe qui se rapporte à la capacité respiratoire, donne très bien une idée du degré de projection des parois abdominales. Cependant nous 11e pouvons pas dire que le ventre subit, comme chez le nègre, une dilatation extraordinaire, ni, comme le dit de Rochas, que dans ce cas, il y a aussi prédominance des viscères abdominaux sur ceux du thorax.

811. Trois causes, à notre avis, peuvent agir sur l’indien mexicain et produire cette projection des parois du ventre en avant: l.°, la plus grande amplitude de la cavité thoracique , car si les lobules pulmonaires descendent davantage et avec eux le diaphragme , les viscères se trouvent refoulés et la paroi abdominale antérieure cède ; 2.°, l'augmentation du jeu, c'est-à-dire l'augmentation dans V extension du mouvement du diaphragme, tend à exagérer davantage cette saillie; 3.°, enfin, le régime alimentaire presque constamment végétal parmi les indigènes et le pulque* que la plupart consomment en quantité énorme, peuvent très bien occasionner et occasionnent de fait la dilatation de l’estomac et l’allongement du tube intestinal.

812. Le grand développement de la cavité de l’abdomen est moins constant que la forme globuleuse du thorax; il 11’est pas rare de rencontrer des

1 Jousset. Op. cit., page 118. Cet auteur cite encore les ouvrages suivants: Topinard. Anthropologie, 2ime- édit., page 418, Digestion. — M. de Rochas, art. Nègres. Dictionnaire encyclopédique. 2ime- série, t. XII, page 63.

2 Boisson fermentée, faite avec le jus sucré de l’Agave.

indigènes dont le corps est svelte, proportionné et robuste et ne présente d’antre particularité que la dilatation du thorax.

Parmi les créoles ou les métis on trouve tous les degrés, la variation est immense; mais en général nous pouvons dire que leurs proportions s’approchent beaucoup plus de celles de l’européen que de celles de l’indigène.

Comparons les mesures que nous avons obtenues avec celles du docteur Jousset.

Périmètre

thoracique.

Ceinture.

Hindous

Cochinchinois

Chinois

Nègres

Créoles mexicains

813. Nous avons extrait les données suivantes des livres de polices de la compagnie d’assurance “La Equitativa;” 1 elles se rapportent toutes à des créoles mexicains qui sont nés dans les villes des hauts plateaux du

Mexique et qui y résident.

Nombre d’individus

Circonférence de qui ont présenté

la ceinture. ce chiffre.

De 50 à 55 centimètres 2

814. Ainsi donc, on voit que chez les créoles la circonférence du thorax est toujours beaucoup plus grande que celle de l’abdomen au niveau de la ceinture. Il faut excepter les individus de la classe inférieure du peuple, dont les mesures naturellement ne se trouvent point dans les livres de polices. Chez cette classe, la nature de l’alimentation et l’ingestion immodérée du pulque sont des causes prédominantes, bien plus énergiques encore que chez les indigènes, de cette augmentation de volume.

815. L’avantage qui résulte chez les indigènes de ce que le ventre cède davantage à l’impulsion du diaphragme peut se voir clairement dans la planche 93; on voit qu’au moment de l’inspiration forcée non seulement le

1 The Equitable life Insurance Company of New York, sucursale de Mexico. Livres cités.

sternum s’élève extraordinairement, mais encore l’abaissement du muscle phrénique doit être proportionnel au soulèvement de cet os et ainsi le périmètre de la ligne abdominale devient beaucoup plus saillant, ce qui ne s’observe pas dans la respiration forcée de l’européen. Dans un chapitre antérieur nous avons vu que, selon Corneviu, de semblables mécanismes provoquent la dilatation du thorax chez les chevaux de course (§ 522).

(d). Taille et proportions des membres.

816. Il est certain que le développement du squelette et des muscles des membres, doit presque toujours être en rapport avec l’équilibre et l’activité organiques. Un bras musculeux et bien proportionné, aux saillies osseuses bien marquées et dont les muscles se dessinent dans leurs contours, indique la vigueur du sujet.

Jourdanet, qui en tout [cherchait des preuves pour faire prévaloir ses opinions, nous parle de la débilité du système musculaire chez les mexicains; 1 mais comme c’est là une fausseté, ne pouvant éviter certaines preuves, il tombe dans de fréquentes contradictions, comme d’ailleurs il en a coutume dans tous ses ouvrages. A la page 358 de son ouvrage “Influence de la Pression,” voici ce qu’il nous dit: “Qu’elle soit physique ou morale, l’activité cherche, sur les grandes altitudes (Mexique) à se mettre eu équilibre avec les forces qui lui sont assignées par les conditions ambiantes. C’est à la fois son devoir et sa destinée. Nous devons ajouter maintenant qu’il n’est donné à personne de se soustraire d’une manière absolue à ces influences dont nous venons de dévoiler les caractères. Ainsi, les indiens de TAnahuac qui s’occupent de travaux agricoles, ne paraissent pas présenter la somme de puissance dont nous sommes chaque jour témoins dans nos climats pour des conditions analogues de température ”

817. Que l’on compare maintenant ce paragraphe avec celui que nous avons déjà extrait de son livre “Les altitudes:” 8 Ces indigènes de l’Anahuac sont cependant les mêmes dont on nous disait qu’ils s’adonnaient

] Jourdanet. L’influence de la pression, page 175.

2 Voir le § 866. On pourrait encore comparer cette opinion de Jourdanet sur nos indiens de la campagne avec celle de A. de Humboldt, Voici en quels termes s’exprime l’immortel voyageur: “On pourrait croire, si l’on ne considère que les sauvages, les chasseurs et les guerriers, qu’il n’y a parmi eux que des hommes bien formés, car ceux qui ont quelque difformité naturelle meurent de fatigue ou sont abandonnés de leurs parents; mais il n’en est pas de même parmi les mexicains et les péruviens, chez ceux de Quito et de la Nouvelle Grenade au mi. lieu desquels j’ai vécu longtemps: ce sont des laboureurs qui pour leur vigueur ne peuvent être comparés qu'avec le campagnard d'Europe." Essai politique. Paris, 1827, page 175.

sans difficulté à des exercices qui étouneraieut dans n'importe quel pays?.... On peut le comparer également avec les ligues suivantes qui ne se trouvent pas très éloignées de celles que nous venons de copier. Elles se rapportent au résultat auquel le conduisirent ses observations sur la vigueur des “ cargadores ” ou portefaix de Mexico. 1 “Ces investigations m’ont conduit à cette conviction: que daus tous les pays qui ne portent pas à l’espèce humaine des atteintes essentiellement maladives, il se présente des individualités exceptionnelles capables de surprenants efforts musculaires.” On nous permettra de demander à notre tour: ces individualités exceptionnelles se sont soustraites à l’action du climat? Mais elles ne peuvent pas s’y soustraire, puisque Jourdauet lui-même nous a dit, à la page 153, qu’il n’est donné à personne de se soustraire d’une manière absolue à ces influences!

818. îsTons prions le lecteur de nous pardonner la digression que nous venons de faire. Lorsque nous parlerons de la vigueur physique dont les habitants des altitudes sont doués, nous insisterons sur ce point plus en détail et nous saurons enfin à quoi nous en tenir au sujet du développement musculaire. Occupons nous maintenant du squelette de ces membres, dont le développement nous présente des particularités dignes d’être discutées et qui, comme nous l’avons vu, ont appelé l’attention de voyageurs tout à fait dignes de crédit: d’Orbigny et Forbes.

819. Les variations que nous pourrons observer se rapportent surtout aux proportions de ces os avec la taille et entre eux, l’humérus avec le squelette de l’avant-bras et le fémur avec le tibia. Aussi, pour établir ce qui se rapporte à la longueur proportionnelle de ces os nous nous occuperons tout d’abord de la taille et de certaines autres proportions qu’il importe de fixer avant d’arriver aux membres.

“La considération de la taille est importante pour l’étude des parties de la cavité crânienne et de son contenu, pour l’examen dos fonctions de la respiration, de la circulation, la chaleur animale ”2

820. On a vu en effet que dans notre étude comparative des proportions du thorax nous avons rapporté à la taille la circonférence et tous ses diamètres: plus loin le rapport du poids à la taille nous fournira des données importantes pour juger de la vigueur; il nous servira pour comparer les mesures que nous avons prises sur les membres supérieur et inférieur; nous chercherons ainsi la confirmation ou la rectification des observations de Forbes et de d’Orbigny.

821. La taille est en général très variable chez l’espèce humaine, un peu moins chez les races inférieures, hindous, chinois, japonais; elle atteint son maximum de variabilité parmi les individus chez qui augmente la spécialisation du travail, c’est-à-dire en proportion de la civilisation.3

2 Jousset. Op. cit., page 249.

8 Jousset. Op. cit., page 247.

L’hérédité des caractères ethnologiques a naturellement une grande part dans la détermination de la taille. En Europe, les races du Nord sont généralement les plus vigoureuses et celles qui présentent les tailles les plus élevées; il faut excepter, bien entendu, celles des régions hyperborées. En Afrique on observe aussi une assez grande variation entre les différentes races et tribus.

Si l’on tient compte de tout cela et aussi de la variabilité des tailles chez les différentes races autochtones de l’Amérique, ou comprendra que c’est dans le Nouveau Monde, plus que partout ailleurs, que doit se présenter cette variation. Chez les nations où prédomine l’élément anglo-saxon, dans l’Amérique du Nord par exemple, les statures sont en général plus élevées. Dans l'Amérique latine, au contraire, les statures sont plus petites et cela pour deux raisons: l.° parce que leur progéniteurs européens sont de plus petite taille que les anglais, écossais et allemands; 2.° parce que chez ces nations, l’élément indigène, dont la taille est généralement plus petite que l'européenne, prévaut et prospère encore, tandis qu’au Canada et aux Etats Unis cet élément a disparu presque entièrement ou se trouve tout à fait isolé. Par conséquent, chez les nations latinoaméricaines où s’exerce l’action prédominante des races dont le mélange a engendré la plus grande partie de leurs habitants, nous devrons toujours trouver soit sur les côtes, où vient se joindre l’élément africain, soit sur les hauteurs, à tous les niveaux, une stature moyenne générale moindre que chez les habitants du Nord de notre continent.

822. Il en est ainsi au Mexique, mais il y a une cause qui, sans aucun doute fait que sur les hauts plateaux il se manifeste une tendance à l’augmentation de la viguenr de nos compatriotes: l’immigration chaque jour plus nombreuse de familles des Etats Unis qui nous arrivent par les voies faciles de nos chemins de fer du Nord, attirées par l’immense richesse de notre sol, non moins que par la douceur de notre climat.

Cette dernière circonstance est une des raisons pour lesquelles nos frères du Nord préfèrent nos altitudes, de température tiède et constante, à la chaleur suffocante et insalubre de nos bas niveaux, très riches également, mais eu général dangereux et incommodes pour l’habitation de la plupart des hommes. La vigueur de nos habitants, dans le pays par excellence de VAnoxyhémie de Jourdanet, s’accroîtra donc sur nos altitudes si elle mêle sa sève avec celle plus vigoureuse et plus féconde de l’élément anglosaxon; la taille et les proportions augmenteront malgré le terrible anathème lancé par le médecin français.

La comparaison avec l’habitant de nos bas niveaux nous sera encore plus favorable. Nous exceptuerons nos états du Nord, qui sur la plus grande partie de leur territoire subissent la même influence que nous.

Avant de présenter et de discuter les données particulières que nous possédons, nous citerons l’opinion de quelques observateurs, ce qui nous

servira tout d’abord pour savoir s’il existe quelque rapport entre la pression de l’air et la taille de l’homme.

823. Jourdanet le croit ainsi; c’est pour lui une preuve de l’action débilitante du milieu, aussi il nous dit que, le corps du Mexicain de l’Anahuac est moins long que celui des hommes des plaines basses et que tous les voyageurs ont observé que pour des races de provenance identique, la taille est plus élevée chez les habitants des plaines basses que chez ceux dont les grandes altitudes ont modifié les proportions corporelles.1 Cela repose sur l’opinion de Wood et sur celle de d’Orbigny.

824. D’Orbigny en effet a accordé aux influences barométriques le pouvoir de diminuer la taille. Il parle souvent de la taille des péruviens, plus petite que celle des habitants des plaines. Il dit que mômes les Peliuenches du Chili sont petits, leurs membres très courts et rarement proportionnés avec le tronc.2 Topinard3 présente les mesures de quatre séries de péruviens qui avaient une taille de lm 60, la même que d’Orbigny donne pour les Quechuas. Pour éclaircir la question et pour décider dès maintenant si la petite taille constitue dans ces races un caractère anthropologique digne d’être considéré sous le point de vue de nos études, nous rapporterons les opinions de plusieurs naturalistes; en donnant tout d’abord la parole au Dr. Topinard:

825. “On a attribué aux conditions de la localité et surtout à celles de “l’alimentation, température et altitude, une influence marquée sur la sta- “ture. Nous ajouterons seulement que si les péruviens sont petits sur les “plateaux les plus élevés (sic) du globe, les malais , habitants des côtes de “la péninsule de Malacca, appelés orangs-lautts , et les andamanes le sont “beaucoup plus qu’eux et ils habitent cependant au niveau de l’Océan: ce “qui réfute l’opinion de d’Orbigny. De la même manière, on voit le cafre "si haut et le boschiman si petit se toucher dans les forêts mêmes de l’Afri- “que australe; les todas , corpulents, habitant les sommets des Nilghiris et “qui s’alimentent seulement avec des légumes et du lait, tandis que les “ indas et les kurumbas qui habitent sur le versant et s’alimentent de la “chair de buffle abandonnée par les premiers, sont relativement petits; “les Scandinaves dans leurs pays froids, les nègres sous l’Equateur, les “ peaux-rouges sur les Montagnes Kocheuses, les puelches dans les sables “de la Patagonie et les polynésiens dans les îles basses du Pacifique sont "tous de haute taille bien qu’ils vivent dans des conditions tout à fait opposées.”

826. Les phrases antérieures pourraient paraître quelque peu sceptiques; mais, voici l’opinion du Dr. Broca:

“J’ai reconnu que la taille des français, considérée en général, ne dé-

1 Jourdauet. L’influence de la pression de l’air, page 321.

2 D’Orbigny. Op. cit., t. IY.

3 Historia Natural. Antropología. Barcelona, 1891, pág. 249.

“ pend ni de V altitude , ni de la latitude, ni de la pauvreté, richesse ou com- “position du sol, etc. Je suis arrivé à reconnaître une influence unique générale: la transmission ethnique.”

Citons aussi Durant, qui a examiné1 11505 individus du canton de Fribourg qui habitaient des localités situées entre 435 et 1620 mètres d’altitude, sans trouver de faits qui viennent confirmer l’assertion de d’Orbigny.8

827. Enfiu Quatrefages admet lui aussi, l’effet des causes extérieures; mais il fait cette réserve, que des races de taille bien différente se trouvent les unes à côté des autres, sans que l’on sache la raison du fait.

Chez des individus de la même race on peut très souvent observer précisément le contraire, ainsi le Dr. Jousset est d’accord avec Topinard lorsqu’il parle de la taille des asiatiques, voici ses paroles:

“En Asie, la taille est sans doute petite et uniforme. Au Nord on trou- “ve les restes de ce que l’on appelait autrefois la race hyperboréenne; au "centre, se trouvent les mongols et les chinois; au Sud, apparaissent les " malais et mi substratum nègre très sensible dans toute l’Inde; partout "les races sont petites. Cependant, on entrevoit çà et là un mélange avec "quelque élément ethnique de haute stature, qui appartient à l’élément thi- " bétain ou à ceux qu’on pourrait appeler Dravidien, Touranien .”3 D’Orbigny peut voir que, précisément là où toutes les races se font remarquer par leur taille peu élevée, le seul élément qui, dit-on, vient les modifier, et produire des mélanges de plus grande taille, est celui qui naît et habite sur les plateaux les plus élevés du globe: dans le Thibet. Nous ajouterons à cela que les vrais tartares ou Bhotigaks , qui habitent la chaîne de l’Himalaya dans le Thibet et dans le Boutan, ont les traits caractéristiques des autres mongols qu’ils surpassent par la taille et par leur force.4 Nous croyons cela suffisant pour admettre sans réserve que la pression n’a absolument aucun rapport avec la plus grande ou plus petite taille de l’homme. Nous avons démontré dans les chapitres précédents qn’il en est de même pour les végétaux et pour les animaux. (§ 171 et 376.)

828. Nous insisterons sur un autre point qui peut servir d’étude et qui a aussi un certain rapport avec ce qui précède. On pourrait dire que, par un phénomène de corrélation de croissance, la taille peut diminuer, comme on le voit chez les péruviens qui ont le fémur plus court et le tronc plus long. Les mesures de Forbes et de d’Orbigny démontrent ce chan-

1 Topinard. Antropología, page 249. Darwin dit que, “pour ce qui est de la taille, nous savons que la sélection agit encore plus puissamment que l’abondance de nourriture, car c’est seulement ainsi que nous pouvons nous expliquer, comme me le fait remarquer M. Blytli, l’existence simultanée, dans un même pays, des races de moutons grandes et petites, des poules Cochinchinoises et des Bantams, des petits pigeons Culbutants et des Runts qui tous sont élevés ensemble, et tous abondamment pourvus de nourriture.” Variation, II, page 282.

2 Topinard. Eléments d’Anthropologie générale. Paris, 1885, page 451.

8 Jousset. Op. cit. , page 18.

4 Chenu. Encyclopédie d’Histoire Naturelle. Vol. I, page 263.

gement dans la proportion du fémur avec le tronc et le tibia. Ce serait là une paradoxe: s’il est vrai qu’une partie a diminué, on affirme aussi que l’autre a augmenté. Seulement, daus le cas où le thorax se serait simplement élargi sans s’allonger, nous pourrions admettre l’influence de la compensation organique qui produit la diminution de la taille; mais dire que celle-ci est plus petite parce que les membres inférieurs sont plus petits par suite de rallongement du thorax, cela n’est pas admissible, ce serait un absurde de le supposer, car deux hommes peuvent avoir exactement la même taille et cependant l’un avoir un fémur 5 centimètres plus long que le fémur de l’autre, si ce dernier à son tour a un tronc plus long aussi de 5 centimètres que celui du premier.

829. Nous allons donc nous occuper exclusivement de cette variation de proportions dans le squelette des membres par rapport au thorax. Estce simplement un caractère ethnologique? Est-ce un phénomène de corrélation organique? Ce sont là les deux questions auxquelles nous devrons répondre; mais tout d’abord nous annonçons que les données dont on dispose actuellement ne sont pas encore assez nombreuses pour que l’on puisse résoudre ce curieux problème d’anthropologie.

830. D’Orbiguy, Forbes et Darwin viennent encore nous éclairer: d’Orbigny nous parle de cette disproportion entre le tronc et les extrémités et signale le raccourcissement des fémurs comme un cas de corrélation de croissance et consécutif à l’allongement des poumons et de la cavité qui les renferme. 1 Forbes nous dit aussi que les Aymaras diffèrent très notablement des hommes de toutes les autres races qu’il a vues, par la circonférence et par la longueur de leurs corps. “Dans sa table des mesures, la “taille de chaque homme est représentée par 1000 et les autres dimensions “ sont rapportées à cette unité. On peut voir dans ce tableau que les bras “étendus des Aymaras sont plus courts que ceux des Européens, et beau- “ coup plus courts que ceux des nègres. Les jambes sont également plus “ courtes et présentent cette particularité remarquable: chez tous les Ayma- “ras mesurés, le fémur est réellement plus court que le tibia. La longueur “ du fémur comparée à celle du tibia est en moyenne comme 211 est à 230, "et chez trois nègres, comme 258 est à 241. L’humérus est, de même. plus "court relativement, que l’avant-bras. Ce raccourcissement de la partie “du membre la plus voisine du corps paraît, comme me l’a suggéré M. " Forbes, être un cas de compensation en rapport avec rallongement très "prononcé du tronc.”2

831. Nous voyons ici comment ce célébré naturaliste admet les idées

de Forbes et de d’Orbigny et comment il les juge.

Les mesures que nous avons pu prendre nous mêmes sur les 50 gendarmes de l’Armée ne viennent aucunement confirmer ces opinions; plus

2 Darwin. Op. cit., pages 127 et 128.

PLANCHE No. 80

Proportions oomparèas de la femme européenne et de la femme mexicaine d'après le Dr. David Jourdanet.

Les dimensions entre B B et C C sont parfaitement égales et se trouvent comprises entre deux lignes parallèles; tandis que les longitudes des membres abdominaux et thoraciques présentent les différences que montre l’ob’icuité des lignes F F et D D, qui passent par les deux extrémités.

loin, nous les exposerons en détail et on verra qu’au Mexique (chez les créoles du moins, sur lesquels nous avons pris la plupart de nos mesures) on n’observe jamais cette disproportion dont nous parlent les explorateurs des Andes.

832. En vérité, nous nous demandons si le phénomène indiqué constitue réellement un cas de corrélation, comme conséquence de l’habitation sur les grandes altitudes. Ne pourrait-ce pas être un caractère ethnique particulier à la race ando-péruvienne? Peut-être. Pour le moment nous n’osons nous décider ni pour l’un ni pour l’autre. Il peut se faire aussi que chez nos indiens, chez qui le climat a imprimé ses caractères h travers un nombre de siècles bien plus grand, il se passe quelque chose de semblable, mais nous n’avons pu nous en assurer encore. Il peut se faire qu’en mesurant un plus grand nombre de créoles nous trouvions chez eux quelque chose qui nous démontre la tendance au raccourcissement corrélatif du fémur, mais nous en doutons encore et cela pour deux raisons: sur 50 hommes, nous pourrions en avoir rencontré un dont le raccourcissement du fémur rendît cet os égal ou presque égal au tibia, mais il n’en a pas été ainsi et les indices nous indiquent des proportions égales à celles de l’européen; en outre un de nous, professeur d’Anatomie artistique à la “Escuela N. de Bellas Artes” de México, a vu une multitude de modèles mexicains dont un grand nombre de race indigène et qui ont servis pour l’exécution d’une foule d’ouvrages d’art; il s’est informé auprès des professeurs et des élèves les plus distingués, et jamais cette disproportion n’a été constatée ni dans les membres ni dans la taille. Jourdanet et Clavigero 1 ne se sont point aperçus non plus de cette disproportion. Cependant celui-là nous présente un dessin2 éxécuté d’après les indications de Y auteur et qui est aussi idéal , on nous permettra le mot, que celui qui accompagne son opinion fantastique pour expliquer la dispersion des tribus au pied de la tour de Babel3 Clavigero, de son côté s’exprime ainsi au sujet de nos indiens: “Les mexicains sont de taille ordinaire , plutôt gran- " de que petite, et bien proportionnés dans leurs membres ; assez bien fournis, de front étroit. . . . On ne trouvera peut-être pas un autre pays sur “la terre où les difformes soient plus rares. Il est plus difficile de rencon- "trer un bossu sur mille mexicains que sur cent individus de n’importe "quelle autre nation.”

833. On trouvera ci-joint le dessin de Jourdanet (PI. 80). Il est probable qu’il n’a fait que suivre les indications de Forbes et de d’Orbigny et seulement pour montrer qu’il s’y entendait en matière de proportion des membres.

1 Clavigero. Célèbre historien mexicain qui étudia longtemps la race indigène du Mexique et qui prit sa défense toutes les fois qu’il lui fut possible. Historia antigua de México. México, 1853.

2 Jourdanet. L’influence de la pression, page 317.

3 Jourdanet. Ibid., page 72.

Il est évident que chez la femme mexicaine le thorax conserve aussi un élargissement relatif, mais sûrement il doit être beaucoup moins exagéré que celui que uous montre ce dessin.

Nous allons comparer la taille, dans sa dimensiop, à -celle des autres races et proportionnellement aux différentes parties du coiq>s, comme nous l’avons fait pour la circonférence et pour les diamètres du thorax.

Yoici la moyenne de la taille chez les individus mesurés par Chassapme et Daily:

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