RÉSUMÉ ET RÉFLEXIONS
335. Paul Bert résume de la manière suivante les données qu’il apporte au sujet du mal des montagnes cliez les animaux: “Une autre preuve, qui n’est pas des moins remarquables, du peu d’importance de l’acclimatation dans les lieux élevés, c’est l’iutensité avec laquelle le mal attaque les animaux domestiques.” 1 Disons-le une fois pour toutes: l’auteur cité n’a pas ici raison, et pour s’en convaincre, il suffira qu’on lise de nouveau les observations suivantes: N.° 1. (Le mal ne se présente que quelquefois); N.° 10. (Les chiens ne sont pas sujets à ces accidents); N.0 14. (Les chevaux qui naissent sur les montagues, n’ont presque pas à souffrir de cette maladie); N.° 17. (Les animaux s’y habituent facilement, et acquièrent une telle vigueur, que les mulets en bon état et convenablement chargés, ne laissent voir aucune débilité pendant les voyages ordinaires); hf.° 28. (Effets nuis chez les bêtes de somme); N.° 32. (Les chevaux eurent à souffrir un peu); outre celles-là, nous apporterons d’autres preuves dans un autre endroit de ce chapitre.
Paul Bert continue en ces termes:
336. “Toutes les narrations des voyageurs qui ont été dans les Andes et sur rHimalaya abondent en détails tristes au sujet du pitoyable état des chevaux et des mules qui vont chargés; les chevaux périssent souvent; les chameaux ne se portent pas mieux (Et en quel endroit cette donnée conste-t-elle?); les mules de Saussure faisaient entendre des gémissements dans le glacier de Saint Théodule; même les taureaux sauvages vomissent ordinairement du sang lorsqu’on les poursuit, selon Humboldt; on a vu la triste figure qu’ils présentent parfois dans les courses de taureaux, selon Castelnau. Les chiens aussi sont fortement attaqués par le mal et ils éprouvent de la peine à courir (pas tous). Les chats surtout semblent présenter une susceptibilité excessive, puisque, selon Poeppig et Tschudi ils ne peuvent pas vivre à plus de 4000m (A cause de l’influence de la hauteur? Qui l’a démontré et de quelle manière?)
337. “Cependant, il faut remarquer que, selon Tschudi et Ellioston (et d’autres observateurs) les animaux nés dans la montagne souffrent moins que les autres” (page 335).
Paul Bert a déjà dit que l’acclimatation sur les hauts niveaux était de peu d’importance:
1 Loc. cit., page 334.
“Mais il faut avouer que tout cela se rapporte aux animaux domestiques. Les espèces indigènes semblent se trouver à l’aise sur les plus grandes hauteurs; le Capitaine Webb est le seul qui a vu les yacks attaqués par la maladie; les Lamas paraissent être entièrement exempts du mal; à l’état de liberté, ils paissent tranquillement à des hauteurs qui dépassent 4000m” (page 335).'
338. Paul Bert, nous le répétons, a déjà dit que l’acclimatation sur les hauteurs était de peu d’importance; il assure cependant à la page 336, “nous pouvons démontrer la réalité de l’habitude ou, comme on dit généralement, de l’acclimatation.” Dès maintenant prenons note de cette inconséquence.
“Il n’est question de convulsions que dans la narration de mistress Hervey et dans l’histoire que rapporte Ligustin au sujet des chevaux. Mais il y a peut être dans l’un et l’autre cas autre chose encore en outre de l’influence des lieux élevés” (page 345).
ISTotons de même cette autre inconséquence plus remarquable encore que la première.
Que le lecteur juge par lui même:
339. Un physiologiste assure que M. Ligustin attribue certains symptômes observés chez les chevaux qui passaient par Rio Frio à l’ingestion d’une plante vénéneuse. Le physiologiste en question supprime des paragraphes très importants du Mémoire de Ligustin, lesquels ne laissent aucun doute sur l’empoisonnement des bêtes, et voici la conclusion qu’il en tire: “les accidents étaient dûs exclusivement à l'air raréfié;” mais il y a peut être dans ce cas autre chose encore en outre de l’influence des lieux élevés (pression barométrique, page 345). C’est le propre des savants de pouvoir changer d’opinion.
“Non seulement l’homme peut succomber (au mal des montagnes); les animaux périssent encore plus fréquemment, les chats, les chiens, les chameaux, les mules et surtout les chevaux.” 1 Nous avons dû travailler énormément pour séparer dans l’ouvrage de Paul Bert tout ce que cet auteur dit au sujet du mal des montagnes, nous avons lu son livre avec la lenteur qu’on peut supposer, et cependant, en aucun endroit nous avons vu que les chats (!), les chiens et les chameaux tombaient frappés par cette maladie. Paul Bert lui-même dit:
340. “Les voyageurs affirment que la mort si fréquente des chevaux est dûe à leur fougue excitée par les éperons; les mules, au contraire, naturellement patientes et têtues s’opiniâtrent à ne pas accélérer le pas.”2
1 Paul Bert. Loc. cit., page 347.
2 Ibid.
Y ers la fin de son livre Paul Bert ne se rappelle déjà pins qne les yacks, d’après le Capitaine Webb, sont sujets an mal des montagnes, et s’exprime ainsi: “les yacks indigènes, les lamas américains peuvent servir à porter des fardeaux sans ressentir aucun malaise dans les endroits on les mulets et les clievaux périssent fréquemment à cause de la décompression.” 1 Enfin, après avoir beaucoup insisté sur le peu d’importance de l’acclimatation, il finit par conclm*e un peu plus loin que tous “les êtres qui existent actuellement à l’état sauvage sur la surface du globe, sont accomodés au degré de tension de l’oxygène du lieu où ils vivent; toute diminution, toute augmentation semble leur être défavorable lorsqu’ils sont en bonne santé” (page 1155). On a déjà vu qu’il y a des cas où les animaux domestiques sont exempts du mal des montagnes, malgré les changements de niveau auxquels on les assujettit.
341. (d). Observations faites pendant un voyage au Popocatepetl, au sujet du mal des mont agnes chez les animaux. Comparaison et résumé général.
Le 26 Mai 1892 nous arrivions à Amecameca pour entreprendre l’ascension au Popocatepetl. Nous y prîmes à louage 8 chevaux et nous fîmes aussi des observations sur le cheval du chef de nos guides, Mr. A. Mendizabab sur un mulet que montait Mr. R. Cárdenas et sur deux chiens, un rat et un lézard ( Sceloporus microlepidotus ) que nous emportions avec nous dans une cage de fil de fer. Examinons maintenant la valeur de nos bêtes de somme.
342. Mr. le Dr. Maury, notre compagnon de voyage, s’exprime ainsi à ce sujet:
“A une heure du soir nous grimpâmes sur nos montures, rossinantes “ du plus pitoyable aspect, aux os saillants, à têtes tremblantes comme celóle de ces “ petits chevaux de sapin ” de Suisse et du Tyrol.”
“Celui qui voit pour la première fois ces animaux étiques, se deman- “ de nécessairement s’ils auront la force de supporter même le poids d’un “homme, et il a peine à croire qu'avec leur charge ils vont grimper combine des chèvres à travers les versants escarpés de la montagne. Il ne faut “pas les juger d’après leur aspect car, en effet, ils nous transportèrent rapidement.” 2
Ces animaux étiques travaillèrent de la manière suivante:
Le 26. Journée d’ Amecameca (2480m) à Tlamacas (3897m) depuis 1 heure P. M. à 6h P. M. Chemin en pente, de 8 kilomètres.
Le 27. Journée de Tlamacas ( 3897“ ) à la Cruz (4300m). On commença la marche à la pointe du jour. Notre chemin était couvert d’un sable peu serré et très mouvant.
1 Paul Bert. Loc. cit. , page 1116.
2 “L’Echo du Mexique.” 3 Juin 1892.
Le 27. Descente à Tlamaoas. La mule que montait Mr. Cárdenas le conduisit ce jour même jusqu’à Amecameca.
Le 28. Retour à Amecameca.
343. Ce qui veut dire que ces bêtes étiques, daus le court espace de 3 jours, parcoururent près de 20 kilomètres, ayant fait une asceusiou de près de 2000 mètres. Une de nos moutures fit le même chemin eu 30 heures.
1. Les bêles de somme, d’après Acosta et Brand, refusent d’avancer, et il est impossible de vaincre leur opiniâtreté.
2. D’après Frazer, elles sont obligées de se reposer très souvent; d’autres auteurs insistent tout particulièrement sur la prompte fatigue de ces animaux.
344. — 3. D’après Ulloa, ils tombent pour ne plus se relever, et cela malgré les repos qu’ils prennent fréquemment. Au Chili, à une hauteur de 4300“ plus de 1100 chevaux de l’armée de Mendoza périrent. D’après Temple, les bêtes de somme meurent à 4165“. Castelnau répète la même chose, mais il ne mentionne aucune hauteur. D’après Pissis, les plus forts chevaux sont.aussi les plus exposés à périr à 4000“. Hubbard ajoute qu’au Chili, à une hauteur maxima de 4300 mètres, 4981 mulets périrent sur 9281.
345.-4. Un grand nombre d’auteurs pensent que la respiration souffre de grandes modifications.
1. Nous ne pûmes observer ce phénomène chez aucun de nos chevaux, même à une hauteur de 4300m .
2. La même chose passa à nos monlures, quand elles cheminaient sur le sable. D’Amecameca à Hamacas, c’est-à-dire entre 2480m et 3897“, elles ne présentaient aucun symptôme appréciable.
3. A la Cruz, à 4300“ le mulet et les 9 chevaux qui nous servaient de montures, étaient loin d’être sur le point de périr. Et comme la hauteur à laquelle nous étions arrivés était égale à celle qui fut la cause au Chili de la mort de 1100 chevaux sur 1600, en supposant les mêmes conditions, 6 de nos bêtes de somme auraient dû périr. La mortalité, d’accord avec les données d’Hubbard, aurait dû être de 5 animaux. Nos guides et autres personnes compétentes nous assurent qu’ils n’ont jamais vu aucun cas de mort chez les animaux qui font l’ascension du Popocatepetl. Il n’est pas impossible cependant qu’un cheval fougueux, ou ayant de graves lésions organiques, ne succombe dans ces sortes de voyage. Mais nous avons des doutes sur l’influence de l’air raréfié dans le cas présenté par Hubbard. L’inanition, l’empoisonnement ou n’importe quelle autre cause, ne seraient-ils pas le vrai motif de ces accidents mortels? N’oublions pas que c’est sans raison aucune et frauduleusement qu’on attribua à la raréfaction de l’air la mort des bêles de somme qui traversaient Rio Frio. (§ 316).
4. Nous observâmes chez nos montures que la respiration avait atteint une telle accélération, qu’il nous fut impossible de compler les mouvements de dilatation et de contraction du thorax. Après quelques instants de repos ou sur les pentes moins prononcées, la respiration de ces animaux devenait irrégulière, profonde et plus lente. Chez le Sceloporus microlepidolus que nous conduisîmes jusqu’au cratère, on compta les respirations suivantes:
346. — S. Les taureaux, quand on les poursuit vomissent du sang, à 2107 toises. D’après Burmeister on observe de violentes hémorrhagies qui ne sont pas mortelles. Les hémorrhagies nasales sont fréquentes chez les chevaux (à 4000 m. d’après Pissis). Meyer Ahrens affirme que les hémorrahagies ne sont pas seulement propres de l’homme, mais qu’elles le sont aussi des animaux.
6. On observe chez les chevaux un tremblement de tout le corps, d’autant plus marqué qu’ils s'élèvent á une hauteur plus considérable (Tschudi) . D’après Burmeister un tremblement s’empare de tous leurs membres.