‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 99 sur 268 · Littré et Robin s’expriment ainsi · texte numérisé non relu

Littré et Robin s’expriment ainsi

“Pousse. Maladie des animaux solipèdes caractérisée parla suffocation, palpitations des flancs et surtout par une interruption du mouvement d’inspiration, de manière qu’elle se fait en deux temps. La pousse a été considérée par un grand nombre d’auteurs comme une névrose de la respiration et assimilée à l’asthme de l’homme; d’autres l’ont attribuée à un emphysème du poumon; d’autres à un état de spasme du diaphragme; d’autres, enfin, à une affection organique du cœur et particulièrement à un défaut des proportions naturelles des cavités de cet organe.”

Colin s’exprime presque en termes semblables: 8

356. “Le rythme de la respiration est profondément altéré chez les Solipèdes dans ce qui s’appelle la pousse , dont la cause, encore peu connue paraît consister généralement en un emphysème pulmonaire.” Outre cela, dans les tableaux d’expériences de l’ouvrage de Colin, on y rencontre souvent, comme détail individuel, celui de “cheval poussif."

Mr. Pefliiûuri, vétérinaire de l’armée, nous informa qu’au Mexique on appelait cheval asoleado celui qui éprouvait des difficultés dans l'acte respiratoirei, et voilà pourquoi on cite des cures vraiment incroyables. Peutêtre que JBurkhardt s’était par trop fié des données de personnes vulgaires et peu compétentes, par conséquent, pour pouvoir diagnostiquer des maladies qu’elles ne savent pas distinguer. Un cheval a couru pendant longtemps, il s’est beaucoup fatigué, et l’on dit alors qu’il est asoleado, quand bien même il se trouve parfaitement bien remis de cet accident une demiheure après. Mr. Peñúüuri ajoute que la vraie pousse, et lui-même en avait été témoin, s’observe chez des chevaux qui cheminent dans des régions relativement basses comme par exemple, entre Orizaba et Perote.

1 Dictionnaire de Médecine. Paris, 1873, page 1255.

2 Physiologie Comparée. Vol. II, page 279.

Les corps d’armée qui font des expéditions aux régions chaudes et basses perdent toujours beaucoup de chevaux; et il est nécessaire, au retour, d’en changer un grand nombre; cela ne prouve cependant pas que la chaleur soit nécessaire pour que le mal se présente, puisque nous l’avons observé dans les régions froides. Les données précédentes démontrent donc:

357. — 1.° Que la pousse n’est nullement propre et exclusive des hautes plaines.

2.° Qu’il est illogique et même injuste, puisque nous ignorons la raison de ces altérations respiratoires, d’en attribuer la cause à un seul phénomène; tout le monde sait, en effet, que la diminution de pression n’est pas une des conditions climatériques de tous les endroits, élevés ou bas, et cependant cette maladie se présente partout.

Peut-être avons nous attribué à cette question plus d’importance qu'elle n’en mérite; qu’elle nous serve au moins pour faire voir à nos adversaires • que les preuves qu’ils apportent pour défendre leur théorie, démontrent tout autre chose que celle qu’ils prétendent.

Observations faites chez des animaux par des aéronautes.

358. Celles que nous connaissons peuvent se résumer ainsi: D’après Robertson, de deux oiseaux qu’il avait emportés avec lui, un mourut au moment de l’expérience “à cause de la raréfaction de l’air.” Mais, quand ce moment critique arriva, à quelle hauteur se trouvait l’aéronaute? — Tout le monde l’ignore.

359. L’autre oiseau tomba perpendiculairement avec une rapidité extraordinaire, et de ce fait Robertson déduit que les oiseaux ne peuvent plus se soutenir à cette hauteur. Le fait est qu’une décompression brusque, équivalente au changement de niveau que le même Robertson prétend avoir atteint, 7170 m, n’a causé aucune incommodité à un poulet qui nous servit de sujet d’expérience, comme on le verra d’ailleurs dans une autre paragraphe.

Gay Lussac et Biot n’observèrent aucun effet chez les animaux qu’ils avaient emportés à 2622m; une abeille violette prit son vol avec rapidité. Même à 3400m, les animaux paraissaient ne rien souffrir absolument; un pigeon se laissa tomber en décrivant des cercles, ce qu’ils ont l’habitude de faire quand ils veulent s’orienter. Singulières observations celles des aéronautes!

D’après Glaisher, un pigeon tomba à la manière d’un morceau de papier, d’une hauteur de 4807 m (?), un autre ne se laissa pas emporter, et cependant on l’avait lâché à une hauteur de 6437 m (?). Et pourquoi donc

l’effet fut-il moindre à une hauteur plus considérable? (au cas où la raréfaction de l’air se ferait sentir). Remarquons bien qu’à 733m plus haut, Robertson affirme avoir vu l’effet pernicieux de la raréfaction, qui ne se présenta, d’après Grlaisher, qu’à 8048m (?), c’est à dire à 807m plus haut. Des trois autres pigeons un périt dans sa cage et un autre parvint à se rétablir; nous ignorons absolument la fin du troisième, au sujet duquel l’aéronaute ne dit mot. De tous les pigeons qu’on avait lançés, un seul revint an pigeonnier. Il reste encore à savoir si les autres se perdirent ou s’ils périrent par effet de la décompression ou de tout autre cause, ou enfin si quelqu’un les attrapa pour les faire frire.

360. Ce qui nous semble tout-à-fait rare et vraiment merveilleux c’est que les hommes jouissent d’une santé suffisante pour faire ces observations (?) tandis que les oiseaux, êtres aériens et espèces de baromètre, à cause de la résistance qu’ils opposent aux changements de pression, périssent ou sont sur le point de périr.

Sera-t-il nécessaire un plus grand nombre d’expériences pour conclure dans un sens ou dans un autre? Et la science doit-elle se montrer satisfaite des données de ceux qui prétendent être arrivés à 7170 et même à 8048 m de hauteur?1

1 Nous avons dit que probablement le vol est difficile dans l’air raréfié: la chute rapide des pigeons s’expliquerait peut-être ainsi.

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