COMPARAISON DES MESURES
Taille.
Tête (diamètre vertical déjà cité)
De l’acromion à Polécrâne
De l’acromion à la saignée
Prise sur l’humérus
Rapport avec la taille (=100)
De Polécrâne au poignet
Prise sur le cubitus
Prise sur le radius
Rapport avec la longueur du bras
Rapport avec la taille
Dislance de Polécrâne à l’extrémité inférieure du médius, en prenant comme unité le diamètre
vertical de la tête
Distance du grand trochanter du fémur à la partie inférieure de la rotule, en prenant comme unité le diamètre vertical de la télé.
Prise sur le fémur
Rapport avec la taille ( = 100)
Prise sur le tibia
Rapport avec le fémur
Rapport avec la taille
Distance de la partie inférieure de la rotule à la plante du pied, en prenant comme unité la tète Distance de la partie moyenne de la rotule à la plante du pied, par rapport à la taille considérée égale à 100
Ch. Richer
1\ têtes
2 têtes
2 têtes
2 têtes
Rollet
Ora328
0ra19
Om453
0ra366
0ra80
Montabert
M. Duval
au Mexique
lm70
2 têtes
2 têtes 0.466 0.27 0.379
2 têtes
855. Les mesures de Montabert sont toutes centésimales de la taille. Daus nos mesures, la longueur du tibia a été obtenue en retranchant de la distance de la rotule à la plante du pied celle du malléole interne à la plante.
856. Nous le répétons, nous ne uous croyons pas encore autorisés à rejeter les interprétations de Forbes et de d’Orbigny sur la cause du raccourcissement de l’humérus et du fémur chez les Ando-péruviens. Nous présentons seulement une donnée de plus pour contribuer dans la mesure de nos forces à la résolution de ce problème d’anthropologie.
857. Il est vrai que nos observations ont été prises dans un lieu situé à 2268“ environ au-dessus du niveau de la mer, tandis que les quechuas et les aymaras habitent des altitudes qui surpassent de 2000 à 3000 mètres celles de Mexico. Une différence aussi considérable doit nécessairement provoquer des modifications plus remarquables dans l’anatomie et la physiologie humaine. Le simple élargissement du thorax, accompagné d’un faible allongement, qui ne produit pas un développement éxagéréde la longueur totale du tronc, doit avoir ses limites et la nature, si riche en industries, peut parfaitement produire les modifications observées par ces voyageurs, très intelligents d’ailleurs et dignes de tout crédit. Mais ici, au Mexique, il se présente quelque chose qui donne lieu au doute, pour ce qui se rapporte à l’interprétation des faits; il est donc de notre devoir de contribuer autant qu’il nous sera possible à éclaircir ce point, et nous espérons qu’un jour la lumière se fera complètement. A Mexico, d’après nos mesures , les proportions des membres n’ont pas varié.
(e). Poids du corps.
858. L’étude comparative de la taille et des proportions du corps ainsi que les données de thoracométrie que nous présentons, nous indiquent déjà le jugement que nous devons porter au sujet de l’influence de la pression de l’air sur la vigueur de l’homme. Nous allons maintenant indiquer un fait intimement lié également avec la vigueur do l’individu et qui est un do cenx que l’anthropométrie recherche tout particulièrement lorsqu’elle étudie la dynamique ou force musculaire et la capacité respiratoire.1
Dans les climats d’altitude il y a deux circonstances qui favorisent l’augmentation du poids: la température, généralement plus basse à mesure que l’on s’élève et la sécheresse de l’air, directement proportionelle à la hauteur.
1 Arnould. Op. cit., page 993.
859. Le Dr. Jousset a démontré arec exactitude l’action des climats torrides sur le poids, et il nous dit que, même les changements de saison, en modifiant la température et l’état hygrométrique de l’air, modifient aussi le chiffre moyen qui représente le poids de l’individu.1
Augmentation moyenne
Augmentation
du poids.
pour 100.
Saison sèche
Saison humide
Perte moyenne
Perte pour
du poids.
Saison sèche
Saison humide
Dans ce tableau, on voit que la perte dépasse l’augmentation dans n’importe quelle saison, mais principalement dans la saison humide.2
860. Le même fait a été observé dans les pays tempérés de l’Europe. Sanctorius et Reil, cités par Jousset, ont démontré cette variation de poids de l’été à l’hiver, et Geoffroy Saint-Hilaire croit que l’une des causes les plus puissantes de ces modifications est que le milieu respirable agit directement sur l’appareil respiratoire ou bien que les modifications que souffre ce dernier répercutent dans tout l’organisme.3 Jousset dit que, dans les climats des tropiques les causes de la diminution du poids chez l’homme sont trois: l.° la diminution du tissu cellulo-adipeux sub-cutané; ce tissu est très utile comme abri et comme combustible dans les pays froids, mais il devient presque inutile dans les pays chauds; 2.° un effet général provenant d’une cause encore indéterminée qui agit en détériorant les tissus plus rapidement que dans les pays froids; 3.° l’inactivité relative du poumon et de l’oxygénation du sang qui nourrit alors imparfaitement les tissus.4
861. Sur les altitudes nous avons une cause qui, selon Jourdanet, est débilitante: la raréfaction de l’air par suite de la diminution de la pression atmosphérique ; car au dire de cet auteur c’est à cette raréfaction qu’il faut attribuer l’insuffisance d’oxygénation du sang. Cette dernière cause doit agir consécutivement et de la même manière sur le poids des habitants des climats chauds que sur celui des habitants des climats d’altitude. D’un autre côté, nous avons dans ces derniers climats trois causes qui tendent à augmenter ce poids: une température moins élevée, la sécheresse et (comme nous le démontrerons plus loin) la plus grande activité du poumon, qui procure directement l’oxygénation nécessaire du sang. Quel est le vainqueur? Quel est le vaincu? Jourdanet nous dit que l’anoxyhémie l’emporte: les chiffres nous diront de quel côté sera la victoire.
1 Jousset. Op. cit. , page 23 7.
2 Voir le chapitre XI: Sécheresse de l’atmosphère des altitudes.
3 Jousset. Op. cit., loc. cit.
4 Jousset. Op. cit., loc. cit.
La taille peut aussi servir de base de comparaison pour le poids. D’après Arnould1 pour un homme bien formé, de taille moyenne, le poids a avec la taille un rapport tel que le nombre de kilogrammes est presque égal au nombre de centimètres dépassant le mètre. Pour une taille de lm60 le poids sera de 60 kilogs.; si la taille est inférieure à lm60 l’ordinaire est que le nombre de kilogrammes dépasse celui des centimètres, mais si elle dépasse lm60, il est presque normal que ce nombre soit inférieur. De manière qu’il est rare qu’un homme de lm70 pèse 70 kilogs. Ce chiffre se calcule toujours en supposant que le sujet est nu.
Voici les données que nous fournissent Chassagne et Daily:
Professions.
Taille moyenne. Poids.
Rurales
/ Travail des bras à l’air libre
. \ Ici. clans l’air confiné
I Trm i ri \
' f Assis ou de peu de mouvement. .
' Travail intel lecluel
1” 690 lm 682 1” 612 lm 620 lm 634
68 kil. 700 gr.
La moyenne dn poids chez 47 gendarmes de l’année a été de 60 kilogs. 418 grammes; la différence qu’il y a entre le nombre de kilogs. et celui des centimètres est à peu près d’un demi kilog. (582 gr.).
Voici en effet la taille moyenne que nous avons rencontrée:
Taille. Poids.
47 Gendarmes de l’Armée lm 70 cent. 69 kilogs. 418 gr.
76 Individus de professions urbaines lm649 millim. 62 ,, 000 ,,
16 ,, de ,, rurales (indigènes). lm660 ,, 66 ,, 200 ,,
868. Ces moyennes nous démontrent parfaitement qu’au Mexique, ce rapport, considéré comme normal par l’hygiéniste Arnould, non seulement se conserve mais tend plutôt à augmenter. En examinant le tableau d’observations que nous présentons à la fin de ce chapitre, nous trouvons en effet:
4 Individus dont le poids est inférieur à celui qu’indique Arnould.
17 ,, ,, ,, ,, ,, supérieur ,, ,,
26 ,, ,, ,, ,, ,, égal ,, ,,
864. Dans les polices de “La Equitativa” (eu réduisant il kilogrammes les livres mexicaines) nous avons trouvé des données tout à fait intéressantes. Les pesées se font sans que le sujet se déchausse, ce qui augmente sans raison le chiffre de la taille, et cependant le rapport avec le poids subsiste quand même. Elles se rapportent à des mexicains et à des étrangers habitant les plateaux du Mexique.
1 Arnould. Op. cit. , loc. cit.
Planche 84.
Graphique originelle du pouls artériel de la radiale du côté droit obtenue au moyen du sphygmographe de transmission de Marey et du cylindre inscripteur du même auteur, régulateur de Foucault. Prise à 11 h. A. M. après deux heures de repos absolu. Elle corresponde à 72 pulsations par minute.
Nombre d’individus. Poids. Nombre d'individus. Poids.
3 de 46 à 50 kilogs.
69 de 80 à 85 kilogs.
865. Le plus grand nombre se trouve entre 65 et 70 kilogs. ce qui s’accorde avec les chiffres qui ordinairement correspondent à la taille d’après les données recueillies et dont lions avons déjà parlé.
Tontes ces données démontrent qu’il n’y a pas d’influence funeste du climat. Les facteurs qui réagissent contre la raréfaction de l’air triomphent. Le poids de l’individu tend plutôt à augmenter qu’à diminuer, ce qui n’a pas lieu chez les habitants de nos terres basses et chaudes situées sur le même parallèle que les terres élevées.1
(f). Vigueur générale et musculaire. Résistance à la fatigue.
866. Nous avons déjà exposé un bon nombre de données, afin que lorsque nous parlerons des races des altitudes 2 on ne croît pas éxagérées ces paroles d’Alcides d’Orbigny: “Malgré les volumes écrits pour déinon- " trer la dégénération et l’affaiblissement de ces hommes, nous pouvons dire "en thèse générale, qu’ils présentent tous les caractères assignés à la for- "ce.” En effet, pour ce qui se rapporte à nos indigènes, particulièrement à ceux qui gagnent leur vie au prix des plus rudes travaux et qui habitent dans leurs petits villages loin des centres populeux des créoles, on peut dire qu’il n’y a pas un seul homme ni une seule feuime qui ne soit pas vigoureux et qui ne jouisse pas de la santé la plus parfaite. Un grand nombre d’entre eux ignorent absolument ce que c’est qu’une maladie, ils atteignent un âge très avancé et conservent admirablement toute leur vigueur, la vue, l’ouïe et toutes leurs dents, leurs cheveux ne blanchissent pas. Il n’est pas rare de rencontrer sur les chaussées qui conduisent à la capitale de la République des familles entières d’indigènes, au pas de course, comme le dit Jourdanet, leur fardeau sur l’épaule, sans que le
1 Dans notre Cabinet d’aérothérapie nous avons démontré que le poids des malades et des sujets sains soumis au traitement des bains d’air raréfié augmente constamment.
2 Les autôchtones qui apparaissent en première ligne aux yeux de l’observateur et qui portent le cachet inévitable de l’action du climat, comme la race ando-péruvienne, la mexicaine, etc.
granel père ni la femme ni les petits fils en soient exceptés. Si le fardeau de bois on de pierre que porte le femme n’est pas aussi lourd que celui des antres, c’est parce qu’elle porte nn on deux marmots et souvent doit en conduire plusieurs autres par la main; ces derniers accompagnent leurs parents dans ces longues journées de marche où l’on ne s’arrête que très rarement et quelques instants seulement, dans les petites auberges éparses sur le chemin, pour arranger la charge ou pour prendre un peu de “pulque.” Cette dépense physique de vigueur est d’autant plus surprenante que l’aliment qu’ils prennent est tout à fait insignifiant: quelques “tortillas” 1 et un peu de piment, et encore cela ne leur sert pas même de prétexte pour prendre nn peu de repos: ils mangent en marchant.2
867. Nous avons transcrit plus haut ce que dit l’historien Clavigero de la taille et de la bonne conformation des indiens du Mexique; voyons maintenant ce qu’il nous dit de leur vigueur. “Leur complexión est saine et “leur santé robuste. Ils sont entièrement exempts d’une foule de maladies “si fréquentes chez les espagnols; ils ne le sont cependant pas des maladies épidémiques. . . . Leurs cheveux blanchissent et ils deviennent chau- " ves plus tard que les espagnols; ceux qui arrivent à 100 ans ne sont pas rares. 3
“Mais rien ne démontre mieux la vigueur des américains que les nom- "breux et pénibles travaux auxquels ils sont d’ordinaire assujettis. ... Ce * “sont eux (les indiens) qui coupent le bois dans les forêts et qui le transportent. Ce sont eux qui transportent et qui taillent la pierre, qui font "la chaux, le plâtre et les briques; enfin, ce sont eux qui construisent tous "les édifices de ce royaume excepté dans les localités où ils n’habitent pas.
“868. Ils ouvrent et entretiennent les chemins, creusent les canaux,
“ construisent les digues, nettoient les villes. Ils travaillent dans un grand “nombre de mines d’or et d’argent. Ils sont bergers, vachers, tisseurs, po- " tiers, facteurs, portefaix, etc. En un mot ce sont eux qui supportent le "poids des travaux publics et cela dans toutes les provinces de ce grand "royaume. Aroilà ce que font les faibles, les inutiles, les paresseux améri-
1 Espèce de galette très mince, pesant deux ou trois onces et fabriquée avec de la faririne de maïs.
2 II peut se faire que l’exercice prolongé pendant plusieurs générations et que les marches journalières dans un pays montagneux, aient occasionné des modifications organiques, peut-être la platycnémie et peut-être aussi l’apparition d’un muscle surnuméraire qui, selon le docteur M. Maycote “se trouve chez les Otomites , inséré en haut sur la paroi éxterne de la capsule fibreuse qui revêt le eondyle externe du fémur, et en bas, dans le calcanéum. Il sert à relever ce dernier, surtout lorsque le sujet est debout et supporte un certain poids sur les épaules.” (Voir le § 36 L pour les changements de formes des Coléoptères alpins et aussi la page 263 se rapportant à l’ostéologie du Lapin du Popocatepetl, Romerolagus Nelsoni). Si ce fait (?) n’est pas une anomalie observée dans un trop petit nombre de cas, il mérite sans doute d’être rappelé dans les annales de la myologie.
3 Clavigero. Historia antigua de México. México. 1853, pág. 41.
“ cains, pendant que le vigoureux Paw et d'autres infatigables européens " s'efforcent de les dénigrer.”1
A ces données de Clavigero nons pouvons en ajouter d’autres, historiques aussi, et même plus précises. Elles sont une preuve évidente de la vigueur des anciens mexicains, de leur résistance à l’inanition, de l’énergie de leurs fonctions digestives ainsi que de la richesse de leur sang et de leur parfaite hématopoièse.
869. Accoutumés comme ils étaient aux sacrifices sanglants de leurs ennemis, dont ils faisaient si souvent couler le sang dans leurs guerres et dans quelques uns de leurs sacrifices, ils devinrent aussi prodigues de leur propre sang, celui qui arrosait lenrs autels leur paraissant insuffisant. On ne peut se rappeler sans frémir les pénitences auxquelles ils s’assujetissaient soit pour expier leurs fautes, soit pour se préparer dignement à célébrer les fêtes religieuses. “Ils déchiraient leurs chairs comme s’ils eus- "sent été insensibles à la douleur et ils versaient leur sang comme un li- " quide superflu.
“Quelques uns de leurs prêtres appelés Tlamacazque, faisaient couler " leur sang tous les jours. Dans les trous qu’ils se faisaient avec des épi- "nes de maguey (agave) ils introduisaient des morceaux de roseau très "pointus et dont le volume augmentait progressivement: le sang qui coulait "de ces blessures était soigneusement conservé. Ceux qui s’adonnaient à "ces pratiques dans l’enceinte du temple, se baignaient dans un bassin ap- "pelé Ezapan parce que ses eaux étaient toujours rougies de saug.
870. “Leurs vigiles et leurs jeûnes étaient aussi très fréquents. Il n’y " avait presque pas une fête qui ne fut précédée d’un certain nombre de "jours de jeûne. Ces jeûnes et ces vigiles étaient presque toujours accompagnés d’une effusion de sang et, pendant tout le temps qu’ils duraient, " celui qui les pratiquait ne devait s’approcher d’aucune femme.
“ Certains jeûnes étaient obligatoires pour tout le peuple. Ceux qui " avaient de prisonniers de guerre, pour les sacrifices desquels une fête "était établie, devaient jeûner pendant 20 jours. Pendant le troisième mois "de l’année, les Tlamacazques ou pénitents devaient veiller toutes les nuits; "pendant le quatrième ils veillaient aussi avec les nobles.
871. “Dans la Mixteca, où les monastères abondaient, les premiers-nés "des Señores se soumettaient pendant un an à une rigoureuse pénitence. " On leur faisait observer une abstinence éxagérée, les plus rudes travaux " leur étaient imposés et ils étaient punis sévèrement pour la moindre faute " qu’ils commettaient. Dans le temple principal de Teotihuacan habitaient "quatre prêtres qui se rendirent célèbres par l’austérité de leurs coutumes. " Leur nourriture se réduisait à un pain de mais de deux onces (environ 60 " grammes) et leur boisson à un verre de “ atole,” qui se fabriquait avec le mê-
1 Clavigero. Op. cit. , page 375.
“me grain. Deux d’entre eux veillaient toutes les nuits et employaient le “temps à chanter des hymnes à leurs dieux, à les encenser et à verser leur “propre sang sur les foyers du temple. Le jeûne était constant pendant ules quatre ans que durait cette vie, excepté un jour de fête qui se célébrait chaque mois; mais pour toutes ces fêtes ils se préparaient par les “pénitences ordinaires, ils se perçaient les oreilles avec les épines du ma- “guev et faisaient passer par les trous jusqu’à soixante morceaux de roseau, "tous de différente grosseur.
“La renommée dont jouissaient ces prêtres était très grande, mais mal- " heur à celui d'entre eux qui manquait à la continence, on le tuait à coups “de bâton, on brûlait son cadavre et ses cendres étaient lancées au vent.
872. “Eu certaines occasions les grands prêtres' se retiraient à une cabane où ils restaient enfermés, sans prendre d’autre nourriture que quel- " ques grains de maïs et un peu d’eau pendant neuf, dix mois et même un “an. Ils passaient tout ce temps à prier et à répandre leur sang.”1
Si le docteur Jourdanet a fixé son attention sur ces coutumes si générales chez l’ancien peuple du Mexique, il doit avoir douté, ne fut-ce qu’un instant, soit de la bonne foi des historiens, soit de l’exactitude de sa théorie. Il est impossible de joindre ces deux opinions; il n’est pas possible d’admettre qu’un individu et tout un peuple soumis aux conditions anémiantes des altitudes, avec son sang insuffisamment oxygéné et avec l’abattement inévitable de ses forces physiques et morales, ait pu résister à la privation de nourriture, de sommeil, d’exercice musculaire et ce qui est plus remarquable encore, aux effusions presque quotidiennes de ce sang dont la vitalité devait être utilisée sans prodigalité; un pauvre ne gaspille pas la misérable aumône qu’il reçoit, surtout lorsqu’elle est le seul moyen qu’il a d’échapper à la mort. Si le peuple azteca eut ainsi favorisé ces prétendus effets mortels du climat, jamais il n’aurait été capable non seulement de subjuguer tous ses ennemis limitrophes et de se distinguer comme un peuple actif et essentiellement guerrier entre tous, mais il n’aurait pas même pû subsister.
873. Le baron de Humboldt nous fournit quelques données qui, dans cette étude, ne lui favorisent guère à Mr. Jourdanet; voici ce qu’il nous “dit: “Quelques voyageurs qui ne jugent que par la physionomie des in- “diens, arrivent à croire qu’il n’y a parmi eux qu’un très petit nombre de “vieillards. . . .
“La tête des indiens de la Nouvelle Espagne ne blanchit jamais2 et il "est infiniment plus rare de trouver un indien qu’un nègre avec les che- "veux blancs.3 Au Mexique, dans la zone tempérée, située au milieu du
1 Apéndice al Diccionario Universal de Historia y Geografía. México, 1855, Yol. I, pagina 291 .
2 II blanchit, mais à un âge très avancé.
3 Remarquer la contradiction: s’il ne blanchit jamais, on ne rencontrera jamais un indien aux cheveux blancs.
“versant de la Cordillère, il n’est pas extraordinaire de voir des indigènes, des femmes surtout, atteindre l’âge de 100 ans, et d’ordinaire ils "jouissent d’nne bonne vieillesse} car l’indien mexicain et celui dn Pérou “conservent leur force musculaire jusqu’à leur mort.”
“Les indigènes de couleur broncée jouissent d’un bénéfice physique, “qui provient sans doute (?) de la grande simplicité de vie observée depuis “ des milliers d’années par leurs ancêtres, aussi, à peine sont-ils sujets à "quelque difformité corporelle.”
784. “On pourrait croire, si on ne fait attention qu’aux sauvages, aux “chasseurs et aux guerriers, qu’il n’y a chez eux que des hommes bien for- “més car, ceux qui ont quelque difformité naturelle, meurent de fatigue “on sont abandonnés par leurs parents; mais il n’en est pas ainsi parmi les “mexicains et les péruviens, parmi ceux de Quito et de la Nouvelle Gre- "nade avec qui j’ai vécu longtemps, et parmi ceux qui sont laboureurs, " car, en vigueur ils peuvent seulement être comparés avec les paysans "d’Europe.”1
Yoici ce que nous, dit encore d’Orbigny de la vigueur des péruviens:
“La complexión des américains est très vigoureuse; ils résistent aux “plus rudes travaux, ils sont très sobres et supportent pendant longtemps "la soif et la faim.”
875. “Ils sont rarement malades et ils ne prennent aucune ¡irécaution "pour éviter les maladies. On s’étonne de rencontrer parmi eux des vieillards qui ne connaissent point les maux de la décrépitude et qui possèdent tous leurs sens en bon état; les dents intactes; les cheveux commen- "cent â peine à prendre un teint gris chez les individus les plus vieux; la "vue et l’ouïe sont très fines ainsi que l’odorat; les mouvements faciles; la “figure presque sans ride.”
“La preuve la pins convaincante que nous pouvons donner de la force " de leur constitution, c’est la coutume presque générale qui existe parmi “les femmes indigènes d’accoucher près d’un ruisseau et de s’y baigner en- " suite avec leur enfant et enfin de retourner aussitôt aux travaux ordinaires du ménage avec toute tranquillité, comme si rien ne leur était arrivé: “nous n'avons jamais entendu dire que cette coutume ait eu des conséquen- “ces funestes.”
¿Pouvait-on s’attendre à trouver cette résistance, propre d’autres peuples sauvages, chez des individus dont l’organisme devait être si profondément atteint par l’anémie des hauteurs? Est-ce que par hasard les femmes civilisées qui habitent an niveau des mers, où cette anoxyhémie n’existe pas, ne se sentent pas terriblement affaiblies après l’accouchement, qui d’ordinaire est assez pénible?
876. La longévité do t/cs races est une nouvelle preuve de leur parfai-
1 Essai politique. Paris, 1827, page 175.
te acclimatation 1 et de leur rigueur. En outre de ce que nous ayons dit et rapporté de plusieurs voyageurs nous citerons Quatrefages qui donne crédit aux observateurs dont il parle:
“Au dire des voyageurs les plus autorisés, la plupart des peuples américains atteignent un âge avancé et ordinairement sans décrépitude.” 2 Parmi les monarques péruviens qui vécurent sur les hauteurs et qui se distinguèrent par la sagesse des lois qu’ils dictèrent à leur peuple et par leur intelligence et leur activité guerrière, nous pouvons citer Manco -Capac, qui mourut à l’âge de 91 ans; Sinchi Ruca à l’âge de 77 ans; Lloqui Yupangui à 78 ans.3 Il serait facile de multiplier les exemples.
877. Les notes des voyageurs qui ont parcouru les cordillères et les plateaux des deux Amériques sont d’accord avec celles que nous fournissent les explorateurs des cordillères asiatiques, l’Himalaya et les plateaux élevés du Tibet et de Cachemire. Helhvald lions dit: “Les habitants de “Cachemire sont d’une force herculéenne mais à la fois bien proportionnés et aux contours saillants. Les Kainpas (on Champas) du Tliibet méridional, qui habitent sur des altitudes de 4810 mètres, sont robustes et bien "formés. Ils se distinguent par leur organisme et particulièrement par le "développement de leurs poumons. Ils préfèrent habiter les cols élevés " de Cachemire et il leur est très désagréable, presque intolérable, de respirer à moins de 3820 mètres.”
Des tartares ou scythes qui habitent également les régions froides et élevées, Malte Brun4 nous dit que, “le courage anime leurs corps forts et robustes.”
878. “Les véritables tartares, ou Botigaks, habitent le Tibet, la chaîne de l’Himalaya et le Boutan; ils ont les traits caractéristiques des autres mongols qu’ils surpassent en taille et en force.” 5
“Les tibétains, pour leur force, leur presque insensibilité au climat et à la douleur physique et par la délicatesse de leurs sens, doivent être comptés parmi les plus vigoureux et les plus aptes.” 6 “Ils sont agiles, souples,, forts et robustes. Les femmes également vigoureuses et actives, mènent une vie laborieuse.”7 Ces habitants reçoivent généralement le nom deJBod, ce qui, en language propre, signifie “forts. ...” Ils réunissent à l’agilité des chinois, la force et la vigueur des tartares. ... Ils habitent à une hauteur comprise entre 9000 et 11000 pieds (trois ou quatre milles mètres environ). Vingt prêtres boudhistes habitent dans un couvent située à 15117
1 Arnould. Op. cit., page 351.
2 Quatrefages. L’espèce humaine, page 309.
3 Miguel Cavello y Balboa. Histoire du Pérou.
4 Malte Brun. Géographie, page 15.
5 Chenu, Encyclopédie d’Histoire Naturelle. Vol. I, page 2G3.
6 Ratzel. Cité par Topinard.
1 Malte Brun. Géographie, page 282.
pieds, presque 5000 mètres. Le sol, à cette hauteur, est aride, et ils mourraient de faim s’ils ue recevaient régulièrement des provisions. Leur nourriture est tout à fait misérable .... Malgré les mauvaises conditions hygiéniques et autres circonstances défavorables qui entourent les tibétains, ils sont forts, agiles et vigoureux. Les exercices gymnastiques, le bal surtout, constituent leur divertissement favori.”1
Yoici quelques notes que nous avons trouvées dans un excellent Mémoire de Rockhill: 2 “Les tibétains habitent à une altitude de 5000 à 6000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les hommes ont une taille de 5 pieds 5 pouces et les femmes à peu près la même: ces dernières sont aussi fortes que les hommes et même davantage, à canse de l’exercice qu’elles font constamment; elles blanchissent à un âge très avancé, ainsi que les hommes. La voix est puissante et grave chez le sexe masculin. L’ouïe, excellente: ils peuvent facilement soutenir une conversation d’un côté d’une vallée à l’autre, à une distance d’une demi mille, sans répéter une seule phrase et sans élever beaucoup la voix. Ils peuvent supporter l’intempérie, apparemment sans inconvénients et ils se préoccupent peu d’êtres bien abrités. Ils endurent la faim et sont toujours sobres. La durée de la vie n’est pas beaucoup plus courte chez les tibétaius que chez les mongols, mais saus aucun doute elle est plus courte que chez les chinois. Je n’ai rencontré qu’un petit nombre de vieillards. Ils arrivent à la puberté à l’âge de 15 ans, les femmes y arrivent avant. Celles-ci ne sèvrent jamais leurs enfants jusqu’à ce qu’elles en ont un autre. Le Père Desgodins a vécu avec les tibétains beaucoup plus longtemps que n’importe quel autre étranger et lui aussi nous dit qu’ils supportent avec facilité et pendant de longues périodes, le froid, la fatigue et la faim.” #
879. Une des choses qui indiquent le degré d’activité et d’effort soutenu de ces peuples, c’est leur amour à la guerre. Le caractère des peuples des montagnes a toujours été d’être indomptables et guerriers. Entre les incas et les habitants de Quito, des guerres terribles éclatèrent; 3 et ces guerriers étaient les mêmes qui, au mois Anta Citua dansaient tout le jour et qui, au milieu des combats ne se reposaient que le temps nécessaire pour apaiser leur soif. 4 Dans cette même ville, plus tard, le voyageur français Boussingault s’étonnait de voir des femmes, de jeunes créoles de constitution délicate, s’adonner à la danse pendant des nuits entières, ainsi que de la prodigieuse activité des “toreadores.”5
1 A. E. Brehm. Merveilles de la nature. Yol. I, page 47.
2 Notes on the ethnology of Tibet, based on the collections in tlie U. S. Nat. Muséum, by W. Woodville Rockhill. Smithsonian Report. TJ. S. Nat. Mus. 1893, page 665.
3 Miguel Cavello y Balboa. Op. cit.
4 Juan de Yelasco. Histoire du Royaume de Quito. Paris, MDCCCXL.
5 Boussingault. Ascension au Chimborazo, le 16 Décembre 1831. Ann. de chimie, 2“ série, tome LYIII, page 245.
880. Le peuple aztèque, qui tout cl’abord fut une tribu nomade, entreprit un voyage qui dura de longues années; il arriva à être le légitime possesseur de l’ancien Analmac; il dût le conquérir au prix de luttes terribles qu’il soutenait avec les peuples limitrophes; ces luttes furent si sanglantes que ce peuple mérita le nom de “vaillant et terrible” et qu’il subjugua bon nombre d’autres peuples dont il avait dû auparavant endurer les vexations.
881. Nous pouvons dire que l’histoire de ce peuple est celle d’un combat continuel; aussitôt qu’il était couronné, chaque roi s’empressait d’entreprendre quelques guerres qui lui donnaient occasion de montrer son courage et qui lui permettaient de conduire au temple le plus graud nombre possible de prisonniers qu’il sacrifiait à son dieu. Un gran nombre de fêtes exigeaient de nouvelles victimes et forçaient le souverain à exercer son instinct belliqueux et celui de sou peuple, contre les autres races qui se trouvaient souvent à des distances énormes: mais ce n’était point là un obstacle. Le peuple mexicain et le peuple tlazcaltèque (presque aussi terrible que le premier, son rival en grandeur et en civilisation, et tous deux habitant les hautes plaines de notre grand plateau central) ne restèrent jamais en paix, ils ne se réconcilièrent jamais et si le premier ne put jamais vaincre entièrement le second, il s’efforça du moins de le tenir constamment en échec; les combats avaient lieu périodiquement; cet état de choses durait encore lorsque Cortés arriva dans ce pays. Le “conquistador” espagnol sût profiter de cette situation. Il demanda et obtint l’aide de Tlaxcala pour conquérir le puissant empire de Moctezuma: sans ce secours, sûrement, son courage, son astuce et l’énergie de ces “capitanes” ne seraient jamais venus à bout d’une pareille entreprise.
882. L’histoire de la conquête du Mexique est une preuve irrécusable du degré d’effort physique et d'énergie moral que purent déployer à la hauteur de la vallée de Mexico, deux races placées physiologiquement dans des conditions bien diverses: l’une parfaitement acclimatée depuis plusieurs siècles et l’autre arrivée récemment, une poignée d’ibères vaillants et résolus, comme le sont d’ailleurs la plupart des fils de l’Espagne, mais qui avaieut deux ennemis à vaincre: celui qu’ils avaient à la vue, le terrible, l’audacieux, le noble peuple des mexica; un autre- qu’ils ne connaissaient point et dont ils ne craignaient pas les ravages, ignorant qu’il allait leur ôter les forces nécessaires pour combattre: cet ennemi était
V cuioxyliémie barométrique de Jourdanet Maintenant comme ils ne
s’atteindaient pas aux effets de ce second ennemi, ils ne s’apercûrent pas de la guerre qu’il leur faisait et en effet, l’histoire de leurs marches et de leurs batailles ne semble pas le démontrer!
883. Un grand nombre de ces batailles eurent lieu sur les hauteurs des vallées de Mexico, de Puebla, etc.; mais il suffira de donner à nos lecteurs une idée de la position de Mexico, de la grande Tenoxtitlan, la capitale de l’empire des Mexica. Dans ce fragment de l’histoire nous trouvons des
preuves gravées pour toujours dans les hiéroglyphes de ces peuples et consignées dans tous les livres d’histoire du Mexique; car un fait pareil, l’effort que fait un peuple pour se sauver de l’oppression et celui que fait le conquérant pour l’opprimer, personne ne pense à le dénaturer et il est livré à la postérité tel qu’il s’est accompli. Les historiens de différentes époques et de différents pays sont presque toujours d’accord: les uns, comme le soldat Bernai Diaz del Castillo, rapportent ce qu’ils ont vu; d’autres, comme Prescott, Clavigero, etc. cherchent dans les hiéroglyphes et dans les monuments; les autorités ne nous manquent donc pas pour prouver la véracité des faits qne nous allons rapporter. Ce n’est pas une narration historique que nous voulons entreprendre; nous ne voulons qu’indiquer les faits qui se rapportent à notre étude et qui peuvent être considérés sous nu point de vue exclusivement scientifique. Ce que nous exposerons sera précisément ce qne ne peut être dénaturé par aucun historien; nous nous tiendrons donc en garde contre la mauvaise foi.
884. Jourdanot a dû promener ses regards1 sur ces faits et cependant il les passe tout à fait sous silence; pour lui, l’effort inouï des mexicains, leur sublime héroisme sont des farces, Ciiauhtémoc un mythe, les milliers de batailles sanglantes ne se livrèrent point dans l’Auahuac; il nous parle seulement du trait de courage de Cortés lorsqu’il brûle les seuls brigantins qui devaient être son unique asile au cas où il aurait échoué et aurait été obligé de retourner à Cuba. Dans son ouvrage si souvent cité Jourdanet s’écrie:
“Vaincre ou mourir: Cortés avait brûlé ses vaisseaux!” Il nous parle aussi des fatigues de Diego de Ordaz et de ses deux compagnons qui escaladent le Popocatepetl pour faire provision de soufre. Soit dit en passant, dans cette ascension pas un seul eût à souffrir du mal de montagne. Chose étrange, celui qui nous répète si souvent que les indiens sont les seuls qui soient capables de supporter, au Mexique, les fatigues physiques, que les européens ne résistent pas,2 se contredit clairement dans les lignes suivantes, que nous allons copier textuellement de son dernier ouvrage. Il ne veut pas nous raconter en détail la résistance héroïque des mexicains et de leur empereur, mais ils nous fournit quelques faits qui combattent ses propres idées et sur le même terrain: L’histoire3 a recueilli le souvenir du “siège et de la destruction de Mexico par Fernaud Cortés. Ce furent quatre- “ vingt-dix journées d’horribles fatigues, nuit et jour, «à ciel découvert, dans “la saisons des pluies torrentielles. Ces infatigables et héroïques Espagnols piétinaient constamment dans la fange ou s’enfonçaient dans l’eau “de la laguue. Ils remuaient jour et nuit une terre humide, mêlée de dé-
1 II fit une traduction de l’ouvrage de Sahagun, Histoire générale des choses de la nouvelle Espagne. Paris, 1880. Il traduisit également la chronique de Bernai Diaz del Castillo.
2 Voir aussi, Bordier. Géographie médicale, page 60
3 Jourdanet. L’influence de la pression, page 492.
“tritus organiques. Ils faisaient des ponts, consolidaient des digues. D’une “main ils creusaient des fossés, employant l’autre à se couvrir contre des "ennemis sans cesse renaissants.1 Pas d’autre repos que quelques heures, “étendus sur un sol fanguex. Des blessures à soigner et la vie toujours à "défendre. Quel temps et quels hommes! Eh bien! un de ces soldats, le "plus modeste, mais non le moins valeureux parmi ces héros, Bernai Diaz
"del Castillo ne fait mention nulle part de maladies causées par ces
" fatigues au milieu de ce sol fangeux, sous un soleil qui, deux mille mè- " tres plus bas, eût infalliblement dévoré tous ces hommes intrépides.
885. “Me direz-vous que si Bernai Diaz ne parle pas de maladies, c’est
"que d’habitude les chroniqueurs u’eutainent pas nu semblable sujet? Tous "vous tromperiez évidemment; car, en maint passage de ses chroniques, "Diaz nous raconte les souffrances de ces compagnons de fatigues; et ici "même, à la prise de Mexico il nous mentionne une indisposition que les "émanations repoussantes des cadavres causèrent à Cortés. Todo estaba ' dleno de cuerpos muertos y hedia tanto, que no habia hombre que sufrirlo pudiese Cortés estuvo malo del olor que se le entró por las narices
"en aquellos dias que estuvo allí en Tatelulco .”
886. En outre de cette contradiction bien evidente au snjet de l’effort physique accompli par les sept cents espagnols qui se trouvaient au siège de Mexico, effort que Jourdanet admire, nous eu trouvons une autre qui mérite aussi d’être considérée: elle se rapporte au degré de travail intellectuel que permet l’état anoxyhémique du cerveau.
887. Dans l’ouvrage cité page 222 Jourdanet nous parle du peu d’iinjjortance scientifique et du peu de travail accompli relativement au temps employé, dans le voyage qu’entreprirent dans l’Amérique du Sud les trois savants français, Bouguer, La Condamine et Grodiu; trois grands talents du voyage desquels on espérait de grands résultats pour la science, et malgré les 10 ans employés ces résultats ont été bien minimes. Jourdanet ne s’étonne pas du résultat, il excuse les trois voyageurs car, selon lui, ils ont été victimes de l’anémie cérébrale des altitudes; c’est au climat et à sa funeste influence qu’il fallait s’en prendre. A la page 351, il nous parle encore de cette action sur les travaux do l’esprit, les victimes sont toujours, selon lui, les européens, qui se sont distingués par leur savoir et par leur talent. Comme preuve, il répète cette question qu’en mainte occasion lui
1 Ce passage nous intéresse seulement pour faire voir la contradiction dans laquelle tombe Jourdanet; ils nous a dit que, sur nos hauteurs les européens ne peuvent pas faire de grands efforts ou du moins qu’ils ne peuvent pas les continuer pendant longtemps. Il va contre l’histoire, car celle-ci nous dit que ceux qui faisaient ces travaux de canalisation et de sage étaient les indiens alliés de Tlaxcala et autres peuples, dont le nombre s’élevait cà plus de 100000. Parmi les espagnols, il va sans dire que quelques uns dirigeaient ces travaux; mais la plupart s’occupaient exclusivement d’attaquer et de se défendre. Ce que nous venons de dire ne diminue en rien les fatigues qu’ils devaient supporter; Jourdanet lui-même nous dit que les combats étaient incessants , jour et mat. Il ne nous en faut pas davantage.
Portraits de quelques gymnast
Planche 85.
is habitant la ville de Mexico.
firent les mexicains: “Mais qu’arrive-t-il donc aux hommes qni nous viennent d’outremer? Leur réputation nous avait ébloui de loin et chez nous “leur incapacité lions consterne.”
Nous aussi nous voyons que Jourdanet resta stupéfait en face des exploits et du courage de Fernand Cortés. Il resta bien étonné aussi de sa vigueur physique et morale, dans un pays, où selon lui, il “devait abandonner son âme aux ineffables douceurs de la vie contemplative”1 et non à la lutte active et mortelle dont le ciel de l’Auahuac fut témoin. Ce n’est pas que nous prétendions rabaisser le courage, l’intrépidité et le talent de Cortés, bien au contraire, nous voulons faire voir que la vérité pénétre même dans les intelligences les plus préoccupées. Jourdanet nie dans les pages 222, 336, 351 et suivantes ce qu’il affirme très nettement (sans doute par distraction) à la page 492. 2
888. Cuauhtémoc, selon Bornai Diaz, dont Jourdanet loue les mémoires, était un jeune homme de 25 ans; trop gentil-homme pour être indien, et très valeureux; il se fit craindre au point que tous les siens tremblaient devant lui.3 Ce jeune homme était le monarque des mexica et des tlaltelolca lorsque Cortés assiégea leur Capitale.
889. Tous les mois qui précédèrent le véritable siège s’écoulèrent au milieu des combats sur l’eau et sur la terre ferme. Tenoxtitlan était construite dans une île artificielle, entourée des eaux saumâtres du lac de Texcoco; elle communiquait avec les bords du lac par de larges chaussées ombragées d’arbres robustes ; tout cela était sortit du fond du lac à force d’intelligence et de bras. Quatre grands canaux divisaient la ville en quatre quartiers ou îles dont la prise devait coûter des efforts inouïs de la part des assaillants. Les aztèques livraient bataille à Cortés et en même temps se préparaient pour la défense en ouvrant de nouveaux canaux et des fossés dans les rues, en fabricant des barrières cachées sous les eaux, pour faire échouer les brigantins. Ils élevaient des espèces de remparts, détruisaient les ponts et les chaussées par où s’engageaient les assaillants,
1 Jourdanet. L’influence de la pression, page 33Ï.
2 Voir: “Mexico á través de los siglos.” Yol. I, pág. 904.
3 Dans Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne de Sahagun, traduite par le même Jourdanet, il y est rapporté, à la page 8t0, qu’un guerrier tlaxcalteca de grand renom, un nouveau chevalier Bayard, appelé Tlahuicole, fut enfin saisi par ses ennemis les mexicains. Il fut conduit à Moctezuma, qui lui pardonna la vie et le combla de bienfaits, rendant ainsi hommage à sa bravoure et à sa force. Tlahuicole ne voulut rien accepter et exigeait qu’on le sacrifia comme il était coutume de le faire avec les prisonniers. De nouvelles instances de Moctezuma furent accueillies par un nouveau refus de la part du fier tlaxcalteca. On l’obligea alors de se mettre à la tête de l’armée mexicaine, comme général en chef; étant revenu victorieux le peuple tout entier lui fit une ovation; il insista cependant pour qu’on le sacrifiât. Enfin Moctezuma se vit forcé de le condamner: ayant un pied attaché à la “piedra gladiatoria” il se bâtit comme un hercule, tua huit terribles adversaires et en blessa plus de vingt. Ce fait a été traduit par le même auteur qui insiste tant sur V écrasement des indiens du plateau.
enfin ils fabriquaient les armes sans nombre dont ils devaient avoir besoin. Le nombre de combattants renfermés dans la ville s’élevait, d’après les calculs les pins vraisemblables, à 40000. 1
890. Jourdanet lui-même nous dit que les espagnols et leurs alliés n’avaient pas un instant de repos: entre autres travaux ils avaient entrepris la construction de treize brigantins qu’ils armèrent d’un canon chacun: pour les lancer ils durent ouvrir un canal de deux kilomètres de long, protégé par des barrières et un parapet.2 Le nombre total des assaillants s’élevait à 700 espagnols et plus de 100000 alliés.
891. Tout d’abord Cortés parvint à couper l’aqueduc qui, du côte de Cliapultcpec, conduisait l’eau potable à la ville. Cette mesure produisit pour les mexica les conséquences que l’on peut facilement s’imaginer. Le véritable siège commença le 31 Mai; à partir de cette époque les combats, la mortalité, la démolition et la reconstruction des parapets, ne cessèrent plus et furent accompagnés des épisodes terribles que chacun peut lire dans les ouvrages de l’histoire de la conquête du Mexique.
Cuanhtémoc, voyant arrivé le moment de la lutte et se regardant comme la personnification de son peuple, soumit à la délibération du Tlatocan l’ élection de la paix ou de la guerre. Les mexica préféraient mourir que de devenir esclaves des espagnols, il fut donc décidé “qu’il fallait mourir.”* Seuls les habitants de N muance et de Zaragosse nous offrent l’exemple d’une résolution aussi énergique. Le siège et la défense héroïque de ces deux cités peuvent seuls être comparés à ceux de la grande Tenoxtitlan.
892. Le cercle commença à se rétrécir et le 29 Juin la cité manquait déjà de vivres. Si on ajoute à cela le manque d’eau potable et la nécessité dans laquelle se trouvaient les habitants de boire l’eau saumâtre des puits ou celle des flaques boueuses formées parla pluie, les maladies qui commençaient leurs ravages, on comprendra la triste situation dans laquelle se trouvaient déjà les mexica.
893. “Le samedi 20 Juillet, Cortés entra dans la ville par la chaussée “directe de Iztapalâpan, surmontant facilement (?) les obstacles jusqu’à “arriver au grand teocalli. C’est alors que le saccage commença. 100000 "alliés, les brigantins et une multitude de barques pénétraient dans la ci- “té. Aussitôt qu’une maison était prise elle était livré aux flammes et les décombres servaient pour combler les fossés.
894. Les hommes ôtaient tués, les femmes et les enfants faits prison- "niers. Chaque maison était défendue jusqu’à la dernière extrémité par des " nuées de flèches ; les enfants même et les femmes lançaient des pierres
“ aux assaillants et les blessés préparaient les armes “Le 28 Juillet,
"après que les espagnols eurent pris le marché, les assiégés, selon le rap-
1 México á través de los siglos, pág. 900.
2 Op. cit., loe. cit.
3 Op. cit., page 902.
“port du “Conquistador,” se trouvèrent réduits à la huitième partie de l’île “et, voyant qu’il ri était pas possible que dans un espace aussi petit et dans “ des maisons si peu spacieuses, la plupart bâties sur Veau, il pût y avoir “ un si grand nombre d’ennemis et surtout la famine qui régnait parmi “ eux f Cortés détermina suspendre les hostilités et fit plusieurs fois les acantees de Ici paix, mais la réponse était toujours la même: si un seul survi-
“ voit il devait mourir en combattant Tous les habitants de la ville
"s’étaient entassés dans cet endroit ainsi que la moitié de leurs défenseurs “survivants, environ 60000 personnes, dont 20000 guerriers. Les maisons "devenant insuffisantes pour tant de monde, un grand nombre campait “ dans les mies ou sur les barques. Il faut remarquer qu’ci cette époque les " ardeurs du soleil sont insupportables pendant le jour et qiC ordinairement “ il pleut abcindamment pendant la nuit. Si l’on ajoute que la famine aug- “ mentait chaque jour, on comprendra que les maladies avaient fait place ''à la peste dévastatrice dont la fureur croissait avec le nombre de victitmes, car la place manquait pour les enterrer et on ri avait pas même le “temps de les briller ; les cadavres restaient donc entassés dans les rues et t souvent les mexica durent combattre en leur marchant dessus. Parfois, “dans les endroits que l’on avait pris on rencontrait des femmes au visage amaigri traînant par la main leurs enfants, dans un état lamentable, “et tâchant de marcher pour fuir de l’île; mais en général tous les habi- “tants s’étaient concentrés pour continuer la résistance, alors même qu’ils “dussent s’alimenter d’animaux immondes ou de la mousse des fossés et “boire l’eau des bourbiers formés par la pluie. Les femmes et les enfants “occuppaient les “azoteas” et les défendaient en lançant des pierres; ces “mêmes terrasses servaient aussi d’asile aux vieillards et aux blessés. Les “guerriers valides restaient pour combattre, armés de leurs casse-têtes2 et “de leurs longues lances. La quantité extraordinaire de pointes d’obsidientjie rencontrée dernièrement dans ces lieux en creusant les fondements de “nouvelles constructions, nous prouve bien que ces combats ont dû être tferribles.
895. “Le siège continua ainsi jusqu’au 6 Août. On avait cru que pendant tout ce temps les mexica avaient attendu impassiblement la mort, et comme ils ne donnaient aucun signe de vouloir se ¡ soumettre, Cortés les somma de nouveau par l’intermédiaire d’un “escribano” et de plusieurs témoins de se rendre. Comme cette tentative resta sans résultat , il se disposa à s’emparer du quartier où se trouve actuellement “el Carmen,” pour rétrécir davantage le cercle. Alvarado et Cortés donnèrent haussant; il s’engagea alors une lutte désespérée au milieu de laquelle les mexica, sans
1 Les espagnols trouvèrent en effet les arbres dépouillés de leur écorce et leurs racines rongées.
2 Espèce de massue faite de bois très dur et munie d’une courroie à l’une de ses extrémités pour la saisir; elle est ordinairement garnie de pointes d’obsidienne.
force pour se défendre , se précipitaient d' eux-mêmes sur les armes de leurs ennemis. Dans chaque maison qu’ils prenaient les alliés faisaient un carnage horrible; femmes, enfants, vieillards, moribonds, aucun n était excepté. Cortés rapporte que plus de 12000 mexica moururent ; mais au milieu des cris du combat et lorsque le quartier était déjà tout en feu on entendait encore le son rauque de la trompe de Cuauhtémoc excitant au combat. Cette opiniâtreté laissa Cortés consterné: il lui avait déjà envoyé un de ses “ capitanes ” pour lui proposer la paix, mais il fut fait prisonnier et sacrifié. Après cette attaque, qui eut lieu le mercredi 7, les espagnols s’approchèrent considérablement du centre des assiégés; aussi, le lendemain Cortés crut qu’ils allaient se rendre, lorsqu’il vit venir quelques guerriers qui paraissaient être des principaux et qui l’appelaient avec instance; il se trompait, ils voulaient seulement lui adresser ces paroles: “Si tu es fils du soleil qui naît et qui meurt en un seul jour, pourquoi tardes-tu tant à nous faire mourir? Nous désirons déjà aller nous reposer en compagnie de Huitzilopochtli.”
896. “Les forces leur manquaient déjà pour combattre et cependant les combats se succédaient sans interruption et chaque fois des milliers de mexica tombaient. Le dernier jour arriva enfin, le 13 août 1521. Cortés prépara son artillerie pour donner le dernier assaut. Les prêtres et les guerriers étaient impassibles, exténués par la faim et par les fatigues: portant leurs armes et toutes leurs insignes ils attendaient le combat sur les azoteas ou debouts dans leurs barques. Cortés monta lui aussi sur une azotea qui se trouvait près de la lagune, pour diriger les opérations. De là il offrit de nouveau la paix à ceux qui se trouvaient dans les barques et insista pour que Cuauhtémoc vînt lui parler. Deux des principaux s'offrirent pour aller le voir; après un long entretien ils revinrent accompagnés du Cihuacoatl pour dire que leur roi ne voulait pas entendre parler de paix. Cinq heures s’étaient écoulées déjà; Cortés ordonna alors à ceux qui étaient chargés des canons de faire feu. Il était environ trois heures du soir lorsqu’on entendit pour la dernière fois la trompe de Cuauhtémoc; les mexica se lancèrent sur leurs ennemis au sud et à l’est et les barques se jetèrent sur les brigantius . . . .”
897. A la fin, Cuauhtémoc succomba, mais. . . . couvert de gloire. Garcia Olguin aperçoit la barque sur laquelle l’Empereur s’était réfugié et tâchait de fuir pour échapper aux mains de ses ennemis et préparer la revanche. Il est trop tard déjà, le marin espagnol fait déployer les voiles de son brigantin et ne tarde pas à l’atteindre. Se trouvant à portée, les arbalétriers et arquebusiers s’apprêtent à tirer; tout-à-coup Cuauhtémoc se lève et leur dit: Ne tirez pas, je suis le roi de Mexico, pr en ez-moi et conduisez-moi à Malintzi,1 mais que personne ne mette la main sur la reine.
1 Surnom que les mexica avaient donné à Fernand Cortés.
898. Les historiens font peu de cas de ces paroles de Cuauhtémoc; pour nous, elle révèlent une grande noblesse. Dans un trait sublime de dévoilement, il veut se sacrifier seul, il ne vent pas que son épouse et les quelques nobles qui l’accompagnent périssent avec lui. Dans ces mots: “ ne mettez pas la main sur la reine,” on voit non seulement le héros de fer, digne personnification de son grand peuple, mais encore l’homme qui, au milieu de la fièvre du combat, son casse-tête encore ensanglanté, sentant dans son organisme les souffrances de la faim et de la soif, désespéré en vovant s’évanouir dans ces instants la dernière de ses illusions, conserver encore tout son cœur d’amant, toute la tendresse de son âme qui l’oblige à réclamer pour sa jeune compagne: il n’implore pas, car l’Empereur de Mexico 11e savait pas s’humilier ainsi devant l’ibère; ses paroles sont presque un ordre, un commandement; mais on voit la véritable prière et toute l’ amertume de son âme. S’il tremble c’est seulement à cause du sort cruel qui va être départi à sa tendre épouse. En ce moment, il sût être lion terrible et à la fois laisser déborder les sentiments les plus tendres et les plus touchants.
899. Enfin, il se trouve face à face avec son vainqueur, ses yeux se remplissent de larmes, il met la main au manche du poignard de Cortés et il s’écrie: Malintzin, j’ai fait tout ce que fai pu en défense de ma cité et de mon peuple et je viens de force et prisonnier me présenter devant ta personne et ton pouvoir; prends vite ce poignard pour le plonger aussitôt dans ma poitrine .” 1
900. Tout en craignant d’être tombés dans des digressions étrangères à notre étude, nous avons voulu consigner ces faits pour montrer que Jourdanet tait bien des choses.
Il s’enthousiasme lorsque Cortés brûle ses vaisseaux, il fait ressortir les efforts du Conquistador et de ses soldats, mais il ne nous dit rien des indiens qui ne peuvent être comparés aux premiers pour la dépense d’énergie physique et morale qu’ils font.
Mieux lui aurait valu de se taire entièrement, car en lisant ses ouvrages on est tenté de lui faire cette question: S’il est vrai que l’anoxyhémie ôte les forces physiques et morales, comment se fait-il que de pareilles choses aient passé au Mexique, dans un pays où les idées de Jourdanet ont acquis force et fondement? Et, ce sont là les apathiques indigènes, les paresseux, les ilotes de l’Anahuac?
901. Ce que nous venons de rapporter contraste en effet avec le passage suivant de l’ouvrage do Jourdanet, page 336: “Du reste, le Mexicain
1 Nous avons suivi, pour cette narration, celle que fait M. Alfredo Chavero, historien et archéologue distingué de Mexico; mais dans toutes les histoires du Mexique, dans celle de Prescott par exemple, on peut lire ce que les mexica ont déployé d’énergie physique et morale. Voir “México á través de los siglos. Historia antigua y de la conquista.” México, págs. 880 á 911.
“des hauteurs ri est pas susceptible de passions violentes. La colère l’agite “rarement. Son amour est calme et les grandes actions comme les grands “ crimes ne puisent pas souvent leur origine à cette source si féconde ailleurs en événements dramatiques.
“Les mouvements ardents de Taine ne manquent pas à ce pays — le Mexique— mais cela ne se voit que chez les habitants des côtes et des niveaux “ in férieurs (!) qui sont plus actifs (!!) que ceux des hauteurs.”
Le Dr. W. A. Jayne, de Denver, Colorado, assure que sur les hauteurs du Colorado, l’activité sexuelle devient plus grande et que les désirs augmentent; les hommes mariés remarquent souvent un changement particulier chez leurs femmes, lorsqu’ils les conduisent à cette altitude. Les médecins sont souvent appelés pour combattre de cas de nymphomanie et autres manifestations ou tendances érotiques. On observe aussi des dérangements dans le flux mensuel, qui apparaît avant l’âge ordinaire chez les jeunes filles; il y a souvent disménorrhée et ménorrhagie. Tout cela est une manifestation des conditions nervo-vasculaires qui résultent d’une irritabilité et d’une tension nerveuses très grandes, influencées peut-être par une grande répletiou du système veineux.1
Le même auteur ajoute que selon Eskridge un soleil ardent et une atmosphère sèche et agitée irritent les nerfs, que les tempéraments nerveux par hérédité deviennent plus difficiles après un long séjour dans le Colorado, ce que confirme le Dr. Mc. Donald, de Pueblo, (ibid., page 122). Au Mexique les jeunes garçons et les jeunes filles sont pubères à l’âge de 13 ans environ. La température, la race, etc. y sont aussi pour quelque chose.
Que diront de cela Jousset2 et tant d’autres observateurs? Jourdanet continue: “L’homme de l’Anahuac, au contraire, n’aime â voir ou à chercher que ce qui est aisément accessible. Séduit par le repos et par l'éclat du beau ciel qui le couvre, il abandonne volontiers son âme aux ineffables douceurs de la vie contemplative. Il est Au*ai que trop souvent les petites passions, l’envie, les plaisirs faciles, le jeu qui perd ou gagne sans trouble, traversent paisiblement le calme de son existence.
902. “Si l’apatliie a ses défauts et ses graves inconvénients, elle a donc "aussi pour compagne les bienfaisantes inspirations de l’âme. La méditation fait les hommes bons, aimables et prévenants. Avec ces qualités, “l’habitant de l’Analiuac sera rarement un réformateur, un ami de l’agita-
“tion, uu fondateur de ces grandes choses qui s’obtiennent par la lutte (!)
“il marquera dans les progrès de son pays par les produits de son ima- "gination (apathique) et l’amour du beau: par la littérature et les beanx- “arts.”
1 Transactions of the American Climatological Association. Yol. 1 1, 1895, p. 123.
2 Jousset. Op. cit. , page 141,
903. C’est ainsi que parle Jonrdanet, non de l’indien dont nous venons de démontrer l’énergie morale, mais du créole de notre époque, qui selon lui a hérité quelque chose de cette grande apathie de l’indigène et de sa résistance au climat, il a hérité aussi quelque chose de la vivacité de l’européen qui vient faire contrepoids à cette apathie.1 “Chez le créole mexicain, dit Jourdanet, on voit à la fois l’apathie indigène et la vivacité exotique (!) dans les mœurs et les habitudes, Y écrasement indien et l’élégance ibérienne quant aux formes extérieures.”2
904. A défaut d’observateur et de dynamomètre, nous croyons que les prouves testimoniales des voyageurs et des historiens des principales altitudes du globe seront suffisantes pour prouver la nullité des assertions de Jourdanet au sujet de la faiblesse, du manque d’énergie, de l’apathie et de l’incapacité pour les grands sacrifices, les grandes passions et les grandes vertus. Quand Jourdanet traçait ces lignes, il ne se rappelait pas, sans doute, que le créole mexicain, sans de grands éléments à sa disposition, sans discipline militaire, sans autre chose au cœur que l’amour de la patrie qui le forçait à prendre les armes pour défendre ses droits outragés, sût présenter à l’admiration du monde entier la mémorable journée du Ô Mai , et mettre en fuite les vainqueurs de Magenta et de Solférino, qui comptaient un plus grand nombre de combattants, et dont la discipline et les éléments de guerre étaient incomparables. Ou pourra peut-être nous objecter que les français étaient sous l'influence de l’anoxyhémie et qu’ils étaient victimes d’une vraie attaque de mal de montagne.
905. A première vue la réplique paraît bonne, niais elle ne l’est pas malheureusement. D’une part, il y avait longtemps déjà que les français habitaient nos altitudes, l’ascension avait été faite avec lentitude et graduellement, et la plupart étaient gens robustes et vigoureux, qui surent remplir leur devoir en se battant avec énergie et bravoure. Un éjûsode, que tous ceux qui assistèrent à ce combat et vivent encore n’ont pu oublier, nous fera comprendre l’énergie que déploya l’armée française aux trois assauts successifs qu’elle dut donner. Un soldat du bataillon des zouaves arrive jusqu’aux retranchements, juste au moment où un artilleur mexicain va introduire un boulet dans la bouche d’un canon; il se precipite alors sur lui, et lui perce la poitrine avec la baïonnete de sa carabine; en même temps, avec non moins de rapidité, l’artilleur lance à la tête de son assaillant le boulet qu’il avait entre les mains et lui brise le crâne. D’autre part, si le manque de pression eût été la cause du revers des braves et vigoureux soldats français, ils auraient dû être toujours défaits, puisqu’ils étaient incapables de soutenir tout effort énergique et prolongé. Hernán Cortés, sans aucun doute, dut être aussi anoxyhémique (?) quand il sortit
1 Tout cela se trouve répété dans Bordier. Géographie médicale, page 69.
2 Jourdanet. Op. cit. , page 335.
vainqueur de la bataille d’Otumba et du siège de Tenoxtitlau; il n’en sortit pas moins vainqueur, et nous avons vu pourquoi.
906. Mais laissons de côté notre sanglante histoire, pour fixer l’attention sur les faits qui nous environnent.
907. Personne n’ignore que la République Mexicaine a toujours été le pays des mines par excellence. Dans la partie centrale du massif de notre cordillière, on rencontre de très riches gisements argentifères, et pour les exploiter, bon nombre d’habitants se font mineurs, et par conséquent s’adonnent à un travail qui n’est pas moins pénible et périlleux que celui du plongeur de l’Océan. Nous fixerons notre attention de préférence sur une région où sont situées les villes de Pachuca (2425 “J1 et du Real del Monte (2781 m)2 qui possèdent des mines que l’on compte parmi les plus élevées de la République et que nous avons l’avantage de connaître personnellement; en outre, nous avons sous les yeux un excellent travail en forme de thèse, traitant des maladies des mineurs et écrit par un médecin de l’endroit.3 Yoici les paroles du Dr. Guerrero: “Les médecins qui, comme moi, ont dû exercer leur profession dans des centres minéraux pendant un certain nombre d’années, sont témoins des souffrances incroyables de la classe ouvrière .... La situation topographique de la ville de Pachuca, sa hauteur sur le niveau de la mer, sa température, les courants d’air dominants, ses pluies torrentielles et presque continues pendant plusieurs jours et bon nombre d’autres circonstances particulières font sentir leurs effets sur lés maladies et l’hygiène de cette ville. Elle compte 30000 habitants qui sont pour la plupart mineurs, et vivent sur les penchants des coteaux qui entourent une vallée petite, étroite et qui n’est ouverte que par une de ses extrémités, où se trouvent situées les gares de trois chemins de fer. Les habitations de ces mineurs sont en général très pauvres, et ne méritent pas d’autre appellation que celle de cabanes; bien qu’on note déjà certaine tendance à les améliorer, les conditions hygiéniques de la ville n’eu laissent pas moins beaucoup à désirer.
908. Les mines sont très profondes, puis qu’il y en a qui ont jusqu’à 500 mètres; leurs tiros ou puits creusés verticalement et à des hauteurs différentes, sont le point de départ des tunnels de travail plus ou moins horizontaux, que l’on appelle galeries et qui, d’ordinaire sont situées à la base ou à différentes hauteurs des montagnes, selon les endroits occupés par les filous argentifères. Il y a, en général, deux ou trois puits dans chaque mine; quelquefois même, par exception, il n’y en a qu’un seul pour tout le trafic qui s’y fait. Les travailleurs, chargés de leurs outils et
1 Observatorio meteorológico del Instituto Científico y Literario del Estado de Hidalgo.
2 Selon Humboldt.
3 Las enfermedades del corazón en la clase minera. Memoria pi'esentada á la Asociación Americana de Salubridad Pública, por el Dr. Francisco Guerrero y Visiera. — México, 1892.
de leurs comestibles, qui représentent un poids assez considérable, y montent et y descendent par le mojen d’échelons de bois très étroits, fort incommodes et presque perpendiculaires. Ils travaillent dans l’intérieur des galeries divisés en faenas on groupes de plusieurs individus, et extraient le minerai eu pratiquant des perforations à grands coups de marro , sorte de gros marteau traversé par un manche en chêne d’un mètre de long, et dont la tête ne pèse pas moins de 10 kilogrs. Une fois pratiquée la perforation, h laquelle prennent part deux ou trois ouvriers, on y place un cartouche de poudre ou de djnamite qui, en faisant explosion, détache les blocks, que l’on réduit à grands coups de marteau pour les rendre transportables. Quand le roc est très compacte, le travail de la perforation dure quelquefois 3 heures et même davantage; c’est alors qu’on voit ces pauvres mineurs, nus jusqu’à la ceinture, haletants et tout couverts de sueur, s’adonner à ce travail d’hercule, pour lequel ils sont si bien préparés, grâce à l’élasticité de leurs muscles puissants. Le temps nécessaire à la dépuration de l’atmosphère chargée des gaz qui proviennent de l’explosion, voilà tout le temps dont ils disposent pour se remettre un peu de leurs fatigues. Dans ces intervalles, ils font une grande consommation de pulque, qui leur offre l’avantage momentanée de leur donner un peu de ton et de remplacer la grande quantité d’eau qu’une sueur continue et exagérée leur avait fait perdre, mais qui tôt ou tard leur occasionnera inévitablement la cirrhose de Laënnec, avec tout son cortège de symptômes qui finiront par dessécher ces organismes si bien disposés pour le travail, et dont l’état sanitaire était satisfaisant.
909. D’autres circonstances aggravent encore les conditions au milieu desquelles le mineur déploie ses forces d’une manière si dispendieuse. “La température est d’ordinaire très élevée dans l’intérieur des mines, (elle y fluctue entre 30° et 40° centigrades!) et par conséquent, l’air qui s’y trouve confiné y est fort vicié. On y remarque surtout un excès d’acide carbonique, et l’on n’est pas moins surpris d'y rencontrer, bien qu’en faible proportion, des carbures d’hydrogène, du protoxyde d’azote, de l’acide sulfureux, et quelquefois même, une bonne dose d’acide suif hydrique. La vapeur d’eau s’y trouve aussi en grande abondance, parce qu’il y a presque toujours des filtrations; dans d’autres occasions, l’air y est sec et chaud.
Voici la confirmation de l’assertion du Dr. Guerrero:
910. Mr. lTngenieur P. Arenas analisa l’air extérieur à Fresnillo, ville située à 2239 mètres de hauteur,1 qui lui donna:
Pour le phosphore. Pour l’acide pyrogallique.
Oxygène 20,71
Azote 79,29
Moyenne île l’Oxygène 20,89
Moyenne de l’Azote 79,11
1 Análisis del aire en las minas, en el Fresnillo, por el Dr. Miguel Velâzquez de León. Anales Mexicanos de Ciencias, Literatura, Minería, etc. México, 1860, Vol. I, N.°3, pág. 177.
(a) Air 'du côté O. de “La Esperanza,” à 100 vares. — 6 hommes. — 3 lampes. — Après 9 heures de travail. — Température, 27° C.
Oxygène 18,31 19,07 Azote 81,69 80,93
Pression extérieure à 0° C = 586mm77.
(Les analyses furent toujours faites une fois avec le phosphore et ensuite avec l’acide pyrogallique).
(b) Air du côté E. de “las Guijas,” à 160 vares de profondeur.— 6 hommes.— 3 lampes. — Après 3 heures de travail. — Température. — 29° C.
Oxygène 19,19 Azote 78,05 CO2 2,76
(c) Air du côté O. de “San Claudio.” 4 hommes. — 2 lampes. — Après 9 heures de travail. — Température 28° C. — Bonne ventilation.
Oxygène 20,473 Azote 79,527 CO2 Inappréciable.
(d) Air de côté IST. de la galerie du “Pilar,” à 130 vares de profondeur.
Oxygène 19,70 Azote 78,79 CO2 1,51
Température, 24°. — Après 9 heures de travail. — 4 hommes. — 3 lampes.
(e) Côté E. de “Plateros.” — Plus de 200 vares de profondeur. — 4 hommes.— 2 lampes. — 9 heures. — Température, 31° 50.
Oxygène 18,41 Azote 79,14 CO2 2,45
(f) Puits à ciel ouvert de “Santa Barbara,” 230 vares. — 4 hommes.— 2 lampes. — Température, 27°.
Oxygène 18,97 Azote 79,16 CO2 1,10
(g) Puits à ciel ouvert, 7ème galerie générale à 250 vares.
Oxygène 1S,97 Azote 79,31 CO2 1,72
(h) Autres analyses.