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CHAPITRE XII

Respiration artificielle par décompressions et compressions alternatives.

1652. Yoilà certes un des moyens les plus efficaces dont on peut se servir pour obtenir la respiration artificielle. Il a de l’avantage sur tous les procédés que nous connaissons. On obtient cette respiration par le moyen de certains appareils qui n’exigent nullement une continuelle vigilance, en sorte qu’un individu peut respirer artificiellement pendant toute une nuit, par exemple, sans qu’il soit besoin ni de combustible, ni d’effort de la part de l’individu, ni attention de la part d’opérateurs expérimentés.

Pour les animaux, nous avons fait usage de l’appareil que nous allons décrire. (Yid. Planche 109).

Une trompe A, convenablement installée, (Yid. Installation des trompes, § 1211), opère l’aspiration dans le récipient B. Celui-ci est plus ou moins grand, selon la grandeur des animaux. Pour les cochons d’Inde et les lapins adultes, il convient de faire usage d’une cloche; pour les Batraciens il suffira d’une bouteille au cou évasé. Le récipient communique par la tubulure C avec la manomètre D, et par le tube E, avec un flacon laveur F, et un interrupteur à mercure H. Celui-ci se construit facilement en courbant un tube en forme de U, et en faisant deux boules dans Tune des branches: si l’expérimentateur vent s’épargner ce travail, il peut ne couper que la bouche d’un tube de sûreté de deux ou trois boules.

1653. Quand le vide s’opère dans le récipient, il s’opère aussi dans le flacon F et dans le tube i: le mercure s’élève alors dans la branche, petit à petit jusqu’à ce qu’il passe pai n un certain volume d’air, quand le poids de mercure contenu dans l’interrupteur ne peut plus équilibrer la décompression qu’il y a en F. L’air entre donc par n, passe par H, par i, arrive au flacon laveur, traverse l’eau et finit par pénétrer au récipient B. Alors pendant un certain temps qui varie d’après diverses causes, l’équilibre de pression se rétablit entre B et n ; le mercure descend et intercepte de nouveau le passage de l’air; mais comme la trompe ne cesse de fonctionner, elle extrait une nouvelle quantité d’air, l’équilibre des pressions se produit de nouveau et l’air pénétre une autre fois par n; et ainsi de suite.

Yoici de nouveaux détails qu’il ne sera pas inutile de rappeler.

Il faut que le flacon F soit assez grand et contienne beaucoup d’eau, parce qu’au moment où l’air passe au travers du mercure, il entraîne avec

soi une partie de ce métal: si un seul flacon laveur 11e suffit pas, on peut en placer autant que la nécessité le demandera. Il est très convenable d’introduire dans le tube i un bouchon de coton et d’empêcher par 11’importe quel autre mojen le passage du mercure, sous la forme de globules grands ou petits, au flacon laveur. Selon que l’interrupteur est dans une position plus oblique, les pulsations (qu’on nous permette cette expression), deviennent plus rapides et plus fréquentes; le même phénomène a lieu d’autant plus fréquemment que la quantité de mercure est plus petite. Quand 011 veut que les décompressions dans la cloche B ne soient qne d’un centimètre, l’interrupteur 11e doit contenir que très peu de mercure, 30 gr. par exemple on encore moins. Quand 011 veut des décompressions très considérables, il est indispensable que les deux branches de l’interrupteur soient très longues, et il faiit alors de nouvelles précautions pour empêcher le passage du mercure, qui est tout naturellement en quantité plus considérable.

Le nombre de pulsations ou d’interruptions varie d’après la force de la trompe et la capacité du récipient; cependant, rien n’est plus facile que d’en produire un nombre déterminé. Pour j arriver, on commence par introduire dans l’interrupteur la quantité nécessaire de mercure: pour chaque centimètre que doit monter la colonne manométrique du manomètre D, on en ajoute une quantité équivalente au point H. O11 fait aussitôt fonctionner la trompe; on place l’interrupteur verticalement et on va en l’inclinant petit à petit jusqu’à ce que dans le manomètre D la colonne monte et descende alternativement dans l’espace voulu, qu’on mesure sur l’échelle gra^ duée en centimètres et en millimètres. Pour obtenir que les interruptions 11e passent pas d’un certain nombre par minute 011 ouvre plus ou moins le robinet de la trompe.

1654. Quand on a obtenu le résultat qu’011 voulait, on fixe définitivement l’interrupteur dans la position qui lui convient par le mojen d’une pince à vis soutenue par la baguette d’un support.

Si on doit continuer la respiration pendant longtemps, surtout quand on expérimente sur des animaux à température constante, nous rappelerons qu’il faut alors insérer le tube p 0 entre la trompe et le récipient: le passage des vapeurs mercurielles à ce récipient est ainsi plus difficile.

Le mercure pur est préférable. Quand l’opération se prolonge plusieurs jours, il est indispensable de laver les conduits avec de l’acide nitrique.

On doit user naturellement d’une trompe de verre et non pas de métal.

1655. Interrupteur électrique. Il est très avantageux, et nous le recommandons d’une manière spéciale, parce qu’il n’a pas l'inconvénient de laisser passer des vapeurs mercurielles au récipient, comme cela a lieu plus ou moins avec l’interrupteur à mercure. Par contre, il est pins compliqué que l’autre, et il faut avoir de la patience pour installer cet appareil. Il se

Planche no.

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Interrupteur électrique pour la respiration artificielle.

compose de 5 parties ou organes essentiels: la trompe, le récipient, la soupape, l’électro-aimant et le manomètre. (Planche 110).

Le manomètre peut n’avoir que 18 à 20 centimètres de mercure, puisque les oscillations de la colonne ne seront jamais plus considérables: l’échelle doit avoir une bonne division, même de millimètres. On double une branche en angle droit à l’extrémité supérieure. Dans la branche libre pénètre un des conducteurs d’une pile de Wollaston: cet électrode est dépourvu de son entourage isoloir dès qn’il touche le mercure et pénètre jusqu’à e, de manière à être toujours en contact avec le mercure du manomètre, quand bien même on s’excéderait dans la décompression, qu’on pourra mesurer, pour une des branches, dans la dernière division de l’échelle. On doit fixer cet électrode d’une manière définitive. Dans l’antre branche du manomètre il faut fixer le tube de verre i qui porte un autre tube h: il importe beaucoup que les jointures de i avec H, du tube accessoire avec le tube du manomètre, soient parfaites, de manière pourtant à pouvoir être détruites et refaites sans beaucoup de travail. Il suffit d’un tube de caoutchouc neuf et bien adapté. On fait passer par le tube h l’électrode g, qui descend dans le tube H jusqu’à la division de l’échelle du manomètre que l’expérimentateur aurait déterminée auparavant. Si les décompressions doivent valoir 8 divisions, par exemple, l’électrode doit être à une distance de 4 divisions de la colonne; si, au contraire, elles ne doivent pas dépasser 4 divisions, l’électrode sera à 2 divisions de distance, etc.

Une fois ce détail en régie, on aura soin de remplir l’espace compris entre l’électrode et le petit tube, avec du plâtre calciné dilué dans l’eau et qu’on appliquera au point h . On verse un peu d’alcool dans les deux branches du manomètre, pour empêcher l’oxydation du mercure.

L’électro-aimant fonctionne quand le circuit est fermé, et le courant électrique arrive par les électrodes d, d, h et n n: celni-ci communique directement avec la pile. L’armure m a une tige métallique O, à l’extrémité de laquelle on attache le fil p , qui passe par une petite poulie.

La soupape c se compose d’mie pièce conique q soutenue par le fil p. elle entre dans une cavité conique, où elle s’ajuste parfaitement bien.1 Les équerres r r empêchent que les mouvements de la pièce q ne -soient trop amples. (On a représenté la coupe de cette soupape dans le dessin). La cavité coniquo communique par une perforation cylindrique avec le tube S et le récipient D. Celui-ci est muni d’un bouchon qui contient trois perforations, une pour comuniquer avec le manomètre, par le moyen du tube V , 1", l'", V" ; l’autre pour communiquer avec la soupape, par le moyen du tube S; enfin, la dernière qui communique avec la trompe JS par le tube t, t, t, qui doit pénétrer dans le récipient D, jusqu’à un peu plus de la moitié.

Nous allons voir comment l’appareil fonctionne au cas oii on voudrait

1 Nous préférons un petit robinet de métal, comme celui des pessaires. Vid. fig. T.

obtenir des décompressions de 8 centimètres. Quand on ouvre le robinet de la trompe, l’aspiration a lien dans le récipient, et par conséquent dans le tube l et dans le manomètre: le mercure monte alors pins on moins rapidement par le tubo Re t descend, en occupant le même espace dans l’antre branche: aussitôt qu’il a parcouru la distance c, b, il se met en contact avec l’électrode g , et le courant qui ne pouvait pas passer auparavant par c, 6, traverse ces points par le mercure, qui s’est élevé par suite de l’inégalité de pression. Le courant passe donc par d, d, g, ainsi que par le fil de fer n, n; alors l’électro-aimant attire l’armure m, la baguette o est tirée et tire à son tour le fil p et fait monter la pièce q: l’air pénètre aussitôt par la cavité conique, passe au récipient, le remplit; alors la pression se rétablit, le mercure descend et le courant entre cet b s’interrompt; l’électro-aimant cesse d’attirer l’armure, qui retourne à sa première position, en même temps que la pièce q pénètre par son propre poids dans la cavité conique. Il se fait de nouveau la raréfaction, le mercure monte de nouveau; et la même série de phénomènes a lieu comme auparavant, d’une manière indéfinie jusqu’à ce que la pile ou la trompe d’eau cessent de fonctionner. On peut obtenir en une minute le nombre de décompressions nécessaires, en diminuant de plus en plus l’espace c, b, à mesure qu’on augmente l’énergie de l’aspiration, en ouvrant de plus en plus le robinet de la trompe ou en multipliant les trombes. L’installation de la soupape est des plus difficiles: les pièces doivent être très polies et le poids du cône doit être proportionné à la force de l’électro-aimant. Il faut de la patience pour arranger la longueur du fil, la grandeur des équerres et leur hauteur; le poids de la soupape, etc. Mais si nous avons pu vaincre ces difficultés, personne ne doit pas les craindre.

1656. Cet appareil se prête à d’autres applications. Il ne faut pas oublier un seul instant qu’à mesure que la raréfaction est plus considérable, la résistance que doit vaincre l’électro-aimant pour attirer l’armure est aussi plus grande.

1657. Pour que les animaux en expérience restent soumis à la respiration artificielle, il est indispensable que leur glotte soit ouverte, et qu'il n’y ait aucune obstruction dans les organes respiratoires.

Voilà pourquoi nous avons eu soin d’introduire une canule dans la glotte des animaux, avant de les introduire dans l’appareil.

La théorie de ce procédé est des plus simples: la dilatation et le resserrement alternatifs du thorax et de l’abdomen de l’animal correspondent aux décompressions et aux compressions alternatives. Les choses se passent d’une autre manière, si ceux-là restent entourés intus et extra d’une atmosphère raréfiée et après comprimée, ou si le poumon communique avec l’extérieur (soit par un tube qui entre par la trachée et sort pour s’ouvrir hors de l’appareil, soit parce que la tête reste sujette à la pression normale, en dehors de l’appareil). Dans le second cas, les décompressions n’op-

pèrent qu’à l’extérieur et alors les parois du thorax et de l’abdomen se dilatent et se resserrent avec une plus grande intensité.

On comprend que ce procédé de respiration artificielle est encore plus efficace, et qu’il 11e coûte pas grand travail, quand ou place un tube bien ajusté dans la trachée des animaux.

1658. Une fois que V expérimentateur a un appareil à sa disposition il n'est pas obligé de le surveiller continuellement ; il peut le laisser fonctionner toute une nuit, sans qu’il ait à craindre que le mouvement de Vair ne s'arrête un seul instant.

Une fois l’appareil installé, il 11’y a plus aucune dépense à faire.

Nous croyons qu’il 11’existe aucun antre procédé de respiration artificielle qui ait l’avantage de pouvoir s’appliquer même au plus petit animal, pendant un temps indéfini, sans qn’il soit besoin de la surveillance d’un opérateur exercé.

Notre appareil peut prêter quelque service dans un laboratoire de physiologie, surtout quand on veut savoir si la mort par empoisonnement avec une drogue ou tout autre principe immédiat , est dite ci la paralysie de la respiration.

A titre d'ejemples, nous allons présenter quelques expériences:

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